Biographie du père Jean BECQUET.

par le père Abbé Jean-Pierre LONGEAT , O.S.B


Dom Jean Becquet, moine de l’Abbaye Saint-Martin de Ligugé est décédé le 14 août dans la 86ème année de son âge. Aîné de quatre enfants, dont trois garçons, Jean Becquet est né à Camon dans la Somme le 25 octobre 1917. Il passa son enfance et sa jeunesse dans le département du Nord. Dès son jeune âge, il manifesta un goût certain pour l’étude. Après une brève expérience de surveillant de collège et de professeur de Lettres classiques notamment au Collège Saint-Joseph des Jésuites de Lille, il prépara sa licence de lettres avant de partir sous les drapeaux. Après mûre réflexion, il fit le choix de la vie monastique en espérant y trouver un milieu propice à l’étude. Libéré de ses obligations militaires, il se présenta à l’Abbaye de Ligugé en 1942 et y fut agréé. Après sa formation au noviciat, il s’engagea par les vœux en décembre 1943 et fut envoyé plus tard pour quatre ans d’études théologiques et historiques à l’Institut Catholique de Paris et à l’Ecole Pratique des Hautes Etudes où il obtint un diplôme avec son mémoire sur l’Ordre limousin de Grandmont, en 1951. Il fut ordonné prêtre en 1948.
Rentré au monastère, il partagea sa vie entre l’étude sur les ordres religieux limousins de la période grégorienne, la prière, le travail manuel (Dom Becquet fut un des piliers de l’émaillerie naissante) et la vie fraternelle (à laquelle il se dévoua avec la plus grande fidélité).
A partir de 1966 et durant de nombreuses années jusqu'en 1988, Dom Becquet dut assurer la responsabilité de la Revue Mabillon, prenant la suite de ses illustres prédécesseurs, Dom Chamard, Dom Besse et Dom Charvin. Il poursuivit l’œuvre en publiant, outre des articles d’auteurs divers, d’abord les tables générales de la Revue et en reprenant la rédaction des volumes des Abbayes et Prieurés initiés par Dom Besse. Il couvrit ainsi le quart Nord de la France jusqu’en 1988. A cette date, un grave accident de santé l’arrêta et lui fit remettre le sort de la revue entre les mains d’un organisme du CNRS. Cette opération, dont le Père Becquet se réjouissait beaucoup, fut un succès pour la Revue qui a maintenant plus que doublé de volume et a pu très largement étendre son champ d’action sous la direction d’André Vauchez.
Considéré comme le grand spécialiste des Grandmontains et des Ordres religieux limousins au Moyen-Age, ce grand érudit ne dédaignait pas de rendre service en d’autres domaines. Il écrivit un chapitre de l’Histoire de la ville de Ligugé (" Ligugé à trois voix ") en collaboration avec M. Maurice Girault et le P. Jacques Merlet.
Le Père Becquet, malgré les conditions draconiennes qu’il se fixait pour poursuivre ses travaux savants, était un moine très dévoué au service de sa communauté, et, à l'extérieur, d'un grand érudit toujours prêt à aider les chercheurs qui lui demandaient conseil. Cet originalité certaine dans son comportement, parfois un peu bourru, cachait une sensibilité et une amabilité qu'il manifesta à son entourage à la fin de sa vie. Il remplaça le Père de Montsabert comme professeur d’histoire au monastère et même une fois ou l’autre comme remplaçant de ce dernier sur la paroisse de Croutelle ou de Fontaine-le-Comte, il savait se montrer attentif à ceux qui voulaient l’approcher.

Ses dernières paroles furent pour dire à sa communauté son admiration et sa reconnaissance. Alors, se retournant légèrement sur sa paillasse, il dit ensuite : "je vais dormir maintenant".

Ce soir là, il s'endormit et ne se reveilla pas. C'était le 14 août 2003, en la vigile de l'Assomption de la Vierge Marie. Son repos est désormais celui des justes près du Père.
Cette haute figure du monachisme et du paysage ligugéen reste profondément imprimée dans les mémoires de ceux qui l’ont connu et apprécié.

 

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