Vieupou (Yonne)

Localisation :
Ce prieuré se trouvait sur le territoire de la commune de Poilly-sur-Tholon. En sortant de Saint-Maurice-Thizouaille par l’Est (D 219) en direction de Bleury, traverser le hameau de la Levée; Vieupou se trouve en poursuivant la route à 200m à main gauche.


Intérêt : Église (Nord) 0 - Est: 0 - Sud: 3.


Vestiges :
Seul le bâtiment du réfectoire du XVIIIème siècle est bien conservé.

La clef de voûte de la chapelle de Vieupou retrouvée.

Un de nos correspondants nous a fait parvenir le renseignement suivant. Un nouvel autel venait d'être consacré dans sa commune, et son motif central était une clef de voûte retrouvée dans le jardin d'une maison du lieu qui avait été habité par un antiquaire. Le nouveau propriétaire intrigué par le décor d'une des pierres fit venir le curé du lieu, qui reconnu que cette pierre sculptée était la clef de voûte d'une église, sans doute démolie. Or cette bourgade, Champlay, se trouve à 14 km de Vieupoux. Notre correspondant, membre de l'Association culturelle et d'Études de Joigny, féru d'histoire essaya de résoudre cette énigme, quand il tomba sur ce site internet , et put lire la remarque ci-dessous : " La clef de voûte du sanctuaire représente un agneau couché sur une croix", or c'était justement le sujet traité de cette clef. C'est là qu'il me contacta, et m'étant rendu sur place j'ai pu en faire la photo ci-contre. Nous le remercions vivement de son initiative.

 

 


Histoire architecturale :
L'église (40m x 7,50m).
L'église qui se trouvait au nord des bâtiments conventuels fut construite à la fin du XIIème siècle, peut être avait-elle succédé à une chapelle provisoire. Elle était bâtie sur les canons grandmontains. Mais le bâtiment souffre des guerres de religion "lequel en l’année mil cinq cent soixante et huit aurait été ars et brûlé par ceux de la religion prétendue" . La nef était à vouta plana, avec abside à décrochement et triplet selon le procès de visite qui en a été dressé le 22 juillet 1655 par Paul Rebillé. Après une grande page de détails sur le mobilier sacré il écrit : " le devant d'autel en camelot rouge, étroit et tout pourri, et jetant la vue sur la voûte de l'église avons aperçu entièrement et périlleusement ruiné les murs se jetant et révulsant en dehors. De là fûmes au chapitre...". Indifférence, impuissance, ou inconscience, il est difficile de savoir que penser de cette attitude ? Peu après le prieur commendataire Joseph Didier pour obtenir le droit de faire couper le quart de réserve des bois, fit abattre la voûte de la nef. Dix ans après, le 1er mars 1664, la commission du Grand Conseil demande à Jacques Chardon aîné, notaire à Auxerre d'établir un P.V de réparation. Peu après la voûte s'effondra. Le 19 juin 1674, Antoine de Chavaroche, Abbé général de l'Ordre, fait la visite et note : " Que la voûte de l'église n'est pas entièrement achevée, que le quart d'icelle a achever abouti à la porte d'entrée, mais que les matériaux sont en place, et les échafaud tous dressés". Tout semble en ordre en 1675, la chapelle est restaurée sur les plans originels de l'ordre. Mais les réparations sont-elles mal faites ? car le 25 septembre 1742 un arrêt du Conseil d'État permet la coupe du quart de réserve pour réparer l'église car :" elle est ouverte dans le milieu de la longueur de 24 pieds (8m), et la clef de voûte est tombée. Le portail s'étant jeté en dehors et quittant son aplomb est fendu sur toute sa hauteur, avec une ouverture de la longueur de plus de trois pouces. Son piédroit menace ruine, une partie de la clef du cintre étant tombé, ont fit étayer pour éviter la chute." Puis on possède un document plus précis en 1743 établi par Louis Bertucat qui écrit dans le rentier historique : " Le prieuré de Vieupou consiste en une église voûtée qui a son sanctuaire au levant, et la porte d'entrée au couchant. Elle a 122 pieds de long (40m), et 22 de large (7,33m). Elle est toute voûtée. La voûte du sanctuaire est plus élevée que celle de l'église. La clef de voûte du sanctuaire représente un agneau couché sur une croix. Le sanctuaire est plus large d'un pied (0,33m) de chaque côté que le reste de l'église (décrochement). La nef est éclairée par six fenêtres".
Il semble donc qu'il y ait eu des transformations avec des ouvertures dans la nef. Le pignon est réparé, mais la rosace qui éclairait le nef a été bouchée. Ce sont les renseignements ultimes que nous possédons sur l'église de Vieupou. Elle fut vraisemblablement démolie après la Révolution, car elle n'apparaît plus sur le plan cadastral de 1834.
le bâtiment Est.
La salle capitulaire était voûtée par quatre croisées d'ogive dont les nervures des doubleaux venaient retomber sur un gros et unique pilier. A noter que ce pilier est toujours présent; il est couché dans le parc, à l'entrée de la propriété. Il y avait à l'étage huit cellules ayant chacune une ouverture. Ce bâtiment fut remanié lors de la réoccupation de Vieupou par l'Étroite Observance (1683), car "le dortoir était entièrement abattu, et au-dessus du chapitre il y avait une si grande quantité de terrain, qu'il y avait poussé un petit bois taillis qui avait pourri la voûte. Il n'y avait plus de réfectoire. Les religieux étaient logés dans deux cellules, fort à l'étroit, au-dessus du logement du fermier.
Le cloître était entièrement abattu, il n'en restait que la place ".
Le cloître sera reconstruit, car on peut lire lors de l'administration du bien par l'archevêché en 1785 : "L'entrepreneur démolira le cloître de Vieupou, et ses bois et tuiles seront transporté au moulin Bonnerau".
La voûte de la salle capitulaire fut démolie après la Révolution. L'exploitant voulant transformer le lieu en grange, enleva le pilier, et boucha les ouvertures, et une porte plein cintre fut ouverte pour laisser passer les tombereaux. Ce bâtiment sans grand caractère, reconstruit au début du XVIIIème siècle, fut démoli à la fin du XIXème siècle.
le bâtiment Sud
Bâtiment reconstruit également au début du XVIIIème siècle est le seul subsistant. Il est d'une architecture commune dans la région à cette époque. De grandes pièces donnant au Sud, avec un corridor les desservant au Nord. Deux caves creusées à la même époque existent sous ce bâtiment.
Histoire :
Vieupou au XIIème siècle.
Les grandmontains semblent être venus se fixer dans la région de St Maurice avant 1170. Le seigneur du lieu, Dreux de Mello, apparenté par alliance à la famille de St Étienne de Thiers avait proposé à l’ordre d’envoyer des religieux pour essayer de s’y implanter. En 1172, la région convenant aux religieux, Dreux de Mello, donna leur donna le lieu de Vieupou par la charte suivante :
“Que les contemporains et leurs successeurs sachent que moi, Dreux de Mello, et Ermengarde, mon épouse, avons donné à Dieu, à la bienheureuse Marie et aux frères de l’Ordre de Grandmont qui demeurent dans les bois situé près de Saint-Maurice tout ce que nous possédons dans une enceinte entourée de fossés. Nous avons fait cette donation avec l’agrément et le consentement de Guy de Dampierre et de Milon, son frère; de Guillaume, notre fils et de tous nos héritiers. Le seigneur Pierre, fils de Bernard, a donné aux religieux tout ce qui lui appartenait au-dessous des fossés; ce qui est approuvé par Humbaud, abbé de St Germain d’Auxerre et par tout le chapitre de son monastère. Guillaume de Bleury a ajouté tout ce qu’il possédait au même lieu. Sa femme, ses héritiers et Haton de l’Isle approuvent ce qui est fait; de même Mathieu Vanne et Étienne Putet ont accordé aux frères le cens de main ferme avec tout droit de justice; Robert, curé de Charmoy a donné aux dits frères deux muids de vin à prendre dans sa vigne de Chichery; de plus quatre setiers savoir: deux setiers de froment, un de seigle et un d’orge à prendre sur ses biens. Il a ordonné que ceux qui tiendront la susdite vigne et les dites terres paieront, comme c’est écrit, le vin et la dîme, et que ceux qui ne rempliraient pas ces conditions se verraient privés de ces biens par les frères.
Froald d’Egleny, major, avec son épouse et leurs enfants ont donné par chacun an ,deux sols et six deniers à lever annuellement à l’Épine-Blanche de Mormont, Rainard Raffard a donné aussi aux frères douze deniers annuels sur le grand moulin d’Egleny situé au pont de Saint-Maurice-le-Vieil qu’il possédait à droit de cens, Hugues Balbus a donné dix-huit deniers par chacun an sur l’épouse de Pierre le Limousin”.
Cette présence avant 1172 est conforté par les donations suivantes :
En 1170, Élisabeth, dame de Toucy, soeur de Guillaume de Toucy, évêque d’Auxerre, mère de Narjod de Toucy, donna aux “Bonis hominibus de Magno-Monte qui juxta Sanctum Mauricium la somme de 20 sols ainsi qu’un demi-muid d’orge à prendre ses biens à Champlay . Une autre donation cette même année, de 20 sols, 6 setiers de froment, 6 setiers d’orge à Cauliac est enregistrée.
Le 4 des ides d’avril 1173, Dreux de Mello et son épouse Ermengarde donnent en pure aumône pour le remède de leurs âmes, et de celles de leurs proches, leurs droits de juridiction, de coutume, de justice haute, moyenne et basse, le forestage, la gruerie, sans que personne ne puisse aller à l’encontre de ces droits. Au cas ou quelqu’un passerait outre, Dreux de Mello pria le roi de France et ses successeurs d’y veiller et de défendre les frères . En 1184, un chanoine de Sens dont la maison avait été miraculeusement préservée d’un violent incendie qui dévasta une partie de la ville de Sens donna en reconnaissance de ce miracle qu’il attribua à St Étienne, les moyens aux religieux de terminer leurs travaux .
Le 27 avril 1181, quatre frères revenus de Cologne envoyaient à Grandmont un court et triomphal message du prieuré des Bronzeaux indiquant qu'ils ramenaient "sept perles précieuses du céleste trésor...". C'étaient les corps de sept vierges martyres ainsi que diverses reliques des soldats de la légion thébaine, compagnon de St Maurice. Les tableaux provenant de Vieupou ne font-il pas allusion à un passage de ces frères à Vieupou ? En effet, Vieupou se trouve comme Macheret ou Mathons, ainsi que Charnes et Corquoy, sur le trajet de Cologne à Grandmont.
Vieupou venait d'être fondé quelques années auparavant, et le convoi allait de maisons religieuses en maisons religieuses, avec préférence évidement pour les maisons grandmontaines. C'est une hypothèse qui mérite réflexion.
Vieupou au XIIIème siècle.
Puis vinrent des dons d’hommes puissants comme Guillaume de Narbonne, seigneur de Toucy qui fit don en mars 1205 d’un setier d’avoine, d’un pré et d’un homme de Luchy pour les servir ; de son frère Patrice de Narbonne, chanoine à Auxerre, qui remet aux religieux le 26 décembre 1206, un nommé Geoffroy “serf de corps et de tête” ainsi que ses “hoirs” . En 1213, Patrice de Narbonne donnait aux religieux ses droits de dîme sur Chassy, et cela pour “le repos de son âme, celle de son frère Guillaume, et celles de leurs parents” , ainsi que les agneaux qui lui sont dus chaque année à Pâques. En 1226, Patrice de Narbonne ajouta aux précédentes libéralités les biens qu'il possédait sur Luchy. Guy de la Porte, chevalier donna deux sols de Provins de rente sur les coutumes de Chassy en 1221, puis une vigne, un peu plus tard soixante arpents de terre à Marnay. Le fils du fondateur, Dreux II de Mello, confirma en 1226 les dons de ses parents et ajouta 1/2 sommé d’huile, 60 sols, le four de St Maurice avec l’usage du bois dans la forêt de St Maurice, les droits de justice et les droits qu’il avait sur les moulins Bonreau et Pontareu, plus deux hommes libres pour pouvoir aider les religieux à gérer leurs affaires
La liste des dons reçus serait fastidieuse à énumérer. Les religieux à la fin du XIIIe étaient à la tête d’un patrimoine assez important. En 1295 Vieupou avait une communauté de huit religieux.
Vieupou au XIVème siècle
En 1317, Vieupou devint un prieuré, son premier prieur fut Guillaume Cibert . Une bulle du Pape Jean XXII en sa faveur fut promulguée le 3 janvier l’an six de son Pontificat . Deux celles lui furent annexées : Charbonnières (n°147), et Charnes (n°19), portant théoriquement sa communauté à seize membres.
L’archevêque de Sens, Philippe II de Melun, effectua en 1341, la visite épiscopale des quatorze prieurés des alentours de Joigny. Il vint à Vieupou fin octobre 1341; bien que l’Ordre de Grandmont ne relevait pas de la juridiction épiscopale, mais de la juridiction papale, . Il autorisa les inhumations des bienfaiteurs dans les églises des réguliers, mais jamais les Grandmontains n’abusèrent de cette possibilité qui était d’un très bon rapport, peut-être parce qu’ils ne reconnaissaient pas comme valable pour eux cette facilité donnée par une hiérarchie dont ils ne dépendaient pas.
Le 18 décembre 1327, le Pape nommait le premier prieur commendataire de Vieupou en la personne de Géraud des Vignes.
Pourtant nos religieux se trouvaient en butte à de nouvelles difficultés liées à la Guerre de Cent-Ans. Vieupou se trouvait malheureusement près du château de Saint-Maurice qui était le repaire depuis une vingtaine d’années d’une bande de brigands, ainsi que des “Gascoins” qui occupaient la Mothe Jocerand, près d’Egleny.
Le Roi Charles V pour secourir les communautés les avait exempté de tailles et subsides. Le Pape Clément VI contribua également a aider les communautés par la promulgation d’une bulle “Inter sollicitudines varias” le 3 des ides d’avril 1348 . Il nomma également Jean Chabrit à la dignité d’Abbé de l’Ordre de Grandmont le 11 avril 1347, et lui conserva le bénéfice du prieuré de Vieupou dont il avait été d’abord simple religieux, puis prieur . A la mort de Jean Chabrit survenu vers la fête de l’Épiphanie 1356, Étienne de Lon le remplaça jusqu’en 1388.
Vieupou au XVème siècle.
Il sera remplacé par Benoît Massé, qui dans un échange en 1406 avec Jehan Chastelain demeurant à Fleury se dénomme “humble prieur du prioré et couvent de Vieil-Poil” .
On trouve un livre de compte tenu en 1409 qui nous donne des indications sur la vie à Vieupou à cette date :
“Recettes :
Tailles à Luchy 28 sols, 2 deniers
pour 4 bichets de froment vendus à Auxerre par frère Étienne à Jean Jourdain, boulanger, chaque bichet 5 sols, soit 20 sols.
Quant aux dépenses:
Au boucher, pour avoir visité en la langue, deux pourceaux achetés pour la maison 5 deniers.
Achat d’une paire de soulier pour la mère de Monsieur le Prieur, 3 sols, 4 deniers
A une marchande de Toucy pour un quarteron de harengs 3 sols, 4 deniers.
A M le Prieur, le jour de Saint Clément, luy estant en sa chambre, présent mestre Jehan, son nepveu, d’argent comptant, 100 sols.
Payé au receveur pour avoir été à Saint-Bris, pour savoir si on aurait le vin dû, pour lui et son cheval 22 deniers.
Autre voyage à Saint-Bris d’où l’on ramène 4 poinçons de vin blanc.
Pour une livre de chandelles : 12 deniers...
Entre 1412 et 1439 il ne reste aucun document de cette époque, ce qui laisse penser à la difficulté des temps, car le fond de Vieupou à Auxerre est extrêmement important. De tous les prieurés grandmontains que j’ai étudiés c’est incontestablement un des fonds le plus riche. A cette époque, de 1429 à 1440, le prieur était Geoffroy Chérot, qui avait obtenu pour Vieupou l’exemption de toute charge à l’égard des gens de guerre .
Malgré la conjoncture difficile nos religieux recevaient malgré tout des dons. Guillaume d’Etrisy, seigneur de Bleury, fit donation d’une pièce de terre au lieu de Brechen (les Brosses) et une autre au lieu du Teillot, le 8 octobre 1439 . Mais le 9 septembre 1443 un compromis dut être passé entre le prieur Jean des Combres les religieux et lui, car des paiements d’arrérages n’avaient pas été soldés. On prit Jeannet Bertaut et Huguenin Benoist comme arbitres. Ils se réunirent le jour de “la sainte feste messire sainct Denis” et déclarèrent que les sommes dues seraient à l’avenir payées pour moitié car le nombre des religieux étaient en baisse, et que leurs biens avaient du fait de guerre perdu plus de la moitié de leur valeur. Ils ajoutèrent que les arrérages échus ne seraient pas réglés et abandonnés par les religieux .
En 1473, un religieux bénédictin de l’abbaye de St Maurice la Fougereuse, Guillaume Moreau, obtint par un indult du Pape Sixte IV, le priorat de “la domus seu grangiae de Bandolia” (Bandouille) , lequel était pourtant rattaché au chef d’ordre depuis le concile de Constance en 1415 par le Pape Martin V, ainsi que le bénéfice de Vieupou. Guillaume Moreau reçu de l’Abbé de Grandmont, Guillaume de Fumel sa provision, et prit possession de sa charge deux ans plus tard le 3 janvier 1469 .
Ce Guillaume Moreau, appelé dans ce document “prieur de Bandouille et St Maurice” prend la défense des religieux et obtint “ le 5/04/1484 et 8/01/1483, deux monitoires, contre ceux qui dépendent des biens meubles, par arrachement de bornes qui était près de la fontaine des Vignèles “.
Ce Guillaume Moreau devait décéder au prieuré grandmontain de Bandouille (n°111) le 20 décembre 1488. La communauté composée des religieux électeurs suivants : Jacques Cheney, sous-prieur et président le Chapitre, Pierre Truchard, Pierre Oger, Hugues Nargeot, Jean Jocelin et Claude Goix, fort affligée de cette perte se réuniront en assemblée capitulaire et éliront son successeur, Pierre Truchard .
En ces temps troublés les religieux de Vieupou demandèrent une exemption de privilèges dans ces termes :
“On ose même assurer que le Roi et le public perdrait à la révocation de ce privilège, car presque toutes les maisons de l’Ordre de Grandmont sont situés dans des déserts, et dans des lieux où le terrain est si ingrat, que ce n’est qu’en faveur de ce privilège qu’ils trouvent des cultivateurs et des fermiers”. Et le 14 juillet 1488, le prieuré reçoit des lettres de sauvegarde protégeant leurs biens, du roi Charles VIII, par l’intermédiaire du bailli d’Auxerre, Christophe de Pailly .
Dans un livre de compte de “recettes et dépenses” le prieur claustral Pierre Truchard, nous donne en 1492, quelques indications sur la vie au prieuré à cette époque : - Donné à Jean Platard, de Collemiers, un bichet de froment pour faire les noces de sa fille.
-Donné au barbier de Saint-Maurice, pour avoir fait la barbe aux religieux pendant un an, quatre bichets de froment.
- Donné pour la façon et fourniture de cuir de 18 paires de souliers : 100 sols, 8 deniers.
- Pour un quarteron de harengs : 4 sols, 2 deniers.
....
Le 4 avril 1499, ce prieur Pierre Truchart achète à Pierre de Jussy, 24 arpents de terre à Chassy pour la somme de 100 écus d’or à la couronne, chaque pièce valant 35 sols tournois . L’une de ces terres se trouve au-lieu-dit le Monceau-aux-Frères, et tient au grand chemin qui va de Nevers à Joigny, et par dessous au bief du moulin Bonneau.
Vieupou au XVIème siècle.
En 1514, c’est un nouveau prieur, Edmond Truchart, le frère du précédent, qui assigne au bailliage de Troyes pour le maintien de la moitié des droits de dîmes au finage d’Arcis .
En 1521, un accord intervient entre les religieux et le curé de St Maurice, le frère Odot Tridon, bachelier en théologie, et prieur de Château-Chinon fixant la redevance sur les dîmes dues au prieuré par le curé (15 bichets de grains divers) .
Le 5 octobre 1526 à la suite du décès d’Edme Truchart le 27 septembre 1526, la communauté composée de Claude Berry, prieur claustral , et les frères Simon Rouault, Claude Narjot, Jean Parly, et Jean Berry tous religieux profès, se réunissent pour élire le nouveau prieur : Simon Rouault de Fleury, bachelier en Théologie . Ce dernier décédera en 1531, et Vieupou eut un nouveau prieur commendataire en la personne de Léonard Déy, prêtre, docteur en droits, protonotaire apostolique, maître des requêtes de la Reine, chanoine d'Auch . Il fit faire son installation par procuration qu'il donna au frère Claude Berry, avec charge de gouverner en son absence . Il passe un bail à rente avec les cinq religieux, trois prêtres et deux novices à Pierre Girard, d’un demi-arpent de terre au lieu-dit Challenty, à charge d’y planter de la vigne dans les trois années qui suivront le bail. La même année il passe un bail avec quatre religieux, de biens situés à Langueron, au lieu-dit Les Champs Marens. Ce Pierre Girard ne fit pas face à ses obligations. Le 1er juin 1538, Pierre Girard n'ayant pas payé depuis plusieurs années ses arrérages, les religieux ne pouvant verser au prieur commendataire la pension qu'ils lui devaient, pressérent si fort Pierre Girard, que celui-ci entra dans une violente colére, et les religieux durent s'enfuir pour sauver leur vie. Ils portèrent plainte devant le Parlement, Girard ne se sentant pas dans une situation très confortable quitta précipitament le pays. Quelques jours après le 9 juin 1538 le Parlement demanda dans un arrêt au prieur de recevoir dans le prieuré un ancien militaire du nom de Pierre Linot, avec charge qu'il lui soit interdit "d'aller aux fêtes, noces et autres choses dissonantes à la religion" .
Les religieux de Vieupou passèrent des années très difficiles, car un nouveau commendataire qui se révélera très pernicieux fut nommé : Claude Leprince. Il était à cette époque religieux à l’abbaye clunisienne de St Germain à Auxerre. Comme nous le verrons ce dernier usa et abusa de son droit, considérant le monastère et ses biens comme ses biens personnels. De plus le prieuré sera envahi deux fois par les protestants sous son priorat, en 1562 et en 1568.
Le 3 décembre 1577, à la suite d’une procédure de la communauté voulant remplacer Leprince par Dom Claude Berry, une transaction dut être “établie entre les parties par laquelle le titre de commendataire fut délaissé audit Leprince ”.
Les religieux étaient impuissants devant tous ces malheurs. Ils ne pourront se faire rendre justice que lorsque Claude Leprince résignera sa charge en 1609, pour la transmettre à son neveu se nommant également Claude Leprince. (Il était le fils de Gaspard Leprince, grainetier au Grenier à sel d’Auxerre, et était âgé de neuf ans ! ).
La genèse de cette triste histoire nous est relatée dans le document suivant :
Le 4 juillet 1565, Claude Le Prince, prieur commendataire de Vieupou donna à Germain Narjot et Jean Moutardier , 57 arpents et demi de terres, sise à Marnay, lieudit Les grues et Chappes pour trois vies et 99 ans. Les trois vies expirées sous la charge de 50 bichets, moitié froment, et moitié seigle.
Cette redevance fut aliénée par les commissaires délégués du Pape pour la subvention de l’État au profit d’Olivier Foudriat, beau-frère dudit Claude Le Prince, qui avait épousé Edmée Le Prince sa soeur. Cette redevance fut adjugée pour la somme de six cent cinquante livres le 18 février 1577.
Pourquoi nous observons que les religieux n’ont aucunement intervenu dans cette adjudication, car ce Le Prince a géré le temporel de Vieupou comme d’un bien lui appartenant en toute propriété jusqu’au moment qu’il se défit de son bénéfice en faveur d’un neveu qui avait à peine neuf ans, choix qu’il avait fait pour avoir la facilité de continuer ses vexations sur les religieux, qui ne possédant rien étaient livrés à sa discrétion, qui était telle qu’il les laissait mourir de faim et sans vêtement. Et pour encore mieux couvrir son injustice, il se déchargeait de ce soin pour le donner à un fermier brutal, qui enchérissant sur son maître refusait tout à ses pauvres religieux, et en vint à de tels excès et maltraitements de faits qu’ils furent obligés d’avoir recours à la fuite pour sauver leur vie, et se retirèrent où ils purent, les uns chez leurs parents, et les autres chez des personnes charitables, en un mot les violences commises par ce cruel homme étaient si criantes que pour éviter la punition qu’il méritait il fut contraint de quitter le pays, et les religieux ne rentrèrent dans la maison que par l’autorité du Parlement.
Ou pouvait-être le consentement de cette communauté dans des circonstances aussi critiques, n’ayant aucune connaissance ni maniement, ni titres que le prieur avait tout enlevé après avoir forcé le coffre qui les enfermait ? Ainsi si ledit Prieur fit insérer adroitement l’aliénation du droit de reversions, ce fut pour en perpétuer la jouissance dans la famille de son beau-frère qui en était acquéreur, mais il n’a pas pu changer la disposition du bail des Narjot et Moutardier, et il n’a pu acquérir les droits que le prieur aliénait que de la même manière dont nous jouissons et sous les mêmes réserves.
On peut d’autant plus s’en convaincre que le 19 février 1595, c’est-à-dire 18 ans après l’aliénation, les héritiers de Germain Narjot et de Jean Moutardier poursuivis au Bailliage d’Auxerre par Dame Edmée Le Prince, veuve d’Olivier Foudriat pour lui être payée plusieurs années d’arrérages de ladite rente de 50 bichets déguerpirent à son profit les dites terres par acte reçu Marmerot dans laquelle est énoncé le droit de cens et de reversions tel qu’il était exprimé dans le bail à vie desdits Narjot et Moutardier et sans exception.
Les religieux de Vieupou étaient dans tous les temps si persuadés de leur droit d’ailleurs inaliénables, qu’ils payèrent en 1643, 81 livres 5 sols et les frais de poursuites pour être conservé dans leur privilège d’entrer dans les dites terres.
Ils ont toujours eu la même attention à s’y conserver notamment dans le décret formé sur la terre de Poilly en 1688 au profit du Sieur Terriat sur lequel intervint sentence du bailliage d’Auxerre qui condamne l’acquéreur à payer aux religieux de Vieupou soixante quinze livres pour lods et vente desdites terres.
Autre sentence du même bailliage du 23 janvier 1689 qui maintient les prieurs et religieux de Vieupou dans leur droit de reversions sur les pièces de terre désignées et confinées par leurs tenants et aboutissants avec un denier de cens, et condamne l’acquéreur à leur payer 29 années d’arrérages.
Par trois sentences des Requêtes du Palais du 14 janvier, 1er et 12 Mars 1690 ou avait appelé ledit Terriat de la susdite sentence du Bailliage d’Auxerre, les dites sentences confirmées par arrêt contradictoire du Parlement du 9 juillet 1691.
Par autre sentence des Requêtes du Palais du 7 juin 1701 donnée sur une nouvelle opposition formée à un autre décret de la dite terre de Poilly, la dite sentence maintient les Religieux dans leurs droits sur les dites terres des grues et Chappes.
Et enfin par sentence du Châtelet de Paris du 10 juillet 1705 donnée sur notre opposition audit décret.
Pour dernière observation on dit qu’il y a lésion des 3/4 , ce qui prouve que supposant l’aliénation du privilège de reversions cette clause serait obrept et cela serait d’autant plus vraie que le vendeur et l’acquéreur étaient beaux-frères et que comme nous l’avons démontré ci-dessus les religieux qui étaient dans la dernière vexation dans ces temps déplorables n’ont pu y faire aucune opposition surtout s’étant fait à leur insu et sans avoir requis leur consentement. Il est raisonnable que l’église se prête aux besoins de l’État, mais quand elle est obligée de donner cette marque de son attachement pour son roi, elle s’est constamment réservée le privilège de rentrer dans les biens qu’elle a aliénée à cet effet , et il ne lui est pas permis de faire autrement.
Le prieur commendataire Claude Leprince vendit en 1577, les ornements sacerdotaux . Mais il ne s’arrêta pas en si bon chemin, le 25 mai 1579, Vieupou “fut ruiné, bruslé et saccagé par les protestants”. Pour réparer ces ruines , le commendataire demanda l’autorisation de vendre 400 chênes dans les bois de son prieuré et de ses dépendances de Charbonnières et de Charnes. Il reçut les lettres-patentes nécessaires et permission de messire Lazare Vincent, maître des Eaux et forêts à Auxerre le 13 juillet 1578 . Ce qu’il s’empressa de faire exécuter, ainsi que de vendre des immeubles dont il convoitait la jouissance. Il fit acheter à vil prix des biens à Luchy, Marnay à sa soeur et son beau-frère. De plus il ne payait pas la pension alimentaire due aux religieux. Pour mettre fin à cette situation le présidial d’Auxerre rendit une sentence le 13 décembre 1587 par laquelle il ordonne le partage des revenus du prieuré de Vieupou entre le prieur commendataire Claude Leprince et les religieux représentés par Claude Berry . Mais Claude Leprince passe une transaction le 12 janvier 1588 avec Claude Berry et les religieux Edme David, Claude Jolibois, Laurent Guenot et Jean Gras, par laquelle le prieur commendataire augmente la pension des religieux pour leur alimentation et leur vestiaire, mais se considère déchargé des 30 écus qu’il doit au titre des réparations et se considère déchargé de cette obligation . Ce qui dispensa notre commendataire de faire les réparations nécessaires. Il se contenta de consolider les murailles lézardées de l’église, et fit refaire les chambres qu’il occupait lors de ses séjours à Vieupou.
Sentant qu’il ne pourrait pas continuer à jouir de son bénéfice, il trouve la parade en résignant en faveur de son neveu âgé de neuf ans. Cela lui permettait de continuer à s’occuper des affaires de Vieupou durant la minorité du prieur. L’autorité royale informée essaya de contrer ce stratagème, car le 12 mai 1579, le roi Henri III demande par lettre à son ambassadeur romain Babin, et au Cardinal d’Este, protonotaire en mes affaires en cour de Rome, d’intervenir auprès du Pape pour faire nommer François Chrétien, prieur commendataire de Vieupou à la place de Leprince. Mais François Chrétien soit refusa, soit décéda avant d’être nommé, et Leprince resta en place.
Heureusement nos religieux trouvent auprès de leur entourage des réconforts. Le 28 avril 1593, Vincent Jolibois, prêtre, demeurant à Lindry, “donne aux religieux une maison et des héritages audit lieu pour être participant aux prières, oraisons et autres oeuvres pieuses qui s’exercent au couvent de Vieupou”.
Vieupou au XVIIème siècle.
Le 4 janvier 1604, un monitoire est rendu contre ceux qui ont volé les meubles donné par Vincent Jolibois aux religieux : Edme David sous-prieur, Laurent Guenot, Étienne Bernier, Jean Moreau et Guillaume Moreau .
Lors de la visite du R.P Jean Pasquier, Prieur de Boulogne et visiteur général de l’Ordre, le 3 août 1607, les religieux se plaignent auprès de lui de ne pas avoir reçu leurs pensions du prieur commendataire. Exploit et procédure sont introduites contre lui . En marge du document un religieux a écrit : “On voit la manière tyrannique du prieur commendataire”.
Puis le 13 juin 1605 on dresse un procès-verbal de l’état des ruines du prieuré :
Visite des ruines du prieuré de Vieupou
“Ce jour d’hui treizième jour de juin l’an mil six cent et cinq, ce sont adressé par devers nous Pierre Puthoys, juge en garde en la prévôté de Notre-Dame de Vieupou pour les dévotes et religieuses personnes les frères religieux, prieur du couvent dudit Vieupou. Iceux religieux, prieur et convers étant assemblés en leur chapitre pour conférer de leurs négoces et affaires assisté de Maître Jean Moreau, leur procureur fiscal audit lieu et faisant représentant la plus grande et saine partie de ceux religieux et convers à savoir religieuses personnes frère Edme David, sous-prieur, Philbert Hedot, Laurent Guenot, prestres, Etienne Bernier et Jean Moreau, profès en personne, lesquels nous ont dit et remontré que depuis peu de temps en ça ils ont été avertis que l’Assemblée générale du Clergé de France se doit faire en la ville de (laissé en blanc)pour aviser du temporel dudit clergé décimes et autres choses qui seront délibérer à la dite assemblée et d’autant que des quarante cinq ans grandes démolitions seraient arrivées tant aux bâtiments et constructions monastiques de ce lieu du prieuré de Vieupou que es terres, vignes même avoir été absine dès ce depuis iceux temps la plus grande et saines partie des terres moulins avec leurs bâtiments et constructions pour le paiement des décimes et impositions a eux insupportables et qui peuvent être inconnues à leur assemblée nous requérant suivant la requête avons présenté que nous ayons à nous transporter tant sur les bâtiments, vignes que terres pour connaître des dites démolitions et ruines, afin d’en faire remontrance a ladite assemblée et eux pourvoir ainsi qu’ils verront et devront pour obéir à laquelle requête et suivant icelle nous estant en ce lieu du prieuré avons dit que notre office il sera pris prud’hommes pour procéder en notre présence et de notre greffier à ladite visitation et attestation des dits biens immeubles par iceux religieux vendus à cet effet avons mandé venir Jean Hardouin l’Aisné, laboureur demeurant à Bleury, paroisse de Poilly, âgé de soixante et douze ans ou environ, Edmond Gruat, marchand, demeurant à St-Maurice, âgé de soixante douze ans ou environ, Jean Machavoine, vigneron, demeurant en la Levée, paroisse de St Maurice Thizouaille, âgé de soixante et trois ans ou environ, Baptiste Auger, vigneron, demeurant au dit lieu de la Levée, paroisse dudit St-Maurice Thizouaille, âgé de soixante sept ans ou environ, Pierre Baron, marchand demeurant à Bleury, paroisse de Poilly âgé de quarante huit ans ou environ, lesquels après le serment par eux fait nous ont dit et remontré avoir visité l’église de ce dit lieu, laquelle était vers ledit temps de quarante cinq ans bien et convenablement ornée ou il y avait un clocher, lequel en l’année mil cinq cent soixante et huit aurait été ars et brûlé par ceux de la religion prétendue à cause de quoi ont été et sont encore de présent les piliers et engins de cette église grandement détériorée même qu’une voûte qui était à coté du soleil couchant, laquelle serait pour supporter le pan dudit coté a été abattue et détérioré, demande qu’elle soit réédifier avec les engins ils ne sont en bref réédifier et réparer la toute d’icelle église est en danger de tomber d’autant inclure que de sa présent ladite voûte d’icelle église est fendue et se sépare comme aussi le pignon du coté du midi est séparée dans ladite voûte ayant une grande fente qui va jusqu’au pied du fondement de la muraille dudit pignon par faute que lesdits engins qui le supportent sont détériorés ne sont suffisant comme il est dit ci-dessus ou du aussi ledit cloître dudit Vieupou du tour en ruine et descouvert plus on visité le dortoir ou logis où sont les chambres desdits religieux de ce lieu lesquels sont semblablement détérioré en ce que les engins qui les supporte ne sont pas entretenu de couverture et sont fort détérioré de la maçonnerie Item et plus autre ou semblablement visité le grand corps de logis dans le prieuré lequel ne se peut soutenir lui aussi les engins qui le supporte ne sont semblablement réparer et entretenu comme aussi ils nous ont dit que dans longtemps mesure de ladite année soixante huit, un grand corps de logis qui consistait en une chambre basse en forme de salle et une icelle une chambre haute aurait été ars et brûlée ce qui incommode beaucoup ledit prieuré pour ce que ledit logis sont d’un coté le grand logis ci devant déclaré outre on dit rapporter qu’audit prieuré il y avait une grande grange de la longueur de quinze ou seize toises, de largeur de sept toises, qui aurait été ars et brûlée, qui n’a depuis été réédifiée. Semblablement dans la cour de devant lesdits logis il y avait un grand pressoir, lequel aurait été semblablement ruiné et brûlé de telle façon qu’il n’a était depuis aucunement réédifié, ou du rapport davantage avoir vu ledit lieu du prieuré de Vieupou être entouré environ de murs en hauteur ordinaire de dix pieds avec deux portails, l’un devant du logis qui était planté du coté du mur d’orient, et l’autre du coté du mur occident estant garnies de portes ferrées et ferrures qui fermaient à clef. De présent sont-elles ruinées qu’il n’y a ni portes n’y portails.
Ils ont visité susdit rapporté icelle avoir été grandement diffamés par la grêle advenu dès le samedi 7 Mai dernier, de façon qu’action que l’année dernière il y avait été recueilli en la privé 70 muids de vin, ou on dit pouvoir recueillir 2 muids pour ce que les deladit pièce de vigne auront mises par bas rabattu par ladite grêle semblablement se sont les dits prud'hommes transporter chez notre préfet... notre greffier sur une perte emblavée de froment, méteil et seigle qui ont aussi grêlé ny pourra-t-on renouveler les semences ruynament au seigle qui étaient très avancé qui ont chu par terre sans espoir de pouvoir recueillir autre chose que la semence. Nous ont dit rapporté lesdits Gruat Hardouin et Auger être mémoratif que dans ledit temps de quarante cinq ans compétent appartenant audit religieux prieur convers le montre appelé le moulin des Bordes assis et situé en la paroisse de Poilly qui était le grand revenu même par chacune semaine de trois boisseaux qui rendaient par an a soixante dix huit bichets. Nous ont dit et rapporté savoir qu’audit finage de Poilly leur compétence appartenait cinquante sept arpents de terre assis au finage de Poilly au lieu de la Fontaine aux Grues et Les Chappes qui auraient par ci devant été vendu et aliéné du domaine du prieuré de Vieupou et aussi quatre arpents de terre assis sur le finage dudit Poilly lieudit le Carrouer de Poilly autre héritage dont à présent ils ne sont mémorable a savoir aussi qu’audit religieux et couvent competon appartenait ancien droit de prendre par chacun an la quantité de vingt quatre bichets de blé froment sur le moulin maîtrise assis au finage de Chassy qui aurait été vendu et aliéné à Charles de Cheury
Au présent procès-verbal pour leur faire valoir lieu ainsi que de raison, ainsi signé au fin Puthoy Juge du prieuré, Moreau, procureur des Religieux
Collationné à l’original en papier exhibé a fin rendu Jean Moy notaire royal soussigné le vingt-neuvième jour de Juin mil cinq cent soixante dix en présence de M Jean-Jacquart Intendant des affaires de Mgr le Comte à faire demeurant auprès M Antoine Jouanneau au bailliage et siège présidial d’Auxerre u demeurant estant depuis à Vieupou témoins l’original demeuré par devers Messire Charles de Cumes de Préfontaine, prieur commendataire de Vieupou et encore en présence de Dom Augustin Durand, prieur claustral dudit Vieupou. Les an et jour que dessus
signé Cumes de Préfontaine - Durand - Jacquot - Amerat - Sauguenet.
Devant ce tableau désolant on pouvait penser que le prieur commendataire s’en serait ému. Il faudra le contraindre d’abord en 1611 dans une transaction qui ne semble pas avoir été respectée, car le 30 août 1615, une autre transaction est passée :
“par devant les notaires et gardes-notes du Roy, notre Sire, au Châtelet de Paris, furent présent en leurs personnes M Claude Leprince, prieur commendataire du prieuré conventuel N.D de Vieupou, ordre de Grandmont, diocèse de Sens, demeurant en cette ville de Paris, rue Saint-Jean de Latran en la maison de Jehan Colatvan de la maison du vieux Pibel, marchand-libraire à Paris d’une part, et Frère Étienne Bernier, religieux, sous-prieur du prieuré de Vieupou, tant pour nous que comme quoi faisant et portant fort des autres religieux...”
Comme pour la précédente le prieur commendataire fait le mort, ou tout au moins il fait établir un plan et un rapport par le sieur Tissier, charpentier en 1617 . Le 20 Novembre 1620 un procès-verbal des réparations à faire est établi à la requête des quatre religieux y demeurant, contenant la plainte desdits religieux contre M Claude Leprince, de faire faire les réparations. On procède à l’adjudication au rabais des travaux a exécuter pour le prix de 1.500 livres. Mais le prieur commendataire ne faisant rien, il faudra attendre que l’Abbé général Rigal de Lavaur demande exécution de cette transaction par un arrêt du Parlement rendu contre Leprince le 14 août 1624. Entre temps Claude Leprince demande au bailliage d’Auxerre le 7 août 1619 une sentence interdisant aux religieux de Vieupou de recevoir aucun novice ou religieux sans qu’il soit présenté par lui. Un arrêt du Parlement de Paris annulera cette sentence le 14 août 1624, et “le dit arrêt disant que c’est à l’Abbé de Grandmont de permettre de recevoir des novices “.
Claude Leprince doit sentir qu’il ne peut plus continuer a exploiter sans vergogne son bénéfice, il résigne en faveur de Jean Guérin. Mais le frère Hugues Betoullaud, religieux de Vieupou présente une requête le 17 juillet 1623 au prévôt pour vice de forme de cette prise de possession car : “Jean Guérin aurait pris possession sans avoir été pourvu en Cour de Rome, ou par nomination du Roi “. Le 8 juillet 1625, dans ses conclusions M le Procureur général du Parlement rend une sentence au profit de M de Lavaur, Abbé de Grandmont, et des supérieur et religieux de Vieupou contre M Claude Leprince, prieur commendataire. N’ayant pu passer la main au sieur Guérin, Claude Leprince se maintient dans son bénéfice, il passe une transaction en 1627 et 1629 avec le seigneur de St Maurice, le sieur Bénigne du Ruel, et les religieux Étienne Bernier, sous-prieur, Mathurin Leroux, Thomas Boileau, et Nicolas Theveneau sur plusieurs pièces d’héritage d’un moulin. Claude Leprince décédera en août 1631. Le bénéfice étant vacant, l’Abbé de Grandmont François de Tautal, après son ”joyeux avènement” le 15 avril 1631, profita de son privilège de nominations aux quatre premiers postes vacants, pour nommer le 26 août 1631, un successeur à Claude Leprince, ce fut un grandmontain, Antoine de Chavaroche.
Antoine de Chavaroche était supérieur du Collège Mignon, et il deviendra après son priorat à Vieupou le 22ème abbé de l’Ordre; c’est dire si c’était une personnalité marquante de l’Ordre qui fut nommé. Voiture dira de lui : “N’est-ce pas là un vrai Bonhomme et un bon religieux, de bonnes moeurs, de bon esprit et de bon sens? “. Antoine de Chavaroche prit possession de son bénéfice le 12 octobre 1631 en présence des quatre religieux y demeurant : Étienne Bernier, supérieur, Pierre Herbin, Michel Bazire, et Charles Courtin . L’abbé général François de Tautal vint à Vieupou faire sa visite le 26 octobre 1632 . Il donna ses instructions pour que “la régularité fut continuée de la manière accoutumée”. Le roi Louis XIII oubliant le privilège de l’Abbé de Grandmont nomma un commendataire à Vieupou en la personne de Raoul Favier. L’abbé François de Tautal interjeta appel à cette décision, et le conseil privé du Roi dans un arrêt de 1634, maintint M de Chavaroche, prieur de Vieupou comme légitimement pourvu par M de Tautal, Abbé de Grandmont, en vertu de son privilège .
Il restait à remettre Vieupou en état. Le 24 octobre 1638 M de Chavaroche vends 4.000 chênes de la forêt de Charnes pour la somme de 2.100 livres. Dans un état de déclaration des revenus du prieuré le 15 juillet 1639 aux commissaires généraux députés par le Roi, Antoine de Chavaroche déclare : “que le prieuré n’a fait aucune acquisition depuis l’année 1520, et qu’il ne lui a été donné aucun fonds, ny héritage depuis l’année 1520, sinon une maison, trois arpents de terre et une vigne au finage de Lindry donné audit prieuré par défunt Vincent Jolibois en l’an 1593, le tout affermé à Maurice Genévrier, vicaire dudit lieu de Lindry, suivant bail passé le 11 mai 1626. Depuis lequel bail la maison a été brûlée en 1638 “. Antoine de Chavaroche fit verser la pension abbatiale de 40 livres, le 12 mars 1639, à François Girard, Procureur de l’abbé Georges Barny , se mettant dans la ligne la plus orthodoxe d’un prieur commendataire. Par la suite l’Abbé recevra régulièrement sa pension. Ce fut une des époques les plus fructueuses pour le prieuré, mais Antoine de Chavaroche à la suite du décès de l’Abbé Georges Barny, devait être élu Abbé après de nombreuses péripéties, dont voici la genèse. Le surlendemain de la mort de Georges Barny les conventuels avaient élu Étienne Colin alias Talin, docteur en Sorbonne, prieur de Badeix, sans réunir tous les religieux, ce qui était contraire aux Constitutions. Albert Barny, le frère du défunt, et Procureur général de l’Ordre, qui n’était pas présent à la première élection, fit assembler de nouveau les religieux le 9 Juillet 1654, et c’est là que fut élu Antoine de Chavaroche. Mais le 27 juillet les visiteurs ayant délibéré sur la validité des deux élections approuvèrent celle de Dom Talin. Ce dernier reçu les insignes de sa charge (rochet, camail, croix pectorale) fut conduit à l’église de Grandmont où il reçut la soumission des religieux. Mais Antoine de Chavaroche ne se tint pas pour battu, et interjeta appel devant le Grand Conseil. Ce dernier cassa l’élection de Dom Talin le 8 octobre 1654. Louis XIV nomma M de Champigny, maître des requêtes pour que l’élection fut faite dans les formes observées dans l’ordre de Citeaux ! Tous les religieux profès de l’Ordre furent assemblés le 30 novembre 1654, et Antoine de Chavaroche fut élu . Il obtint du Pape Alexandre VII le 8 des calendes de mars 1655, l’autorisation de jouir, pendant dix ans, des revenus de Vieupou. Pendant cette période transitoire, Paul Rebillé fut nommé sous-prieur (ou supérieur claustral de Vieupou, son titre change suivant les documents). Il est envoyé le 22 juillet 1655 dans son nouveau prieuré, mais certaines réticences se font jour :
“Jésus - Marie - Étienne.
Nous frère Paul Rebillé, religieux, prêtre, profès de l’ordre de Grandmont à tout ceux qui ces présentes verront séant faisons que le mercredi vingt et unième juillet par une commission au vicariat de révérendissime Père en Dieu Dom Antoine de Chavaroche, Abbé et Chef général dudit ordre de Grandmont en date du (blanc) Mars Mil six cent cinquante cinq nous nous sommes transportés au prieuré de St Maurice alias de Vieupou accompagné du révérend Père Hugues Verger, prieur claustral de Notre Dame de la Faye, province de Nevers, et de Révérend Père Michel Duplex, religieux dudit La Faye résident à (Fontenet) St Marc, membre dépendant dudit la Faye. Et le lendemain jour de Ste Marie-Magdeleine nous sommes présenté accompagné comme dessus devant la porte du chapitre aux religieux séant au Père Nicolas Theveneau, prêtre, profès, et conventuel dudit lieu de Saint Maurice, et Père Jean Chabanne, religieux prêtre profès dudit ordre aussi conventuel dudit lieu auxquels nous avons présenté l’ordre et pouvoir de notre dict Révérendissime vicaire général auxquels obéissant ils nous ont reçu, admis et reconnu pour leur légitime supérieur et promis en cette qualité nous obéir excepté ledit P Theveneau qui a dit ne nous reconnaître pour administrer le temporel attendu qu’il estime notre pouvoir être limité en ce point et a protesté ne se vouloir porter de l’administration d’iceluy qu’au préalable il n’ait vu pouvoir plus express. En foi de quoi nous avons signé ci présent le jour que dessus vingt deuxième juillet mil six cent cinquante cinq.
---------------
Le lendemain vingt deuxième juillet 1655 suivant notre devoir et pouvoir, accompagné du Père Jean Chabanne, sommes allés à l’église visiter et voir l’état d’icelle, et après avoir fait notre prière avons visité le très saint et auguste sacrement de l’autel, que nous avons trouvé reposant dans un petit coffret garni de pierreries communes dans lequel de tout temps il a accoutumé de reposer. Iceluy coffret dans un petit tabernacle de bois fermant à clef ouvragé et garni de quelques figures de chérubins, et petits piliers tournés, couvert d’un pavillon de camelot rouge étroit et usé. N’y ayant point trouvé les saintes huiles, n’y même de vaisseau pour les y mettre, enquis s’y elles étaient en quelqu’autre lieu, on nous a dit qu’on n’avait pas accoutumé les avoir, mais seulement qu’en on avait besoin on les faisait parvenir de la paroisse. Avons seulement trouvé un petit morceau de cuivre en forme d’écusson, qui semble avoir été détaché d’une autre partie plus grande y ayant deux petites branches qui s’esglandent par le haut de la longueur, d’ampoules, de linge de doigt. J’ai vu enveloppé de taffetas rouges et plusieurs autres petits morceaux de pareil taffetas aussi pliés et enveloppés au susdit morceau de cuivre, lesquels semblent avoir été les enveloppes de quelques saintes reliques, desquels il n’y a aucune partie. Le tout lié avec une aiguillée de fil à coudre, enquis que savoir, on a dit qu’on ne savait, et qu’on ne l’avait pas su autrement. Nous l’avons laissé au même lieu saint.
Avons trouvé l’autel dûment garni de nappes, un petit cadre de menuiserie au devant paré d’un devant d’autel de camelot rouge était tout pourri. Ce que l’on dit être à cause de l’humidité du lieu, et de quelques autres images de papier, et voyant une lampe sans lumière devant le Saint Sacrement, enquis s’y on n’y avait pas ordinairement du feu, ayant été répondu que non, avons eu l’acquit de notre devoir commandé qu’icelle être allumé pour faire désormais incessamment en la position du St Sacrement.
Ensuite sommes allé à la sacristie où il y a une petite paire d’armoires dans laquelle avons trouvé une petite croix d’argent doré garnie de pierres communes enveloppé d’une toile de taffetas rouge toute décolorée, sise sur un pied portatif de cuivre doré et émaillé, dans laquelle croix on nous a dit qu’il y avait de la vraie croix de Notre-Seigneur Jésus-Christ, sous une vitre, et en outre est garnie de plusieurs autres saintes reliques dont les noms sont inscrits en vieilles lettres sur la croix même. Plus avons trouvé un calice d’argent, le dedans de la coupe et la patène doré, enfermé dans un étui, plus un d’étain, un grand missel, et un moyen icelle. Cinq chasubles, dix coules de l’église garnie d’étolles et manipules blanche d’étoffe de fil à grand feuillage de laine rouge et les quatre autres de camelot aux six voiles de taffetas excepté la violette qui n’en n’a point, plus six aubes et six amicts. La plupart tout usé. Huit nappes d’autel y compris les quatre qui sont sur les deux autres. Trois couvertes, une blanche, une rouge et l’autre verte garnies de pa et corporaux. Est aussi dans la sacristie une grande croix de cuivre étamée pour porter en procession dont l’un des bras est rompu et la pomme qui est au bout de l’autre aussi dessoudée. Un encensoir de cuivre, deux petites chopinettes d’étain servant à l’autel, de là nous sommes retourné au choeur ou nous avons trouvé quatre grands antiphonaires, savoir deux pour chaque lampe, un graduel de pareille grandeur deux grands psautiers tout usé deux bréviaires l’un in folio. L’autre in quarto, deux processionnaux, un rituel Romain, et un martyrologe. De là sommes allés à une petite chapelle enfermée de balustrades de bois au-dessous de la porte du cloître et du même coté qu’on nous a dit être Sainte Apolline, en laquelle au-dessus de l’autel il y a une image en relief de Notre Seigneur. L’autel est garni de nappes parées de quelques images de papier, et le devant d’autel en camelot rouge, étroit et tout pourri, et jetant la vue vers la voûte de l’église avons aperçu entièrement et périlleusement ruiné les murs se jetant et révulsant en dehors. De là fumes au chapitre qu’avons trouvé embarrassé de fagots et de bois de chauffage, enquis pourquoi on se servait ainsi de ce lieu, il a été répondu que c’était manque d’autre (endroit), et là sommes entré au cimetière qu’avons rencontré en mauvais ordre, y ayant force vidanges et servant indifféremment de décharge, n’y ayant pas de lieu commun dans la maison. Après la prière faite pour les morts, nous avons défendu en effet pareillement à l’avenir, recommandé y avoir dressé une croix, de là sommes rendu au cloître que nous avons trouvé n’être point carrelé et couvert de paille sur trois cotés. De là sommes montés au dortoir que nous avons trouvé fort irrégulier et malpropre. Les chambres beaucoup irrégulières de différentes grandeurs. La cuisine étant au milieu qui sert de réfectoire et de laquelle on entre dans une chambre du dortoir à présent habitée par le Père Chabanne, Laquelle avons trouvé garni de lit, tables, escabeau et une petite cassette fermant à clef. Le lit garni de paillasse, couette et coussin de plumes, deux couvertures, l’une fort usée, l’autre assez bonne et un ciel tour de lit peint. De l’autre coté de la maison, cuisine y a aussi une petite chambre, dans laquelle il y a un châlit couvert d’un coussin de plume, couverture blanche assez bonne, table et une vieille chaise. A coté d’icelle il y a deux autres petites chambres dans lesquelles il y a un lit garni de paillasse couverture et coussin de plume. de deux couvertures, l’une verte l’autre blanche entièrement usées, dans lequel lit un vieux coussin. Dans l’autre chambre il y a un vieux châlit non garni à coté est la tour.
De là sommes allés à l’autre bout du dortoir dans une chambre qu’on nous a dit être la grande chambre où il y a deux lits. L’un moyen et l’autre petit. Le moyen garni de rideaux autour du lit rouge à la façon ancienne et tout usé, de paillasse couette et coussin de plume et d’une couverture bien usée. Le petit garni d’un tour de lit de serge violette de paillasse matelas couette et coussin de plumes, et une petite couverture blanche assez bonne avec le fauteuil de même garniture. La chambre garnie d’un grand coffre et d’une petite paire d’armoires dans lesquelles se sont trouvé les livres ci-après nommé. Il y a encore dans la dite chambre quatre grandes chaises de bois à bras, et quatre moyenne sans bras et une petite, une table de menuiserie à la façon ancienne et six escabeaux de bois qui se logent dessous, plus un petit buffet auquel il y a une petite fenêtre dont la serrure s’est trouvée levée la clef étant rompue. Une petite paire de chenets de cuivre tout brûlé. De là sommes allé à la cuisine où il y a un grand coffre que l’on dit être celui du linge, et un moyen où l’on met le pain, Une grande paire d’armoire dans lesquelles se sont trouvé dix huit grands plats, six grands, six moyens et six un peu plus petit, onze assiettes, deux écuelles à oreilles, un vaisseau de trois chopines a tenir le vin et une aiguière couvert le tout posant plus il y a dans la cuisine une paire de gros landier de fer et fonte une crémaillère, une paire de grandes rôtissoires de fer, deux lèchefrites, une poële de fer, dix pincettes, deux poëles à frire, un gril, deux grands chandeliers de cuivre et deux petites lampes qui se mettent dedans, deux marmites de fer de fonte et leurs couvercles, une grande chaudière d’environ un seau et demi, une petite d’un demi-seau, un petit chaudron, un coquemar de cuivre rouge, deux réchauds, une petite passoire de cuivre, un fusil de chasse
------------------------
Comme le jour Saint Laurent, 10 août, le Père Nicolas Theveneau reconnaissant ce manque faisant refus de nous reconnaître en ce qui concerne le temporel a protesté du contraire et s’est départi de l’administration d’iceluy, nous mettant en mains les obligations ci après nommées. Ensemble cinq clefs dont l’une est de la tour dans laquelle il y a un salon au fond duquel il y a encore un lit de gâté. Une autre d’une chambre dans laquelle il y a environ trois boisseaux de blé et un lit garni de paillasse, couette, et coussin de plume, et couverture bleue usée. Celle de la cave dans laquelle il y a deux muids de vin. Une audit coffre du linge dans lequel s’est trouvé trois douzaines de serviettes, dix chemises, vingt et un linceuls, six essuie-mains. ”.
Le frère Paul Rebillé finira par s’imposer et ses religieux n’eurent pas à se plaindre de leur nouveau supérieur. On trouve dans un acte notarié le contrat suivant :
“18 avril 1662 - Marché par lequel Étienne Thibault, boucher, s’engage à fournir à dom Paul Rebillé, supérieur de N-D de Vieupou, chaque semaine jusqu’au prochain mardi gras, toute la viande qu’il faudra pour le couvent, bœuf, et mouton le samedi et veau, selon qu’il en sera requis, à réserve du jeudi, au prix, quelque soit la viande, de 3 sols, 6 deniers.
Ce fut peut être sa dernière action car le frère Paul Rebillé avait demandé à être déchargé de sa fonction le 4 avril 1662 . Un nouveau prieur commendataire, Dom Joseph Didier, prêtre, religieux profès de l’Ordre, fut pourvu par le Pape le 5 septembre 1664. Il prendra possession de son bénéfice le 25 février 1665 . Mais ce dernier cherchant un prétexte pour vendre les bois de haute futaie d’une annexe, prétexta la ruine des lieux réguliers. Ayant trouvé une forte opposition à son projet, il imagina pour obtenir des lettres-patentes nécessaires, de faire abattre la voûte de l’église. Par ce moyen il put obtenir la permission de vendre les bois . Il ne profita pas de l’argent, car il décédait en 1668. Il sera remplacé par dom Jacques Bertaut, prêtre du diocèse de Bayeux, vicaire général de la Nouvelle France, nommé par le Roi le 5 avril 1675 . Mais ce dernier aura des difficultés pour se faire accepter par la communauté.
L’état des bâtiments était donc préoccupant, des travaux avaient bien étaient entrepris sous le priorat de Dom Antoine Chavaroche, tant aux bâtiments conventuels qu’à l’église. Mais l’argent des bois vendu par Joseph Didier fut volé (25 à 30.000 livres ) par le sieur Nigot et ses comparses, et il fallut emprunter 4.000 livres pour continuer les travaux, somme qui fut avancée par l’architecte et entrepreneur à Auxerre, Me Antoine Clément.
Dom Antoine de Chavaroche ne perdit pas de vue Vieupou. Il vient faire une visite le 19 juin 1674 . Premièrement pour faire accepter par la communauté le nouveau prieur, Jacques Bertaut. La contestation fut portée devant le Parlement, qui par arrêt du 5 avril 1674, confirma l’installation du nouveau commendataire. Celui-ci prit possession de son bénéfice le 11 juin, quelques jours avant la visite de l’Abbé. Puis ce dernier après visite des bâtiments se rend compte de leur délabrement :
“Nous frère Antoine de Chavaroche, Abbé de Grandmont, nous avons trouvé qu’une partie des bâtiments ont besoin de réparations, que la voûte de l’église n’est pas entièrement achevée, qu’il y a encore le quart d’icelle a achever aboutissant à la porte extérieure de l’église. Les matériaux pour la perfection d’icelle étant en place et les échafaud tous dressés. Que ladite église a besoin d’être carrelée, qu’il est nécessaire d’y faire un balustre de menuiserie pour faire la séparation du choeur de la nef. Quant aux deux chapelles il y manque deux autels qui y sont nécessaire, comme aussi des balustres et portes pour les fermer. Que la moitié ou environ de la muraille du dortoir du coté du jardin menace ruine, laquelle il est nécessaire de réparer au plus tôt, de réparer les trois dernières chambres du dortoir qui sont porté sur ladite muraille, et encore il y a un coté du cloître qui menace ruine, qu’il est nécessaire de réparer. ” Les religieux disent à leur Abbé que le prieur commendataire Dom Joseph Didier avait passé un marché pour refaire la muraille de l'église moyennant la somme de deux cents livres, et que le sieur Nigot, bourgeois de la ville d'Auxerre, leur devait la somme de trois mille livres pour le reste de la vente des bois de haute futaie du prieuré de St Jean les Bonshommes. En cas de refus de ce dernier de payer l'abbé de Chavaroche leur permet de le poursuivre en justice
Le Père Charles Frémon ajoute que lors de son installation le 19 mars 1683, le dortoir était entièrement abattu, et au-dessus du chapitre un petit bois-taillis avait poussé sur la voûte . Il n’y avait plus de réfectoire. Les religieux étaient logés dans deux cellules, fort à l’étroit, au-dessus du logement du fermier. Le cloître était entièrement abattu .
Les travaux seront exécutés, et leur réception sera faite en 1681 .
Le 24 novembre 1675, une transaction est passée pour résoudre des différents entre Jacques Bertaut, prêtre, vicaire général de la Nouvelle-France, et prieur commendataire du prieuré conventuel de Vieupou d’une part et M l’Abbé de Grandmont représenté par Dom Alexandre Frémon, prieur de N-D du Parc à Rouen et vicaire général et Dom Augustin Durand représentant la communauté. Jacques Bertaut déclare “qu’il n’y a plus depuis un certain temps de communauté de quatre membres, mais qu’à la mort du dernier prieur en 1674, il n’y a plus qu’un religieux, et que le peu de revenu ne peut soutenir un plus grand nombre. Les grandes charges dont il est accablé, et l’état ruyneux des bâtiments d’iceluy et de ses annexes ne lui permette pas d’entretenir plus de deux religieux”. On convient que pendant dix ans il n’y aura que deux religieux afin de diminuer la mense et permettre ainsi au commendataire de faire les réparations nécessaires! Dans le même acte le commendataire est tenu à payer annuellement 400 livres en argent et par quartier aux deux religieux. En contrepartie le commendataire a droit de jouissance d’une chambre à l’extrémité du dortoir conventuel
Voici le texte de l’acte :
24/11/1675.
“Sur le différent d’entre M Jacques Bertot, prestre, vicaire général pour la Nouvelle France, et prieur commendataire du prieuré de Vieupou, ordre de Grandmont, diocèse de Sens d’une part.
et le Révérendissime Abbé de Grandmont, chef général de l’ordre représenté par Dom Alexandre Frémon, prestre, prieur claustral de Grandmont près Rouen, son grand vicaire général, et les religieux du couvent dudit Vieupou, stipulant par Dom Augustin Durand, leur prieur claustral d’autre part,
Disant lesdits Révérendissime Abbé et Religieux que de tout temps immémorial il y a eu audit prieuré de Vieupou une communauté du moins de quatre religieux, mesme pendant que ledit prieuré a été possédé en commende, comme ils l’ont justifié par grands nombres d’actes authentiques, et qu’ainsy ledit Sieur Bertot ne se peut plaindre n’y empêcher que pareil nombre de religieux y soit entretenu, et qu’à cet effet le tiers des revenus dudit prieuré leur soit adjugé, et que pour le jugement du différent, les parties soient renvoyées au Grand Conseil sur les conclusions de la requête par eux présentée au Roy.
Et le dit sieur Bertot disant au contraire qu’il est en justifie par plusieurs pièces, spécialement par deux procès-verbaux des (dates laissées en blanc!)
dernier desquels a été fait en présence des religieux que lors de la mort du dernier prieur arrivé en juillet 1674, il n’y avait qu’un religieux, et que ledit prieuré quant à présent n’en peut soutenir un plus grand nombre, vu le peu de revenus dudit prieuré, les grandes charges dont il est accablé. D’ailleurs en l’état ruyneux des bâtiments d’iceluy et de ses annexes de Charbonnières près Avallon, et de Charnes près de Sancerre dans lesquels il convient de faire faire le service divin accoutumé. Qu’à l’égard des bâtiments de Vieupou les ruines sont si grandes qu’il n’y a apparence que de vie d’homme les église, lieux réguliers, maison priorale, et de la ferme y puissent être rétablis particulièrement si on n’y entretient communauté de religieux même en y employant les sommes qu’on dit rester entre les mains du dépositaire de l’argent provenant de la vente des bois de Charbonnières qui coûteront peut être plus à retirer qu’il n’y aura de fonds, lesquelles contestations ayant été portées devant le Roi et renvoyé par sa Majesté à Mgr l’Archevêque de Sens, diocésain de Vieupou, avec les requêtes des parties et pièces justificatives. Ledit Seigneur Archevêque aurait proposé de terminer leur différent à l’amiable à quoi acquiesçant ils auraient savoir le dit Sieur Bertot sous le bon plaisir du Roi, et Frémon et Durand aussi sous le bon plaisir du Roi et de Révérendissime Abbé Général transigé en la manière qui ensuit.
C’est à savoir qu’il n’y aura pas audit prieuré pendant dix ans à compter de ce jour qu’un ou deux religieux au choix et disposition dudit Révérendissime Abbé de Grandmont auquel et auxquels religieux le dit Sieur Bertot ne sera tenu de bailler que quatre cents livres en argent payable de quartier en quartier par avance dans ledit prieuré Vieupou.
Et ce pour donner moyen audit sieur Bertot de faire achever incessamment les réparations conformément aux lettres-patentes du Roi jusqu’à concurrence des sommes de deniers qui ont été consignées entre les mains du sieur Moreau par le sieur Nigot, bourgeois d’Auxerre, qui y sont encore restantes de la vente des bois dudit lieu de Charbonnières acheté par ledit Nigot, desquelles réparations les marchés seront faits par le consentement et avec les religieux auxquels il en sera délivré copie et aussi des quittances données aux ouvriers qui y travailleront pour en voir l’emploi.
Plus sera tenu ledit sieur Bertot faire faire le service divin dans les annexes par tels prêtres séculiers ou réguliers qu’il avisera. Comme aussi d’acquitter toutes les charges généralement quelconques dudit prieuré et de ses annexes, en sorte que le fonds destiné pour la nourriture et entretien desdit religieux n’en puisse être diminué.
Et pourra encore ledit sr Bertot faire telles poursuites qu’il avisera pour recouvrer les sommes des deniers qu’il prétend être mal payées au Sr Nigot et autres acheteurs des bois pour les frais de l’adjudication, sans toutefois être garant du succès pour être ledit argent qui en proviendra employé aux réparations.
De plus pourra ledit sieur Bertot se servir en attendant de la chambre estant au bout du dortoir même de la cuisine desdits religieux lorsqu’il sera sur les lieux, comme aussi en ce temps là avoir l’entrée et usage dans le jardin des religieux.
Plus sera laissé aux religieux la jouissance de la fuye du prieuré bâtie dans une terre au-devant d’iceluy, laquelle n’a point été comprise dans les baux et affermé et de laquelle les dits religieux ont toujours joui, à la charge néanmoins que ledit Bertot étant sur les lieux y aura pareillement son usage.
Jouiront aussi les religieux de la quantité d’un arpent de bois-taillis pour leur chauffage chacune année qui sera arpenté, marqué dans un des cantons de la taille de l’année. Le fermier dudit prieuré dûment appelé.
Plus pour la lampe à huile qui doit brûler devant le Saint-Sacrement, ledit sieur Bertot baillera l’huile qui est due annuellement par le fermier ou vingt livres en argent au choix dudit sieur prieur. Et pour les cierges et luminaires de l’église, le blanchissage, linges de la sacristie payera aussi la somme de vingt livres. Et pendant les dix années sera ledit sieur Bertot déchargé de fournir aux religieux aucun meuble pour eux, ni même aucun ornement d’église, que ce qu’il voudra donner libéralement se contentant de ceux qui sont à présent dans ledit prieuré.
Ne seront tenus lesdits religieux de faire les aumônes pour lesquelles ledit sieur prieur donnera l’ordre à son fermier qu’il avisera.
A l’égard des titres concernant ledit prieuré et les annexes en sera fait recherche conjointe par ledit sieur prieur et religieux. Et après l’inventaire d’iceux fait ledit inventaire et les actes seront mis dans un coffre fermant à deux clefs différentes, l’une desquelles demeurera entre les mains dudit sieur prieur ou de son agent sur les lieux, et l’autre en main desdits religieux.
De tout ce que dessus lesdits parties ont convenu en présence et de l’avis de mondit Seigneur l’Archevêque de Sens, et ont promis respectueusement de passer acte en bonne et due forme après avoir su l’intention du Roy, et obtenu son agrément pour ce sujet. Comme aussi celuy du Révérendissime abbé général dudit ordre de Grandmont, en foi de quoi Mondit Seigneur l’Archevêque de Sens et les parties ont signé les présentes doubles dans le Palais archiépiscopal de Sens le vingt quatrième novembre mil six cent soixante quinze.
ont signé : Montpezat, arch. de Sens - Jacques Bertot - frère Augustin Durand - Remond, vicaire général.
Mais le 5 avril 1677, le prieur commendataire Jacques Bertaut ayant résigné sa “charge”, un nouveau prieur commendataire sera nommé : M Cunes de Préfontaine, le 14 mai 1680. M Charles de Cunes de Préfontaine habitait Paris, rue Neuve des Petits Champs, sur la paroisse St Eustache. Il est bachelier en théologie, aumônier de Mgr le Duc de Beauvilliers, escuyer du Roi , et deviendra en 1683, évêque de Lavaur.
Le Roi s'inquiète de l’état du prieuré :
“Le Roi ayant chargé le Seigneur Archevêque de Sens, Jean de Montpezat de Carbon, de s’informer de l’état du prioré de Vieupou pour en rendre compte à sa maison. Il prie le Sieur de Bernière, chanoine d’Auxerre, de répondre précisément sur chacun des articles ci-dessous, et de le faire certifier les réponds par des personnes dignes de foi, qui le signeront avec ledit frère de Bernière:
on désire savoir :
1° Quels sont les revenus et charges du prieuré
Réponse : Les revenus de Vieupou, avec ses deux annexes de Saint-Jean-des-Bonshommes et de Charnes, se montent à 2.200 ou 2;300 livres en toutes choses bien examinées et comptées suivant les baux. Les charges sont que les prieurés de Vieupou et celui de St-Jean paient pour les décimes ordinaires 250 livres par an, sans les extraordinaires; pour celui de Charnes, on n’a pu savoir ce qui portait le décime. Le prieuré doit pour le moine lai 150 livres par an dont sont demandés cinq années . Le sieur abbé de Grandmont prétend une pension sur le bénéfice chiffrée à 340 livres par an. Il y a un prêtre séculier qui dessert Saint-Jean-des-Bonshommes dont le paiement se déduit sur la ferme. Je ne puis assurer qu’il y a un prêtre séculier à Charnes et quelle somme on leur paye. L'entretien des bâtiments et des églises des trois priorés sont grandement à charge. Impossible d'assurer que le prieuré doit des rentes.
2° - Quel nombre de religieux il y a ci-devant; et combien il y a présentement ?
Réponse :Au temps des derniers prieurs il y avait deux ou trois religieux avec les prieurs, sans mémoire de la communauté.
3° - Si de temps immémorial il n'y a point eu de communauté ?
Réponse : Pendant le vivant du dernier prieur il n'y avait audit lieu que cinq religieux, mais lors de son décès et depuis peu. Il y en a quatre de présent audit prieuré.
Auparavant les derniers prieurs il y avait des religieux quelque fois deux ou trois avec le prieur.
4° - Si dans l'état où sont à présent les bâtiments des lieux réguliers la conventualité peut et doit être établi ?
Réponse : Les bâtiments du prieuré n'ont aucune clôture et il n'y a aucune apparence y en ci-devant. Pour tout logement il y a une chambre, trois cellules, une cuisine. Au milieu des cellules qui sont bâties sur le chapitre ; le tout est en ruines et il n'y a de bon que la seule chambre où il y a un pan neuf. Le chapitre est crevé et fendu en plusieurs endroits, et le cloître soutenu par des étais moisis. Ainsi il n'y a nulle apparence de s'y pouvoir rétablir.
5° Si le dit prieuré est situé dans les bois et les lieux écartés ?
Réponse : Le prieuré est situé dans un lieu écarté et retiré des villages voisins, et entouré de bois.
Ayant ainsi rempli le questionnaire, l'enquêteur ajoute :
«Je soussigné, Pierre Bernier, prêtre chanoine de l'église cathédrale d'Auxerre certifie à Monseigneur Illustrissime Archevêque de Sens que pour obéir au commandement de Sa Grandeur, et exécuter le mémoire qu’il lui a envoyé; je me suis transporté au prieuré de Vieupou assisté de noble et scientifique personne François Boucher, chanoine prêtre de l'église d'Auxerre, M. Didier Guinot, praticien au présidial et officialité d'Auxerre, Claude Perier et Roger Marin, bourgeois de ladite ville, en présence desquels j'ai vu et visité les bâtiments et lieux réguliers dudit prieuré, et me suis informé de plusieurs personnes notables des lieux circonvoisins du contenu au mémoire de mondit Seigneur, et en marge de chacun des articles d'iceluy j'ai écrit de ma main les instructions suivant quelles m'ont été données et qui sont véritables. En foi de quoi j'ai signé avec les-dits sieur Boucher, Guenot, Perier et Marin.
Fait le samedi 5 août 1675. “
Suit à cette demande de l’Archevêque, un certificat de lui demandant d’obtenir :
“de la Cour de Rome en commande le prieuré de Vieupou assis au diocèse de Sens, qui étoit en vaine dépendant de l’ordre de Grandmont, avec un procès-verbal des réparations dudit bénéfice”
L’Abbé Alexandre Frémon donna à la Réforme le prieuré de Vieupou le 19 mars 1683, jour consacré à la fête de Saint Joseph, pour lequel son frère Charles avait une dévotion particulière. Le Père Charles Frémon vint avec un religieux le 7 juin 1683 à Vieupou pour y établir sa réforme. Après avoir fait venir ceux qui devaient composer la nouvelle communauté, il leur recommanda particulièrement d’avoir une grande dévotion pour St Joseph .
Depuis l’établissement de l’Étroite-Observance en 1683 un livre capitulaire consignant les actes, tenu tout d’abord avec beaucoup de soins, mais par la suite d'une manière plus relâchée .
Il commence le 16 juin 1683 ainsi :
Deus unus et trinus, Jésus-Maria-Joseph. Sanctus Stéphanus : Livre des actes capitulaires des religieux * de de la maison de N-D de Vieupou, Ordre de Grandmont, au diocèse de Sens, depuis l’année 1683 au mois de juin, que les religieux de l’Étroite-Observance dudit ordre sont établis en ladite maison. Un renvoi explicatif est fait : * du prieuré de St Maurice dit de Vieupou de l’ordre de Grandmont, on peut aussi dire du prieuré de N-D de St Maurice.
Le premier acte consigné concerne la demande de Jean-Joseph Tinerel d’être admis et reçu religieux en cette maison. Il sera un bon élément de l’Ordre.
Acte capitulaire du 16 Juin 1683.
Nous soussigné frère Jean-Baptiste Rochias, supérieur et André Vernière, prêtres, religieux profès de l’Ordre de Grandmont et conventuel de N-D de Vieupou, étant capitulairement assemblé au lieu qui nous sert de chapitre pour délibérer de nos affaires, s’est présenté à nous Jean-Nicolas Tinerel de la ville de Thiers en Auvergne, pour nous demander l’habit de notre ordre et désire être admis et reçu religieux en cette maison pour y vivre dans l’abstinence de la chair, dans les jeûnes, et dans toutes les austérités et régularités qui se pratiquent dans l’Étroite Observance de l’Ordre de Grandmont.....
Le 9 septembre 1683, c’est tout autre chose :
Nous soussigné frère J.B Rochias, supérieur, André Vernière, secrétaire, Mathieu Maubert, prêtres religieux profès de l’Ordre de Grandmont et conventuels de N-D de Vieupou étant capitulairement assemblé au lieu qui nous sert de chapitre pour délibérer sur ce que Paul Martin, vigneron du bourg de St Igoine (?!), près de la ville d’Issoire en Auvergne, s’est présenté à nous depuis longtemps pour se donner à notre maison, afin d’y rendre toute sa vie les services qu’il pourra selon ses forces et industries à la gloire de Dieu, pour son salut et l’utilité de la maison et comme nous avons nécessités d’avoir une personne séculière, sage et prudente, qui sorte au dehors pour y faire tout ce qui se présentera à faire, et ce dont nous y auront de besoin. Après l’avoir entendu et reconnu ses bonnes volontés, nous avons jugés qu’il nous pouvait être propre à cela, et pour ce sujet nous lui avons accordé sa demande et l’avons reçu parmi nous pour y être toujours en habit séculier, et nous rendre en cet état les services dont il sera capable et particulièrement ceux du dehors que nous ne pouvons pas faire, l’assurant et lui promettant que moyennant qu’il vive toujours chrétiennement et qu’il garde et observe les vertus religieuses: l’obéissance, la pauvreté et les autres vertus, qui conviendront à cet état que nous aurons soin de le nourrir et entretenir en toutes choses, sain et malade honorablement, et selon sa qualité toute sa vie, ne le laissant manquer de rien de ce que la religion peut fournir, comme un autre religieux, le considérant en effet en cette qualité, et le regardant comme un de nos frères ce qu’ayant esté représenté au dit Paul Martin, il a volontiers accepté et a promis d’accomplir le tout fidèlement. En foy de quoi nous avons tous signés le présent acte ce 9 septembre 1683.
Jean-Baptiste Rochias, supérieur,
Mathieu Maubert,
André Vernière, secrétaire.
En travers la mention suivante :
Le dit Paul Martin ayant fait contre ses promesses le 4 septembre 1684 a escaladé la chambre, rompu le comptoir et arraché la serrure du lieu où était l’argent de réserve de la maison. Nous a pris et volé la somme de mille livres, et s’en est enfuit avec un paquet de hardes.
signé : J.B Rochias, supérieur - Jean-Joseph Tinerel - Pierre Cohavoux - André Vernière, secrétaire.
Le père Charles Frémon apprenant ses ennuis lui écrira cette réponse :
“Tout ce qui vous est arrivé, contre votre temporel vient de la main de Dieu. Il n’en faut point douter. Baisez donc cette main qui sera toujours pleine pour vous et qui se videra lorsqu’il sera nécessaire et que vous vous conformerez parfaitement. Nous prions Dieu incessamment de vous donner force et consolation en vos affaires et un grand jour pour en sortir à sa gloire et à votre contentement ”
Pendant quelques années ce livre des actes capitulaires sera précieux et contera par le menu la vie à Vieupou .
On trouve un procès-verbal du 5 mars 1685 dans lequel il est écrit:
“des réparations ont été faites et sont à faire dans la maison de Vieupou et ses appartenances par lequel il appert que depuis l’établissement de la Réforme dans ce prieuré qui fut faite en 1680, jusqu’au 4 mars 1685, on y a fait pour 1320 livres de réparation, et qu’il restait encore a en faire pour le prix de 4545 £.”
Le 29 avril 1685, deux mois après, on passe un marché pour latter et couvrir de tuiles, le tout à neuf avec les noues nécessaires à deux tranches, chacun des quatre cotés du cloître.
Le 25 novembre 1685, donc quelques mois après on envisage :
“ d’abattre ce qu’il reste de la petite voûte au bout du dortoir attenant à l’église, le rebâtir entièrement.. “.
Puis le 9 décembre de la même année, on passe commande à Antoine Capon, menuisier demeurant à Leugny d’un choeur de menuiserie composé de dix chaises de chaque coté à poser et à placer dans le choeur de l’église, à savoir 3 au fond, et 7 de long. A noter que ce mobilier semble toujours existé et se trouverait dans le choeur de l’église d’Égleny, non loin de Vieupou . Le marché est passé par la communauté composée de J.B Rochias, Philippe Clemençon, J.J Tinerel, et Pierre Cohavoux.
La communauté de Vieupou recrute : Pierre Cohavoux est nommé le 6 août 1683, Jean-Joseph Tinerel également reçoit l’habit le 17 avril 1684, Philippe Audembrouck demande l’habit le 30 novembre 1684., Marc Audembrouck fait ses voeux le 1er février 1686, et Joseph Dechez le 13 novembre 1686, tous sont originaires de Thiers.
J.B Rochias quitta Vieupou pour être le supérieur de Louye, c’est là qu’il écrira la vie de Charles Frémon, le saint fondateur de l’Étroite-Observance. Il fut remplacé par Laurent Servy, puis en 1695 par Étienne Arpin. Sous son priorat le commendataire Cunes de Préfontaine résignera son bénéfice et mourra peu de temps avant le 2 juin 1699; car à cette date on trouve citer son successeur : Nicolas de Malezieux. La communauté compte alors cinq religieux et un profès .
Lors de son passage le 9 juin 1704, le successeur de Charles Frémon, le R.P François Thomas, vicaire général de l’Étroite-Observance, s’aperçoit que le livre consignant les actes capitulaires n’a pas été tenu depuis de nombreuses années ...!
“Notre R.P visiteur s’étant aperçu dans sa visite du 9 juin 1704 que ses ordonnances et visites des années 1695, 1698 et 1701 n’étaient pas insérées dans ce présent livre m’a ordonné de les y mettre dans l’ordre qui suit.
F Paul Boyer secrétaire du chapitre.
Ordonnance du R.P Visiteur en l’année 1695.
Nous Dom François Thomas, prêtre, religieux profès
Ordonnons
1/ de faire travailler au plus tôt à réparer ce qui est tombé de la voûte de l’église, en la manière que nous nous l’avons fait connaître.
2/ d’abattre la muraille qui fait la séparation de notre réfectoire et du lieu qui nous sert de décharge afin que ledit réfectoire ait plus d’étendue.
3/ ordonnons qu’à 8h du soir la porte du jardin et les portes qui sont dans le cloître au portique soient fermées à clef, et que les clefs soient portés au supérieur, et que pendant le jour on ait grand soin de ne pas laisser la porte qui communique hors de la maison ouverte.
4/ Ordonnons que conformément à nos statuts on s’assemble les fêtes et dimanches pour la lecture ou conférence spirituelle.
5/ ordonnons qu’aucun religieux entre dans la basse-cour ou dans la ménagerie sans l’accord du supérieur (excepté l’économe) conformément à nos statuts dans lesquels est réglé la pénitence contre les contrevenants, laquelle voulons être observée.
6/ ordonnons au religieux qui s’est donné le soin d’élever des lapins de se déporter entièrement de cette occupation comme contraire à notre règle, et qu’incessament on les vendent.
7/ ordonnons que sous les degrés qui montent au dortoir on pratique un tour dans la muraille pour y passer la vaisselle et autres choses pour la commodité des religieux et pour traiter les engagements ou l’on se trouve d’aller si souvent dans la cour et dans la ménagerie.
8/ ordonnons que ceux qui sont obligés de sortir fassent leur possible pour se rendre dans la maison à heure compétente pour éviter l’embarras et ordonnons expressément que les religieux qui ne sont pas nécessaire pour les hôtes se retirent.
9/ Voulons et consentons que l’affaire dont on nous a parlé qui est entre Edme Mathieu, laboureur à Goubille, paroisse de Chassy (touchant la rente de vingt cinq sols qu’il doit annuellement) soit conclus suivant l’accord fait avec lesdits religieux et ledit Edme Mathieu comme convenable aux deux parties pour des raisons qui leurs sont connues.
10/ Ordonnons que l’on ait soin que la prière se fasse publiquement les soirs parmi les domestiques, et qu’on fasse qu’en sorte on les fasse souper à huit heures afin que les religieux se retirent selon nos statuts en foyer quoi nous avons signé et fait signer par notre secrétaire le 26 mai 1695. F François Thomas vicaire susdit,
Par mondit R.P Vicaire général F Alexis Courtade, secrétaire.
Tiré de l’original par moi F Boyer , secrétaire du chapitre.”
Ordonnance du R.P.Vic. Génér. en l’année 1698
F François Thomas, vic génér. de l’E.O
1/ avons réglé qu’au plus tôt on ait à procurer l’achat d’un tabernacle pour mettre sur le grand autel pour la décence due au Très Saint Sacrement.
2/ Ordonnons que les fenêtres du réfectoire et de la petite voûte soient barrées.
3/ Ordonnons que la fenêtre de la petite chambre qui est proche la porte soit arrêtée et fixée, en sorte qu’on ne puisse pas l’ouvrir et que le tour qui est dedans en soit ôté pour être mis ailleurs.
4/ Ordonnons que l’on mette un tour dans la place que nous avons désigné pour recevoir et pour donner ce qui est à proposer à la ménagerie, et qu’il y ait une petite porte qu’on fermera à clef le soir avec les autres, et la clef portée au supérieur.
5/ ordonnons le crépissage tout le long du mur du dortoir du coté du jardin pour conserver les pierres contre la gelée.
6/ Voulons que pendant que les religieux seront à la récréation hors l’enclos intérieur, la porte du dehors soit fermée à clef, et la clef entre les mains du supérieur.
7/ Nous deffendons au supérieur de dispenser de la pénitence portée par nos statuts contre ceux qui iront dans la basse-cour et dans la ménagerie, et voulons qu’elle soit suivie exactement , et que le supérieur y tienne la main.
8/ ordonnons que le supérieur ait grand soin d’empêcher l’usage de quelque vêtement que ce soit qui est contraire à nos statuts, en foi de quoi nous avons signé et fait contresigné par notre secrétaire fait audit prieur le 29 juillet 1698 - François Thomas - V.G
Par mondit le Vic Gral Isidore de la Grange secrétaire
Ordonnance du R.P Vicaire général de l’année 1701.
F François Thomas vic. gral de l’O de Gr et révérendissime Père en Dieu Dom Henry de la Marche de Parnac, abbé de Grandmont chef général de tout l’ordre étant dans le cour de notre visité régulière dans cette maison de Vieupou avons jugé convenable pour le soutien de la régularité de faire les règlements suivants :
1/ Nous ordonnons qu’on acquitte fidèlement les 1430 messes dont on s’est chargée et dont la rétribution a contribuée à la réparation de l’église comme on nous a justifié.
2/ Nous ordonnons qu’on fasse travailler incessamment au rétablissement du pignon qui avance depuis le dortoir jusque sur le devant de l’appartement des hôtes.
3/ Nous recommandons très expressément au sacristain d’avoir une application exacte à tenir bien proprement les autels, les marchepieds des autels, les vaisseaux, les linges, et tout ce qui regarde l’église, et voulons que le supérieur le destitue s’il y manque.
4/Ordonnons que les fêtes et dimanches on chante les nones. Ordonnons que les religieux ne sortiront point le jour ...en promenade hors le cloître intérieur sans au préalable avoir demandé la permission de sortir hors la maison et sans le sieur du supérieur.
5/ Nous défendons conformément aux statuts que l’on entre dans aucune maison étant à la promenade , sous peine d’être privé pendant un mois de cette récréation. Défendons d’étendre cette promenade hors la croix du moulin Bonnereau pour ce coté, d’aller jusqu’à St Maurice n’y jusqu’à Poilly , ainsi des autres cotés, d’entrer dans les villages.
6/ Ordonnons que l’on soit plus réservé a donner du vin aux externes, deffendons qu’on en donne sans le sieur du supérieur pour réprimer l’abus qui s’est introduit sur cela.
7/ Si pour une urgente nécessité on est obligé d’aller dire la messe hors de la maison il sera libre au supérieur de désigner tel religieux qui lui plaira et toujours le même s’il le juge à propos. Ordonnons au religieux qui sera désigné de se rendre incessamment dans le cloître et de ne point s’inviter pour dîner hors le monastère à peine d’être privé de vin le jour suivant, sans que le supérieur en puisse dispenser.
8/ Ordonnons au supérieur de tenir la main à ce que les clefs des portes lui soient rendues à l’heure de la retraite et de veiller qu’elles soient soigneusement fermées jusqu’après mâtine en été et après prime en hiver.
9/ ordonnons que l’on fasse fondre les nouvelles portions de vin comme contraire à la mesure réglée par nos statuts.
10/ défendons au supérieur de ne plus permettre des promenades par manière de récréation jusqu’à Auxerre ou ailleurs, cette pratique étant inusitée dans notre observance et opposé à la règle. Fait et ordonné audit prieuré de Vieupou en foi de quoi avons signé et fait signé les présents recollements et décrets ? par notre secrétaire le 18 juillet 1701.
F François Thomas vic. géné.
Ordonnance du Frère François Thomas, vicaire général de l’Etroite-Observance du 9 juin 1704.
- Que le R.P supérieur ait grand soin de faire garder exactement aux religieux la solitude et la clôture conformément à notre saint règle, et à nos statuts, et qu’à cet effet toutes les portes du dehors et du dedans soient tenus bien fermées tant le jour que la nuit.
- D’être modestement mis et d’éviter la rencontre des séculiers, nos statuts défendants qu’on leur parle excepté le supérieur.
- Nous recommandons instamment au supérieur de ne point permettre d’aller dire la messe que dans des cas que la prudence juge d’une nécessité absolue.
- Nous défendons que l’on conduise n’y que l’on souffre qu’aucun externe entre dans les chambres du dortoir, non plus que les petits écoliers si l’on en instruit quelques uns, ce que toutefois on doit éviter, comme contraire au silence qui doit régner dans nos solitudes
Nous souhaiterions que l’on fit faire un grand fossé autour du petit bois appelé l’Étoile qui est proche le jardin afin qu’autant qu’il se peut en cette maison les religieux y fussent clos, ou qu’on le fisse entouré d’une forte haie.
- Nous recommandons aux religieux de continuer leurs charitables soins envers le R.P Jean-Baptiste Rochias, a présent supérieur, pour le soulager dans ses grandes infirmités
Ordonnons aux religieux de servir la messe avec tout la modestie et l’application possible, et de n’y faire paraître aucune négligence.
Fait au prieuré de Vieupou le 9 juin 1704.
Ont signé : François Thomas, V. Gén., par mondit Rd P. V. Gal. F Jean-Bapt. Boyer secrétaireVieupou au XVIIIe siècle.
Le prieur commendataire Cunes de Préfontaine étant décédé un remplaçant est nommé le 2 juin 1699 c’est Nicolas de Malesieux, évêque de Lavaur, et déjà Abbé commendataire de l’abbaye bénédictine de N-D des Moreaux en Bas-Poitou . Le prieur et les religieux de Vieupou saisissent l’occasion par bailli interposé, pour lui signaler le mauvais état des bâtiments et “de pourvoir promptement à la dite réfection pour éviter une plus grande ruine qui pourrait causer la chute de ladite église”.
La réponse est la suivante :
“Par devant notaires et gardes-notes du Châtelet de Paris fut présent M Nicolas de Malézieu, abbé commendataire de l’abbaye de N-D de Moreuil en bas Poitou, prieur commendataire du prieuré de Vieupou, lequel pour éviter la contestation dans laquelle il était sur le point d’entrer avec les religieux, que ledit sieur Abbé soutient au contraire qu’il n’est point tenu aux dites réfections nonobstant quoi, voulant les secourir dans la dépense qu’ils sont obligés de faire, il leur accorde une somme de 450 livres, ce qui est accepté par le R.P Etienne Harpin, religieux supérieur du couvent, lequel étant à Paris logé au cloître St Germain l’Auxerrois chez le sieur Potes à ce présent, tant pour lui que pour les autres religieux... “
Les religieux demandent le lundi 28 mars 1700 à Edme Douer, maître-maçon demeurant au moulin Bonnereau sur la paroisse de Chassy, et à Jean Ruby, maçon habitant la Levée, et à Jean Sonnet, également maçon demeurant à Chassy, lesquels devront solidairement l’un pour l’autre, démolir les quatre piliers de l’église du coté nord, et le mur de la chapelle St Étienne, qui est entre deux piliers, et ensemble refaire et réédifier le tout . Puis le 4 avril 1701, un autre maçon est sollicité, Jean Aubry, maçon à St-Maurice-Thizouaille, pour abattre les piliers de pierre attenant à la sacristie jusqu’à la moitié, et le refaire bien et dûment.
Le 9 février 1702 la communauté se trouve dans l’obligation d’acheter une maison pour abriter leur foulonnier. L’acte capitulaire en donne les raisons :
Nous frères Jean-Baptiste Rochias, supr, Charles-François Barge, Philippe Clemençon, Pierre Cohavoux, prêtres, et Paul Boyer diacre, tous religieux profès de l’E.O de l’O de Gr. et conventuel du prieuré de Vieupou, au diocèse de Sens, étant tous capitulairement assemblés de l’autorité dudit Rêver. Père supér au son de la cloche à la manière accoutumée, après l’invocation du St Esprit; nous a été remontré quant au moulin à foulon, en la paroisse de Chassy s’en allait en ruine depuis longtemps à faute de maison pour loger un foulonnier qui put le faire valoir; il se présentant à vendre actuellement une maison propre a y loger un ouvrier pour y travailler, il étoit expédient d’acquérir ladite maison afin qu’on put tirer quelques profits dudit foulon. Sur quoi ayant mûrement délibéré et reconnu l’avantage qui nous reviendrait de l’acquisition de ladite maison; nous avons consenti qu’on l’achéte au plus juste prix qu’il se pourrait; nous avons donné pouvoir audit Rd P. Supér. d’en faire le marché et passer le contrat à la manière accoutumée selon nos constitutions, en foi de quoi nous avons signé le présent acte dans notre chapitre, ce neuvième février mil sept cent deux.
ont signé : J.B Rochias, Philippe Clémençon, Paul Boyer, Cohavoux, Charles-François Barge secrétaire.
En marge la mention suivante : "On est entré depuis dans ladite maison, par un retrait lignager dont l’argent nous a été remis."
J.B Rochias reviendra à Vieupou comme supérieur le 19 août 1701, mais il est gravement malade, et invalide. Malgré cet handicap il présidera une assemblée capitulaire le 27 septembre 1703 dans lequel on délibère pour le remplacement d’Edme Moreau lieutenant de la justice de Vieupou, par son fils Jean. Cette charge était tenue de père en fils depuis plus de cent ans avec une intégrité et une probité entières.
Le 10 avril 1704 on procède à l’élection d’un discret (procureur) pour l’assemblée : le R.P Jean-Baptiste Royer est élu.
Ont signé : J-Chrysostome Billon, supérieur, Bernard Arnaud, Charles Barge, J.Bapt. Royer, Pierre Legay, Paul Boyer, secrétaire .
Très malade le R.P J.B Rochias résilie sa charge le 27 août 1704. Il mourra à Vieupou, deux mois plus tard, le 21 octobre 1704, il avait 66 ans. Il fut enterré le jour même, après Vêpres, derrière le choeur de la chapelle. Il était l’auteur de la vie du R.P Charles Frémon, qu’il écrivit lors de son séjour à Louye en 1701, et dont il nous reste deux exemplaires. Un à la Médiathèque de Limoges qui servit au Chanoine Lecler pour la publier en 1910 chez Ducourtieux, et un second, venant de l’abbaye de Macheret, se trouvant à la Bibliothèque de Charleville, qui est légèrement différent. Louis Guibert écrivait : “ Le manuscrit de Dom Rochias, qui relate cette vie de Charles Frémon, n’est pas une oeuvre banale...elle a un mérite très rare parmi les oeuvres similaires de l’époque, de raconter les actes et les faits sans y mêler le merveilleux”.
Le 22 septembre 1704, en remplacement du R.P J.B Rochias, un nouveau supérieur est désigné pour trois ans en la personne de Jean-Chrysostome Billon, prêtre profès de l’Étroite-Observance. Il exercera son priorat avec zèle et conscience recevant les éloges de l’Abbé de la Guérinière qui lui écrivait le 17 juillet 1722, lors d’une réélection au priorat :
“Je profite, mon révérend Père, de vous adresser cette missive pour vous exprimer toute ma satisfaction car, par vos attentions et votre bon exemple, vous avez maintenu la régularité et l’édification qui ne feront qu’augmenter aussi bien que la tranquillité et la paix. Je me trouve dans une situation à avoir plus que jamais besoin de vos prières et de celle de votre communauté que je salue. Souvenez-vous donc de moi qui suis, mon révérend Père, votre très affectionné serviteur “.
Mais entre temps il fut remplacé au priorat de Vieupou par le frère Isidore de la Grange le 2 juin 1707, nommé par l’Abbé Dom Henry de la Marche de Parnac . Il resta jusqu’au 10 Mai 1710 date où le frère Laurent Servy fut nommé par Dom Henry de la Marche .
En 1711 les frères firent creuser deux petites caves sous le bâtiment subsistant (sud) ainsi que d’autres travaux.
“Nous Léon Sonnet, tailleur de pierre demeurant à Chassy, Léonard Sonnet, Maître maçon de la ville de St Léonard dans le Limousin, reconnaissons avoir reçu des révérends pères prieur et religieux du prieuré de Vieupou la somme de 3,450 livres pour
- avoir creusé les deux petites caves de trois pieds, avoir repris les fondements en plusieurs endroits, avoir voûté les caves, fait la salle ou infirmerie au-dessus des dites caves, fait les cloisons des chambres, les fenêtres de la salle et de la chambre qui est au-dessus de ladite salle, et la cheminée qui est dans la salle. Avoir fourni le carreau du dortoir, et avoir fait le grenier qui règne au-dessus depuis le pignon du dortoir jusqu’à la voûte de l’église .”
A noter que la famille Sonnet apparemment venait du Limousin et a fait souche près de Vieupou.
Le 24 Mai 1713 les prieurs de l’Étroite-Observance se réunissent à Thiers, et on prend la décision qu’à l’avenir les religieux conventuels de chaque maison choisiront un ou deux religieux qui les représenteront à leur supérieur pour exercer sa charge en son absence, et qu’on élira conjointement avec le Procureur son mandat pour trois ans.
Il est procédé à l’élection de l’une et l’autre charge. Le père Ch. Barge est élu vicaire, et le père Gabriel Salles procureur. Le 19 Mai 1719 l’Abbé nomme comme prieur Jean-Christophe Billon . Il sera reconduit trois ans plus tard par le R.P de la Guérinière. La communauté comporte 6 religieux : J.C Billon, Ch. Barge, Jean de Tinerel, Edme Gautier, Elie Blondy, Amable Dogerdias.
En 1725 il est remplacé par le R.P Amable Dogerdias, qui ne semble pas tenir son rôle avec la même rigueur que son prédécesseur, car le 4 août 1728 on trouve l’acte suivant :
“Nous soussigné supérieur et religieux de Vieupou nous étant aperçus que le R.P Amable Dogerdias, ci-devant supérieur en cette maison avait manqué à faire insérer suivant notre coutume dans le livre de secrétariat sa lettre d’institution, et que nulle mention n’y a été faite du procureur, ni du supérieur, certifions pour éviter les erreurs et inconvénients qui pourrait naître de cette faute que le dit RP Amable Dogerdias a gouverné en qualité de supérieur l’espace de 3 ans, savoir depuis le mois de Novembre 1724 jusqu’au mois de juillet 1728, ainsi qu’on peut le voir par le livre de compte. Sa lettre de provision qui a été lue au chapitre à la manière accoutumée, l’élection a été faite par voie de scrutin suivant nos statuts de Dom Jean de Tinerel pour Procureur, et de Dom Charles Barge pour supérieur vicaire.”
L’abbé François de la Guérinière nomme le nouveau prieur le 6 mai 1728 en la personne d’Edme Gautier. La communauté comprend : Edme Gautier, supérieur, Ch. Barge, vicaire, Jean de Tinerel, Augustin Aubouin, Bernard Denis, et Noël Galle, secrétaire. Edme Gautier est reconduit pour trois ans le 18 juillet 1731. la communauté comprend cinq religieux : Edme Gautier, Ch. Barge, J.B de Tinerel, Placide Devoyo et Hiérome Terrasse.
C’est à cette époque que se produit l’une des plus étranges affaires ayant un prieuré grandmontain comme lieu, c’est l’histoire des esprits frappeurs. Elle est intégralement transcrite telle qu’elle est relatée dans les archives du prieuré dans piéce n°4.
Que penser de cette relation ?
Le frère Étienne Béchon le héros de cette affaire ne semble pas être un convers grandmontain, puisqu’il est dit : “le père prieur l'envoya à la Chartreuse de Valprofonde dont les révérends pères veulent bien avoir la bonté de le garder jusqu'à ce que son obédience soit venue. ”Avait-il l’intention par tous les moyens de partir de Vieupou où le jeune et l’abstinence était la règle ? L’abbé Bouvier le suppose . La relation du R.P Martène O.B.S, de passage à Vieupou en 1708, nous le donne à penser, la voici :
“Je trouvai là sept bons solitaires qui font revivre dans leurs personnes le premier esprit de saint Etienne de Grandmont, leur père. Le monastère est fort petit et fort pauvre, leur habit tout rapetassé; ils portent dans leur maison des sabots. Ils ne vivent presque que de légumes et n’usent que très rarement de poisson. Depuis la Toussaint jusqu’à Noël, et depuis la Septuagésime jusqu’à Pâques ils ne mangent ni oeufs, ni beurre, ni fromage. Le supérieur me fit grand accueil et, pour me régaler, il me fit servir un morceau de merluche qui était apparemment une partie de la provision pour le jour de Noël. Il me pressa fort de rester chez eux, mais la crainte d’incommoder ces braves gens l’emporta sur le désir que j’aurois eu de m’édifier de leur conversation; aussi j’allois coucher à la chartreuse de Valprofonde où j’eus la consolation d’apprendre que le dernier prieur mort, qui était mon cousin, s’était attiré l’estime de tout le pays à cause des grandes charités qu’il faisait aux pauvres”.
L’année d’après, le 19 juin 1734, un nouveau prieur est nommé : Jean-Marie de la Ferrière par l’abbé de la Guérinière. La communauté est composée de Ch. Barge, sous-prieur, Pierre Cohavoux, Placide Devoyo, procureur, Gilbert Dozarbre, sacristain, Guillaume Cadioux, clerc, et Isidore Granetias, convers. Il reste jusqu’au 25 janvier 1736 date à laquelle il est remplacé par Edme Gautier. La communauté comprend les mêmes membres sauf que Pierre Cohavoux, sans doute décédé, il est remplacé par Louis Bertucat.
Si à Vieupou la régularité semble bien respecté, il ne semble pas qu’il en soit de même dans les autres prieurés. En 1732, les prieurs et religieux de sept maisons avaient demandé la réunion immédiate d’un chapitre général. Sur le refus de l’abbé de la Guérinière, ils en avaient appelé au Roi. Ils seront déboutés par un arrêt du Conseil du 29 mai 1734. La crise couvait. Louis Guibert écrivait : “Pour ne pas sembler aussi prochaine qu’elle l’était en effet, la crise n’en paraissait pas moins inévitable “.
Le 1er septembre 1739, l’abbé de la Guérinière nomme François Servin, supérieur de Vieupou, et lui écrit :
“ J’établi supérieur à St Michel de Lodève, le P. Antoine Prohet, auxquels vous remettrez l’incluse. Rendez-vous le plus tôt possible à votre nouvelle place, qui est déserte depuis les derniers jours de Mai ”.
La communauté comprend : François Servin, prieur claustral, Bonaventure Provenchère, Luc Vauzy, secrétaire et Joseph Cruynel, convers. En 1741 ils ne sont plus que trois religieux : François Servin, Bonaventure Provenchère et Luc Vauzy.
Le 3 octobre 1740, le père Louis Bertucat se met en devoir de commencer à retranscrire tous les titres que le Père Pierre Legay avait répertorié. C’est un travail de bénédictin, 121 pages donnant le contenu de 25 sacs remplis de documents. Son travail semble être terminé le 1er mars 1742 . Il servira pour dresser l’inventaire des biens du prieuré le 7 décembre 1770 à la dissolution de l’ordre .
Le 17 juin 1742, une transaction pour la répartition du produit de la vente de baliveaux de l’annexe de Charnes entre le commendataire et les religieux permet de connaître la composition de la communauté: Edme Gautier est de nouveau supérieur, Louis Bertucat, prêtre, Jacques de Lachenal, diacre, et Gabriel Descourt, profès. Nous voyons la communauté se réduire progressivement de sept en 1733 lors de l’affaire des esprits frappeurs, ils ne sont plus que quatre, et les bâtiments sont à reprendre; une requête auprès du Roi nous l’informe .
Arrêt du Conseil d’État pour la coupe du quart de réserve des bois de Vieupou du 25 septembre 1742.
Sur la requête présentée au Roi en son conseil par les prieur et religieux du prieuré de Vieupou de l’Étroite-Observance de l’ordre de Grandmont contenant qu’une partie de la nef de leur église était ouverte dans le milieu de la longueur de 24 pieds, et la clef de voûte étant tombée. Ils ont fait cintrer et étayer en entier avec des bois de charpente et d’assemblage qui posent sur le pavé, le portail de la même église s’étant jeté en dehors et quittant son aplomb est fendu dans toute sa hauteur, avec une ouverture de la longueur de plus de 3 pouces. Son piédroit de la porte menace ruine, une partie de la clef qui forment son cintre étant tombé, et ont aussi fait étayer dans toute l’épaisseur du mur, pour en éviter la chute, qui entraînerait infailliblement la charpente du comble.
Le jardin ou verger qui tient aux bâtiments du prieuré, au bois, au grand chemin n’étant séparé que par une simple haie laisse une entrée libre aux bestiaux et occasionne...Il est d’ailleurs du bon ordre que les dits religieux solitaires ne demeurent pas sans clôture. La maison occupée par le fermier est en très mauvais état et menace ruine, si elle n’est pas promptement réparée. Les commodités les plus ordinaires, et communes manquent...
Projet de reconstruction de l'aile Est.
Le 23 juillet 1742, pour l’élection de Louis Bertucat au poste de procureur la communauté comprend : Edme Gautier supérieur, Louis Bertucat, vicaire, Jean-Chrysostome Payrend, secrétaire, Victor de Tarragon, prêtre, et Jacques de Lachenal, diacre.
En 1743, Louis Bertucat établi un livre rentier historique donnant l’état du prieuré (voir pièces).
Début 1744 nous voyons pour la première fois apparaître Dom François Nicod, il écrit au prieur claustral Edme Gautier :
“J’ai été assez content depuis le départ du père Anselme, au reste il a ses défauts comme les autres. J’ai été fâché qu’on l’ai envoyé à Vieupou. Il auroit peut-être été plus avantageux pour lui de rester encore quelques années à Louye, pour s’y former dans l’esprit de son état. Il n’a pas porté une robe neuve, mais outre que la sienne est encore bonne, je lui ai fait prendre pour y suppléer une robe qu’il portait tous les jours avec une chemisette toute neuve...
Marquez-moi où sont vos réparations d’une manière nette et précise, vos besoins tant pour vous, clore votre jardin, que pour allonger votre dortoir de vous donner les commodités nécessaires.
Permettez-moi de saluer nos confrères. Je suis très parfaitement, mon R.P vôtre très humble serviteur. NICOD
On voit déjà le style perfide du futur vicaire général de l’Étroite-Observance, qui allait devenir l’un des fossoyeurs de l’Ordre...
Le 18 juillet 1744, le supérieur Edme Gautier est remplacé par Placide Devoyo nommé par l’abbé de la Guérinière . La communauté se compose de : Edme Gautier, supérieur, Louis Bertucat, Victor de Tarragon, Louis Le Sage, et Jean-Chrysostome Payrand, secrétaire.
A la mort de l’Abbé de la Guérinière, commendataire de Vieupou, le 30 septembre 1744 au Collège Mignon, le bénéfice est donné à François-Memmius Hocart, doyen du chapitre cathédral de Chalon-sur-Saône. Des échanges de lettres de ce commendataire avec Dom François Nicod, “prieur de Vieupou” se trouvent dans le fond de Vieupou à Auxerre. En voici un exemple de la prose courtoise qu’ils s’échangent :
(lettre du prieur commendataire F-M Hocart à Dom François Nicod, prieur de Vieupou chez M Imbert à Auxerre ).
“Chalons le 24 Janvier 1747”
“J’ai reçu avec un vrai plaisir, Mon Révérend Père, la lettre polie, ainsi que les compliments obligeants que vous m’avez adressés tant en votre nom que celui de votre communauté, au sujet de la nouvelle année et je vous en remercie.
Vous me dites d’abord que vous n’acquiterez chez vous aucun service, ni fondation pour mes deux annexes, qui sont Charnes proche de Sancerre, et St Jean les Bonshommes, près d’Avallon, vous me demandez comment je me conduis à cet égard. Dans l’un et l’autre endroit il y a des chapelles. A St Jean c’est plutôt une grande église. Je suis obligé de faire célébrer une messe basse tous les dimanches de l’année, obligation que je fais remplir par des religieux de cette ville, soit Minimes, soit Pères de la Doctrine, ou autres qui veuillent bien s’en charger. Si l’arrêt du Grand Conseil de 1736 dont vous m’avez envoyé copie a lieu pour tous les bénéfices de votre ordre, et que nous puissions comme vous me le dites, sans autre formalité transférer le service d’Avallon à Vieupou, j’y consens volontiers.
Pour ce qui concerne Charnes, la chapelle qui en dépend est très petite, placée au milieu des bois, dépourvu de tous les ornements nécessaires pour y célébrer, et depuis quelques années est interdite par M l’Archevêque de Bourges. Il n’y a que trois messes basses de fondées savoir les 8 février, 30 avril, et 1er mai, une maison de religieux de Sancerre les acquitte chez eux depuis l’interdiction de la chapelle.
D’autres lettres du commendataire F-M Hocart sont envoyés le 17 décembre 1747 au R.P Placide Devoyo, supérieur de Vieupou, et le 15 février 1748, une autre lettre du commendataire à “M Arnaud, marchand-épicier sous l’Horloge d’Auxerre pour faire tenir au Père Dom d’Aurelle, prieur claustral de Vieupou près d’Auxerre” . Un changement de prieur a du intervenir. Cela est confirmé dans un renouvellement de bail du moulin Bonneau le 18 avril 1748. La communauté comprend : Etienne d’Aurelle, prieur claustral, Jean-Marie de la Ferrière, vicaire, Louis le Sage, Charles Brocart, tous religieux profès. Puis il devient difficile de connaître la composition des communautés jusqu’à la fermeture de Vieupou. Il ne reste pratiquement pas de documents de cette époque entre 1750 et 1770. Le 7 octobre 1751, il semble dans un renouvellement de bail du moulin du foulon, qu’il ne reste que trois religieux : Etienne d’Aurelle, prieur claustral, Jean-Marie de la Ferrière, vicaire et Louis le Sage .
Un échange de lettres du prieur commendataire F-M Hocart avec le prieur claustral Étienne d’Aurelle, nous apprend que le commendataire désire que ce prieur vienne le voir à Chalons :
Le 19 novembre 1750
Je suis fâché, Monsieur et cher Prieur, que votre santé ne nous ait pas encore permi de me venir voir. Malgré la bonne volonté que vous me témoignez en avoir eu. Je vous en suis très obligé. Cependant je vous exhorte a attendre une plus belle saison, et que vous soyez entièrement rétabli.
Au prieur Étienne d'Aurelle succedera en 1753 Dom Anselme Hébert. Le couvent compte à cette date 3 religieux et un profès avec le prieur.
Le prieur commendataire François-Memmius Hocart devait décéder début 1756, car il en est question dans une correspondance entre Dom François Lamirault, prieur du Breuil-Bellay à l’Abbé Mondain de la Maison-Rouge du 16 mars 1756 :
“...le Normand (Jean-Baptiste Vitecoq)...m’a écrit depuis peu pour m’annoncer la mort du R.P prieur de Vieupou, et a eu l’audace de se signer Procureur général de l’Ordre “
La commende fut donnée par bulle de Clément XIII du 1er février 1758 à Etienne-Gaston de Martin grand chantre et chanoine de l’église d’Orléans, vicaire général de Mgr de Jarende de la Bruyère, évêque d’Orléans. M E-G de Martin prit possession de son bénéfice le 16 juillet 1759 par procuration donnée à Dom Étienne d’Aurelle, supérieur de la communauté.
Dans le livre-journal des recettes et dépenses du prieuré tenu entre 1744 et 1762, on peut retenir que Charles Brocart est toujours au prieuré en 1756 et 1757. A la dissolution de l’ordre on le retrouvera à la Faye de Nevers. Le procureur semble être un religieux âgé, le Père Barthod, qui meurt à Vieupou en 1757.
Louis Guibert écrivait : “Loin de s'accroître, leur nombre alla en diminuant; il était réduit à deux en 1768, aussi ce monastère fut-il un des premiers qu’évacua l’Étroite-Observance. Sa mense conventuelle, dont le revenu brut était supérieur à 2.000 livres, sans toutefois atteindre 3.000, fut unie, en 1780, par l’archevêque de Sens à son séminaire “.
La communauté reçoit le 7 septembre 1768 des instructions de Dom Marmy prieur de Macheret, lui demandant de se "retirer" de Vieupou et de venir à Macheret. Il donne les instructions suivantes :
"que tous les titres et papiers seront transportés dans notre abbaye de Macheret, ainsi que les vases sacrés, argenterie, linges, et ornements d'église dont l'inventaire a été fait par M le Commissaire nommé par Mgr le Cardinal de Luynes, archevêque de Sens.
Que le linge ainsi que les livres qui composent la bibliothèque dudit Vieupou, et même ceux servant à l'office divin seront également transféré à Macheret.
Que les autres meubles, et effets mobiliers seront vendus sur les lieux, et le prix en provenant remis es mains du prieur de Macheret...afin que les réparations ne périclitent point, nous chargeons, et autorisons ledit R.P Dom Pierre Fabre, de faire faire en temps et saison convenable, de prendre toutes les mesures nécessaires...
Pour l'exécution de tout ce que dessus, transport, et distribution de meubles, papier, livres, ventes d'effets, nous avons donné et assigné pour délai audit R.P Pierre Fabre l'espace de trois mois à compter de la date du présent.
Après avoir rempli notre mission relativement aux lettres-patentes ...nous nous serions occupés du spirituel de la maison.
Comme la communauté de Vieupou n'est composée que de deux religieux, il n'est pas possible qu'ils pratiquent une régularité bien exacte... "
Le 7 décembre 1770, on procède à un inventaire sommaire des titres du prieuré, en fait on recopie le travail fait en 1742 par Louis Bertucat. Cela est dit dans le terrier qui suit: "Minute du terrier fait en 1742 " . Il faut bien dire que depuis cette époque le prieuré était à l'abandon. Ce travail est remis au Promoteur général du diocèse de Sens, qui écrit en travers de l'inventaire :
"Nous reconnaissons que le Révérend Père Dom Marmy, prieur de Macheret, à remis à M le Supérieur du Grand séminaire de Sens tous les titres et papier qui étaient entre ses mains. En foi de quoi nous avons donné la présente reconnaissance pour lui valoir décharge. Le huit décembre mil sept cent soixante dix.
de la Haize, promoteur général.
Mais le départ de nos religieux laisse un vide auprès de la population. M de Bernage, seigneur de St Maurice, écrit à Mgr de Luynes une supplique dans laquelle il écrit :
"L'objet des fondateurs en se dépouillant d'une partie assez considérable de leurs revenus, et privant leurs héritiers d'une portion de leur bien, était de procurer un avantage pour le bien spirituel et temporel des différentes paroisses dont ils étaient Seigneurs en établissant dans le centre un certain nombre de prêtres qui seraient d'un grand secours pour les paroisses et les curés qui en sont chargés par l'assistance qu'ils donneraient à ces derniers dans les occasions où il leur devient presque impossible de remplir toutes les fonctions pénibles de leur ministère.."
La réponse de Mgr de Luynes ou de son secrétaire M de Bullioud se trouve sur la supplique :
"Ils ont consenti à l'extinction de leur maison. Cela regarde la commission de Mgr l'Archevêque de Reims ".
"Le R.P de Grammont (sic) propose d'établir une succursale à Vieupou, avec deux soeurs de charité pour l'instruction et le soulagement des pauvres malades"
On nous l'avait caché, Dom Mondain de la Maison-Rouge avait en réserve des soeurs de charité...!
Le 5 Mars 1771, le régisseur de l'archevêché, Jean-Baptiste Durville, maître-chirurgien habitant à Chassy constate que les bâtiments ont été fracturé, et que des objets ont disparu. Il fait dresser un procès-verbal d'effraction par le lieutenant et juge ordinaire au bailliage, Edme-Sebastien Bachelet. Ensemble avec André Trollé, faisant office de greffier, ils constatent les disparitions qui semblent être le fait du Père Pierre Fabre "ci-devant religieux au-dit prieuré ".
M de Bullioud se rend à Vieupou, et doit se rendre à l'évidence. Vases sacrés, linges, ornements d'église ont disparu. Il apprend par Jean-Baptiste Durville, que l'argenterie a été expédiée à Thiers, et le reste transporté au couvent de Macheret par plusieurs rouliers sur ordre de Dom Marmy. On trouve dans les archives à Auxerre le paiement de 6 livres 9 sols pour le transport de deux grandes caisses de papier provenant de la maison de Macheret , de Troyes au séminaire de Sens le 7 décembre 1770.
Paul-Albert de Luynes, Cardinal-prêtre, vicomte de Sens, Primat des Gaules et de Germanie, Abbé-Comte de Corbie en vertu d'un arrêt du Conseil d'État du 18 janvier 1771 établi Antoine Goutier et Larcher de Lavernade, receveurs des décimes à la Régie administrative des biens et revenus, sont chargés de l'administration du prieuré de Vieupou. Un compte de recettes et dépenses du prieuré est tenu de 1771 à 1786. Après paiement des pensions annuelles à verser aux religieux de l’Étroite-Observance à partir du 1er janvier 1771 sur la mense conventuelle de Vieupou, il se trouve trois religieux : Dom Pierre Fabre , Dom Joseph Peyroni, et Dom Hugues-Joseph Blondeau pour la somme de 2.100 livres. Dom Joseph Peyroni devait décéder le 6 juin 1775, sa pension n'étant plus versée, ses confrères touchèrent par accroissement 100 livres de plus chacun . Nous apprenons également que Dom François Nicod qui avait demandé à l'Archevêque de Toulouse, de Lomenie de Brienne, la faveur de passer le reste de sa vie à Vieupou , dans le cas où il ne pourrait s'habituer au régime de Saint-Vannes lors de la dissolution de l'Étroite-Observance, se trouve le 15 janvier 1772 à l'abbaye bénédictine de la Grande-Sauve à Novy-et-Chevrières, près de Rethel (Ardennes). C'est d'ailleurs dans cette abbaye que fut transférée la bibliothèque de Louye, actuellement à la bibliothèque municipale de Charleville.
Mais la surprise vient des comptes du prieuré de Vieupou qui sont très régulièrement déficitaires, et pourtant on ne fait aucune réparation aux bâtiments conventuels, et à l'église ! En 1771 : 1457 livres; 1772 : 1322 #; 1773 : 1612 #; 1774 : 1671 # etc avec un léger mieux en 1778 avec un déficit de 592 #; mais les années suivantes cela frise la catastrophe. 1780 : 6.635 #; 1781 : 7327 #; 1782 : 6414 #. L'année la moins déficitaire est 1785 avec une perte de 5425 #.
Pendant cette période on procède à des réparations au moulin Bonnereau et l'entrepreneur reçoit les instructions suivantes :
"L’entrepreneur démolira le cloître de Vieupou, et ses bois et tuiles seront transportés au moulin pour réparer la grange et la couverture en tuile, lesquelles réparations et couverture seront faites par ledit entrepreneur qui fournira le clou, la latte, mortier et main-d’oeuvre, le surplus desdits bois et tuiles s’il y en a, seront mis dans l’église pour servir au besoin. ".
Le Procureur du Grand Séminaire, M Robinot devra honorer les messes de fondation, qu'il énumére le 6 août 1787 : en janvier messe basse pour Regnault de Bleury, en février une messe pour Vincent Jolibois, une autre pour Elisabeth l'épouse de Regnault de Bleury, en mars une messe pour Dreux de Mello, une autre pour Guillaume de Bleury, une pour Ermengarde, épouse de Dreux de Mello, etc..
Le père Pierre Fabre sera un des rares (cinq) grandmontains a assister à l'enterrement du dernier Abbé de l'Ordre, Dom Mondain de la Maison Rouge le 12 avril 1787, et le seul de l'Étroite-Observance. Il se retirera dans sa famille sans attendre qu'on le chassa de Grandmont...
Avec la Révolution viendra la vente de Vieupou comme bien national.
Le 27 Mai 1791 - La vente des Biens nationaux comprenant l'ancien prieuré eut lieu à Joigny.
Adjudication définitive
- La maison ci-devant conventuelle de Vieupou, bâtiments, pressoir, et dépendances, cour, jardin, enclos, 94 arpents 61 carreaux de terre, 8 arpents 66 carreaux de pré, 48 arpents de bois, 16 arpents de bois de réserve sur Poilly, 3 arpents 25 carreaux de terre sur Chassy, 80 carreaux de vignes sur St Maurice, 2 arpents 80 carreaux de pré sur St Maurice, de tous lesquels biens jouit le sieur Lordereau, fermier principal de Vieupou, et sur lesquels il y a offre à la somme de 33.444 livres.
La dernière enchère a été portée par Jean Nodon, charpentier, demeurant à St Maurice Thizouaille à 65.300 f agissant pour lui-même, Nicolas Petit, Thomas Machavoine, et Thomas Brouet, laboureurs demeurant à St Maurice Thizouaille et Poilly, tous présents et acceptants pour la somme de 65.300 livres payables en 11 ans par quotité égale de 4.200 livres chaque année, à chaque anniversaire à partir du 27 mai 1792.
Puis le 17 septembre 1791
adjudication du moulin des Bordes avec petit jardin et environ 2 arpents de pré, sis au finage de Poilly, dépendant du ci-devant prieuré de Vieupou
lequel bien a été évalué à la somme de 5.000 livres d’après le prix passé au bail avec Pierre Malbec demeurant à Poilly devant Me Bachelet notaire à Chassy le 23 novembre 1787 commençant le 1er janvier 1788.
La dernière enchère faite par le sieur Mathurin François Lallier, bourgeois demeurant à Joigny pour 7300 livres .
le 27 mai 1791
Adjudication d’un labourage dit de la métairie de Bleury consistant en 25 arpents de terre et pré sur Poilly, compris 50 carreaux de terre sur Chassy, dépend du ci-devant prieuré de Vieupou loué à la veuve Carré de Poilly sur lesquels biens il y a offre à 4.448 livres.
66 carreaux 2/3 de terre sur Bleury
Une maison masure entourée de haies vives en friches et arbustes, 33 carreaux 1/3 de terre et pré au finage de la vallée. 25 carreaux de terre au finage de Chassy.
Adjugé 7.000 livres au sieur Jean Pruy au 11ème feu qui enchéri pour le sieur Edme Martin, professeur de droit demeurant à Paris, absent, le sieur Jean Pruy étant son fondé de pouvoir.
- 200 carreaux de pré, 50 carreaux de terre sur Poilly louées à Jean David et consorts sur Poilly, dépendant de Vieupou sur lesquels bien il y a offre à 1050 livres. adjugé à Jean Trollet pour 2620 livres. Jean Trollet nous a déclaré avoir agi tant pour lui que pour le sieur Jean Fruhot, Nicolas Marsauche et Germain Marsauche.
- 162 carreaux de terre, 100 carreaux de vernes sur Poilly dépendant de Vieupou, loués à Etienne Sentier, sur lesquels il y a offre à 490 livres.
Vieupou au XIXème siècle.
Le prieuré fut acquit en 1815 par Jacques-Théophile Gallet. Ses descendants Edme-François l’occupaient encore en 1882, puis Alexandre Gallet en 1886. Son épouse née Courtois, qui habitait Joigny, avait léguée 30.000 f pour restaurer l'église, car elle tombait de vétusté. La Préfecture rejeta le legs. On dut raser l’édifice en 1901. Son clocher avait la forme d’une tourelle à 8 pans. Un panneau sculpté du XVème, une chaire de pierre du XVIIIème s., et le reste du mobilier ont été éparpillés au feu des enchères .
Vieupou au XXème siècle.
Le bien fut vendu en 1923 à un prêtre, M Louis-Alphonse Rousseau, qui résidait à Paris, 349, rue Lecourbe, qu'il garda jusqu'en 1938, époque où un autre prêtre de Choisy-le-Roi, l'abbé Cadet acheta. Le bien resta entre ses mains jusqu'en 1947, date à laquelle un gérant de Coopérateurs, M Jean-Marie Roy qui habitait Aillant, se rendit acquéreur.
Puis Vieupou fut la propriété de M et Mme Fr. Richard. Ils ont fait construire une aile à l'Est du bâtiment, qui servait de bibliothèque et de salle de travail à M Richard, ancien directeur littéraire d'un grand éditeur parisien. Il avait également remis en état un petit étang à l'Est du bâtiment. Le bien vient d'être récemment vendu, des travaux importants sont actuellement faits au dernier bâtiment grandmontain subsistant par le nouveau propriétaire.

retour page d'accueil