Tudela (Navarre - Espagne)

Localisation :
L’église de Saint-Martial se trouvait près du bord de l’Ebre à l’emplacement de l'ancienne voie ferrée. En souvenir, une rue proche porte son nom.


Vestiges :
Aucun reste architectural. Dans la cathédrale de Tudela un très beau rétable : “La Virgen de los Desemparados “ où les messes de fondation des Grandmontains avaient été perpétuée après la destruction de Saint-Martial. (première chapelle à main droite à l’entrée).

Histoire :
Le roi Thibaut II fonda cette deuxième celle le 16 octobre 1269, peu de temps avant sa mort. Il invita les Grandmontains a rouvrir l’ancienne maison des Franciscains de St Martial de Tudela, leur adjoignit un jardin potager, une futaie, et une oliveraie.
Il leur donnait en outre vingt livres de rente annuelle sur le péage de Tudela, cinquante mesures de bon blé à prendre sur les greniers de Cortès, quarante mesures de vin sur les caves de Tudela, les rentes de la chapelle du château qui se montaient à douze livres, ainsi que l’approvisionnement en bois à brûler et pour la charpente, à prendre dans les forêts de la Bardenas.
L’unique charge qui leur était imposé fut de célébrer une messe tous les jours dans la chapelle du château de Tudela. Dans la charte de fondation il était toutefois stipulé que toutes ces rentes seront éteintes si le Roi procure par la suite, au nouveau monastère, des revenus de pareille importance.
Le monastère était situé sur des terres appartenant à l’abbaye cistercienne d’Oliva, qui fut indemnisée.
Thibaut II, depuis Troyes, leur accorda le permis de voyager librement dans son royaume, ainsi que de rentrer et sortir sans payer. Il les dispensa également de payer des droits de chancellerie. Ces privilèges furent confirmés par Henri I.
Le Roi Philippe IV le Beau et Jeanne de Navarre donneront aux Grandmontains l’église de Corella avec toutes ses rentes d’une valeur de cent vingt livres annuelles, en échange des biens dotaux du monastère, qu’ils devront reverser à la couronne, exception faite du terrain où était construit le monastère, le jardin, l’aqueduc, ainsi que les profits faits sur la forêt de Bardenas.
Comme les profits de l’église de Corella étaient supérieurs aux rentes primitives d’environ trente livres, il demanda aux religieux de construire un autel en l’honneur de Saint Louis, son grand-père, et d’y célébrer tous les jours la messe, sans préjudice de celle qu’ils chantaient à la chapelle du château (Juin 1304). Le prieur de Grandmont, Guy Archer, donna son consentement et autorisa Raymond de Bornacello, prêtre et correcteur de Tudela, à prendre possession de l’église de Corella.
Louis le Hutin, roi de France et de Navarre, confirma le premier privilège de Thibaut II. L’historien Vincente de la Fuente assura que cette fondation fut source de procès avec les doyens du chapitre de Tudela et les voisins de Corella, mais d’autres procès surgiront, même après le départ des Grandmontains.
Durant son existence le monastère de St Martial, plaida uniquement, que pour des questions de sépultures, contre le chapelain de Ste Marie, et lorsqu’au bout de trois tentatives ils perdirent leur procès, ils se résigneront.
Comme toutes les celles grandmontaines, les religieux étaient peu nombreux. A la fondation et jusqu’en 1291, ils seront cinq, et en 1295 neuf. Mais en 1337 ils seront quatre : le frère Arnal Cessendier prieur, le frère Guillaume Rey, le frère Raymond Julien, et le frère Guillaume Cessendier.
Les religieux reçurent des dons. En 1291, dame Guillerma de Juan choisit sa sépulture dans l’église Saint Martial, après avoir laissé ses maisons du Mercadal, afin que l’on chanta une messe perpétuelle pour le repos de son âme. En 1318, Marie Martin, veuve de Martin de Leminata, leur donna des biens par testament. Deux modestes sarcophages furent transféré en 1859 de l’église de Saint Martial, avant sa démolition, à celle de la Miséricorde.
Le prieur de St Martial jouissait d’une certaine considération, il fut choisi par la Commission du St Siège pour arbitrer les différents entre le Prieur de la Sainte Croix et le doyen du Chapitre de Tudela. La communauté qui vivait en paix, méritait par ses vertus, l’amitié et la protection des princes, le respect et l’affection des habitants de la contrée.
En 1317, Jean XXII incorpora le monastère à la maison-mère de Grandmont. La vie régulière continuera par espaces jusqu’au milieu du XIVème s. En 1351, le religieux Jean de la Fuente chantait tous les jours la messe dans la chapelle du château. L’infant Don Luis lui donna en cadeau treize mesures de blé.
De 1361 à 1376, le monastère fut dirigé par Giscart Burgada. Il percevait la cire, l’huile et l’agneau pascal, qui étaient donnés pour le service du château. Le 12 Mars 1358, Guillaume de Cluzel fit une acquisition. On le porte comme procureur de Saint Martial dans l’acte .
Le frère Jean Cuitos fut le dernier prieur connu; à sa mort, le prieuré fut conféré successivement à Pierre, évêque d’Ampurias en 1365, puis à Martin de Zalba, Cardinal et évêque de Pampelune en 1393. Michel de Zalba également Cardinal et évêque de Pampelune lui succéda en 1404. Les trois évêques ne verront dans la dignité de Prieur que des sources de revenus. Le monastère se trouve totalement vide en 1421. Le culte divin et l’édifice sacré étaient laissés dans le plus grand abandon. Le chapitre collégial de Tudela aurait bien voulu sortir de cette situation angoissante, mais les rentrées ne dépassaient pas les 1300 florins, et devaient se répartir entre le doyen et les vingt cinq chanoines. Avec ses misérables rentes, qui ne pouvaient d’une manière convenable, subvenir à leurs besoins, ils se trouvaient dans l’obligation de se consacrer à la culture ou au travail manuel.
Le Pape Martin V accédant aux prières de Charles III le Noble, répartit les revenus du prieuré St Martial, qui étaient de 200 florins, par lettres apostoliques en 1420 adressées à l’abbé de Fitero, à partager par moitié entre la mense capitulaire et le doyen du Chapitre (9 décembre 1422).
Le clergé navarrais, qui était hostile en général à l’établissement de religieux étrangers, profita de l’abandon du monastère, abandon peut-être momentané, du aux guerres et aux incursions des bandes de pillards, pour se faire adjuger par le Saint-siège la succession des Grandmontains. Le chapitre de Tudela en avait pris possession, quant le pape Nicolas V annula l’oeuvre de son prédécesseur, en pourvoyant un particulier, Juan de Arbizu, des revenus du prieuré. Cette nomination fut le point de départ d’un procès bien embrouillé.
En effet un roi de Navarre, Don Juan, avait concédé les prérogatives du prieuré à un certain Pierre de Peralta, qui avait assassiné l’évêque de Pampelune Chavarri ! Pierre de Peralta fut gracié, relevé de son excommunication et confirmé dans ses droits de patronat en 1481 par le Pape Sixte IV. L’Ordre de Grandmont ne voulant pas perdre ses prérogatives s’efforca de reprendre l’établissement naguère abandonné. Il y envoya une nouvelle communauté pour rétablir sa possession. Gomez de Montoya, qui s’intitulait prieur de St Martial de Tudela en 1470, semble avoir pris ce titre avec l’agrément de l’Abbé général.
En 1473, le Roi accorda l’autorisation de faire des quêtes au profit de l’église de Saint Martial, qui avait un besoin urgent de réparation. Cette autorisation était subordonnée à la condition expresse qu’aucune partie du produit ne soit envoyé à Grandmont. Pour que cette clause est une raison d’être, prouve que Grandmont avait réussi à maintenir ses droits. C’est à cette époque que le doyen du chapitre de Tudela, Pierre Feriz, obtint du Pape Sixte IV une bulle prononçant l’union des prieurés St Martial et St Etienne d’Arguedas au chapitre de Tudela, et les revenus affectés aux chanoines et aux prébendes.
Huit ans plus tard le Pape Sixte IV revint sur sa décision, et reconnaît les droits sur le prieuré de St Martial de Pierre de Peralta. L’Ordre de Grandmont ne se considéra pas comme battu, il négocia, moyennant finance, son aveu.
A la fin du XVème siècle, le titulaire de St Martial était Domingo Olleta. Il résigna sa charge en 1492, moyennant une pension de 100 livres, en faveur de Geoffroy de Cognac. Il fit quelques années après, en 1499 ou peut-être 1513, le voyage de Grandmont pour obtenir de l’Abbé des lettres de provision pour son successeur, et d’intervenir auprès du chapitre de Tudela.
Cet état de chose ne pouvant se perpétuer , Ferdinand le Catholique, pour empêcher la dilapidation des biens de Saint Martial, les fit mettre sous séquestre. Geoffroy de Cognac secondé par le Prieur de Grandmont, protesta. Il cita les chanoines de Tudela devant la cour de Rome, ainsi que devant le Conseil souverain de Pampelune. Il obtint la levée du séquestre à son profit, et réussit à reprendre possession du prieuré. Son successeur, Jean de Mur, traita avec le chapitre, et consentit à résigner. Le prieuré se trouvant libre, Léon X l’unit au chapitre de Tudela.
L’affaire semblait terminée quand, le duc de Najera, vice-roi, donna le prieuré à D. Bartélemy Orfanino, et réussit à obtenir de Rome des bulles en faveur de son protégé. Ce fut au tour du chapitre de Tudela de protester, et il s’empara le 1er août 1521, du monastère et de l’église Saint Martial, et le lendemain de l’église de Corella.
Quatre ans plus tard, Bartélemy Orfanino étant mort, le Marquis de Falcès réclama le prieuré, comme ayant succédé aux droits de Peralta, et il présenta Martin de Vallès pour ce bénéfice. A Rome on accorda les bulles...
Sur réclamations du chapitre, on voulut les révoquer, mais le Roi appuya Martin de Vallès. Une lettre de Charles Quint au légat d’Espagne auprès du Saint-siège pour revendiquer les prérogatives de la Couronne et la légitimité des droits concédé à Peralta et à ses successeurs, remet tout en cause. Le doyen du chapitre de Tudela, Pierre Villalon de Calcena, fit si bien qu’il obtint que l’affaire fut soumise au Nonce. Celui-ci rendit une sentence favorable au Chapitre, et les bulles accordées par la Cour de Rome révoquées.
Sept ans plus tard, on voit réapparaître un nouveau prieur à St Martial, D. Eguya, et le procès renaît. Une transaction est préparée, acceptée, puis déchirée. En 1533, le Chapitre perd sa cause à Pampelune, puis tout à coup reprend l’avantage, enlève une décision favorable, et profite des bonnes dispositions du Saint-siège à son égard, pour obtenir une confirmation de ses droits. En 1539, ordre est donné de remettre aux chanoines tous les revenus du prieuré, mais tout n’est pas fini. Le fisc pontifical intervint à son tour pour demander l’héritage des Grandmontains de Tudela. Les chanoines ne perdirent pas courage; bien que de nouveaux procès relatifs à l’église de Corella soient venu se greffer sur les anciens, ils retournèrent devant le Roi, puis devant le Pape. Philippe II arrangea l’affaire en 1567, et Pie V confirma l’union et l’incorporation, cette fois définitives, du prieuré de Saint Martial au Chapitre de Sainte Marie de Tudela.
L’Ordre de Grandmont avait renoncé depuis longtemps à faire valoir ses prétentions.
En 1552, le Cardinal-Légat Poggio accorda, par un bref spécial, des indulgences à tous les fidèles qui visiteraient l’église de Saint Martial, le jour de la fête de Saint Louis. Des quêtes au profit du sanctuaire de St Martial furent autorisées en 1525, à la suite de la guérison due à l’intercession du Saint , de personnes atteintes d’une maladie que l’on nommait “feu de Saint Martial ” ou “mal des Ardents ”, maladie due à la présence dans le pain, de l’ergot du seigle. Le chapitre de Tudela fut chargé du service religieux qui fut célébré tous les jours jusqu’en 1820. De 1820 à 1843, la messe quotidienne fut transférée à la cathédrale dans la chapelle de la Vierge des Abandonnés, où les images de St Martial et de Saint Louis furent transférées. Avec la desaffectation de Saint Martial, le chapitre se considéra libre de cette charge.
En 1859 seulement, l’église Saint Martial encore debout fut démolie, afin de faire passer une ligne de chemin de fer. Une partie de ses pierres ouvragées servirent à la construction d’un égout. De l’antique monastère de Saint Martial, il ne reste plus que le nom donné à une rue située sur les lieux de son emplacement (Camino de San Marcial).

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