Thiers (Puy-de-Dôme)

Localisation :
L'ancienne celle de Thiers était située près de la sortie Nord de la ville, aujourd'hui rue des Grammonts. A son emplacement se trouve un café à l'enseigne "Le Grammontain "
Intérêt:
Église (Sud) : O.
Vestiges:
A part les caves sous le café, il ne reste rien des bâtiments. Au-dessus du comptoir on peut lire deux dates : 1650 - 1965 (voir Histoire).
Lors de sa visite en 1962, J.R. GABORIT a pu photographier le porticum et les caves .
L'église St Genès garde une statue de St Etienne dans sa chapelle latérale gauche, et un beau Christ en noyer, récemment restauré, au-dessus du maître-autel. Ce sont les seuls éléments du mobilier de la celle de Thiers qui subsistent. Peut être que d'autres "trésors" existent encore dans certains greniers de Thiers...comme par exemple ce Christ qui a été découvert dans un grenier où il avait séjourné deux siècles ! Autre exemple: une statue de St Etienne photographiée par un photographe de Thiers, M Gauvin, reste aujourd'hui introuvable

Histoire:
Lorsque Charles FREMON voulut étendre sa Réforme qu'il avait créée en 1643, il pensa à Thiers, ville natale du fondateur de l'Ordre. Il s'y rendit une première fois en 1646. Les Capucins de Thiers, craignant qu'un ordre mendiant s'établisse dans cette ville et leur fasse du tort, proposèrent aux " Messieurs de la ville", d'y recevoir les Grandmontains, puisque le fondateur y était né en 1046.
Connaissant Charles FREMON, le Père Laurent de Dijon, capucin et cousin germain de Jean Laurent Etienne MILLIERE, prieur commendataire d'Epoisses, proposa l'implantation des Grandmontains au Conseil de la ville de Thiers.
Mais il devait au préalable obtenir l'autorisation du duc d'Orléans, tuteur de sa fille Louise, Dame et Baronne de Thiers. Pour cela le Père Laurent se rendit à Paris où il présenta une requête aux officiers du Duc. Celle-ci reçut un accueil favorable et la permission de cette installation lui fut accordée par un arrêt du 26 août 1647, à condition que la ville de Thiers y consentit. Cette proposition fut acceptée par le Conseil de cette ville le 27 septembre 1647. Quand à l'évêque de Clermont Joachim d'ESTAING, il donna sa permission le 15 septembre 1649 .
Ainsi, tout permettait l'établissement d'un monastère grandmontain à Thiers. Mais il restait à résoudre la partie matérielle de cette implantation: trouver un terrain. Plusieurs personnes proposèrent à Charles FREMON des terrains mais ceux-ci étaient plus ou moins aptes à recevoir une construction. Les terrains les plus propices étaient les plus chers...
Un premier terrain fut retenu: " la goutte de Monthaut", qui se trouvait entouré de deux "montagnes" et que les pluies transformaient en torrent! Un homme charitable, Mr GINESTEL, apprenant l'erreur qu'allait commettre Charles FREMON en achetant ce terrain, lui en proposa un autre en haut de la ville. Le Père Charles FREMON, tout heureux, signa l'acte de vente devant notaire le 27 mars 1650: première date inscrite au-dessus du comptoir du café.
Ce nouvel emplacement s'appelait "les Pathières" et c'était l'un des endroits les plus agréables de la ville de Thiers. Pour agrandir le lieu, Charles FREMON acheta le terrain contigu dénommé " les Planches St Jean " offert également par Mr GINESTEL.
Le Père Charles FREMON, qui était reparti pour Epoisses, revint à Thiers pour l'anniversaire de la canonisation de St Etienne, le 29 août 1650. Les travaux du monastère avançaient vite, la chapelle fut bientôt achevée et la messe y fut célébrée la première fois le 15 octobre 1650. Plusieurs chambres furent prêtes pour la fête de la Toussaint 1650.
Hélas, au bout de deux ans, Charles FREMON s'aperçut que ce lieu ne convenait pas à un monastère; en effet il était situé au pied d'une montagne qui lui faisait de l'ombre, le soleil y paraissant à peine trois ou quatre heures par jour...De plus le monastère avait été construit tout près d'une rivière qui ruinait les fondations de ses murailles. En outre cette rivière était utilisée pour le bain de certaines personnes de la ville...et les lavandières animaient les lieux par leur "caquet". Enfin, les habitants de Thiers avaient coutume, les dimanches et les jours de fête, de s'assembler dans un lieu voisin poury tirer de l'arquebuse.
Charles FREMON chercha un autre endroit, aux faubourgs de la ville. Il en trouva un, chemin de la rue du Lac, dans la paroisse de St Genès. Cette nouvelle maison avait trois niveaux:
- au rez de chaussée, on avait fait la cuisine et un bûcher.
- au premier étage on avait aménagé un réfectoire, une chambre pour les hôtes, une infirmerie et la salle du chapitre.
- au deuxième étage on avait fait construire cinq cellules.
En 1669, la communauté de Thiers comprenait quinze religieux et le lieu qui leur servait de chapelle devenait trop exigu; de plus, cette maison avait été bâtie hâtivement et la qualité de la construction était médiocre.
Le Père Charles FREMON décida alors de construire une église plus vaste et un marché fut passé avec des entrepreneurs le 28 juin 1670.
La première pierre de cet édifice fut bénie le 30 août 1670. Mais le Père Charles FREMON dut partir pour Grandmont où son Abbé le retint pour donner des cours aux novices. Les religieux de Thiers écrivirent à l'Abbé Général pour que Charles FREMON revienne, les travaux de l'église avançant, sa présence s'avérait nécessaire pour les surveiller.
Le Père Charles FREMON revint à Thiers le 23 ou le 24 septembre 1670, et trouva les travaux de l'église bien engagés. Les plans n'avaient pas été arrêtés et le bâtiment n'était pas assez large, ni les murs assez épais pour soutenir une voûte; de plus le bâtiment était fort irrégulier. Pour compenser on dût faire la dépense d'un lambris auprès de Paul BUCHOT, maître sculpteur et menuisier de Thiers. D'après ce contrat du 2 décembre 1670 fait chez Maître Jacques COTTIER, notaire royal à Thiers, le " travail " devait être livré pour Pâques 1672, moyennant le prix de 1 350 livres ( travail et fournitures compris).
Dans ce contrat figuraient non seulement le lambris mais également les boiseries :
" Premièrement sera tenu ledit entrepreneur de faire un grand retable de 24 pieds de hauteur, de 15 pieds et demi de large, composé de deux colonnes torses taillées à feuilles de vigne percées à jour, suivant l'ordre de Corinthe avec le piédestal, architraves, frises et corniches, avec un frontispice au-dessus de la corniche, au milieu de laquelle il y aura un Jésus, Maria, Joseph en bas-relief avec un cadre rond, taillé en feuilles d'eau et autres ornements, qui rempliront ledit frontispice.
" De plus à icelluy frontispice il y aura tout en haut, une teste d'ange fournissant des pantes (?) de fruits, qu'autres deux anges, en bosse de la hauteur de deux pieds et demy, soutiendront avec leurs mains, suivant et conformément au dessin fourni par Paul Buchot."
" Plus sur la plinthe de la dite corniche, il y aura deux figures aussi grandes que la place le permettra, l'une représentant St Jean Baptiste et l'autre Sainte Magdeleine."
" Plus dans ledit retable fera ledit Buchot, un grand cadre taillé à feuille d'eau pour porter le tableau."
" Plus aux côtés dudit grand retable, il y aura deux petites crédences comprises dans la largeur, en haut desquelles il y fera deux anges de deux pieds et demy de hauteur, représentés nus, assy bien que les autres ci-dessus lesquels deux anges recevront chacun une pante de fruits sortants d'une teste de chérubin placée dans l'arrière corps du pilastre."
" Plus fera deux marches sous le tabernacle avec chacune une frise. Ces deux marches seront de la hauteur, savoir la plus proche du tabernacle de cinq pouces, et la plus basse de sept, et toutes deux seront dorées en or bruny."
" Plus fera le devant d'autel avec une frise et une corniche qui régnera tout du long, les deux pilastres d'icelluy auront chacun une pante de fruits sortant de la bouche d'un ange qui ira depuis le haut de ceux-ci jusqu'en bas..."
Ce n'est qu'une petite partie du contrat passé avec Paul BUCHOT, mais elle surprend un peu. En effet, si ce retable est bien dans la ligne décorative de l'époque, il apparaît bien surprenant que Charles FREMON ait pu y donner son accord. D'ailleurs on n'est pas surpris d'apprendre que celui-ci surseoira à l'exécution du contrat par un accord avec Paul BUCHOT le 26 septembre 1672...
L'église fut bénie et dédiée à la Sainte Famille le 24 décembre 1670.
Quelques temps après, le Père Charles FREMON fit construire une sacristie, un dortoir et des chambres pour les religieux.
L'Abbé Général de l'Ordre, le Père Alexandre FREMON, frère de Charles, vint à Thiers le 31 août 1684 pour visiter ses religieux et pour trancher un problème qui se posait à la communauté. En effet, une veuve riche, Catherine ROUDIER, avait donné aux religieux de Thiers un pré de 300 livres de revenu auquel elle ajoutait 2.000 livres. Comme ce pré était en dehors de l'enclos du monastère, Charles FREMON aurait bien voulu le revendre pour acheter un terrain contigu à leur enclos, mais l'Abbé Général l'avait prié de n'en rien faire. L'Abbé Général resta douze jours à Thiers et demanda à son frère d'accepter le don; par la même occasion il approuva la Réforme de Charles FREMON par un acte authentique du 10 septembre 1684.
En 1688, l'Ordre dut évacuer Bussy et les religieux arrivèrent à Thiers le 17 mai 1688.
Le Père Charles FREMON mourut à Thiers le 13 novembre 1689 à cinq heures du soir. Il fut enseveli dans le choeur de sa chapelle.
Les supérieurs qui se succédèrent à Thiers furent:
- François THOMAS (1689 - 03/1705)
- François LEFEBVRE (1705 - 6/02/1715)
- Dominique MONPIED (1715 - 23/04/1724)
- Dorothée OJARDIAS (25/05/1724 - 29/04/1736)
- Bruno ROBILLARD (1736 - 02/11/1757)
- François NICOD (1757 - 1770)
Une assemblée de l'Étroite-Observance se réunit à Thiers le 1er juin 1707. Le R.P Jean-François Lefebvre, vicaire général et supérieur de la communauté ainsi que le R.P Antoine Camusat y représentent la communauté.
Le livre-journal de François Nicod nous révèle que la communauté de Thiers fut victime du système de Law et qu'en février 1720 elle était en détresse. Le Cardinal de FLEURY lui fit obtenir une pension de 1.600 livres sur la cassette royale; un peu plus tard, comme ce secours était insuffisant pour faire vivre une quinzaine de personnes, un brevet de Louis XV, daté du 27 décembre 1729, autorisa la communauté à poursuivre l'union de la mense priorale de Louye, avec l'agrément de l'abbé BITANT, son prieur commendataire.
François NICOD écrivait notamment :
" Notre maison de Grandmont de Thiers en Auvergne ne subsistoit plus, depuis 1716, que des aumônes des autres maisons de la Réforme, et étoit prête à périr par le système des billets de banque, qui lui avait enlevé tous ses biens; lorsque, par un coup inespéré de la Providence et par le canal de Mgr le Cardinal de Fleury, qui étoit instruit de la grande régularité qui règnoit dans cette maison, le Roi lui assura sur sa cassette une pension de seize cents livres, en attendant quelque occasion pour la fonder solidement..."
Un devis estimatif des réparations à faire aux bâtiments est dressé le 26 juillet 1753 . Il donne l'état très précaire du prieuré :
" devis estimatif des bâtiments qui sont presentement les plus pressants à faire à neuf au monastère de St Etienne de Grandmont de la Ville de Thiers pour prévenir les accidents qui pourroient survenir aux anciens par la mauvaise construction et vétusté de la plus grande partie de leurs murs et particulièrement de ceux du réfectoire, cuisine et cellules que l'on a pratiqué au-dessus, qui n'étant bâtis en partie qu'en torchis ou pans de Bois à pièces rapportées, et les chassis qui composent les piedroits et linteaux de leurs portes ou fenestres ne se trouvant de même qu'en bois, et les planchers et plafonds qu'en simples plancheyages sont si pourris pour être exposés aux injures du temps que la plus grande partie menace de tomber, étant d'ailleurs les dits réfectoire et cuisine si éloignés des autres bâtiments en dépendant et en pente si precipitée, qu'il faut faire pour y communiquer faire des touts et détours en y descendant par un petit escalier de bois ainsy qu'il paroit par le plan et se trouvant aussi led. refectoire beaucoup plus bas que la superficie du terrain et ses jours par consequent, peu favorable pour être fort étroit et beaucoup élevé du pavé, le rendent tellement impraticable par son humidité, que l'on ne peut se dispenser d'une nouvelle construction de refectoire voûté en voûte d'areste et cellules dessus, et d'une cuisine aussy voûtée; au-dessus de laquelle sera une bibliothèque, sous lequel refectoire sera pratiqué une cave voûtée de même dans toute sa longueur et largeur, en attendant que la maison soit en état de faire exécuter le surplus des bâtiments mentionnés dans le plan...."
La maison de Thiers était le noviciat de l'Etroite Observance. Il fut frappé par l'interdiction décrètée par les lettres patentes d'août 1768, interdisant à l'Ordre d'admettre dèsormais des novices en son sein. Cette maison comptait à cette époque dix religieux et elle fut ainsi réduite à deux: Dom Antoine PROHET et Dom Benoît LEGAY.
Ceux-ci durent opter pour la Réforme de Cluny à la dissolution définitive de l'Ordre.
Un procès-verbal dressé le 13 mai 1771, à la demande du Promoteur du diocèse , nous donne l'état du monastère de Thiers lors de son évacuation par les religieux :
"Eglise et sacristie: Nous avons observé qu'en général ladite église est en très bon état ainsi que la sacristie."
"Ancien corps de logis: Composé d'un petit parloir sur le côté droit de l'entrée de l'église, d'une aile de cloître au long de l'aspect septentrional de ladite église, prenant jour sur une cour très spacieuse."
"Le cloître est carrelé en briques, et couvert de tuiles creuses, le tout en bon état."
"Nous avons observé qu'au fond de l'église à l'aspect de nuit (à l'Ouest), est un ancien corps de logis qui formait les lieux réguliers du monastère: il est composé au rez-de-chaussée de la sacristie, d'un chauffoir, d'un corridor communiquant du cloître au cimetière et au jardin, le tout en bon état."
"Nous avons observé que le dessus du corps de logis est à deux étages, le premier composé d'une salle au-dessus du chauffoir, d'une cellule composée de deux pièces pour le supérieur, d'une cellule de religieux, et d'une bibliothèque occupant la place de deux cellules" (nous retrouvons ainsi les cinq cellules aménagées par Charles FREMON)
"Le second et dernier étage est composé de sept cellules, le tout en assez bon état."
"Bâtiments neufs: A la suite des anciens bâtiments il a été construit un corps de logis très bien et très solidement bâti."
"Un rez-de-chaussée tout voûté, et deux étages au-dessus."
"Au rez-de-chaussée, un réfectoire, une cuisine avec garde manger et arrière cuisine, et d'un corridor en très bon état. Le premier étage est composé d'un corridor et de six cellules carrelées, en très bon état."
"Un second étage est aussi en bon état et carrelé. Le bâtiment neuf est à l'aspect du couchant, et devant possède une petite cour à volaille, et un hangar ou appenti au nord, le tout en très bon état."
Six jours avant sa mort, le Roi Louis XV, par un arrêt du 4 mai 1774, donna en commende le monastère de Thiers à l'abbé RAYMOND, aumônier des Pages de la Dauphine, à charge pour celui-ci de payer 400 livres à la communauté .
Mais les lettres patentes du 22 septembre 1774 prononceront la dissolution de la communauté de Thiers et en élèveront la redevance à 600 livres qui sera désormais versée au séminaire de Clermont.
Le 1er mars 1790, le prieur commendataire écrit aux Officiers municipaux de la ville de Thiers la déclaration suivante :
" Je soussigné Joseph Honoré Raymond, prêtre âgé de soixante ans, demeurant pour le moment à Versailles, aumônier des Pages de la Reine, réformé et non remboursé de la finance de ma charge, déclare avec vérité à Messieurs les Officiers de la Ville de Thiers en Auvergne, en conformité du décret de l'Assemblée Nationale ce qui suit:
1/ que je suis titulaire du Prieuré de Grammont-Thiers, situé dans la paroisse St Genès.
2/ que postérieurement à ma nomination, il en a été démembré l'annexe de Louye située dans le diocèse de Chartres, qui nonobstant son union audit prieuré de Grammont-Thiers, l'a été au séminaire de Chartres contre les lois.
3/ que les biens délaissés au Prieuré de Thiers consistent en bâtiments, vignes, jardin, terre labourable, et rentes dont une en grain.
4/ que le Roi a permis d'en vendre les bâtiments plus onéreux qu'utiles, au profit du bénéfice par lettres patentes enregistrées au Parlement. Ce qui n'a pas encore été fait, et dont dépend cependant le bien-être de ce bénéfice.
5/ que les biens restants de ce bénéfice sont grevés de beaucoup de charges tant en fondations qu'en cens, rentes et impositions.
6/ qu'il en peut rester au titulaire un revenu de cinq cents livres annuellement.
"En fois de quoi j'ai signé la présente décharge..."
Il subsiste une déclaration de Biens Nationaux du 24 novembre 1791 . Il y est mentionné que les différents produits du monastère s'élevaient à 1719 livres et 4 sols. En outre cette déclaration signale la chute du plafond de l'église.
En 1965 avait lieu la destruction du porticum, dernier vestige du monastère et seconde date inscrite au dessus du comptoir du café: "Le Grammontain"...

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