Raroy

Localisation :
Cette celle se trouvait sur le territoire de la commune de Crouy sur Ourcq. Pour parvenir à son emplacement, à Crouy prendre au sud la route de Marnoue les Moines (D 102). Après avoir traversé Fussy faire 900 m, avant de tourner à angle droit dans les bois, prendre tout droit un chemin de terre . Faire un bon kilomètre, à l’entrée du bois y laisser son véhicule. Prendre le chemin de terre à droite, longer une peupleraie pendant 250m, on aperçoit les ruines du prieuré.


Intérêt :
Eglise (Nord) 2.


Vestiges :
Il reste les bases des murs de l’église au milieu d’une épaisse broussaille (26m x 5.9 m).La lancette centrale du chevet, que Mr Gaborit avait pu photographier en 1962, s’est écroulée. Il reste deux caves voûtées, et une partie des murs du collège des Oratoriens.


Histoire :
Raroy fut fondé en 1165 par Simon, vicomte de Meaux et son épouse Ade. Ils engagèrent en même temps Arnoult, prieur des bénédictins de Marnoue et son chapitre, leurs voisins, à abandonner le droit d’usage qu’ils possédaient sur les bois de Raroy . Comme ils manquaient de prés nécessaires à l’élevage de leurs bestiaux, la Comtesse de Bourgogne, leur fit donner en 1197, par les religieux de Reüil qui avaient été d’autre part indemnisés, deux arpents de pré . Le vidimé de la charte precisait “aux frères de Rareio in villa de Voupa “ .
Ils reçurent d’autres dons. En 1229, Philippe Gauchier, seigneur de Crépy, leur fit don d’un muid de blé, à prendre sur sa grange de Crépy .
Ils bâtirent le prieuré, qui fut placé sous l’invocation de la Vierge, comme tous les prieurés grandmontains : “Béata Mariae de Rareio”; et mirent en valeur la partie la moins stérile de leur domaine. Ils plantèrent même quelques vignes .
En 1245 et 1255, ils obtinrent des lettres d’amortissement de leurs biens.
En 1295, Raroy hébergeait six religieux, et en 1317 le Pape Jean XXII l’érigea en prieuré. Il lui adjoignit deux petits prieurés, Vassy Lohan (n° 82 - 51/1) et Savigny (n° 1 - 02/1). Son premier prieur fut Pierre de Mazeris. Cette union devait être confirmée par une bulle papale du 3 Mai 1534 .
Le monastère était pauvre, et dès 1367 il ne payait pas exactement au chef d’ordre la pension de 26 livres qu’il lui devait . Sa mise en commende dès 1467 n’améliora pas son sort, bien au contraire. Les bâtiments n’étaient plus entretenus; en 1496 l’église était encore debout, mais dans un état déplorable . La ruine totale menaçait. C’est alors que les Jésuites tentèrent de s’emparer de Raroy, mais l’archevêque de Bourges, Grand aumônier de France, à qui relevait la nomination du commendataire, déjoua leurs manoeuvres. Le 19 janvier 1595, il obtint du Parlement de Paris, un arrêt qui donnait le 3 février, à Bald de Lentille, prêtre “ du diocèse de Laon, curé de Bouvencourt, le prieuré de Saint Marie de Raroy, de l’ordre de Saint Benoît, au diocèse de Meaux, libre et vacant soit par le décès, soit par l’absence du dernier possesseur, soit par l’incapacité, l’inhabilité et l’irrégularité de ceux qui y prétendent injustement “ . Mais Bald de Lentille se heurta à des difficultés, qu’il ne voulut pas surmonter, entre autre l’opposition du prieur de Raroy, Pierre Serval.
Le roi Henri IV qui avait également en collation la nomination d’un commendataire, profita du départ de Pierre Serval qui entra chez les Chartreux, pour nommer un prieur commendataire en la personne de Claude Bazin. L’archevêque de Bourges ignorant le départ de Pierre Serval, ainsi que la décision royale, obtint du Parlement le 24 janvier 1595, un arrêt donnant “ à Jean le Gallois, prêtre religieux de l’Ordre de St François, prédicateur du Roi, lecteur en théologie, le prieuré Sainte Marie de Raroy, libre et vacant de l’incapacité et de l’irrégularité de Pierre Serval, entré dans l’ordre des Chartreux”.Jean le Gallois ne s’empressa pas de prendre possession de Raroy, et lorsqu’il voulut faire acte de prieur, il se heurta à Claude Bazin. Ce dernier fut troublé dans sa possession et présenta, en 1596, une requête devant le Conseil du Roi assignant Jean le Gallois. Le Roi fit rendre l’ordonnance suivante le 14 février 1597 :
“de la part de nostre amé Claude Bazin, prieur du prieuré Notre Dame de Raroy, diocèse de Meaux; ordre de Grandmont, a esté à nostre conseil présenté requeste, contenant que nous ayant pleû luy accorder et faire don du dit prieuré, comme estant à notre nomination et vaquant par l’incapacité de Me Pierre Cerval , lequel se seroit rendu chartreux, il en auroit esté canoniquement pourveû et à iceluy pris et esté mis en possession réelle et actuelle, en laquelle il est néanmoins troublé et empesché par frère Pierre le Gallois, religieux de l’Ordre de St François : au moyen du quel trouble et empeschement, et que nostre dit conseil est seul juge des procès et différens pour raison des bénéfices estant à notre collation, privativement à tous autres juges; le suppliant auroit requis commission luy estre délivrée pour faire appeler et assigner au dit conseil le dit Gallois. Sur quoy nostre dit conseil auroit ordonné commission estre audit suppliant délivrée....” .
Raroy possédait donc deux commendataires ! Claude Bazin seul, resta.
En 1611 le prieur commendataire était Nicolas Lesage “aumônier du Roi, chanoine de Verdun”. Il ne résidait pas à Raroy. Le 12 décembre 1611 il passa devant Me Castel, notaire royal à Crouy, un bail de location du revenu temporel de Raroy, moyennant la somme de 400 livres, à un fermier du nom de Brochard. Ce dernier exerçait, à ses risques et périls, le droit de haute, moyenne et basse justice. Il lui était en outre permis de faire paître ses chevaux dans le cloître !
Cette situation n’était pas favorable au relèvement du prieuré, bien au contraire. C’est alors que le Comte de Tresmes ému de cette situation, obtint par des lettres-patentes, la résignation de Nicolas Lesage et l’incorporation des Feuillants à Raroy.

Les Feuillants étaient des moines cisterciens réformés par Jean de la Barrière, et dont la maison-mère était à Feuillants, près de Toulouse. Congrégation devenue indépendante en 1586, Henri III les avait fait venir à Paris en 1587. et en avait hébergé soixante deux dans la celle du Bois de Vincennes du 9 juillet au 7 septembre 1587, avant de les loger dans leur nouveau couvent de la rue Saint Honoré.
Mais l’ordre de Grandmont qui pendant longtemps s’était désintéressé de Raroy se ravisa, et son Abbé fit opposition à l’enregistrement des lettres royales. L’abbé ne céda que lorsque les Feuillants s’engagèrent à payer à l’ordre de Grandmont la somme de trois cents livres annuellement, somme destinée à entretenir deux ou trois religieux grandmontains au collège Mignon. L’opposition levée, le Parlement enregistra les lettres, mais y mit deux conditions: la première était que le Comte de Tresmes abandonnait son droit de justice à Raroy, et la seconde que les Feuillants obtiendraient dans les trois mois les bulles du Pape. Que se passât-il? le Pape ne donna pas ses bulles, ou Raroy était dans un état de délabrement tel, que les Feuillants ne s’y installèrent jamais .
On en revint aux dispositions antérieures, Grandmont reprit ses droits sur Raroy, et Nicolas Lesage sa commende.
Le Comte de Tresmes n’abandonna pas la partie; il entendait être le fondateur d’un monastère, et ne pas perdre son droit de litre funéraire, et se faire enterrer à Raroy.
Il voulait en outre garder les droits de haute, moyenne et basse justice sur des terres contiguës aux siennes. Afin d’y arriver, il s’adressa au Père de Bérulle fondateur de la Congrégation de l’Oratoire, pour qu’il y envoie une colonie. Un traité entre le comte et le Père de Bérulle fut signé le 22 mars 1618; il fut approuvé par le Roi Louis XIII.
Ce traité donnait et accordait par “le Comte de Tresmes et dame Charlotte Baillet, sa femme et espouse, de luy suffisamment autorisée ...à iceux Pères de l’Oratoire, les dortoirs, cloître et autres bâtiments construits audit Prieuré de Raroy depuis un an, en ça : en outre pour augmentation du revenu et supplément de la nourriture et entretennement des dits Pères de l’Oratoire, qui seront jusqu’au nombre de huit tant prestres que autres résidens en icelle Maison de Raroy, et pour y faire le service divin selon leur usage, fonction de leur Ordre et discipline; et pour cet effet iceluy sieur et dame leur ont donné par donation irrévocable entre vifs une maison et une grange, le lieu comme il se comporte, avec quarante-huit ou cinquante arpens de terre situez à Dhuisy, aux dits sieur et dame de Gesvres appartenans, et par eux acquis du sieur de Lézine; à la charge et condition que la Justice du lieu et prieuré de Raroy appartiendra aux dits sieur et dame de Gesvres, selon qu’il estoit porté par l’accord autrefois convenu avec les Religieux susdits de la Congrégation des Feuillants, lequelle Justice sera exercée par les officiers et ministres de leur comté de Tresmes...comme aussi le cas avenant qu’aucuns héritages, maisons, ou fonds de terre fussent donnez aux dits Pères de l’Oratoire, fait par donations entre vifs, testaments, ou autres dispositions dans le détroit de la dite seigneurerie et comté de Tresmes, iceux Pères de l’Oratoire seront et pourront estre contraints par les dits sieur et dame de Gesvres, et leurs successeurs au dit comté de Tresmes, d’en vuider leurs mains, pour du prix en acquérir autres hors les fins ou bon leur semblera, hors les fins et limites du territoire du comté de Tresmes, dans lesquelles ils ne pourront pareillement rien acquérir d’héritages en fonds de terre. Et moyennant ces présentes et en considération des dits bienfaits “.

Les Religieux de l’Oratoire consentaient en outre à ce que l’église de Raroy devint le lieu de sépulture des sieurs et dames de Gesvres et de leurs enfants . L’année suivante, le 28 octobre 1619, Nicolas Lesage résigna sa commende entre les mains du Pape. De son côté, Rigaud de Lavaur, l’Abbé de Grandmont, consentait le 18 mai 1619, l’union de Raroy à la Congrégation de l’Oratoire, moyennant le paiement d’une rente de 300 livres. Les Feuillants donnaient également leur accord par écrit le 26 mars 1623. En conséquence les bulles poursuivies en cour de Rome y furent expédiées le 14 mars 1624, et fulminées le 20 septembre suivant. L’ordre de l’Oratoire en prit possession le 21 décembre 1624. Pour marquer le passage des grandmontains une croix de pierre fut gravée, qui portait l’inscription suivante : 1171 RAROY 1624
STAT
CRUXCette devise “ La croix reste debout ”, devise des Chartreux semble due au dernier prieur grandmontain, D. Pierre Serval, entré chez les Chartreux. Cette croix est toujours visible au fronton de la porte du presbytère de Crouy sur Ourcq .
Mais qu’était cette nouvelle congrégation apparue en France ? Les Oratoriens avaient été fondés par Pierre de Bérulle, prêtre, homme d’état, connu pour sa charité et ses connaissances. Il désirait porter remède à un des graves handicaps de l’Eglise de son époque, l’ignorance du clergé. Marie de Médicis et Louis XIII le protégeaient contre l’hostilité des Jésuites, et grâce à ce haut patronage il attira la considération des personnages puissants, dont le Comte de Tresme . Ils établirent dans leur nouvelle maison de Raroy un collège où l’on donna des conférences sur les saintes écritures, la théologie, la morale, etc... L’évêque de Meaux, Mgr Dominique Seguier vint visiter Raroy, et compris tout l’avantage qu’il pouvait en tirer. Il demanda à ses curés de se rendre à Raroy deux fois par mois en été. Cet exemple fut rapidement suivi dans les diocèses environnants. Une bibliothèque de 1.700 livres et manuscrits permit au clergé séculier de s’instruire. Au départ, Raroy devait héberger huit prêtres, mais ce chiffre ne fut jamais atteint.
Un supérieur y fut nommé en 1625, et la maison de Paris abandonna les ressources du prieuré aux religieux qui y résidaient, gardant pour elle les revenus de Vassy-Lohan et de Savigny pour se rembourser des dépenses qu’elle avait engagées pour réparer les bâtiments et mettre les terres en culture .
En 1652, Raroy est dévasté par les Lorrains, ces “Lorrains” semblent être des mercenaires originaires du Wurtemberg, recrutés par Colbert, en guerre contre Turenne. Ils furent les auteurs de cette dévastation; pillèrent la maison, dépouillèrent l’église de ses ornements, et ravagèrent les récoltes.
Pour pouvoir réparer les dégâts, le Duc René de Tresmes, revendiqua pour le prieuré les revenus du Lohan et de Savigny. Les Oratoriens de Paris refusèrent. Une transaction s’en suivit par laquelle les Oratoriens abandonnaient à Raroy, les revenus du prieuré bénédictin de Marnoue-les-moines, tout proche, à charge pour les Oratoriens de célébrer le service divin, payer les dîmes, entretenir l’église et ses bâtiments, et payer une rente de 150 livres au monastère de St Martin-des-Champs à Paris; Marnoue devint une annexe de Raroy. Les Oratoriens purent se consacrer à leurs oeuvres d’évangélisation, sans avoir de soucis matériels.
Raroy reçut des personnalités telles que Nicolas de Malebranche et Jean-Baptiste Massillon qui y résida en 1698 .
A cette époque les Pères de l’Oratoire étaient dans l’obligation de payer la pension d’un oblat ou d’un religieux lai aux Invalides, suivant un arrêt du Conseil d’Etat du Roi du 6 Mai 1713. A l’origine il en était différemment: les Pères étaient tenus de recevoir un invalide et de l’entretenir moyennant qu’il rende de menus services ( balayer l’église, sonner les cloches, etc). Par la suite, cette prestation fut convertie en argent et fixée à 150 livres par an.
A la veille de la Révolution, Raroy hébergeait 17 personnes (18 juillet 1770), 7 religieux, 9 domestiques et un pensionnaire nommé Navarre.
Mr Legrand, supérieur de la Maison de l’Oratoire, loue le 19 juin 1787, à Louis-Pierre-Vincent, laboureur à Marnoue les Moines, une grange à Marnoue couverte de tuiles, un hangar, couvert de chaume y attenant et 7 arpents de terre sur le territoire de Gesvres au lieudit le Fond. Mais le plus étrange est que ce bail est renouvelé par les mêmes le 15 ventôse an II , soit le 5 mars 1794. Il est dit Jean-Baptiste Legrand, supérieur de la Maison de l’Oratoire, “loue à partir de la St Martin d’hyver prochain à Pierre-Louis Vincent, laboureur à Marnoue, paroisse d’Ocquerre, et à Marie-Rose Simon, sa femme, une grange à Marnoue, un hangar y attenant, et sept arpents de terre” .
On procéda, à la suite du décret du 13 novembre 1789, a un inventaire des biens du prieuré. Cet inventaire faisait apparaître un revenu de 10.799 livres pour des charges s’élevant à 8.231 livres. Suivait un inventaire des biens meubles et immeubles, qui sans dénoter la richesse, prouvait une relative aisance. En Juin 1790, l’Administration du district de Meaux demanda à la Municipalité de Crouy, un état des établissements religieux existants sur son territoire. L’état fut rapidement dressé et fut envoyé le 10 juillet suivant. Il faisait apparaître une maison d’Oratoriens appelée Raroy. Les Religieux de Raroy se soumirent à la formalité du serment devant le Conseil Général de la commune le 20 septembre 1792. Ils furent “félicité pour leur franchise, de leur patriotisme et de leur dévouement pour la patrie”, mais la Congrégation ne fut pas plus heureuse que les autres, et subit la loi commune. En octobre 1793, le Directoire du Département ordonna la vente des biens. Déjà en Janvier 1793, on avait vendu les terres de Marnoue. Le 13 décembre 1793, on vendit la maison conventuelle avec 200 arpents de terre, pour la somme de 175.300 livres-assignats. Les bois suivirent le même sort le 7 août 1796, et trouvèrent preneur à 67.785 livres. La chapelle et le cloître devinrent les dépendances d’une ferme. En 1843 la ferme de Raroy hebergeait encore quatre habitants , et appartenait à Mr Moquet .
En 1908, G.Danney écrivait:
“Aujourd’hui, tout cela est la propriété de Mr Lecomte, mais presque tout ce qui reste d’autrefois s’écroule....Les ronces, la mousse envahissent les pierres, pénètrent dans les lézardes, les rongent et chaque jour le temps continue la désagrégation qu’il a commencée.
Des bâtiments religieux, un peu de l’église, seul, demeure debout, laissant voir les croisées ogivales de l’abside”. .
En 1963, Mr Jean-René Gaborit écrivait :
“Quelques restes de l’église (26 x 5,9); ruines du bâtiment du cellier; au sud cave voûtée et puits. Il subsiste aussi une partie des murs du Collège des Oratoriens”.

On y vénérait une statue de la Vierge, appelée Notre-Dame de l'Assomption ou Notre-Dame de Raroi, dont le culte disparut avec le monastère.
A un peu plus de 60km de Paris, et à 10 km d’un échangeur sur l’autoroute de Reims, Raroy offre un dépaysement assuré à tous nos lecteurs parisiens.


Croix provenant de l'ancien prieuré de Raroi, qui est désormais située à l'entrée du presbytère.

voir le site de Crouy sur Ourcq