La Meilleraye (Vendée)

Localisation :
Cette celle se trouvait sur le territoire de la commune de Château d’Olonne, canton des Sables d’Olonne.
Pour s’y rendre, prendre la D 949 en sortant des Sables, en direction de Talmont-St-Hilaire pendant 5,5 km, jusqu’à la D36a. Il faut tourner à gauche, puis faire un kilomètre, ensuite tourner à droite, la Meilleraye est au bout du chemin.

Intérêt :
Église ( Nord ? vu la pente du terrain) néant.


Vestiges :
Il ne reste absolument rien des bâtiments d’origine. Les bâtiments actuels ont été construits au XIXème siècle, peut-être à l’emplacement de l’ancien prieuré, mais plus certainement dans le champ derrière, qui s’appelle toujours “champ de la chapelle”. Ses matériaux furent mis certainement à contribution pour l’édification de ces bâtiments.
L’aile des hôtes
Un texte de 1407 donne la description de l’aile des hôtes “l’oustel dudit lieu de la Mesleraie”. Bâtie entre l’église et le bâtiment de la cuisine et du réfectoire, la salle du rez-de-chaussée était voûtée, et éclairée par deux petites fenêtres. A l’étage, un dortoir, également éclairé par deux fenêtres coté Ouest, hébergeait les hôtes. Cette construction était bien conforme aux canons grandmontains. L’absence de fenêtre donnant sur le cloître (face Est) permettait aux moines de vaquer à leurs prières hors de regards étrangers. La présence de deux couloirs encadrant la salle du bas permettaient de faire communiquer le cloître à l’extérieur. Un doute subsiste sur la destination de ce bâtiment, car il semble qu’il avait été construit avec les biens d’un “frère donné”, Jehan Porcher, en 1407. Il avait donné au prieuré tous ses biens “pour être à perpétuité dans les prières et commémorations des religioux du mouster, et pour administrer les choses qui leur seront néccères pour la provision et le nourriment de leur corps : boyre, manger, vestir, chausser et autres choses à li néccères, selon l’estat de sa personne et faculté des biens susdits...ne faire la dite provision et norriment de son corps que en l’oustel du dit lieu de la Mesleroie ”. Or les “frères donnés” menaient la vie des convers et vivaient comme eux. Cette formule très fréquente au XIIème siècle, était déjà rare à cette époque. Ce bâtiment était peut-être destiné à recevoir les convers, et les frères donnés , mais cela sous toute réserve, car cela était contraire à la règle grandmontaine, et c’est bien la première fois que l’on mentionne pareil fait. Il semble plus probable que les fonds reçus du frère Jehan Porcher servirent à restaurer le bâtiment des hôtes, et que ce “frère donné” vivait normalement dans la clôture.

Histoire :
La Meilleraye fut une fondation d’Henry II Plantagenêt, sous le vocable de“Beate Maria de Merleria”. Elle dût avoir lieu entre 1154 et 1166. C’est sans doute la plus ancienne fondation grandmontaine en Vendée. Son fils Richard 1er dit Coeur de Lion confirma personnellement cette donation le 15 décembre 1194, en y apposant son propre sceau (sigillum nostrum) . Cette charte de donation (voir pièces), parchemin de grande dimension : 350 x 300 mm, scellé de soie rouge, donnait aux frères des droits de priorité sur les épaves, bris et naufrage, de défrichement, une coutume sur la pèche en mer, dîme sur le pain cuit pesé dans les châteaux d’Olonne et de Talmont, quarante sommées de vendange tous les ans sur le fief des Groies, près de Talmont, six setiers de froment reçu le 15 août sur les terres seigneuriales d’Olonne, plusieurs hommes libres et affranchis de toutes taxes, etc....
Cette charte de donation confirmait la donation de bois faites jadis aux moines de Bonneray et de Barbetorte par la reine Aliénor d’Aquitaine. Elle permit aux frères qui l’avaient heureusement gardé, contrairement aux exigences de la Règle, de faire valoir leurs droits auprès de Savari de Mauléon, Princeps de Talmont qui leur avait confisqué leurs biens. Il les leur restitua en 1223 à la vue de la charte.
En 1263, le vicomte de Thouars, Aimery, confirma un privilège donné par Richard Coeur de Lion aux frères :
“ ...Par raison de la desme dau payn, que il demandèrent à avoir dau paen qui seroit despendu de nous chasteaux de Thalemont et d’Olonne, si touz il estoit contenu en un privilège du rey Richart notre seigneur qui leur avoit doné, lequel privilège nous avons vehu et pourvehu diligeamment...
En 1397, le procureur du Duc de Berry poursuivait les religieux pour paiement de vingt livres, pour appartenance du prieuré au domaine de la châtellenie de Talmont. La charte de Richard gardée soigneusement prouva leur liberté et leur exemption :
“et leur avoit mestre et exibé les lettres de la fondation du dit prieurte ou maison de la Mesleroye, lesquelles par eulx viseteux et regardées...
En 1317, la Meilleraye fut rattaché au prieuré de Bandouille :
“ frère Bernard de Saint-Gire, prieus de Bandouille, près de Chiché, e le convent de celui leu, de l’ordre dessus dit, de la diocèse de Maillezais...”.
Une conventualité resta sur place. Elle passa un bail avec Pierre Gobin en 1324, avec “l’octroyance de frère Bernard de Seint-Gire, prieus do prioule de Bandouille ”, sans doute en visite prieurale à ce moment là. Mais ce fut la seule fois que la communauté fit avaliser un acte de gestion, le prieur de tutelle étant établi à cent kilomètres de distance. En 1343, un acte signale l’existence “d’un priour de la Meslereye”, en 1371 “priour et frères du mouster de la Meslaroye”, et en 1449 celui de “frère Perre Marietea, prieur, gouverneur ou administrateur du prieuré ou mayson de la Mesleroye assisté de frère Antoine Clanet, religieux du lieu”. La mention de l’existence de frère Bernard dans des textes 1330, 1339, 1342, 1345, et 1347, celui de Bernard de Charvoygnye en 1328, 1338, 1344, et celui de Raymond Poitevin en 1364, 1381, 1385, 1392, 1393, 1397 (deux fois), 1407, et celui de frère Jehan Blanchart en 1414 et 1432, prouve que la Meilleraye, bien que simple annexe, possédait une communauté et même un “frère donné” en 1407. Cela est assez étrange pour être relaté.
Johan Porchier, habitant Château d’Olonne, donnait tous ses biens meubles et immeubles en 1407, comme cela a été relaté dans la partie “vestiges”.
En effet ce Jean Porchier était marié à Catin Nohete morte en 1414. Le douaire de celle-ci fut affermé ainsi que les biens de Jean Porchier par les frères de la Meilleraye. En contrepartie Jean Porchier vécut parmi les frères, ou tout au moins peut-être,dans le bâtiment Ouest construit ou rebâti avec ses biens. Son cas était courant à l’époque, et comme l’écrivait Farnier ces “frères-donnés” étaient souvent issus de familles aisées et puissantes, qui renonçaient au monde, pour gagner leur ciel.
Nous ne possédons plus de traces d’activités religieuses à la Meilleraye après le XVème siècle. Il semble que les messes de fondation furent dites par un prêtre du voisinage, et la Meilleraye devint un simple bénéfice pour l’abbaye de Grandmont. Ces messes étant une charge l’abbé de Grandmont Dom René-Pierre-François de la Guérinière, obtint le 6 mars 1736, de le décharger de cette obligation par le Grand Conseil (Arrest du Grand Conseil en forme de règlement qui décharge Mr l’Abbé de Grandmont de faire célébrer le service dans la chapelle de la Meilleraye. “).
Simple bénéfice, la Meilleraye fut affermée en 1656 au Sieur Barbarin du Bourg d’Allonne pour la somme de 450 livres . A la fin du XVIIème siècle la ferme ne rapporte plus que 400 livres d’après une déclaration du 14 septembre 1695 .
Le 18 décembre 1750, un bail est dressé par Me Thomazeau, notaire aux Sables d’Olonne, par lequel la Meilleraye est affermée à dame veuve Rabillé pour 7 ans pour la somme de 700 livres annuelles, à partir du 1er janvier 1752 . La ferme est reprise ensuite par la demoiselle Camproux, petit fille de la veuve Rabillé.
Le 14 octobre 1753, en vertu des lettres patentes du 27 septembre 1731, un terrier est dressé, dont voici quelques extraits :
“ont comparu Denis Friconneau sieur de la Motherie, avocat au Parlement, conseiller du Roy en l’élection de la ville des Sables demeurant paroisse N-D
Demoiselle Marie-Olive le Blanc, veuve feu M Charles Rabillé, Bourgeois, demeurant aux Sables susdite paroisse, et Jacques Libaudière, sergent, dit Jambe de Bois demeurant ladite ville des Sables, susdite paroisse, ont déclaré détenir, posséder, être propriétaires des terres labourables autrefois plantées de vignes situées dans le fief de la Boutalière dépendant du prieuré de la Meilleraye
savoir les Sr Denis Friconneau de la Motherie premièrement deux boisselés de terre au fief, plus une demi quartollée de terre
cinq journaux de vigne sis au fief de L’étang en quatre endroits dépendant de la haute, moyenne, et basse justice de la seigneurie du prieuré de N-D d’Orbestier de la Meilleraye, fief renfermé de ses fossés en hayes vives entour son contour à la cinquième partie de tout fruits de telle nature qu’ils puissent être pendant par branches et racines en grain, trois deniers de cens par chaque journal, le tout rendable au Treuil du présent prieuré à chaque saison de vendange et moisson
ont promis d’entretenir lesdites terres et vignes leur appartenant de toutes façon en bon état de culture.
Le 4/07/1743
Jacques Dupuis, bourgeois, et marchand négociant, demeurant en la ville des Sables d’Olonne. paroisse N-D
Joseph Jolly, bourgeois, et marchand négociant. aussi demeurant aux Sables susdit paroisse,
Messire Nicolas André Lambost prêtre-curé du Château d’Olonne y demeurant,
Pierre Daupé, bourgeois, tant en son nom qu’en celui de curateur des enfants de défunte delle Elisabeth Arnaud, et de Sr François Boullineau leur père, parti pour Terre-Neuve, en tant qu’oncle. Sr Daupé demeurant au bourg de St Nicolas de la Chaume
Delle Marie-Louise Tortereau épouse du Sr Etienne Raffin, capitaine de navire, absent, étant parti en mer pour les terres-Neuves, demeurant en la ville des Sables
Delle Françoise Rousseau épouse de Sr René Boyvin, pilote aussy absent étant parti pour la mer
Dame Jeanne Copgasche épouse du Sr Joseph Boyvin capitaine de navire, aussi absent, étant parti pour la mer
Delle Suzanne Boivin épouse de Sr Laurent d’Ybon aussi pilote et absent parti pour la mer
déclarent être propriétaires tant à titre d’acquisition qu’à la suite de leurs auteurs du lieu et village appelé de la Porcherie, avec leurs ruages , queyruages , jardins et vergers et autres appartenances et dépendances situées sur la paroisse du Château d’Olonne consistant en quatre maisons, une borderie avec toit à vaches, ruages, queyruages, jardin et verger
savoir 32 sols de cens payable et portable annuellement au prieuré de N-D de la Meilleraye
.Le 4/03/1753
Grand fief des Vignes ou de la Meilleraye
ont comparu
Jean Robelin laboureur
Gilles Deron, maréchal
René Teysson farinier
Pierre Charles Tisserand, Jean Bourger aussi tisserand, Marguerite Jutard fille majeure, maîtresse en usant de ses droits, faisant tant pour elle que pour Jean Jutard, son frère, charpentier absent demeurant ensemble
Jean Robelin possédant deux journaux de vigne....
Grand fief des vignes de la Meilleraye
Fief des vignes de la Brétaudière de N-D d’Olonne
ont comparu Jacques Proust, farinier,(2 journaux de vigne)
Jean Rousseau journalier
Joseph Groffin journalier
André Roulier journalier
tous cinq demeurant au bourg et paroisse de N-D d’Olonne
payer la cinquième partie de tout fruits de telle nature qu’ils puissent être pendant par branche, et racines en grains 3 deniers de cens par journal.le tout payable, rendable au treuil
Trois autres reconnaissances suivent pour le même fief
Fief de la Jarrilière
Le 25/06/1743
Jean Veillon, Sr de Beauregard, bourgeois, faisant tant pour luy qu’en son nom propre et privé, que pour Messieurs et demoiselles Marie Gaudin, leur père et mère demeurant ensemble au lieu de la Marguerite, paroisse de Boulogne en bas Poitou
Village et ténement de la Porcherie et ténement des terres franches le tout situé dans la paroisse du château d’Olonne.
Le 4/07/1753
Jacques Dupuis, bourgeois, marchand négociant des Sables
Joseph Jolly, bourgeois, marchand négociant,
Nicolas André Lambert prêtre, curé du Château d’Olonne
Pierre Daupé bourgeois tant en son nom ...
Fief des Vignes de la Meilleraye
A comparu Me Auguste Gaudon, notaire, fondé de pouvoir de Dame Catherine Serventeau, veuve et commune de biens du défunt Me André Gaudin conseiller du Roy en l’élection de la ville des Sables
propriétaire d’une pièce de terre confrontée dans le grand fief des vignes appelé de la Meilleraye dépendante du prieuré cinq boisselés de terre labourable autrefois planté de vignes
doit la quatrième partie des fruits naissants et croissants tant par la racine que par branches, vins ou grains, et en outre deux chapons de cens le tout payable et portable au treuil à chaque saison de vendange ou moisson
Ténement des terres franches et autres ténements appelé des Pirons le tout situé en la paroisse du Château d’Olonne.
Dame Valentine Landereau veuve de Jacques Magner marchand orfèvre, demeurant au bourg de la paroisse Ste Radegonde
d° en la paroisse du Château d’Olonne dépendant du village de la Porcherie
Jacques Friconneau, Sr de Champelon, avocat au Parlement, conseiller du Roi au siège royal de Fontenay-le- Comte, comme mari de Dame Jeanne-Gabrielle Jannere son épouse, demeurant en la maison noble de la Motherie sise en la paroisse d’Olonne, propriétaire du ténement et des terres franches dépendant du village de la Porcherie ”.
Au dépouillement de ce terrier on s’aperçoit du grand nombre de marins qui vivaient aux alentours des Sables d’Olonne, et partaient sur les bancs de Terre-Neuve péchaient la “morue verte”, est-il dit sur une délégation de pouvoir signé par l’un d’eux à sa femme restée sur place .
Le 14 mai 1766, l’abbé Mondain de la Maison-Rouge, présent aux Sables d’Olonne, affermait devant Me Thomazeau et Péaud, à Jean Arnaud, maître-farinier, le moulin Moizeau à Sainte-Foy. En même temps il affermait à Jean Arnaud, de Sainte-Foy et à Jacques Nauleau, laboureur au prieuré de la Meilleraye, le revenu temporel du prieuré, avec ses appartenances pour la somme annuelle de 875 livres pour neuf ans.
Le 10 juillet 1778, le tristement célèbre Dom Armand Daguerre de Nangis, qui avait obtenu en récompense de ses “bons services” de Mgr Loménie de Brienne la commende de Bandouille, et de ses annexes, comparaissait à l’occasion d’un procès, comme propriétaire de la Meilleraye.
Le 18 avril 1790, la municipalité révolutionnaire du Château d’Olonne, impose à “M le Prieur de la Meilleraye” la somme de 100 livres.
La Meilleraye fut vendu à la Révolution avec ses deux métairies, des bois et 58 aires de marais salants, comme bien national.

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