Macheret (Marne)

Localisation:
La celle de Macheret était située sur la commune de St Just Sauvage, canton d'Anglure. De Romilly-sur-Seine, prendre la route d'Anglure ; après avoir traversé le canal du Moulin (ce moulin a appartenu aux grandmontains), prendre une petite route à droite pendant 1,5 km, la celle de Macheret se trouvait dans un grand champ à gauche de la ferme. L'appellation actuelle du lieu est : ferme de Macheret.

Intérêt :
église (sud) 0.


Vestiges :
Aucune trace apparente des bâtiments. Toutefois, M. MICHEL a mis à jour un puits dans le champ, et un panneau dans la ferme aux armes de Salazar a été récupéré.
Dans l'église d'Anglure, les boiseries et la statue de la Vierge avec chérubins d'une très belle facture du XVIIIe siècle (mobilier classé Monuments Historiques) proviennent de Macheret.

Histoire :
La charte de fondation de Macheret date de 1168 et a été faite par Guillaume de DAMPIERRE, baron de St Just, et Hugues de PLANCY. Elle fut approuvée par Henri le Libéral, comte de Champagne.
Louis GUIBERT dit avoir trouvé dans l'inventaire sommaire des Archives de l'Aube, une charte de Guillaume de DAMPIERRE donnant des bois et qui serait antérieure à 1168, ce qui est tout à fait vraisemblable, car les Grandmontains prenaient un certain temps de réflexion avant de se fixer définitivement en un lieu...
Cela est d'ailleurs confirmé par deux autres faits : d'une part, Jean LEVESQUE, dans ses Annales, a écrit que Macheret avait cent ans d'existence en 1230, et d'autre part, les Clunisiens de St Just renoncèrent à leur droit d’usage sur les bois de Macheret entre 1164 et 1168, afin de le donner aux Grandmontains.
Dans sa confirmation de la charte de Guillaume de DAMPIERRE, Henri le Libéral prévoyait le cas où les frères seraient amenés à ne pas s'établir sur le site de Macheret. Les indications sur la durée de construction d'une celle sont en effet très rares. Cette durée est très variable, mais d'après les quelques documents qui nous sont parvenus à ce sujet, nous savons que, par exemple, la celle de Montaubérou (près de Montpellier) fut fondée entre 1174 et 1180, qu'elle était en construction en 1190 et que l'église ne fut bénie que le 21 novembre 1225...
Un article du Coutumier de Grandmont prévoyait que pendant la construction de la celle, les frères pouvaient êtres hébergés chez un hôte. Plusieurs auteurs pensent, à juste raison, que le bâtiment Ouest, construit souvent en matériaux légers, était le premier mis en œuvre pour abriter rapidement les religieux.
Guillaume de TREIGNAC, avant d'être élu Prieur de l'Ordre de Grandmont le 14 août 1172 avait été le correcteur de Macheret ;, mais lorsqu'il fut en butte à la révolte des convers à Grandmont, il se démit de sa charge et revint à Macheret comme correcteur. Il fit le voyage à Rome pour mettre le Pape en garde contre les intrigues et la corruption dont avaient usé les convers pour s’assurer des appuis auprès des autorités séculières et même épiscopales. Il y mourut le 18 novembre 1188. Pardoux de la Garde écrit que ses os avaient été rapportés à Grandmont après incinération .
Les Grandmontains s'étant fixés définitivement à Macheret, Hugues de PLANCY leur "aumôna" le four banal du village de Plancy, avec l'engagement qu'il ne donnerait aucune autre autorisation. Il leur donna également la concession de bois et de terres, avec haute et moyenne justice.
Mais en 1203, les Grandmontains furent attaqués dans la jouissance du four banal par les religieux de la léproserie de Plancy. L'Official de Sens débouta ces derniers et maintint les droits des Grandmontains sur ce four.
En avril 1220, Guillaume de DAMPIERRE constitua définitivement la dotation de Macheret aux Grandmontains. Il leur donna ainsi tous les bois de Macheret, de nombreuses rentes en blé, en vin, en seigle, en avoine et des droits sur certains péages.
Les «Macherets" était le surnom que l'on donnait aux bonshommes de Grandmont dans l'Est de la France.
Toutefois les Grandmontains ne furent pas aussi heureux avec Guy de DAMPIERRE, fils de leur bienfaiteur.
Si celui-ci avait tout d'abord augmenté les revenus du monastère, il décida un jour de tout récupérer...
Ainsi, Guy de DAMPIERRE pénétra dans le monastère avec une bande de «coupe-jarrets» qui égorgèrent correcteur et religieux. Puis, Guy de DAMPIERRE enleva les titres du chartrier et s'empara de tous les biens qu'il décida d'exploiter. Le Prieur Général de l'Ordre se plaignit énergiquement au Pape Grégoire IX qui excommunia Guy de DAMPIERRE. Abandonné de tous, celui-ci dut reconnaître sa faute et remit à l'Ordre tous les biens qu'il lui avait enlevés, et même en ajouta d'autres...
En effet, l'accord passé en avril 1227 avec les religieux stipulait que Guy de DAMPIERRE leur redonnait les biens spoliés et s'engageait à protéger les moines, et qu'en contre partie, ceux-ci renonçaient à toutes plaintes et demande d'excommunication envers lui ; en outre, Guy de DAMPIERRE devait faire ratifier cet accord par le Roi, par le comte de Champagne, par l'évêque de Troyes, par les juges de Paris, par les sires Archambaud de BOURBON, Guillaume de DAMPIERRE, DROCON et Guillaume MERLOT.
De leur côté, les "Macherets" firent ratifier cet accord par leur Prieur Général, Elie ARNAUD. Ce dernier accepta et envoya de nouveaux religieux en 1237.
En 1248, Guillaume d'UNGRES, treizième Prieur Général, démissionna de sa charge et se retira à Macheret comme correcteur. Il y mourut le 25 juin 1248.
En 1295, la celle de Macheret hébergeait 8 clercs et était taxée de 15 livres sur la liste des pensions à payer à Grandmont.
Le 17 novembre 1317, le Pape Jean XXII érigea Macheret en prieuré; il lui unit trois petites celles :
Mathons (celle n° 85), près de Joinville (Haute-Marne), qui avait été fondée vers 1168 par Geoffroy, sire de Joinville et sénéchal de France.
- Châteauvillain (celle n° 84), près de la ville du même nom (Haute-Marne), fondée en 1194 par Hugues de BROYES, seigneur de Châteauvillain.
- L'Isle-Aumont (celle n° 03), au Sud-Est de Troyes, fondée en 1169 par Henri Ier de CHAMPAGNE.
L'effectif de Macheret fut ainsi porté à 18 clercs et celui-ci devenait l'un des plus célèbres et des plus importants monastères de l'Ordre de Grandmont du Nord de la France. Son premier prieur fut Pierre de la Chieze .
On peut citer l'existence d'un certain Gui SERVIENTIS, licencié en décrets, prieur de Macheret qui assistait en tant que tel à la promulgation de la bulle "Pastoralis Officii" le 23 janvier 1347.
On relève de très nombreux dons à Macheret tout au long des XIIIème et XIVème siècle et il serait fastidieux de les énumérer tous. On relèvera néanmoins celui de Jean de CLERMONT, comte de Boulogne et d'Auvergne, et de sa femme, Jeanne, qui, en 1365, donnèrent au prieuré de Macheret, dix livres de rente, en contrepartie desquels les religieux devaient célébrer trois messes par semaine pour le repos de Jean de CLERMONT à condition qu'il soit enterré dans le prieuré. Mais celui-ci n'y fut pas inhumé, mais son gendre, connaissant le voeu de son beau-père, maintint la donation et la doubla même le 3 janvier 1365 contre cinq messes par semaines.
En 1372, Macheret eut comme prieur Ramnulph ITIER. Celui-ci était pieux et savant, aussi fut-il choisi en juillet 1385 comme Abbé Général de l'Ordre de Grandmont. Mais les temps étaient forts troublés (Guerre de Cent Ans) et ce dernier ne put rejoindre Grandmont. Il demeura à Bois-Rahier près de Tours où il tint un Chapitre Général en 1386. Il devait mourir en Avignon le 1er avril 1387 ( ou 1388).
En 1456, le frère Michel de LAVAL devint prieur de Macheret, avant d'aller à Chavanon; il fut remplacé à Macheret par Guillaume PRIMAUD.
En 1462, les Anglais brûlèrent le prieuré de Macheret après l'avoir pillé. Récemment, des fouilles révélèrent des squelettes entassés tête bêche et dont les ossements démontrèrent les sévices auxquels les personnes enterrées avaient succombé (os cassés, crânes enfoncés,etc)...
Le roi CHARLES VII fit reconstruire le monastère et y rétablit les religieux, qu'il plaça sous sa protection.
La vie étant devenue plus tranquille, les Grandmontains de Macheret purent se distinguer par des oeuvres philosophiques ou littéraires. Nous citerons en particulier:
- une Chronique écrite vers 1475 par Guillaume CHARRON,
- en 1640, François BERTRAND écrivit "Antiquitatum Prioratus Machereti compendiosa synopsis " ouvrage qui fut imprimé à Troyes.
- en 1637, M.N. DAGUERROIS publit une histoire ecclésiastique " la Sainteté Chrétienne".
- en 1662, le frère Jean LESVEQUE fit paraître à Troyes chez Eustache REGNAULT les "Annales ordinis Grandimontis". Ce livre donne le titre à Jean LESVEQUE de prieur-curé de Villemoyenne qui dépendait de l'ordre du Val des écoliers. Le frère Jean Lesveque était originaire de Rouilly saint Loup, près de Troyes, après avoir pris l'habit grandmontain à Macheret, il quitta pour l'ordre des chanoines du Val des Ecoliers à Villemoyenne. Il a écrit un manuscrit très complet en 5 volumes sur l'ordre de Grandmont qui se trouvait à la Bibliothèque de Chartres sous le n° 503, et disparu tragiquement lors d'un bombardement en 1944.
En 1496, le prieuré de Macheret avait la communauté la plus nombreuse de l'Ordre de Grandmont et sa sacristie était la mieux pourvue en ornements sacerdotaux. En particulier, Macheret conservait le tombeau de Jean de SALAZAR, grand chambellan de France, mort en 1479.
En 1581, deux membres de la communauté de Macheret, Dom Jacques TROUILLOT et Claude LABE, prirent l'initiative de fonder un collège, malgré le peu d'empressement de l'Abbé Général de l'Ordre, l'abbé de NEUFVILLE (1561-1596). Dans ce collège, les religieux grandmontains et ceux du clergé séculier y étaient admis. Celui-ci exista pendant 23 ans, jusqu'en 1614.
Mais le prieuré de Macheret tomba en commende; le premier prieur commendataire qui y fut nommé s'appelait Nicolas de PONS-RENNEPONT. Ce dernier, voulant rentrer à Clairvaux, donna son bénéfice à son frère François qui le refusa, préférant rester dans le monde. Nicolas de PONS-RENNEPONT quitta Clairvaux afin de faire profession de foi à Grandmont en 1621 et jouir ainsi de son bénéfice.
Contrairement à beaucoup de prieurs commendataires, celui-ci s'interessa à sa communauté. Il fit refaire les bâtiments et s'occupa activement des intérêts du prieuré . Ainsi, profitant des ses relations avec Mr de GUENEGAUD, ministre à la Cour et seigneur de St Just, il fit demander au Pape, par l'intermédiaire de celui-ci, d'ériger à Macheret en abbaye...
En 1660 le Pape prit une bulle d'érection en abbaye de Macheret, qui devint ainsi le seul prieuré de l'Ordre érigé en abbaye par une bulle pontificale!
Nicolas de PONS-RENNEPONT s'établit à Macheret où il porta la mitre et la croix pectorale...
C’est de cette époque que date, la rédaction des “Annales ordinis Grandimontis” (1662) et “l’Antiquitatum prioratus Machereti” (1640) qui se trouvent à la bibliothèque de Troyes.
Toutefois cette période faste de Macheret fut de courte durée, car en 1687 il n'y restait plus que deux religieux. En effet, Nicolas de PONS-RENNEPONT avait résigné son bénéfice en 1666, au profit de Dom Edmond de PONS-RENNEPONT. Ce dernier, mécontent de la vie très relâchée des religieux, demanda en 1687 que la réforme de l'Ordre fut introduite dans la communauté. Après bien des difficultés, celle-ci y fut établie le 26 mars 1688. A la suite d'une transaction avec le prieur commendataire, les religieux réformés seraient considérés comme de simples pensionnaires. Le Père FREMON envoya à Macheret une communauté nombreuse au début du mois de juillet 1688. Dom Edmond de PONS-RENNEPONT, d'abord favorable à cette introduction, se ravisa par la suite et voulut chasser les Réformés. Ceux-ci protestèrent et pour maintenir leurs droits, interjetèrent appel du Conseil du Roi. Un arrêt en leur faveur fut rendu le 27 juin 1700. Lors de l’Assemblée de l’Étroite-Observance du 1er Juin 1707, le R.P Dominique Monpied, supérieur, et le R.P Jean de Tinerel, député représentaient la communauté . L'abbé commendataire de Macheret, Dom Edmond de PONS-RENNEPONT mourut le 21 septembre 1713, criblé de dettes.
La mense abbatiale de Macheret fut unie à l'évêché de Troyes par brevet du 31 octobre 1713 et lettres patentes du 12 février 1714. Les religieux firent opposition à cette union.
Le prieuré de Macheret avait alors un prieur, Gabriel SALLE, et 7 clercs. Les bâtiments étaient en mauvais état. Un état de la consistance du Prieuré, paroisse annexe de l'abbaye de Macheret, daté du 8 avril 1722, nous donne les renseignements suivants :
Bâtiments
" Premièrement, une grande chapelle de 18 toises de longueur sur quatre de largeur construite de pierre en partie de roche et voultée de brique, au dehors de laquelle du costé du septentrion est une grande cave voultée de rocher (le passage) un galetas au dessus. Trois grands corps de bâtiment aussi construit de pierre de rocher, et formant avec la ditte chapelle un carré en forme de cloître. Consistant en plusieurs appartements, bas et haut garnis dessus, cuisine, chambre au four, laiterie, étable, bergerie, le tout couvert de tuile, et construite de bois à deux entrées, d'une grande écurie comprise en un même bâtiment réédifié à neuf attenant à la dite grange aussi construite de bois et couverte de paille. poulailler et volière aussi couverts de tuile, puis le tout clôt et fermé de murailles grandes et petites, porche, ensemble des jardins en dépendant. "
La chapelle n'était plus utilisable car le 26 novembre 1722, en attendant les réparations, le curé de St Just est prié de bénir une salle aménagée en chapelle dans l'abbaye...
Un devis estimatif des travaux, "qui était à faire que ce qui restait à faire" fut dressé le 11 novembre 1726. L'adjudication des travaux eut lieu le 31 mars 1729 pour la somme de 11 800 livres.
Le 22 juillet 1732, Monseigneur l'évêque de Troyes, Jacobus BENIGNUS, accorde la permission de bénir l'église de Macheret. Des témoignages concordants disent qu'elle était très belle. De cette époque datent les boiseries avec la statue de la Vierge qui ornent aujourd'hui le choeur de l'église d'Anglure.
Ainsi, à la destruction de l'Ordre de Grandmont cette chapelle était toute neuve...
Il nous reste une lettre du 26 novembre 1739, dans laquelle le prieur de Macheret, Dom Placide de VOYT, envoie une copie de la confirmation de la fondation du monastère, ne pouvant faire plus car tous les titres avaient été transférés à Grandmont pendant les troubles du XVème siècle.
Macheret était redevenu un simple prieuré régulier; il hébergeait en 1768 cinq clercs réformés. Lors de la dissolution de l'Etroite Observance, Dom NICOD, son vicaire général, proposa tout de même de la continuer à Macheret et dans trois autres maisons. Mais devant le refus de Loménie de BRIENNE, les moines réformés de Grandmont durent s'agrèger à la congrégation de Sainte Vanne.
Par lettres patentes du Roi datées du 3 mars 1770, le prieuré de Macheret fut uni au Petit Séminaire de Troyes. Un état des pensions annuelles qui seront payées à chacun des religieux réformés de Grandmont à compter du 1er janvier 1771 indique:
"Sur la mense conventuelle de Macheret, diocèse de Troyes,
" Au dit Dom François Beringier le jeune ........400 l.
" A Dom Antoine Marmy............................700 l.
" A dom François Beringier l'aîné................700 l.
" A Dom Jacques Lambelin.........................700 l.
" A Dom Laurent Beringier........................700 l.
-----
3 200 l.
"A Paris, en Parlement, le deux avril mil sept cent soixante et dix.
Signé Ysabeau, avec paraphe.
Ainsi finit le prieuré grandmontain de Macheret, après 600 ans d'existence...
La ferme fut louée le 12 avril 1770 à Claude BERTIN, pour la somme 1 500 livres. Elle comprenait une maison avec cour, jardin, enclos de 222 arpents de terre, 63 arpents et demi de pré et 90 arpents de bois.
Les bâtiments d'exploitation avaient été refaits à neuf. Un extrait des registres du greffe de la maîtrise des Eaux et Forêts du 10 mars 1768 nous en informait:
"Ouvrages à faire à la mense conventuelle de Macheret. Vacherie et bergerie: sera fait un bâtiment de 30 toises de long, 16 pieds de large, et dix pieds de hauteur. Grande Grange: la grange actuelle sera démolie. La nouvelle grange aura 21 toises de long sur 42 pieds de large, et huit pieds de hauteur depuis le sol jusqu'au dessus de l'entablement ".
En 1772, nous apprenons par l'abbé PREVOST, dans son "Histoire du diocèse de Troyes pendant la Révolution", que les stalles du choeur de l'abbaye de Montier la Celle, qui se trouve dans les faubourgs de Troyes, ont été remplacées par celles de Macheret... Nous y trouvons également une lettre du curé de St Just demandant "au nom de ses paroissiens" la cloche de Macheret pour le clocher de son église...
Le 14 janvier 1774, un "arrangement" fut établi entre Mr ELOY, abbé commendataire de Macheret, et Mr JEGOT, supérieur du Petit Séminaire de Troyes, avec le consentement de Monseigneur l'évêque de Troyes:
" A été convenu entre les parties susdites que nonobstant l'arrangement arrêté entre eux le treize du présent mois, par lequel on réserve audit sieur abbé une partie de l'église dudit Macheret et des bâtiments claustraux, pour lui tenir lieu de maison abbatiale, néanmoins, lesdits bâtiments et église seroient vendus à démolir et enlever, par le Supérieur du Petit Séminaire, pour le prix en provenant être par deux tiers audit Petit Séminaire, et l'autre tiers au sieur abbé; et quant à l'enclos, ledit sieur abbé en aura toujours le tiers, pour être cultivé ou loué à son profit, et cependant pour éviter que le locataire particulier qui auroit ledit tiers n'eut avec le fermier du Petit Séminaire des contestations qui pourroient altérer la paix entre ledit sieur abbé et ledit Petit Séminaire, a été convenu que dès à présent et à chaque renouvellement de bail, ledit enclos seroit estimé amiablement, ou par expert, et que le tiers du prix auquel il auroit été évalué seroit payé annuellement audit sieur abbé par ledit Petit Séminaire.
A Troyes, fait en double le quatorze janvier mil sept cent soixante quatorze.
signé par: l'abbé Eloy, et Jegot, supérieur du Petit Séminaire.
J'approuve et autorise l'arrangement ci-dessus. signature illisible, suivie EV. de Troyes. "
L'abbé ELOY ne résidait pas à Macheret, un arrangement verbal avait du se faire avec le supérieur du Petit Séminaire: on vendait la propriété et chacun recevait la part convenue dans l'acte ci-dessus.
En effet, on retrouve dans les archives, une mise aux enchères:
" le mardy vingt troisième jour du mois de mars, heure de midi au environ. Par devant Denis Louis Joly,notaire au baillage de St Just, eut lieu la vente et adjudication au plus offrant et dernier enchérisseur de ladite église, de la Vierge, de l'autel, du carrelage, et des degrés qui forment le sanctuaire, de la cloche qui existe dans le clocher, et d'un des chambranles de pierre, qui sont dans la chambre dudit bâtiment, lesquelles réserves ne font point partie de ladite adjudication, à charge que les adjudicataires de faire démolir le tout dans l'espace de cinq ans, de placer les matériaux en tas dans l'emplacement de l'ancienne église, en observant de faire le moindre dégât aux emblaves, et nuire aux pacages du fermier. Les adjudicataires doivent en outre enlever les matériaux dans le temps susdit, et de faire fouiller les caves et fondations, s'ils le jugent à propos. les paiements se feront en trois fois à chaque Noël 1774, 1775, 1776. Puis est mis à prix l'église voûtée et tout ce qui dépend d'ycelle, sans autre réserve que celles susdites, par le Chevalier de St Mars de Drout pour la somme de deux mil livres.
Le sieur Antoine Decave "harchitèque" demeurant à Troyes, à deux mil cent.
Le sieur Pierre Milon, marchand, demeurant à Granges,deux mil trois cents.
Le sieur Dauvel à deux mil trois cent cinquante livres.
Enfin le sieur Millon, à Granges offre deux mil quatre cent quarante huit livres et après plusieurs publications faites, personne n'ayant voulu "croître", ladite église a été vendue et adjugée au sieur Millon moyennant ladite somme. Puis ce fut le tour des bâtiments claustraux mis à prix par ledit Sieur Jean Josèphe Collot, "harchitèque" demeurant à Méry à la somme de cinq mille livres. Ce fut le Sieur Edme Gadot des Bordes, marchand, demeurant à Marcilly qui enleva l'affaire à six mil livres. Il présente comme caution son frère Josèph, qui habite comme lui à Marcilly sur Seine."
Un autre document nous donne la destination des objets mis en réserve:
"A été convenu entre le sieur Nicolas Marcilly, marguillier en charge de la paroisse d'Anglure, d'une part, et le sieur de Valmont, chanoine de Troyes tant pour le séminaire de Troyes, dont il est Supérieur économe, que par Mr l'abbé Eloy, en ce qui concerne, d'autre part, que le dit Sieur Marguillier feroit enlever au plus tôt possible, la boiserie qui reste en l'église de Macheret, avec la statue de la Vierge, l'autel et les gradins et marches, le carrelage avec les degrés de pierre, qui forment le sanctuaire et toutes les sculptures qui sont dans ledit sanctuaire, anges, chérubins, nuages, tant en bois qu'en plâtre, tous lesquels objets ont été expressément réservés dans l'adjudication du bâtiment faite d'aujourd'hui au sieur Milon; pour lesquels boiseries et autres choses détaillées cy-dessus, en y comprenant les pattes et autres ferrements qui attachent lesdites boiseries et statues, le dit sieur Marcilly s'oblige à payer au dit Sieur de Valmont à Troyes et aussitôt que lesdits objets seront enlevés la somme de huit cent livres."
"Fait double à Macheret le 23 mars mil sept cent soixante quatorze.
Signé : de Valmont, chan. Marcilly, marguillier.
Le susdit marché payé et soldé le 9 juillet 1774. "
Que sont devenus les pierres du prieuré de Macheret?
Curieusement une pierre portant la date de 1780 se trouve en haut d'un contrefort de l'église d'Anglure, peut-être les pierres de Macheret ont-elles été réemployées pour un édifice religieux ?
Ce qui est sur, c'est que la démolition du prieuré se réalisa dans le délai imparti. Le plan de Macheret de 1775 ne comporte plus les bâtiments du prieuré.
Sur le plan cadastral de St Just dressé en 1836, il n'en apparaît également aucune trace.
Le propriétaire actuel, Mr MICHEL, nous a fait voir dans un bâtiment reconstruit à cette époque, des éléments de charpente courbes (arbalétriers) qui pourraient avoir été récupérés sur l'église.
Une question reste posée: quels mobiles avaient bien pû pousser l'évêché de Troyes à démolir Macheret ?
L'abbé PREVOST dans son "Histoire du diocèse de Troyes durant la Révolution " nous donne une explication possible:
L'instruction secondaire avait contraint le clergé à bien des sacrifices; celui-ci n'avait pas reculé devant la suppression de plusieurs bénéfices importants afin d'en réunir les revenus pour financer les collèges ou les séminaires.
Ainsi furent successivement supprimés en faveur du Petit Séminaire : la chapelle St Pierre et St Paul de l'église St Urbain, l'ermitage du Hayer, le prieuré Ste Scolastique et l'abbaye de Macheret.
Les besoins d'argent devaient être impérieux, car on relève en 1775, des coupes de bois très importantes à Macheret comme en font foi des contrats de vente et un plan.
Dans un souci de protéger un équilibre financier et surtout de rendre plus rentable l'exploitation agricole de la propriété , on avait sacrifié des bâtiments religieux, tout en sauvegardant l'admirable mobilier.
La démolition de Macheret fut donc mener avec méthode, sans hâte, mais avec fermeté, ce qui doit nous faire réfléchir sur les drames financiers qui obligèrent des prélats à choisir l'essentiel pour le préserver...
Liste des prieurs de Macheret
d'après le livre "Antiquitatum Prioratus Machereti" de Francis BERTRAND -Troyes 1640.
1 - Frère Guillaume ELEEMOSYNARIUS 1186 ca
2 - Frère Guillaume de TRAIGNAC 1188
3 - Frère Barone S. JUSTI
4 - Frére Elias de COSSAC 1226
5 - Frère GRIMOARDUS 1244
6 - Frère Guillaume d’Ongres
7 - Frère Etienne HAYMARS 1300
8 - Frère Pierre CATHEDRALE 1308
9 - Frère Pierre LA CHAIZE 1320
10 - Frère Henri BERAUD 1336
11 - Frère Guido SERVIENTIS 1345
12 - Frère Raymond 1372
13 - Frère Rampnoulph ITHIER 1373
14 - Cardinal de Jérusalem 1390
15 - Frère Pierre 1393
16 - Frère Bernard JOBERT 1402
17 - Frère Jean FRENAULT 1411
18 - Frère Antonius 1443
19 - Frère Nicolas MENESSON 1445
20 - Frère Michel de LAVAL 1456
21 - Frère Guillaume PIMAUST 1450
22 - Frère Tristan de SALAZAR 1481
23 - Frère François de BOUCHEROLLES 1501
24 - Frère Didier GAUBIN 1517
Prieurs commendataires:
25 - Jean VERTAT
26 - Ordadus HENNEQUIN, évêque de Sylvanectensis 1544
27 - Père Jean de BRION 1558
28 - Père Jean de SALAZAR, archidiacre de Sens 1538
29 - Jean le GRUYER, abbé de St Sauveur
30 - Alexandre le GRUYER 1554
31 - Père Jean de GENNES 1572
32 - Père Simon HEUREPOIL 1579
33 - Père Jean RIVIER 1582
34 - Père Claude CORNET 1606
35 - Père Nicolas TRUCHOT 1613
36 - Nicolas de PONS-RENNEPONT 1615
37 - François de PONS-RENNEPONT 1621
38 - Nicolas de PONS-RENNEPONT 1622
39 - Edmond de PONS-RENNEPONT 1666

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