Issenghi (Saône et Loire)

Localisation :
La celle d'Issenghi se trouve sur la commune de St Agnan, canton de Digoin. En venant de Digoin en direction de St Agnan, tourner à droite à environ 500m avant l'entrée de St Agnan, en direction des Guerreaux par la D 251. Suivre cette route pendant 2 km, le moulin d'Issenghi, est en contre bas de la route à droite.

Intérêt : Eglise (Sud) :2 ; aile Est :1 ; aile Nord :2.
Vestiges :
La nef de l'église (6,22 m x 21 m) construite en blocage, est très dégradée. Elle a été transformée en bâtiment d'exploitation agricole, il y a fort longtemps. Le passage du cimetière qui existait lors de la visite de J.R.GABORIT en 1961 a disparu aujourd'hui.
De l'aile Nord (réfectoire), il ne subsiste sur le mur Ouest que les pieds droits de cheminées au rez-de-chaussée et à l'étage.


Une pierre tombale a été érigée (la croix d'Issenghi) dans les bois au-dessus d'Issenghi (ci-contre). Une récuperation du cimetière des grandmontains.

Histoire :
La celle d'Issenghi s'est tout d'abord appelée Blandon ou Blandine, du nom du cours d'eau, le Blandenon, qui coule en contrebas et sur lequel avait été installé un moulin. Elle reprit le nom d'Issenghi au XIVe siècle, nom très ancien de ce lieu. En effet, des traces archéologiques retrouvées en 1875, prouvent que le secteur fut habité, il y a fort longtemps. En labourant son champ un agriculteur mit à jour un puits circulaire, dont l'orifice de 70 cm de diamètre, avait été fermé par de grosses pierres. Les parois du puits étaient tapissées de pierres taillées en calcaire. D'une profondeur de trois mètres, le fond était en forme de cuvette. On y a retrouvé trois boules de pierre légèrement ovales de mêmes dimensions :7,5 cm pour le grand diamètre et 5 cm pour le petit diamètre. La première était constituée de calcaire blanc, la deuxième de liassique gris ( ?) et la troisième de silex blond de la Loire. Les inventeurs du site ont donné à ce puits une valeur symbolique, aucune autre destination ne pouvant lui être attribuée que celle d'une vocation mystique .
La celle d'Issenghi a été fondée au XIIIème siècle par les Sires de BOURBON. En 1295, cette maison hébergeait cinq clercs; elle fut unie au prieuré de Viaye en 1317. Comme pour la celle de la Gueurce, son éloignement de Viaye ne fut pas propice aux relations fréquentes et Issenghi devint une simple exploitation agricole. Le prieur de Viaye désignait néanmoins un religieux pour administrer le bien.
Ainsi, en 1484, le prieur nomma Durand MOLHATE comme administrateur d'Issenghi .
En 1579, un acte est signé conjointement par un religieux délégué avec le vicaire et le notaire de la Motte St Jean.
En 1684, Issenghi est amodié (loué) pour la somme de 240 livres par an; le contrat était le suivant:
" Sieur Antoine Lassaigne, marchand de la ville de Craponne sur Arzon , province de Languedoc, comme fondé de procure de Messire Pierre de Terreneyre, seigneur et prieur (commendataire) de Viaye, Grandmont-Beaujeu, d'Issenghi, de la Barberandière... amodie pour six ans à sieur Mathieu Carré, marchand à Digoin, le revenu temporel du prieuré dudit Dissanghi, consistant en maison seigneuriale, domaine, prés, terres, vignes, bois, buissons, moulin, étang, cens, rentes, dîmes, lods et ventes, confiscations, épaves, amendes et tous autres droits et devoirs seigneuriaux..."
" La présente amodiation ainsi faite pour et moyennant chacun an le prix de 240 livres, payable à chaque fête de St Michel Archange et ce dans la ville de Thiers en Auvergne... Auquel sieur preneur il sera loisible de créer tels officiers, juge, procureur d'office et greffier, gens capables d'exercer, que bon lui semblera, même un forestier pour la garde des bois de la Seigneurerie, icelui sieur preneur payant lesdits officiers de leurs salaires et vacations pour tenir les assises une fois l'année, le lendemain du jour de la fête de St Marc..."
" Sera tenu le preneur de faire couvrir et réparer les couverts du cìté du levant et couchant de ladite seigneurie, à prendre depuis la chapelle et à continuer jusqu'à l'autre aile de bâtiment du cìté qui est de bise et midi... Fera réparer le moulin en dépendant ainsi que le bief, en sorte que ledit moulin fasse farine; et moyennant ce, sera ledit sieur preneur déchargé des autres réparations à faire aux bâtiments de ladite seigneurie, même ceux de la chapelle et clocher d'icelle."
" Le preneur pourra permettre aux officiers qui exerceront la justice de prendre du bois pour leur chauffage... Auquel preneur il sera en outre permis de nommer tel prêtre pour faire la desserte de ladite chapelle que bon lui semblera, en laquelle le sieur chapelain sera tenu dire et célébrer par chaque semaine une messe basse, notamment les jours de fête de St Marc, St Jean l'Evangéliste et de Ste Catherine, auquel ledit preneur donnera chacun an la somme de 20 livres, et remettra le calice et ornement entre ses mains pour les célébrations des messes " .
La lecture de ce contrat peut nous surprendre de nos jours; comment d'une part exiger de faire dire et célébrer une messe basse chaque semaine et d'autre part de dispenser le preneur d'entretenir les lieux de culte!
Ce qui devait arriver, arriva, comme le montre le procès-verbal de visite du 24 juin 1729 dressé par Louis Claude FOMERAND, archiprêtre du Bois Ste Marie, curé de Marcilly-la-Gueurce, qui constate :
" Le prieuré d'Issenghi, possédé par l'abbé de Ternaire, cy-devant est desservit par le curé, qui a cessé ses services par le mauvais état de ladite chapelle, qui est toute vicineuse !"
En 1761 on trouve la mention :
" Messieurs les chanoines réguliers du chapitre de Viaye, diocèse du Puy en Velay, font vendre aux enchères cinq arpents de bois à couper dans les bois d'Issenghi" .
Après la dissolution de l'Ordre de Grandmont, c'est le sequestre, Monsieur VACHERON qui administra le bien. Les comptes furent approuvés par la chambre ecclésiastique le 9 mars 1777. Le syndic, Messire Joseph des GRANGES de RACHAT, avait été chargé de faire exécuter les décisions de cette chambre. Ainsi, il lui incomba de vendre les bois d'Issenghi et le 11 novembre 1788 il les alièna en faveur de la Veuve BLOCHET qui habitait à Bourbon-Lancy .
La Révolution entraina la vente d'Issenghi. Le bien fut vendu à Bourbon-Lancy le 31 mars 1791 et c'est le Sieur LABROSSE qui s'en rendit acquéreur au 19ème feu pour la somme de 20.000 livres. Ce LABROSSE en donna une partie à son fils, mais tous deux rervendirent Issenghi le 1er décembre 1812 à l'abbé BARY pour la somme de 24.000 francs.
L'abbé BARY devait mourir à La Bondue le 16 avril 1834. Son héritier et légataire universel était son neveu, Sébastien Xavier Stanislas REY, fils de sa soeur Françoise. Issenghi resta la propriété de REY jusqu'à sa mort survenue le 10 août 1854. Sa cousine Olympe MERCIER, épouse de GIROUX de BUZARINGUES, hérita d'Issenghi; elle vendit la propriété le 3 novembre 1861 à Monsieur Annet TIZON qui la garda pendant près de cinquante ans. Il décéda en 1910 et sa fille Estelle, épouse de Monsieur Pierre VERNAISON, en hérita. Celle-ci décéda le 1er novembre 1928 et son mari trois mois plus tard. Le bien revint à Louis VERNAISON qui le vendit après la dernière guerre à Monsieur Claude LHERITIER. Celui-ci fit abattre tout le bois exploitable et revendit la propriété à Monsieur Fernand LAROZE, dentiste à Digoin . A son décès le bien a été transmis à sa fille.

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