La Faye de Nevers (Nièvre)

Localisation:
La Faye de Nevers se trouve sur la commune de Sauvigny-les-Bois, canton d'Imphy.
A Nevers prendre la sortie Est par la route D 978 en direction de Châtillon-en-Bazois. Après 10,5 km, dépasser de 100 m environ la D 209, un chemin à droite vous conduit à l'ancienne celle.

Intérêt :
Église (Nord): 0; aile Sud : 3;


Vestiges :
Il reste une partie du réfectoire (aile Sud) avec trois belles fenêtres romanes sur la façade Sud. La porte de la cuisine conduisant au bâtiment des hôtes (aile Ouest) est encore en place. Tous les autres bâtiments ont été remaniés. A noter à 50 m plus au Sud une vaste grange parallèle aux bâtiments de la celle et qui semble datée du XVIème siècle.

Histoire:
La celle de la Faye de Nevers a été fondée avant 1161 par Guillaume III de Nevers . En reconnaissance il figure sur le nécrologe primitif de Grandmont à la date anniversaire du21 novembre. En 1168 Guillaume IV de Nevers et sa femme Ida de CARINTHIE, durent confirmer la donation avant le départ de Guillaume pour la 2 ème Croisade. Il devait d'ailleurs y mourir, victime de la peste à St Jean d'Acre le 24 octobre 1168.
La Faye de Nevers connut un essor important durant le XIIème siècle ce qui lui permit vers 1175 d'envoyer une colonie de religieux fonder le couvent de Fontenet St Marc .Aux Archives Départementales de la Nièvre il reste un nombre important de chartes et d'actes en excellent état de conservation . Il serait fastidieux et de peu d'intérêt d'en rapporter l'intégralité dans cette histoire. Il n'en sera donné ci-après que l'essentiel:
- 1212 - Une charte signée de Guillaume, évêque de Nevers, approuvant une donation.
- 1223 - La comtesse Mahaut reconnaît au couvent l'exemption du minage, panage, vinage fouage, moulinage, fournage, etc...
- 1229 - Le frère Pascal, correcteur de la Faye, échange une charge de vendange avec le comte Guy et sa femme Mahaut.
- décembre 1230 - Guy, comte de Nevers et sa femme Mahaut confirment les dons faits aux frères de Grandmont.
- novembre 1232 - Ratification d'une donation de dix deniers faite en perpétuelle aumône par Pierre LHUILLIER.
- le samedi de Pentecôte 28 mai 1233 - Don de la moitié d'un pré et vente de l'autre moitié.
- février 1236 - Guy de CHOLLET vend une ouche à DRACY et donne l'autre.
- 9 juillet 1239 - Pierre de la VESVRE donne la moitié d'un pré et vend l'autre.
- 27 mars 1248 - Don de terres à frère Guillaume, correcteur de la Faye.
- 13 mars 1252 - Reconnaissance de dettes aux frères.
- janvier 1256 - Échange de terre.
- janvier 1257 - Vente au prieuré de la Faye de maisons avec jardins situés à Nevers.
- 29 novembre 1255 - Donation des bois de la Faye.
En 1293, le frère Guy de FOUCHER, 19ème prieur, reconnaît qu'il tient la Faye en fief du comte de Nevers. L'année suivante, en 1294, il supplie le comte de Nevers "d'avoir pour agréable " que frère Boson de CHAUMONT lui donne la terre de la Faye après avoir demandé pardon des dommages qu'il avait causés à son abbaye.
Déjà en 1285, le frère Pierre de CAUSSAC, prieur avait supplié Robert, comte de Nevers, de "mettre en saisine et possession de la Faye" le frère Jean ANDOIN.
En 1298, Alixe, dame de Crux, fait un don.
Le 25 novembre 1310 les religieux demandent que eu égard à leur pauvreté il ne leur soit prélevé qu'une taxe modérée.
On retrouve également un acte d'échange daté du 14 octobre 1315 concernant des terres et des prés s'étendant du Pont St Ours jusqu'au Montot que possédaient les religieux contre les moulins de Dracy, propriétés de la léproserie de St Lazare de Nevers.
La bulle de 1317 érige la Faye au rang de prieuré et lui annexe les celles de Colombe, Fontgueydon et Fontenet.
Elle hébergeait alors 18 clercs. En 1317 la Faye a comme prieur Aymeric Larmenguanye .
Adhémar CRISPI, qui deviendra en 1355 le 4ème abbé de l'Ordre, fut prieur de la Faye vers 1346-1347.
Le Pape Clément VI le retira de la Faye pour le nommer le 7 juin 1348 à la Haye d'Angers par une bulle en forme d'indult .
Le 8 février 1348, frère Adhémar CRISPI, prieur de la Faye, donne à bail perpétuel une maison à Dracy avec ouche attenant, et une autre au-dessus de la maison.
Le 5 juin 1348, deux frères, Jean et Girard EMERY et Pasquette de LAUDE, femme de Jean, déclarent "être hommes libres et n'avoir jamais eu de seigneur temporel" mais vouloir "donner et quitter à l'avenir à religieuse personne le prieur et couvent de Faye comme hommes serfs et de condition servile, de mainmorte et abonnement",moyennant cinq sols pour chacun.
Se succèdent ensuite différents dons peu importants.
Il est à noter que les Grandmontains n'avaient que la persuasion pour toute arme, certes noble s'il en fut, mais qui était bien fragile face à des couvents gouvernés par des abbés puissants et belliqueux, qui pouvaient contractés des alliances profitables avec de riches voisins.
En 1388 des lettres de Marguerite, duchesse de Bourgogne, confirment au bailli de Nevers les privilèges octroyés par ses prédécesseurs.
Le 23 juillet 1459, Guillaume de FUMEL, abbé de l'Ordre a écrit une lettre à Michel MAZIERES, procureur de la Faye lui "ordonnant et mandant, de se rendre au prieuré d'Epoisses en personne et d'avertir le Prieur dudit prieuré que dans les huit jours il paye la redevance due à l'abbaye".
Une prise de possession du prieuré nous est comtée dans un acte du 17 février 1484:
" Religieuse et honneste personne frère Jehan Besle, religieux de l'ordre de Grandmont, nommé prieur et administrateur du prieuré conventuel de la Faye, fut par frères Michel Mazières, Pierre Gillet, Philibert Thibault et Jehan Marchebe, religieux dudit prieuré, reçu comme prieur devant la porte du couvent. Il fut ensuite par le frère Mazières intronisé dans ledit couvent; et ledit Besle, après avoir pris et touché de la main le verrou de la porte antérieure de ladite maison, se transporta ensuite, en signe de possession, au choeur de l'église, embrassa les deux cornes de l'autel et le livre placé dessus, tira ou sonna la cloche de ladite église, puis fut installé par Michel Mézières dans le choeur sur la haute stalle".
Le 11 janvier 1501, Guillaume BRICONNET, 11ème abbé de l'Ordre, cardinal archevêque de Reims, nomme comme prieur de la Faye, "illustre et discrète personne" Pierre de la PORTE, prêtre, conseiller au Parlement de Paris. Mais celui-ci ne put entrer en possession de son poste, car, le 18 mai suivant, le Pape nommait à ce poste Messire Jean GASTE, précepteur de la Maison de Clèves, Ordre de St Augustin , diocèse de Cologne.
Pierre de la PORTE mourut en 1507 et ses biens, mis sous séquestre pour leur conservation par le duc de Nevers, furent remis au frère Jehan CORDELIER.
Un acte de 1530 nous donne frère Etienne MICHOT, comme prieur de la Faye.
Un autre acte de 1573 indique Pierre BONGRAND comme religieux profès au couvent de la Faye.
Dans un acte du 26 mars 1583, Arnauld SORBIN, évêque de Nevers, nomme frère Guillaume ROBIN, religieux profès de la Faye, comme sous-diacre de la cathédrale de Nevers.
Il est permis de penser que la vie conventuelle à la Faye a du s'arrèter vers 1575 .
En effet les dernières traces de la vie conventuelle remontent à 1555 car le 9 février de cette année là, les frères s'étaient réunis en assemblée : François BERTHIER, ancien administrateur de Fontgueydon, Jehan MEZIERES, Philippe DESCHAMPS, Louis de LESCHEREE, Antoine EVERARD et Jehan MAILLARD, prêtres, pour donner confirmation d'un bail par le prieur conventuel, Claude du CLO, du bail de l'annexe de Colombe aux frères Jean MEZIERES et Antoine EVERARD .
En 1575, le prieur Jehan LORDEREAU habite Bourges, il acense pour trois ans le prieuré de la Faye, ainsi que les annexes de Colombe et de Fontenet à l'un de ses religieux, le frère Pierre BONGRAND, pour la somme de 200 livres. Le bail porte en outre obligation:
" de servir audit prieuré et à ses suffragants ès choses divines, spirituelles et temporelles: faire faire les vignes, nourrir et entretenir les deux moines estant audit prieuré et entretenir la chambre du prieur" .
Dans une requête au Roi le 31 décembre 1576, le prieur expose que : "son prieuré est de si petit revenu que, charges faites, il ne peult valloir 100 livres, estant subject à beaucoup de réparations pour le degast qui y a esté faict par les gens de guerre et du camp qui ont passé ceste présente année".
Cet ensemble de faits conforte la thèse de l'abandon vers cette date de toute vie conventuelle au prieuré de la Faye.
Pourtant, il est difficile d'àtre aussi affirmatif, car on a retrouvé dans le clocher d'un village des environs, Saint Sulpice, une cloche qui porte la mention suivante : " IHS. SANCTA MARIA ORA PRO NOBIS. LES RELIGIEUX DE FAYE MONT FAIT FAIRE, 1623 ". Si un doute subsiste, l'année d'abandon de 1575 est néanmoins vraisemblable.
En effet de très nombreux actes de gestion ont été rédigés après cette date.
- 6 mai 1593 - Une reconnaissance de bail
- 20 mars 1599 - Sur requête du Prieur de la Faye auprès du lieutenant général du Nivernais qui ordonne à son premier sergent de faire payer 2 écus et 43 sols à un certain Jean AUBY...
- 28 mars 1614 - vente de certains héritages de Jean le COQ à Bertrand SEGUIN, sous-prieur de la Faye.
Il semble que l'activité chicanière des prieurs de la Faye fut plus brillante que la vie religieuse. En effet l'inventaire des titres du couvent fait mention de trois liasses de procédures entre le procureur du duché et le prieur de la Faye, à propos du seul droit d'usage d'un bois...
Ainsi, en 1620, le Procureur ayant fait saisir les porcs des religieux dans le bois aux Melles, injonction lui est faite " d'avoir à les lâcher, lesdits religieux étant seigneurs-propriétaires dans ledit bois". Mais sept ans plus tard, en 1627, le Procureur entend empêcher "les dits révérends de jouir desdits usages pour eux et leurs bestes"...
En 1647 le Grand Conseil unit La Faye au prieuré d'Epoisses
Au printemps 1647, l'Abbé Georges BARNY chargea le Père Charles FREMON, supérieur de la maison d'Epoisses, d'aller visiter la Faye lors de son voyage de retour de Grandmont. C'est peut-être cette visite qui le détermina dans son refus d'y introduire la Réforme en 1663, comme le lui proposait M. de NEUVILLE, grand vicaire du diocèse de Lyon, abbé de St Just et prieur commendataire de la Faye .
En 1655, le prieur claustral était le R.P Hugues Verger, le religieux responsable de l'annexe de Fontenet, le R.P Michel Dupleix
De cette époque on retrouve de nombreux actes de ventes.
- 13 octobre 1646 - Ratification d'une vente par le nouveau prieur, le R.P. Hugues VERGER, qui reçoit 100 livres.
- 7 mai 1660 - Transaction qui est ratifiée par Dom Gabriel BOISSIER, prieur claustral, et Dom Joseph PEYRONNEY, procureur syndic.
- 14 novembre 1674 - Acte d'arpentage qui rendait au prieuré de la Faye plus de 60 arpents dans le bois aux Melles.
- 23 août 1685 - Acte d'échange sur une pièce appelée :" la Plante aux Moines".
- 4 avril 1693 - Marguerite REGNAULT, l'acheteuse, reconnaît au profit du couvent, représenté par son prieur, F. ECHAUPPRE, la "charge de 12 deniers de cens payables à chaque jour et feste de Notre Dame de Mars, en la maison prieurale de la Faye" .
Le 14 octobre 1699, François MOUSSY, qui avait enlevé 18 porcs aux religieux est condamné à leur remettre "comme indûment pris dans le bois aux Melles dont les religieux sont seigneurs-propriétaires conjointement avec Mr le Duc ".
Le 1er avril 1708, un contrat d'un bail à ferme du Moulin de la Faye est passé entre le prieur Dom Joseph SAURET et Pierre GUILLAUMOT, meunier à Cigogne.
C'est vers cette époque que fut introduite l'Etroite Observance à la Faye, qui fut d'ailleurs leur dernière conquête .Le 3 janvier 1712, " Dom Etienne Mullot, prieur, baille à Pierre Bauchet, pour six ans, le moulin de la Faye..."
Le 4 juin 1720, le frère Dom François PASQUERAY,prieur claustral du prieuré de la Faye et Fontenet, réclame à Léonard BRETON, escuyer, mousquetaire du Roi demeurant à Vézelay, le remboursement de seize années d'arrérages. La réclamation fut contestée et Léonard BRETON obtint gain de cause .
Le 21 janvier 1730, le testament de Dom Charles ROUJOU, prieur de la Faye, nous donne des renseignements intéressants sur la vie à la Faye:
" Mémoire et estat des dernières volontés que M.Roujou, prieur claustral de la Faye, ma prié de mettre par écrit... et prié de faire exécuter, après son décès,jusqu'à concurrence de mil onze livres douze sols qu'il lui a remit en notre présence de Madame Cassiot et du nommé Bellivaut, son valet; premièrement, prie ledit prieur de Faye, le sieur Brisson de Montalin de payer à Mr de Valle les 3 louis d'or, qu'il lui doit; plus à Moreau, son menuisier, 36 livres pour ouvrage dans la chapelle de la Faye..... plus à M. Cassiot, cabaretier, 18 l. pour fournitures; plus à Mme la Veuve Cassiot chez laquelle il demeure, deux années et la courante du loyer de la chambre qu'il occupe; et pour argent et fournitures de marchandises, ports de lettres et autres choses qu'elle luy a fourni, montant environt à la somme de 200 l".
"Plus lègue et donne à la dite dame Cassiot, son hôtesse, la somme de 165 l. pour dépense, et peine qu'elle s'est donnée pour le servir pendant deux grosses maladies qu'il a eu chez ladite dame; plus donne sa robe de chambre de calmande à sa nièce; plus veut et entend qu'il soit payé à Belleveaut, son valet l'année de gages qu'il lui doit...et luy donne en outre sa redingaute et une paire de souilliers; plus donné à Claude, son jardinier de Faye, 100 l. pour tous les gages qu'il peut lui devoir; plus donne aux pauvres 10 l.; plus demande, ledit sieur prieur, qu'il soit inhumé en la paroisse de St Martin de Nevers... et que le lendemain on luy fasse un grand service avec diacre et sous-diacre".
Le 23 janvier 1730, soit deux jours après le testament, on fait apposer les scellés au prieuré:
" Ce jourd'huy 23 janvier 1730, nous Jacques-François Rapine du Noset, escuyer, Seigneur de Ste Marie, lieutenant général du baillage, environs neuf heures du matin, sur ce qui nous a été représenté par le procureur général de Monseigneur, qu'il venait d'apprendre que Dom Charles Roujou, prieur claustral de l'abbaye de N.D. de la Faye venait de décéder en cette ville, en la maison de Catherine Gandré, veuve Cassiot, en laquelle il était malade depuis longtemps, il nous a requis que nous eussions à nous transporter...pour y apposer nos scellés sur iceux, et ensuite nous transporter en l'abbaye de la Faye dans laquelle il n'y a actuellement aucun autre religieux..."
Tout cela en dit long sur l'état d'abandon de ce prieuré...
Suit ensuite le procès-verbal de visite du prieuré, qui se circonscrit aux pièces habitées par le prieur:
"Nous sommes montés dans une chambre haute qui a son aspect au midy, sur le jardin, dans laquelle Dom Roujou faisait sa demeure ordinaire, où nous avons trouvé deux lits garnis, l'un de rideaux de serge bleue, avec matelas et lits de plumes, dont les couvertures de layne avaient été transportées à Nevers pendant sa maladie; et l'autre lit, garny de rideaux, avec une grande couverture d'indienne; et dans la même chambre, une table de bois de noyer, un fauteuil de commodité, huit chaises de paille à la capucine,... une pièce de tapisserie en bergame avec le portrait en grand, d'un abbé; la vue de Grandmont dans un cadre en bois de noyer; un crucifix à cadre doré sur un fond de velours, un chronomètre et un baromètre avec des plans gravés de Londres et de Malte; une grande armoire servant de buffet dans la partie supérieure est formée par deux grands battants de même bois..."
" Le cabinet qui est au chevet du lit voilé, où nous y avons trouvé plusieurs tablettes et rayons remplis de livres, une table à écrire, sur laquelle était une écritoire carrée, et une petite cassette; vis-à-vis de la porte un cabinet, où nous avons trouvé deux grandes armoires dans laquelle il s'est trouvé du linge et autres effets propres au ménage. Nous étant enquis auprès dudit Bellevaux que ledit Dom Roujou n'avait aucune vaisselle d'argent et autres meubles précieux, il nous a représenté six cuillères et six fourchettes d'argent... et une bague avec une pierre violette, que nous avons fait déposer auprès d'un calice et de sa patène, que nous avons trouvés dans ladite armoire; et nous nous sommes enquis du lieu où le défunt prieur gardait la précieuse relique de la Vraye Croix; il nous a dit qu'elle était dans une armoire fermant à clef, à côté du grand autel de l'église de l'abbaye, avec les ornements; et nous y étant, sur le champ, transporté avec le garde général de Monseigneur, nous avons fait ouvrir ladite armoire et avons trouvé en icelle, dans un linge couvert de cuir fort usé et rompu en partie, un grand reliquaire d'or en forme de croix patriarcale, enrichi d'un grand nombre de pierres précieuses, au milieu de laquelle croix est un morceau considérable de la véritable Croix de notre Sauveur, donné à cette église par les comtes de Nevers, fondateurs d'ycelle; lequel reliquaire, pour la plus grande sûreté d'ycelui, nous avons, avec un grand respect et vénération, retiré de ladite armoire...."
Le reliquaire fut ensuite porté et enfermé dans l'armoire du cabinet du défunt prieur.
" Nous nous sommes ensuite descendus dans la cuisine; nous y avons trouvé quarante assiettes d'étain, onze plats de différentes grandeurs...." suit un inventaire qu'il serait fastidieux de rapporter.
"Nous sommes passés dans une grande salle basse servant de réfectoire..."
C'est donc toute l'aile Sud de la celle qui a été visitée, et qui semblait encore en bon état; elle subsiste aujourd'hui mais transformée.
" Nous sommes ensuite montés dans une autre chambre haute, qui a son aspect au midy, sur le jardin, que laquelle Bellevaux nous dit être destinée pour la compagnie dudit prieur, lorsqu'il en avait, dans laquelle nous avons trouvé qu'un vieux lit avec des rideaux de chêvre-serge verte, un mauvais lit de plume et des couvertures de laine, une petite table et quatre chaises de paille, une vieille table et un vieux buffet. Nous sommes ensuite montés au grenier où nous avons trouvé 35 quartauts de froment... et dans un autre grenier à côté, nous avons trouvé 20 quartauts d'avoine, 25 d'orge, et 3 de seigle... ledit Bellevaux nous a déclaré que l'orge et le seigle étaient destinés pour les bestiaux, et l'avoine en partie pour les deux chevaux de selle du défunt" .
Il résulte de cette visite qu'en 1730, la maison conventuelle, l'église et l'aile Sud existaient encore, mais en mauvais état: "ayant besoin de réparations considérables et urgentes" dit l'inventaire.
Si le prieur Dom Charles ROUJOU avait demandé son inhumation à Nevers, par contre nous trouvons l'avis d'inhumation de Marie ROBELIN dans l'église de la Faye le 27 mars 1754, par le Prieur de la Faye en présence de son mari, Jean CHAILLOUX. Puis le 11 octobre 1754 c'est l'inhumation dans le cloître d'Antoine FREBAUT, domestique, âgé d'environ 55 ans, par le prieur de la Faye.
Le 12 juillet 1754, Charles ANDRAS de Marcy, baron de Poiseux, se rend au prieuré pour faire hommage aux religieux à cause d'une dîme qu'il levait au lieu de Sejean. Reçu par le procureur du couvent, le R.P.Gilbert DOUZARBRE, il est conduit à l'église, devant le grand autel "et ledit sieur de Marcy y estant nue teste,un genoul en terre, sans espée ny esperon a dit au R.P. qu il luy porte, a cause de son droit de dixme la foy et hommage qu'il est tenu de luy porter... reconnaissant que ledit droit relève en fief dudit couvent N.D. de la Faye..."
Une transaction du 7 mai 1760 fait connaître que le couvent de la Faye possédait le bois de Gon. Les comparants présents étaient Dom Gabriel Dominique BOISSIER, prieur claustral, et Dom Joseph PEYRONNEY, procureur syndic dudit couvent, et Mr Jean FAURE, seigneur de Machy, changeur pour le Roi. Cette transaction fut ratifiée par Dom François NICOD, vicaire général, au cours de sa visite du 8 août 1760.
Il résulte de tous ces documents que la Faye n'était plus qu'une simple ferme. En effet, on y trouve plus comme personnel religieux que le prieur qui réside d'ailleurs à Nevers, et ce sont les prêtres du voisinage qui célèbrent l'office divin dans la chapelle du couvent.
Après la mort de Dom ROUJOU, Pierre BELLEVAUX reçut la clef de l'armoire pour pouvoir remettre les ornements aux prêtres qui se présenteront pour célébrer la sainte messe; il fut également chargé de veiller à la conservation du Très Saint Sacrement enfermé dans le tabernacle.
Un bail à ferme passé le 24 août 1767, nous donne le nom d'un des derniers prieurs de la Faye : Dom Benoit LEJAY. Ce dernier document laisse présager la disparition prochaine de ce prieuré " quy succombait faute de vocations nouvelles pour le recrutement de son personnel" . Au point de vue matériel, la Faye avait perdu de sa prospérité, mais, toutefois, le dernier bail s'élevait à 3.600 livres...!
Dans son ouvrage consacré à la Faye, P. TRAMECON nous dit :
"Naître plein de foi et de vigueur, travailler en silence avec activité, et mourir sans bruit, telle semble avoir été la destinée de ce paisible couvent".
"Rien en effet, ne rappelle de sa part le moindre geste agressif, contraire à sa dignité monastique. La vie simple lui suffisait sans doute, et, partant, jugeait-il bon de rester tranquille dans son étroite et sauvage vallée, au milieu des grands bois, se contentant d'élargir le cercle de ses possessions et privilèges".
En juillet 1768, les lettres patentes du Roi vinrent mettre un terme à la réforme de l'Ordre de Grandmont.
Le 1er octobre 1768, en exécution des lettres-patentes, un état des meubles et effets de l'église est dressé par Me Jean-Etienne Laviron, prêtre, docteur en théologie, secrétaire de l'évêché de Nevers , en présence des deux religieux restants, le Révérend père Benoist Legay, prieur, et Dom Joseph Perrony.
Les lettres-patentes confirmées le 2 avril 1770, les religieux avaient la faculté de s'agréger à d'autres congrégations, et de recevoir une pension annuelle à compter du 1er janvier 1771. Sur l'état des pensions on relève pour la Faye :
A Dom Martial HEULZ.......................700 livres
A Dom Charles BROCARD.....................700 livres
A Dom François BERINGIER le jeune.........200 livres
Le premier, Martial HEULZ, demanda et fut le seul à s'agréger aux Chartreux.
Quant aux deux autres, ils demandèrent et obtinrent de s'agréger à Sainte Vanne.
A noter que si Dom François BERINGIER le jeune ne recevait que 200 livres de pension c'est qu'il était parti depuis un certain temps à Macheret o^ù il recevait un complément de pension de 400 livres.
Le prieuré de la Faye fut rattaché à la mense du chapitre de St Cyr de Nevers. Elle fut la première à être évacuée avec les deux derniers religieux qui y restaient, Dom Martial HEULZ et Dom Charles BROCARD.
La Faye fut vendue à la Révolution le 17 août 1791 par des administrateurs du district de Nevers comme bien de première origine. Mr BERGER, avoué au Tribunal de Nevers, se fit adjuger le prieuré et l'église "vacante" avec les bâtiments, cloître, écurie, 10 quartelées de terre, un jardin de 3 boisselées entouré de murailles et un pré donnant 6 chariots de foin, moyennant le prix de 10.700 livres.
Mr Hugues MIRON, maître de forges à Charbonnières, se rendit acquéreur du moulin de la Faye avec un petit étang, un jardin, onze boisselées de terre et un chariot de foin, au prix de 5.575 livres.
Quant au domaine de Charbrulat il fut adjugé à Martin RENAUD de St Benin d'Azy pour la somme de 11.500 livres. Ainsi les bois du prieuré et ceux du Duc de Nevers devinrent la Forêt Domaniale de la Faye.
A signaler enfin qu'un religieux grandmontain originaire de Nevers, Dom François PARIGOT, qui se trouvait au moment de la Révolution dans une annexe d'Epoisses, à Fay, a été porté comme étant à la Faye par le chanoine J. CHARRIER dans son livre . Ce religieux connut le martyre, car à 69 ans, accablé d'infirmités, il fut déporté à Nantes avec 60 prêtres Nivernais. Enfermé avec eux sur une galiote hollandaise, il mourut le 4 avril 1794 dans cette prison infecte.

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