Le Châtenet (Haute-Vienne)
Vestiges :
Il ne subsiste au Châtenet que des bâtiments transformés au XVIe et au XVIIe, et quelques vestiges de la deuxième moitié du XIIe siècle et du XIIIe .
L’église
L’église était au Nord des bâtiments conventuels. En mauvais état à la Révolution, elle a été rasée par l’acquéreur du bien national, M de Roulhac. Son abside était conforme à la tradition grandmontaine, semi-circulaire avec une nef voûtée en berceau brisé. La porte des fidèles se trouvait au Nord. Il ne subsiste semble-t-il de cette église que le pignon ouest qui a été intégré dans le bâtiment servant aujourd’hui d’habitation. En effet, une fenêtre et un placard intérieur ébrasés auraient été aménagés dans l’ancienne baie ouverte à l’ouest pour éclairer la nef de l’église, et qui a été en partie murée. L'église avait été dédiée un 23 septembre .
Bâtiment Est.
Il ne reste rien du bâtiment Est.
Bâtiment Sud.
Il ne reste que l’extrémité Ouest de ce bâtiment, soit l’extrémité ouest du réfectoire, la dépense et la cuisine.
La cuisine.
Le passage Sud faisait communiquer la cuisine avec la salle recevant les hôtes du bâtiment ouest. La porte voûtée qui donne accès à l’ancienne cuisine est d’origine. L’ancienne cuisine monastique a été à peu près bien conservée dans son volume primitif, avec son grand placard aménagé dans la muraille et la trace d’une porte voûtée (transformée actuellement en fenêtre) donnant sur l’extérieur. Les autres ouvertures sont de construction récente. La grande cheminée du XVIe siècle qui comportait un four a été conservée. Cette salle est carrelée, et sans trace d’un ancien voûtement.
La dépense.
A l’Est la cuisine communique directement avec une petite salle voûtée en plein cintre assez bien conservée. Cette pièce étroite ou dépense servait à la préparation des mets avant qu’ils soient présentés aux frères installés dans le réfectoire par l’intermédiaire du passe-plat. Elle était éclairée au Sud par une fenêtre (aujourd’hui transformée en porte) et comportait un grand placard aménagé dans la muraille nord qui est toujours visible.
Le passe-plat.
Dans le mur Est de la dépense existe une ouverture carrée (0,87 x 0,87) communiquant avec le réfectoire aujourd’hui détruit. Au-dessus et en dessous du passe-plat apparaissent des pierres de taille qui débordent de la muraille avec une rainure centrale creusée dans la pierre supportant une porte à glissière. Côté réfectoire cette ouverture carrée débouche sur une arcade cintrée à arêtes vives de 1,47 m de haut sur 1,35 m de large, accostée de deux petits placards (1,10 m sur 0,52 m) avec feuillures, qui servait sans doute au rangement des écuelles utilisées par les frères. Le plateau de ces trois arcades est à 0,75m du sol.
Ce passe-plat a été bien conservé par son propriétaire, et constitue un exemple rare dans l’art grandmontain, surtout par l’existence d’un système de fermeture à glissière. En effet les autres passe-plats grandmontains existants, possèdent côté cuisine une feuillure témoignant de l’existence d’une porte à gonds. Ce passe-plat est le seul, avec celui de l’Enfourchure, qui se soit conservé intact dans une celle grandmontaine. Deux autres du même modèle existaient à Comberoumal et à Fontcreuse, mais ils sont très mutilés.
Bâtiment Ouest.
Le bâtiment actuel est élevé sur les fondations de l’ancien bâtiment Ouest sauf la partie nord qui l’a prolongé en s’appuyant sur le mur du pignon ouest de l’église. La façade et la toiture ont été très remaniées, sans doute à la fin du XVIe début XVIIe. Elle ressemble à une autre celle grandmontaine remaniée à cette époque, la Faye de Jumilhac. Cette dernière à une superbe charpente à la Philibert Delorme, et il n’est pas impossible que celle du Châtenet soit identique. Les bâtiments ont été restaurés en 1920, puis en 1978, et récemment pour aménager une habitation confortable. Toutefois l’aménagement intérieur des murs de refend permet encore d’identifier les passages nord et sud qui encadraient l’ancien réfectoire des hôtes.
Sur la façade Nord de ce bâtiment se trouve un grand portail muré à linteau brisé, à demi enterré. C’était probablement l’entrée d’un cellier.

Autres vestiges.
Autour des bâtiments actuels à l’occasion de travaux effectués on a trouvé de nombreux débris de colonnettes et de petits chapiteaux presque tous du même type : à tailloir cubique , et un pilier d’angle, formé de quatre colonnettes , témoigne de la présence d’un cloître à galerie de pierre. Le Dr Grézillier dit “au Châtenet, construit du vivant de saint Étienne, donc avant 1124, il reste la cuisine avec son passe-plat qui situe l'emplacement du réfectoire. Des sondages pratiqués par l'actuel propriétaire, M de Vasson, ont permis de découvrir les fondations de l'abside qui était semi-circulaire. Enfin, de nombreux débris de colonnettes, de chapiteaux archaïques à tailloir cubique, et un pilier d'angle, formé de quatre colonnettes, témoignent de la présence d'un cloître à galeries en pierre. Nous avons là assez d’éléments pour établir que, du vivant de saint Étienne, le plan grandmontain était déjà ce qu’il fut par la suite, que ce plan est son œuvre ou que, tout au moins, il l’a connu et approuvé» .
Il existe quatre magnifiques étangs sur le côté est de la celle.
À noter qu'il reste également dans l'église de Feytiat cinq petits bustes en bois doré dans lesquels les religieuses du Châtenet avaient placé les reliques des cinq compagnes de Ste Ursule qu'elles avaient reçues lors de la distribution de l'évêque de Limoges, avant la Révolution.


Histoire :
Le Châtenet est considéré comme une des trois celles fondées du vivant de saint Étienne . Cette fondation aurait été inspirée par saint Gaucher à saint Étienne. Sa chapelle avait sa dédicace le 23 septembre, le jour de la Sainte Thècle, une des premières femmes martyres de l’Église . Le frère Hugues de la Certa fut envoyé avant la mort de saint Étienne, fonder la celle de la Plaigne. Il passa quelques jours au Châtenet, son passage ne passa pas inaperçu, une foule était accouru. Un homme qui n'avait pu s'approcher plus tôt de lui durant la journée y parvint le soir. Il demanda à ce qu'Hugues le soulage d'un fort mal de tête qui le désolait depuis longtemps. Hugues lui ayant fait un signe de croix sur la tête, lui coula doucement la main droite sur l'endroit où il souffrait le plus, et, à mesure qu'il le touchait, la douleur se dissipait .
En 1139, il y avait au Châtenet 18 religieux.
Peu après la canonisation de saint Étienne, plusieurs miracles eurent lieu, dont celui-ci du 29 septembre 1189 :
" Le jour de la saint Michel deux nobles capitaines, dont l'un portait le nom d'lthier et était parent du Prieur de Grandmont, et l'autre se nommait Pierre, de la ville de Saint-Junien en Limousin, furent faits prisonniers par un nommé Gérard d'Oradour, qui pour lors ravageait tout le pays. Il les mit dans un cachot, les chargea de fers et les garda pendant deux mois dans la misère. Ils se recommandèrent à Dieu par les mérites de la vraie croix qui est à Grandmont, et de saint Étienne, en qui ils avaient beaucoup de confiance. Leurs prières faites, les fers tombèrent de leurs mains, les portes se trouvèrent miraculeusement ouvertes, et ils vinrent au Châtenet, maison de l'Ordre, près de Limoges, où ils demeurèrent trois jours. Les re¬ligieux de cette maison les emmenèrent à Grandmont, où se tenait le cha¬pitre général ; on pendit leurs chaînes, en présence de tous les religieux, de¬vant le tombeau de saint Étienne, où elles ont été longtemps conservées."
En 1211, Aymeric Bernard et Hugues de Jaunhiac, maîtres et seigneurs de la forteresse de Châlucet, désirant avoir part aux prières de tout l'Ordre, reconnaissent devoir au prieur de Grandmont et aux frères du Châtenet une rente de huit setiers de froment, mesure de Pierre-Buffière . L’acte fut dressé par le prieur général, Adhémar de Friac, en présence de deux prêtres, d’un convers de l’Ordre, de deux chevaliers, dont l’un était Hèlie de Châlus, et d’un bourgeois
En 1224, les religieux reçurent d’Adhémar Vigier le Mas du Puy-Tison.
Le correcteur du Châtenet Jehan du Chastenet est présent lors d’un accord entre le prieur Hélie Arnaud et l’abbé de Solignac, Hugo, le 9 mars 1228 au sujet de l’acquisition par les Grandmontains sur le territoire de Solignac du prieuré de Charliat .
La communauté, malgré les donations qui lui avaient été faites au cours du XIIe et XIIIe siècle possédait peu de revenus. Elle payait en 1295 4 livres de pension au chef d’Ordre; et était réduite à cinq membres.
En 1315, lors du schisme qui précéda immédiatement la réorganisation de l’Ordre, elle fut la résidence du prieur Elie Adhémar, élu après la déposition de Jourdain de Rapistang, lequel se maintenait à Grandmont par la force. Le Pape Jean XXII ayant examiné l'affaire demanda aux deux "prieurs" de se démettre le lundi avant Noël 1316. Jourdain se retira à Pinel et Élie Adhémar resta au Châtenet .
Le Châtenet fut érigé en prieuré en 1317 avec huit religieux, et on lui unissait Pourrières (n°27), Malgorce (n°25) et Saumur (n°145), ce qui porta sa communauté au nombre théorique de 18 frères. La petite celle du Cluzeau avait déjà été unie au Châtenet. Son premier prieur fut Pierre de Chastenet . En 1325, le Châtenet devait payer au chef d’ordre 18 livres 15 sols tournois de pension . Le 7 mai 1345, Simon de Brohes était prieur du Châtenet et recevait de Guillaume de la Marche procuration pour recevoir une bulle pontificale. Le mardi après la Saint Mathieu évangéliste 1357, obligations furent données aux habitants de faire moudre leurs grains au moulin du Puy tison dépendant du Châtenet.
Le Châtenet était abandonné au XVe s. car les bâtiments avaient souffert des guerres. Le Roi n’avait-il pas écrit dans une lettre de novembre 1370 :
“Je donne à Louis, vicomte de Rochechouart, les biens et droits confisqués sur ses sujets rebelles en Limousin, en récompense de ce qu’étant son capitaine (gouverneur) dudit pays, il avait réduit sous son obéissance le prieuré du Châtenet, près de Limoges, dont Ysart de Roquefort, chevalier, le sire de Cubzac et leurs complices s’étaient emparés, ainsi que plusieurs autres forts du même pays “. Ces gentilshommes se trouvaient dans la mouvance Plantagenêt; par contre les vicomte de Rochechouart furent fidèles à la royauté.
Les bâtiments ne furent reconstruits que 110 ans après, vers 1480.
En 1423, l’abbé Pierre Redondeau ratifie un accensement de bien au Châtenet. Le 15 mars 1439 le prieur du Châtenet et du Cluzeau était le frère Jehan Boutineau .
Le 26 septembre 1457, l’abbé Guillaume de Fumel avec son chapitre donne son accord à “certaines lettres d’assence de la métairie du Châtenet faite par Pierre Leproux, prieur du Châtenet à Jean et Hugues Bonnetaud du lieu de Croseil (Crouzeix), paroisse de Feytiat” .
Dans le célèbre chapitre général de 1473 tenu sous l'abbatiat de Charles de Bourbon, sous la houlette de son vicaire général, Michel de Muret, juge de Rochechouart, tant au spirituel qu'au temporel, dans lequel de nombreuses réformes de l'Ordre furent décidées, le prieur du Châtenet remplaça le prieur commendataire de Deffes. On trouve un acte daté du 24 octobre 1479 dans lequel les parsonniers reconnaissent à noble Olivier de Cardailhac, protonotaire du Saint-Siège, et prieur (commendataire) du prieuré conventuel du Châtenet, ordre de Grandmont, un setier de seigle, mesure de Limoges à chaque Saint Yrieix d’Août.
C’est sous l’abbatiat d’Antoine Allemand que les bâtiments du Châtenet furent remontés, sans doute sous l’impulsion de la famille de Rochechouart, grâce à l’appui de Michel de Muret. Le successeur de Michel Muret fut son cousin germain ou neveu Antoine de Muret.
En 1492, le prieur du Châtenet étant défaillant, ou plus simplement le bénéfice se trouvant entre les mains de l’Abbé commendataire de Grandmont lui-même, les annexes du Cluzeau, Pourrières, Saumur et Malgorce, furent citées comme membres dépendants du Châtenet, pour payer leurs portions de la pension due par le prieur du Châtenet à M Antoine Allemand, évêque de Cahors, Abbé commendataire de Grandmont .
En 1501, un moine Augustin, Charles Demonceult, prieur de Plaisance, tenait en commende le Châtenet. Le 14 novembre 1523 un procès pour faire respecter les exemptions de taille de l’ordre est intenté par frère Gabriel Chairdeboeuf, alias la Grande Roche, religieux de Grandmont, prieur du Châtenet, accompagné d’un certain nombre de tenanciers contre les partisseurs de taille, Jehan Chapelle et Pierre Barnouilhe. En 1524, le prieur commendataire était Jean-Baptiste Lejeune
Une confirmation en excommunication contre le frère Antoine de Jovinaco, par l'official de Bourges est faite en faveur de Maître Jean de la Bastide, prêtre, chanoine de St Martial, et prieur commendataire du Châtenet en 1530. Le 27 juin 1544, Jean de la Bastide est encore prieur commendataire du lieu et fait confirmer le rattachement de Pourrières au prieuré du Châtenet .
Jean de la Bastide obtiendra le 10 janvier 1540 la confirmation des privilèges d’exemption de taille pour le Châtenet
Une reconnaissance de rente est faite le 18 janvier 1548, entre Jehan Mosneron, religieux de Grandmont, mais au nom de Dame Daulphine de Neuville, prieuresse du prieuré conventuel du Chastenet, avec Jean de la Grange qui demeure au moulin de la Vergne, nous apprend la présence de religieuses au Châtenet . Cette présence de Dame Dauphine de Neuville est confirmée par un autre acte du 12 septembre de la même année
En 1560, Madeleine de Bourbon, abbesse de Sainte Croix de Poitiers, permet à Antoinette de Neuville d’aller avec deux religieuses, toutes trois bénédictines, vivre sous la règle de Grandmont au Châtenet, et la nomme prieure. La prieure était comme les prieurs titulaires des communautés d’hommes, à la nomination du Roi, et l’Abbé ne pourvoyait à la vacance que si elle était une des quatre premières qui se produisent après son installation.
En 1569, le prieuré fut brûlé et saccagé par les troupes du Duc des Deux-Ponts. Tous les titres disparurent dans les flammes. Antoinette de Neuville, l'abbesse du Châtenet à cette époque écrivait aux membres du Parlement de Bordeaux : "Au passage des armées en 1569, la maison du Châtenet a esté saccagée et brûlée avec tous les titres qui y étaient...". Mais des interférences demeurent car : « A Limoges, le 13e jour du mois de février 1573, personnellement frère Gabriel Chardeboeuf, religieux de Grandmont et prieur de Notre-Dame du Châtenet a insinué dans un acte en latin. Il réapparaît le 11 juillet 1577 dans un autre acte sous le nom de Chair de bœuf.
En 1576, l’abbé commendataire François de Neuville, avec l’autorisation du Pape Grégoire XIII, plaça à sa tête une de ses parentes, Anne de Neuville en 1576, qui s’occupa très activement de son monastère.
Toutefois l'abbé Legros ne jugeait pas cela de cette manière. Il écrit :
"Le Châtenet fondé pour des hommes, du vivant même de l'instituteur de la congrégation de Grandmont, se maintint dans cet état jusqu'en 1576, qu'il plut à François de Neufville, alors abbé, d'en chasser les solitaires, pour y placer une de ses parentes, à la tête d'une colonie de filles » . Son jugement semble non fondé, car depuis la fin du XVe ou le commencement du XVIe siècle, il n'y avait plus de "solitaires" au Châtenet . Son administrateur fut obligé de temps à autre de faire valoir les droits d’exemption de taille du Châtenet, notamment en 1584, le 9 mars 1602, le 14 mars 1615, en 1628 et en 1721, rappelant cette exemption déjà obtenue le 10 janvier 1540.
Rigal de Lavaur qui devait être le 19e abbé de l'Ordre avait été nommé prieur du Châtenet de 1594 à 1596. Il y avait à cette époque une trentaine de religieuses. Le frère Albert du Coudier lui succéda à la collation du prieuré en 1599, et le 3 juillet 1601 il prenait aussi possession des chapelles du Cluzeau, du Malgorce et de Pourrières.
La collation fut insinuée en latin, et la prise de possession en français. La voici :
« Le 20e jour d'avril 1599, heure de 3 à 4 heures de l'après-midi, au village du Chastanet, paroisse de Feytiat, au-devant le grand portail de la basse-cour du prieuré du Chastenet est comparu Frère Albert de Coudier, religieux de l'abbaye de Grandmont, lequel, ayant son habit de religieux et assisté de Mr Pierre de Coudier, curé de Saint-Léger la Montagne, en parlant à deux religieux de ladite abbaye, Frère Jacques Chair de bœuf et Frère Jehan Rondet, qui étaient derrière la porte dudit grand portail de ladite basse-cour, leur a déclaré être duement pourvu du prieuré du Chastenet, fruits, profits, revenus et émoluments d'icelui, par la collation qui lui en a été faite par Révérens Père en Dieu Frère François Marrand, abbé de ladite abbaye de Grandmont et chef de tout l'ordre (du 13e dudit mois). Il somme les deux religieux lui faire l'ouverture du portail et de l'église dudit prieuré pour y rentrer et prendre la réelle, actuelle et corporelle possession du prieuré. Les deux religieux ont fait réponse que la possession en était prise et qu'il n'était pas en leur puissance d'ouvrir les portes ; ils ont été « sommés par deux ou trois fois »; voyant qu'ils ne « voulaient obéir », il a demandé à Mr Pierre Decoudier, curé susdit de le mettre, ce qui a été fait en présence du notaire du Chatenet.
Présents: Nicolas Vitecot, cordonnier, Mr Pierre Lafon, chirurgien habitant
Limoges, et Pierre Savoyaud métayer habitant du village du Chastenet (ce dernier ne sachant pas signer). »
Et quelques jours après nous trouvons l’insinuation comme prieure de Dame Anthoynette de Saler. Ceci démontre qu’il y avait à la fois un prieur et une prieure en même temps, sans compter un prieur commendataire !
Le 4e jour d'avril 1599, à deux heures de l'après-midi, Dame Marguerite de Salers, religieuse professe audit prieuré de Chastenet, a remonstré à Monsieur François Marguet, prêtre, habitant et faisant le service divin au prieuré, qu'elle en a été pourvue, tant par la vertu de la résignation pour Dame Anne de Neufville, prieuresse, dernière dudit prieuré, que par la collation faite par Monsieur l'Abbé de Grandmont (les 12 et 14 du présent mois !) ; elle demande audit François Marguet de la mettre en la réelle, actuelle et corporelle possession dudit prieuré. Ce que le curé fait.
Présents :
Jehan Vergence, curé d'Eaux, Pierre et Léonard de Bouillé de las antres, Mr François Vitrât, apothicaire de Limoges, Mr Jehan Duroy, chirurgien, Léonard de Noailles et François Trenton, serviteur du présent lieu. »
…/…
« Le 4éme jour du mois de mai 1599, personnellement Me Léonard de Noailhes, notaire d'Eyjaux, comme procureur de sœur Dame Anthoynette de Saler, prieure de Notre Dame du Châtenet a insinué la procuration constituée par sœur Dame Anne de Neufville, à résigner ledit prieuré de Notre Dame du Chastenet, plus la collation faite à ladite de Saler dudit prieuré de Chastenet, avec l'acte de prise de possession dont la teneur s'ensuit:
Le 12e jour d'avril 1599 à 4 heures du soir, au prieuré conventuel de Notre Dame du Châtenet, en la paroisse de Feytiat, Dame Anne de Neufville, prieuresse dudit prieuré conventuel a institué ses procureurs pour et spécialement et par express pour admettre et résigner purement et simplement entre les mains de Monsieur l'Abbé de Grandmont ou son grand vicaire, son dit prieuré de Notre Dame de Châtenet, avec tous ses droits, profits, revenus et émoluments d'icelui, appartenances et dépendances, avec ses annexes en faveur toutefois de Dame Marguerite Seles, religieuse audit prieuré et non d'autres, déclarant que en ladite résignation n'y a aucune fraude ni tromperie, déclarant avoir pour agréable cet acte avec hypothèque de tous ses biens
Présents : François Vitrat, apothicaire de Limoges et Jehan DuLoys, chirurgien de la ville de Solignac, témoins.
La seconde prieure Marguerite Antoinette Robert, alias de Salers prête serment et prit possession du Châtenet le 7 juin 1600. Elle donne procuration à Léonard de Nouailhes d’insinuer la bulle de permission le 26 août 1600 . Mais le 3 juillet 1601, le frère Albert Ducoudier prend possession de l’annexe du Cluzeau dont il a été pourvu « canoniquement » :
« A Limoges, le 3e jour du mois de juillet l'an 1601, personnellement Monsieur Léonard Noualhier, lequel au nom et comme procureur de Frère Albert de Coudier, religieux de l'abbaye de Grandmont et prieur du Cluzeau, l'autre de la chapelle du Mas Lagorse, l'autre de la chapelle de Pourrières, membres dépendants dudit prieuré du Chastenet qui s'ensuivent:
« Sachent tous qu'il appartiendra que aujourd'hui le dernier jour du mois d'avril 1601, au village du Cluzeau, paroisse de Meuzac, en Limousin, heure de dix heures de matin par-devant moi, notaire royal soussigné et au devant la chapelle dudit lieu du Cluzeau, s'est comparu Vénérable Frère Albert du Coudier, religieux de l'abbaye de Grandmont et prieur du prieuré conventuel Notre Dame de Chastenet les Limoges, lequel vestu de son habit monacal et estant assisté de Mr Jehan Marouteys, prêtre et vicaire dudit Meuzac et en présence de Messires Léonard de Durie, François Rounyer, Léonard de Farges, Guilhem Villemonteys, prêtres de la paroisse de Meuzac et Montgibaud et Léonard Ligours, marguillier, Bernard de Fayat, Jehan et autre Jehan la Peyre, Bernard la Peyre et plusieurs autres habitants dudit village du Cluzeau, lequel du Coudier a dit et remonstré qu'il avait été pourvu duement et canoniquement dudit prieuré conventuel Notre Dame de Chastenet, dépendant de l'ordre dudit Grandmont, avec ses annexes, maisons et territoires qui en dépendent; duquel prieuré il aurait ci devant pris la réelle, et actuelle et corporelle possession et d'autant qu'il est averti que la chapelle dudit lieu du Cluzeau, droits, revenus et émoluments en dépendant et des annexes, maisons et territoires dépendant dudit prieuré de Chastenet qui sont vaccans au moyen de quoi m'a requis, suivant ses pouvoirs et collation illec exhibées, signées F.F.Marand, abbé de Grandmont et Barny son secrétaire datées.......l599, le vouloir mettre et installer en la réelle, actuelle et corporelle possession d'iceux, annexes; et vu lesdites lettres et attendu que personne ne s'est présenté pour y bailler aucun empêchement et de fait « ledit Messire Jehan Marouteys, à cette fin a pris icelui frère Albert Decoudier par la main dextre, fait entrer dans icelle chapelle, bailler de l'eau béniste, et d'illec mener au devant l'autel d'icelle chapelle, fait baiser l'autel, Stes reliques et toucher le livre missel » et ce fait ledit frère Albert a dit et célébré la messe. Dont et du tout il m'a requis lui vouloir concéder acte pour lui servir que de raison, ce que j'ai fait en présence des sus nommés, témoins connus et à ce appelés;lesquels Ligour, Bernard, Du Fayat et autre Jehan la Peyre, Bernard la Peyre, témoins susdits, ont dit et déclaré ne savoir signer ..................................Signé Douradour notaire royal. »
Mais le frère Albert du Coudier ne semble pas avoir gain de cause, car il renouvellera ses prétentions le 24 octobre 1607 sans résultat.
Marguerite Antoinette Robert ne recevra sa confirmation de possession qu'en 1610.
Le 21 février 1611 Marguerite Antoinette Robert prend possession de l’annexe de Saumur par procureur interposé :
« À Limoges le 21e jour de février 1611, Présent Léonard Loubertz en personne au nom de procureur de Sœur Anthoynette Robert, a insinué la provision ou collation faite à ladite Dame Robert par la Dame de Chastenet du prieuré de Saumur, plus l'acte de prise de possession d'icelui prieuré desquelles pièces, la teneur s'ensuit:
Nous Marguerite Robert de Saler, prieuresse du prieuré conventuel de Notre Dame du Chastenet , ordre de Grandmont, diocèse de Limoges à sœur Anthoinette Robert, religieuse audit prieuré du Chastenet, salut en Jésus Christ; comme le prieuré de Saumur de notre ordre et dépendant de notre dit prieuré du Chastenet, et dont la collation et totale disposition nous appartient à raison dudit prieuré… » . A noter qu’il est décrit dans ce document l’état du prieuré :
«Nous étant sur les lieux, (les co-tenanciers des terres du prieuré de Saumur) nous ont montré la mazure d'une église, presque ruinée en laquelle y a encore le grand portail, le pignon du coté d'icelui entier avec le grand autel et aucun desdits tenanciers nous a dit y avoir lieu célébrer et deservir la messe pour les trente ans derniers »
De nouveau la prieure Dame Marguerite Robert de Saler doit faire confirmer les privilèges de l’Ordre le samedi 14 mars 1615, au sujet de la taille auprès de deux « partisseurs », Jehan Lanur et Jehan Bonnetaud en se référant à la sentence du 10 janvier 1540. Ces privilèges seront confirmés le 21 février 1620
Le Châtenet fut reconstruit en partie au début du XVIIème s. et l’Ordre y installa un petit pensionnat de jeunes filles. Marguerite Robert de Saler fut remplacée vers 1620 par dame Suzanne de Tournemine, qui obtient en 1621 la confirmation d’exemption de taille . Suzanne de Tournemine dut résigner sa charge en faveur d’Antoinette Robert.
Vers 1639, le Père Charles Frémon reçu la direction du prieuré, de l’abbé Georges Barny, avant d’être nommé supérieur du Collège Mignon en 1641. En effet vers le début de l’année 1639, l’abbé l’avait nommé prieur de l’abbaye, mais son jeune âge (28 ans) fut pour cet humble religieux l’effet d’un coup de foudre, car il ne s’en sentait ni la force, ni le courage, pour supporter le poids de cette charge. Il accepta néanmoins, mais malgré sa conduite éclairée et sage, il s’attira la haine des plus anciens religieux, qui supputaient le mérite par les années, et souffraient avec peine la direction d’un homme « trop » jeune . L’abbé ne voulant se passer de ses services éclairés l’en déchargea, et lui demanda d’assumer la direction des religieuses du Châtenet. Mais Charles Frémon désirait continuer l’œuvre qu’il avait entreprise, la fondation de son Étroite observance. Il redoubla ses instances auprès de son général et le fit d’une manière si pressante, que pour y mettre fin, l’abbé l’envoya à Paris diriger le Collège Mignon. Son frère Alexandre, moins détaché des biens de ce monde, était alors supérieur du Parc à Rouen, et demandera le bénéfice car en tant que gradué de l'Université de Paris, il y avait droit ! Il entama les démarches et fit déclarer par un procureur, Me Martial Roche, son nom et cognom le 23 Mars 1660 .
Mme Marie de Verthamon fut nommée prieure par une bulle d'Innocent X le 30 juin 1645 , et contrôlé par Bourdeaux le 10 janvier 1646.
1646, 1er février, Limoges.
« Prieuré du Chastenet, réservation de pension.
A Limoges le 1er jour du mois de février mil six cent quarante six, Maître Léonard Loubetz, lequel comme procureur de Madame Anthoynette Robert, a insinué sa réservation de pension.
Acte en latin : Anthoinette Robert , moniale professe de l’ordre de Saint Benoist, prieure du prieuré conventuel du Chatenet, ordre de Grandmont, résigne entre les mains de Dame Marie de Verthamond, moniale à Sainte Marie de la Règle . »
Elle demanda en 1648, à l'abbé de Grandmont, Georges Barny, la permission d'avoir des confesseurs extraordinaires pour le bien de ses filles, surtout des Carmes déchaussés, qui disait-elle sont gens d'oraison et d'expérience .
Le 27 juillet 1662, un procès oppose la prieure Marie de Verthamond à un curé de la Mongerie, Bertrand Pathua, paroisse dont dépend le prieuré de Pourrières. Il s’ensuit le compromis suivant :
« Au prieuré du Chastenet, transaction entre dame Marie de Verthamond, dame prieuresse du prieuré et Monsieur Bertrand Patua, prêtre curé de la Mongerie et de la Faye.
Il appartient à la Dame le prieuré appelé de la Pouyeras (Pourrièras), membre dépendant et perpétuellement uni à son prieuré du Chastenet duquel dépend une métairie au labourage de deux paires de boeufs, une forêt et autres héritages contenus dans la franchise dudit prieuré.
Elle afferme au curé la métairie au curé le 28 décembre 1662 mais la chaussée de l’étang étant en mauvais état, il se plaint de n’avoir pas pu jouir bien ni de l’affermer, ni de la vinade, ni des poules. D’ou procès, appel au parlement de Bordeaux, enfin arbitrage royal.
La dame paye au curé pour le dédommagement 120 livres. Il promet de célébrer les 24 messes prévues dans le contrat d’afferme pendant 9 ans, elles seront dites de 15 jours en 15 jours.
Acte fait en présence de M Jean Decoudier, de Pierre Fouit, greffier de la juridiction ordinaire du chapitre de St Étienne de Limoges.
signé Villemontey, not roy. »
Le 13 août 1663, Marie de Verthamon demande confirmation de la réunion de Malgorce au Châtenet , car elle éprouvait des difficultés avec un religieux de Grandmont, Hugues Vergier, qui se prétendait pensionnaire de ladite annexe . En effet ce religieux avait été pourvu régulièrement en cour de Rome de ce bénéfice . Marie de Verthamon obtint confirmation de cette union par arrêt du Grand Conseil le 28 septembre 1663.
“défense soit faite aux deffendeurs de la troubler en ladite possession et jouissance de ladite annexe et pour qu’ils soient condamnés à lui restituer les fruits qu’ils auroient prins et perceus en tous les depens dommages et interets que les saisies qu’ils pourroient avoir fait faire des dits fruits et revenus, tant dudit prieuré que de ladite annexe soient déclarés serieuses tortionaires et desraisonables et que plaine et entière main levée lui soit faite aussi avec depens dommages et interets d’une part et maître Pierre Darces, conseiller à notre parlement de Bordeaux, et frère Hugues Verger, religieux dudit ordre de Grandmont, pourvu de la dite de Malgorce comme d’un bénéfice prieuré, défendeurs et opposants à la dite complaine d’autre, et entre Me Paul de Corbières se prétendant pensionnaire sur la dite annexe de Malgorce, demandeur et requerant que ladite dame de Verthamon soit condamnée comme jouissant dudit prieuré du Chatenet et de la dite annexe de lui payer six vingt livres de pension annuelle sur ladite annexe échus depuis la St Michel 1662...”
En 1677, Guillaume de Lanouaille est prieur (commendataire) du Châtenet .
En 1681, la prieure dame Marie de Lalane assigne un curé de Meuzac, paroisse de l’annexe du Cluzeau : « dame Marie de la Lane, prieure du Châtenet (religieuse économe) assigne au Grand Conseil, Me François Lansade, curé de Meuzac, pour se voir condamner à telle peine et amende que de droit pour être venu dans son prieuré du Cluzeau prendre par force et main armée (avec plusieurs personnes armées de fusils et pistolets) , rompu les portes des granges, battre les dîmes appartenant à la dite dame, sous pretexte de quelques novales, ou le dit Lansade n’avoit jamais rien pris, et lesquelles appartiennent incontestablement à ladite dame et par prestation privilège, et exemption à rendre lesdits grains et dixmes, et à se voir inhiber à l’avenir d'user de semblable façon de faire à peine 1.000 livres et de tous dépends » .
En 1683, Marie de Lalanne, prieure du Châtenet demandera la perception des dîmes de Malgorce , et une sentence du sénéchal de Limoges du 27 janvier 1684 confirmera en sa faveur sa perception contre le frère Léonard Matère, prêtre et curé de St Martin-Sépert . Le 2 décembre 1690, Marie de Lalanne doit assigner le curé de Flavignac, Messire François Brun, qui a les mêmes prétentions sur les dîmes de Saumur .
La prieure Marie de Lalanne désigne Léonard Chenaud, sieur de la Garde, le 4 Mars 1692, pour se charger de l’administration de ses affaires temporelles :
« Nous, sœur Marie de Lalane, religieuse professe de l'ordre de Grandmont et Abbesse du Chastenet, scavoir faisons qu'étant bien informée et duement certifiée de la suffisance, capacité, probité, vie et mœurs de la religion catholique, apostolique et romaine, de la personne de Léonard Chenaud, sieur de La Garde, bourgeois de la ville de Saint - Léonard, considérant les bons et agréables services que nous espérons recevoir à l'avenir de son intelligence et de ses soins dans le régime et administration de nos affaires temporelles, pour être moins distraites de nos devoirs spirituels et être lus libre de vaquer à nos fonctions régulières, à ces causes, avons crée et nommé, comme nous créons et nommons, par ces présentes, Léonard Chenaud, sieur de La Garde, pour être notre syndic et père temporel, de notre abbaye du Chastenet, avec pouvoir de jouir de tous les avantages, droits, exemptions et immunités accordés par nos rois, prédécesseurs de sa Majesté et confirmés par sa Majesté à présent régnant, de notre ordre de Grandmont; en foi de quoi avons signé ces présentes, fait appliqué notre sceau et contre signé par notre sceau terrestre .Au parloir de notre abbaye, le 4ème jour du mois de mars 1692, signé de Lalane et plus bas par commandement :de ma Révérende Abbesse, sœur Catherine de Beaufort ,secréteresse » .
Acte homologué le 03 / 07 / 1692 par Jean Vidaud, conseiller du roi, lieutenant particulier en l'audience de la cour sénéchale, Dalesme, procureur du roi a accepté l'homologation.
On trouve dans différentes pièces de procédure le nom de la prieure Marie de Lalanne le 4 juin 1706, et le 25 octobre 1710 (assignation d’un tenancier, Pierre Fardet, du village de Moulout à la Croisille) .
Puis le 4 août 1708 un acte notarié révèle la présence d’une novice, Jeanne de Tournemine, qui amène à la communauté la somme de 1999 livres. Il s’agit sans doute de l’aumône dotale de la future prieure :
« Le quatrième jour du mois d'août mil sept cent huit après midi, dans le grand parloir des dames religieuses du prieuré conventuel du Châtenet, en la paroisse de Feytiat, par devant le notaire royal et témoins soussignés, fut présente sœur Jeanne de Tournemine, novice au présent couvent, fille de feu François de Tournemine et de Demoiselle Delavalandes, native du village de Ferlue, paroisse de Monsage , diocèse de Clermont, laquelle bien certifié de ses faits et droits a cédé, quitté et transporté, comme par ces présentes elle cède, quitte, délaisse et transporte à Mr Me Léonard à ce présent, stipulant et acceptant, scavoir est la somme de mille neuf cent quatre vingt dix neuf livres, à prendre, recevoir et s'en faire payer, par ledit sieur cessionnaire, sur tous et un chacun les biens meubles, immeubles, droits, noms, raisons et action, à ladite cédante appartenant, tant du chef de ses feux père, mère, qu'autrement, le subrogeant pour cet effet, en tous ses lieux, droits et place, nature priorité, privilège et spécialité de ses hypothèques, avec pouvoir de vendre, user, jouir et disposer jusque à son entier et parfait paiement de la susdite somme ci dessus cédée, de tous les biens et droits à ladite cédante appartenant, avec promesse par elle faite de garantir la susdite somme cédée envers et contre tous, ce transport ainsi fait pour et moyennant pareille et semblable somme de mille neuf cent quatre vingt dix neuf livres, que ladite cédante a reconnu lui avoir été comptée et réalisée par ledit sieur cessionnaire, peu avant ces présentes, dont elle s'en tient pour contente, et a renoncé à l'exception de preuve non eue et reçue, et à l'espoir d'icelle avoir et recevoir d'icelle l'en a quitté et quitte; et à l'entretennement des présentes elle a obligé tous et un chacun ses biens présents et à venir. Dont et de quoi a été concédé lettres sous le scel royal en la meilleure forme avec serment, renonciation, soumission et autres clauses à ce requises et nécessaires, es présence de Pierre Raby et Jean Martin praticiens, habitant de Limoges, témoins connus à ce requis et appelés » .
Signé par sœur Jeanne de Tournemine, novice cédante,
Rougier, Martin, Raby.
Un dernier acte de procédure de Marie de la Cane de Tournemine du 4 mars 1712 contre Marguerite Yvert, veuve, et son fils Léonard Chabaud se trouve aux archives départementales :
« Comme soit enfin que dame Marie de la Cane abbesse du Châtenet, ordre de Grandmont, eut fait action en la cour sénéchale de cette ville contre Marguerite Yvert veuve et Léonard Chabaud son fils demeurant au lieu de St Lazare paroisse de St Michel des Lions pour le paiement solidaire d’un setier de froment portée et établi par la reconnaissance du 31 décembre 1524 sur le tènement situé dans le territoire de St Lazare de la Belais alias de Boisvert confrontant entre le chemin qui va et vient dudit lieu de St Lazare à Boisseuil d’une part, et le jardin qui va dudit lieu de St Lazare à Feytiat d’autre part et le jardin ou chènevière appartenant autrefois au nommé Mirapel dit Pasquelet d’autre part et des ouvrages de la dite rente de vingt neuf années avant l’action sur laquelle assignation les dits solidaires s’étant présenté et ayant contesté de rien tenir dans le fond sujet à ladite rente, mais les parties restants portés sur les lieux et les dits solidaires s’étant trouvé tenanciers dans ledit tènement et dans la circonférence des confrontations ils auraient faits appeler en garantie audit procès. Les Cotenanciers et entre autre vénérable M Maître Charles Salot l’un des sieurs grand vicaire de l’église cathédrale de cette ville, Nadaud et Valérie Demaraud frères et sœurs, Léonard de Jarnat, Martial Jarnat ledit Martial faisant tant pour lui que pour sa femme lesquels de leur bon gré et volonté ont reconnu et confessé estre tenanciers et propriétaires au nom qu’ils procède de la tenure ou tènement de Boisvert situé dans le territoire de St Cazaves ci dessus confronté suivant les anciennes reconnaissances et en conséquence ont promis et se sont obligés payer solidairement un setier de froment mesure de Limoges de cens du chaque année due sur ledit tènement à ladite dame abbesse du Châtenet et a ses successeresses tant et cy contenus qu’ils seront tenanciers et processeurs dudit tènement de Boisvert... » .
De Beaubreuil, notaire.
Mme Jeanne de la Canne de Tournemine fut nommée abbesse le 20 avril 1715.
Devant les difficultés pour faire vivre sa communauté elle fait dresser par notaire la déclaration suivante :
« Aujourd’hui 19 Juin 1716 avant midi au prieuré du Châtenet, psse de Feytiat, par-devant Louis Estienne notaire royal à Limoges soussigné furent présente Dame Jeanne de Tournemine, prieure, Magdeleine de la Garaudie, Marie de Minard, Catherine Guingand et Léonarde de Peret religieuses professes dudit prieure ordre de Grandmont du Châtenet, lesquelles ont du exposées que leur maison est située dans un mauvais pays où il ne se récolte que du blé, seigle, et de l’avoine, et que la communauté est composée de vingt et une religieuses et leur revenu consiste en cinq métairies dont il y en a trois à deux paires de bœufs , et les deux autres à une paire de bœufs chargées de taille et rente celles payées et les métayers nourris il ne reste tout au plus de revenus pour la dame prieure qu’environ six cents livres. Il est vrai qu’avant la gelée de 1709 les dits domaines produisaient plus de revenus qu’aujourd’hui à cause de la grande quantité de châtaignes qu’il y avait, mais que la gelée les ayant tous emporté les revenus de la communauté se trouvent diminués de plus de la moitié ce qui réduit les métayers à la dernière pauvreté. Ledit prieuré joui aussi de 22 setiers de blé de rente mesure de Limoges dans la paroisse de Feytiat et Eujeau qui peuvent valoir annuellement le fort portant le faible la somme de cinquante livres. Plus ledit prieuré joui de trois annexes qui sont affermées toutes trois à la somme de cinq cent quatre vingt quatorze livres par an. Il y a aussi les préclautures de la maison qui consiste en bois, dixmes de deux métairies qui peuvent produire annuellement deux cent cinquante livres, tous lesquelles revenus ne peuvent monter qu’à la somme de quinze cents livres. Sur quoi il faut nourrir et entretenir vingt et une religieuses dont la plupart âgées et hors d’état de travailler. Plus la somme de trois cents livres de décimes ordinaires et extraordinaires et celle de cinq cents livres dont leurs métairie sont chargées et il est même du plusieurs arrérages de manière qu’il ne reste pour faire subsister les dites religieuses et leur aumônier que la somme de sept cents livres sur laquelle il faut encore payer l'intérêt de sept mille livres qu’elles doivent à divers particuliers et si les parents des religieuses et autres personnes charitables ne les assister elles auraient été obligés de quitter le monastère, au lieu désire en état de prendre une fille pour rien elles auraient le soin qu’on en mit une partie des leurs dans d’autres monastères pour les faire subsister. La communauté a encore eu le malheur de perdre les deux tiers d’une petite foret près la maison à une lieue de Limoges par l’incendie qui arriva à la fête de Pâques dernier ainsi qu’il est justifié par le procès verbal qui en fut fait par un commissaire nommé par M l’Intendant de cette province, de laquelle foret la dite communauté tirait partie de leurs subsistance par la proximité de la ville de Limoges. A observé encore que l’église d’une des annexes est tombée qui coustera pour la rétablir la somme de cinq cents livres. Tous ce que dessus les dames religieuses déclarent être véritable dont nous leur avons octroyé acte pour ferme et valoir ce que de raison. Fait et passé dans le parloir du prieuré en présence du Révérend père Estienne Violle, prêtre religieux dudit ordre de Grandmont aumônier dudit prieuré »
En 1728, Jean de Saint-Éxupéry et Claude Chaput étaient tous deux pourvus de la charge de directeur et chapelain . Un arrêt du Grand Conseil détermine les revenus dont ils sont pourvus le 23 août 1728 .
Le 9 mai 1731, dans une déclaration de revenus nous savons qu’il y avait au Châtenet :
“25 religieuses de chœur, deux sœurs converses, un directeur-chapelain, trois servantes pour l’intérieur de la maison, et trois valets pour le dehors de la maison. La dot ordinaire ou aumône dotale des novices est de 2.500 livres ordinairement. Les revenus affermés étaient pour l’annexe de Malgorce de 520 livres, Pourrièras, 160 livres, le Cluzeau 140 livres, Saumur, 40 livres, le moulin du Châtenet (non affermé) 80 livres estimé. Les six métairies 250 livres, cinq autres métairies 900 livres, soit un total évalué à 2.969 livres. Les dépenses : Nourriture et habillement entretien de 27 religieuses 2.700 livres, Nourriture, entretien et déplacements pour la communauté du directeur 400 livres, nourriture et entretien des trois valets 300 livres, des trois servantes 160 livres, décimes annuels 170 livres et tailles des cinq métairies 756 livres, etc. “.
Le total des recettes n’étant que de 2.969 livres et celle des dépenses de 5.594 livres, pour couvrir le déficit une demande de secours fut adressée au Roi cette année-là, car disait la supérieure : “Si la communauté du Châtenet subsiste, et dépense plus que de revenu, cela provient de la réception de quelques novices, dont la dot sont à l’instruction et dépense annuelle de ladite communauté”. En outre il était fait état des dettes anciennes subsistantes : “Dettes - Outre les charges et dépenses annuelles cy à coté, la communauté du Châtenet doit actuellement au sieur François Ardant, marchand épicier à Limoges la somme de cinq mille francs pour fourniture de marchandises par lui faite à la dite communauté, qu’il en paye les investissements audit sieur Ardant par sentence rendue à Limoges avec intérêt 2.000 livres, soit un total des dettes antérieures 7.250 livres”. A cette époque l’abbé René-François de la Guérinière, un jour en visite au Châtenet avec un moine Récollet s’était attiré une réponse assez verte. L’abbé avait dit au Récollet en plaisantant que son supérieur : “était le général de cent mille gueux”, et le Récollet de rétorquer : “ et vous, de cinquante ânes!” . Le Récollet faisait allusion au peu d’intérêt porté aux études par les Grandmontains, dont l’ignorance était notoire. L’abbé de la Guérinière en était parfaitement conscient, car il avait établi toute sa carrière sur ce travers des Grandmontains.
Le 27 Mars 1738, « Dom Jean–Baptiste-François Vitecocq, prêtre, religieux syndic de l'abbaye du Châtenet, ordre de Grandmont, demeurant au Châtenet (paroisse de Feytiat), en qualité de procureur de Dame Henriette Françoise Bonnet du Vidal, prieure de Saint - Caprais de la Drouilhe Noire, religieuse professe de l'abbaye de Notre Dame de Nevers, suivant la procuration du 10 Avril 1733, reconnaît avoir reçu des deniers propres et particuliers d'Adam Birout, cabaretier, du village de La Vergne, paroisse de Bonnac, à l'acquit et décharge de Léonard Jourde, du village de Tracheras, susdite paroisse de Bonnac, la somme de 109 £, en déduction de celle de 900 £ que ledit Jourde doit à la Dame Bonnet, par contrat du 22 octobre1733, passé par Saignat, notaire royal, contrôlé à Compreignac par Duclou (somme que ledit Birout doit de la constitution dotale de Renée Birout, brue dudit Jourde) » .
Il y avait 27 religieuses au Châtenet en 1740, et Dom J. Vitecoq en était le directeur. En 1745, l’abbesse Jeanne de Tournemine nomme le sieur J.P Texandier, bourgeois marchand, au fonction de procureur et syndic de l'annexe du Cluzeau. Les armes de cette abbesse sont : "d'Or aux trois bandes de sable, à l'orle de gueule chargé de deux besants d'or, au franc quartier d'hermine".
Le 16 juillet 1746, une assemblée capitulaire y fut tenu pour connaître l’opinion des moniales sur l’union du Châtenet avec le prieuré simple et régulier de St Capraise de la Drouilhe-Noire, ordre de Saint Benoît. Me Dauryat notaire épiscopal de Limoges reçoit l’avis des 22 moniales professes ayant voix actives et passives, qui étaient :
Jeanne de Tournemine, prieure, Anne Drouillette, Léonarde Depéret, Marie Depéret, Anne Demaison de Bonnefont, Marie Faure, Catherine Graterolle, Marie Arboin, Suzanne Longeau-Dupré, Anne Mazaurie, Suzanne de Lagarde, Marie Brachet, Thérèse Joussinaud de Fayat, Jeanne Laloy, Marie-Anne et Jeanne de la Josnière de Lagasne, Jeanne Estienne, Catherine Depéret, Marie Longeaud, Catherine Guingand de Jaucignac, Catherine Blanchard, Valérie Lathelise.
Après leur accord une procuration fut donnée à M de Petiot de la Mothe le 16 juillet 1746 demandant la réunion à leur monastère du prieuré de la Drouilhe-Noire :
« Aujourd'hui seizième juillet mil sept cent quarante six après midy, au palais du monastère de Notre-Dame du Châtenet, ordre de Grandmont, diocèse de Limoges, en la paroisse de Feytiat, pardevant Pierre Dauryat, notaire, garde-note du roy et apostolique de la ville et diocèse dudit Limoges, se sont présentées: Révérende Dame Jeanne de Tournemine, prieure du susdit prieuré royal du Châtenet, Dames Anne Drouillette, Léonarde Dépéret, Anne Desmaisons de Bonnefont, Marie Faure, Catherine Graterolle, Marie Arboin, Suzanne Longeau-Dupré, Anne Mazaurie, Suzanne de Lagarde, Marie Rachet, Jeanne Estienne, Thérèse Joussinnaud de Fayat , Jeanne Leloy, Marie-Anne et Jeanne Lajaunière de Lagasne, Jeanne Estienne, Catherine Déperet, Marie Longeaud, Catherine Guingand de Jansignac, Catherine Blanchard et Valérie Lathelise, toutes religieuses professes dudit monastère et prieure du Châtenet et ayant voix active et passive pour délibérer des affaires concernant leur communauté, et assemblées capitulairement à cet effet au son de la cloche en la manière accoutumée pour les fins cy-après, lesquelles de leur gré et volonté ont fait, créé et constitué pour leur procureur général et spécial, une qualité ne dérogeant à l'autre, messire Jean-Baptiste de Petiot de la Mothe, prêtre, bachelier en théologie, chanoine de l'église de Limoges, auquel elles ont donné et donnent plein pouvoir et mandement exprès de pour elles et en leurs noms présenter requête à Monseigneur l'illustrissime et révérendissime évêque du dit Limoges aux fins de parvenir à l'union du prieuré simple et régulier de Saint-Capraise de la Drouilhe-Noire, ordre de Saint Benoît, au présent diocèse et dans la paroisse de Bonnac , dépendant de la collation de M le prévôt de Chambon, en faveur et au profit de la mense conventuelle et communauté du Châtenet pour en jouir après ladite union et de ses fruits et revenus à perpétuité sous les clauses charges et conditions qu'il plaira à mon dit seigneur évêque de Limoges d'insérer dans le décret d'union qui interviendra; faire procéder à l'enquête requise devant mondit seigneur évêque ou tel commissaire qu'il lui plaira de déléguer, signer toutes requêtes, réquisitions et faire faire tous actes qui seront nécessaires à ce sujet en observant les formalités en pareil cas accoutumées, et généralement pour parvenir à la suppression et extinction du titre du prieuré de la Drouilhe Noire, et à l'union et incorporation de ses fruits et revenus au profit du dit monastère du Châtenet, faire par ledit sieur procureur constitué tout ce que par lui sera jugé convenable et nécessaire, promettant ladite dame prieure et religieuses de sa dite communauté constituante tant pour elles que pour leurs successeresses à venir, de l'avoir pour agréable, et de ne venir jamais contre aux peines de droits et sous l'obligation des revenus temporels de leur communauté de quoi elles m'ont requis acte que leur ay concédé pour servir ce que de raison.
Fait et passé au dit parloir, en présence de sieurs Pierre Faure et Jean Baud, marchands, habitants de la ville de Limoges à ce requis et appelés, qui ont signé avec lesdites dames constituantes et nous notaire les jours, mois et an.
Sr Jeanne de Tournemine, prieure du Châtenet, sr Anne Drouillette, Sr Léonarde Dépéret, sr Marie Dépéret, sr Anne de Maison, sr Marie Faure, sr Catherine Graterolle, sr Marie Alboint, sr Suzanne Longeau, sr Anne Mazaurié, sr Suzanne de Lagarde, sr Marie Rachet, sr Jeanne Laloy, sr Thérèse de Joussinaud de Fayat, sr Marie-Anne de la Jaunière de Lasgane... »
Ce rattachement en 1747 du prieuré de la Drouilhe-Noire au Châtenet, et en 1756, celui de la Drouilhe-Blanche, tous deux supprimés, le furent par suite de graves désordres.... comme le dit pudiquement la Commission établie pour le soulagement des communautés de filles : "les sept religieuses étaient hors d'état de remplir avec exactitude et édification les exercices spirituels et les devoirs de la règle "
Une enquête sur les communautés de femmes est menée par l’évêque de Limoges à la demande du Roi . La communauté du Châtenet envoie le document suivant :
Nom de la communauté: Notre Dame du Châtenet, paroisse de Feytiat.
Ordre: De l'ordre de St. Étienne de Grandmont, fondé en l'onzième siècle.
Sous quelle juridiction est-elle: De Révérendissime Abbé et Général de l'ordre de Grandmont.
Date de son établissement: Le Châtenet a été fondé par les rois d'Angleterre du vivant de St. Étienne même, en le XIIe siècle.
Celle de ses lettres patentes: Les lettres patentes d'établissement et confirmation de l'ordre et de cette maison ont été renouvelées de règne en règne par les rois de France: Les dernières sont en 1716, par le roi régnant.
Qualité de la supérieure. si elle est abbesse prieure perpétuelle ou triennale : La prieure du Châtenet est de nomination royale.: L'actuelle est Jeanne de Tournemine, nommée par Louis XIV en 1715.
Nombre des religieuses professes: La prieure et vingt religieuses de chœur.
Celui des sœurs converses: trois sœurs converses
Celui des novices: une novice.
Celui des postulantes:
Celui des pensionnaires: douze.
Celui des dames retirées, leur âge.
La pension qu'elles payent:
Les revenus de la communauté: Consistent en prés et clôtures dont elles tirent tant en foin, bois, estangs, terres labourables et chastaignères valant 2000 livres
- 6 métairies paroisses de Feytiat, Eyjaux, Boisseuil estimées 1750 livres
- un moulin, dixmes, rentes et vignes estimés 650 livres
- Quatre annexes, scavoir Malagorce, Le Cluzeau, Saumur, Pourièras, affermées : 1000 livres
-Le prieuré de St-Caprais de la Drouilhe Noire réuni au Châtenet en 1746, de valeur totale 700 livres
Revenu: 6100 £ - Charges: 1 100 £ - Reste: 5000 £
Les dettes actives: Les dettes actuelles peuvent monter quant à présent à la somme de onze à douze mille livres
Les dettes passives: Il n'y a de dettes passives que les charges annuelles en décimes, taille, capitation, e t c ... et montant annuellement près de 300 £ dont il peut être dû pour l'année dernière 1749, 50 livres.
Elles sont alors 23 religieuses vocales, une novice, trois sœurs converses, et une douzaine d’élèves pensionnaires. Le prieuré étant vacant en 1755, par suite du décès de Jeanne de Tournemine, le Roi nomma le 4 juin 1755, Mme Marie de Brie de Sousmagnat, l'ancienne supérieure de la Drouilhe-Blanche, prieure du Châtenet . L'abbé général nommait au Châtenet un directeur qui le 3 mai 1767 était Dom Robert Beaubreuil.
Le 20 juillet 1785, le prieur de Grandmont, Dom Claude-Antoine Chappelet de Fontvieille, alors en visite au Châtenet, y mourut, et y fut inhumé .
Après l’union de l’Abbaye de Grandmont à l’évêché, et la mort de son Abbé, le monastère survécut à la ruine de l’Ordre, et passa sous la juridiction épiscopale . Sa supérieure Marie de Brie s’intitula : Abbesse de l’Abbaye royale du Châtenet. Les religieuses reçurent en 1770 de l’évêché des reliques de saint Étienne de Muret, de deux compagnons de saint Maurice, et de cinq compagnes de sainte Ursule. Ces reliques furent placées dans cinq petits bustes de bois doré que les religieuses tenaient de l’abbaye de Grandmont. Ces reliques se trouvent maintenant dans l’église de Feytiat .
Un bail du moulin du Châtenet est passé avec Pierre et Jacques Savoyaud, père et fils, journalier, à courir du 1er février 1786 pour neuf ans, et finissant “après leur Révolution” le 1er février 1795. Mais quelques temps après un acte est dressé : “a comparu Pierre Savoyaud, son fils Jacques étant devenu mort depuis la passassion du bail qui devait commencer le 1er février prochain, et iceluy Pierre par cet évènement fâcheux étant visiblement hors d’état d’entreprendre et de tenir ledit bail en seul, l’a cédé et transporté à Jean Garat, au moulin d’Aureil... ”
Pierre Vergniaud, religieux grandmontain était en 1789 directeur et syndic des religieuses du Châtenet, et à ce titre il représenta Mme Marie de Brie de Sousmagnac, abbesse à l'Assemblée générale du clergé pour la nomination des députés aux États Généraux . M Bourdeau, syndic, rue de la Cruche d’Or à Limoges dresse le compte des revenus de la communauté perçus entre le 10 novembre 1789 et le 1er janvier 1791 .
La dernière prieure fut Suzanne Labrousse, née le 6 mai 1767 à Tavaud, près de Dournazac (Hte-Vienne), lieu où elle se retira pendant la Révolution .
A la Révolution le Châtenet devenu bien national fut mis aux enchères à 34.000 livres et fut adjugé 50.000 livres le 14 Mai 1791 à M Guillaume-Grégoire Roulhac. Le bien comprenait :
“Bâtiment, jardin, église, enclos étang, réservoir, moulin, forêt, et généralement tout ce qui fait partie de la réserve des religieuses du Châtenet ” et quatre de ses métairies. Dans un procès-verbal dressé le 3 décembre 1792 à la demande de son nouveau propriétaire il est dit :
« Procès-verbal de l’état des bâtiments du Châtenet qu’avoient occupés les Religieuses fait à l’époque de leur sortie.
Aujourd’hui trois décembre mil sept cent quatre vingt douze L’an premier de la République à neuf heures du matin au lieu du Châtenet, paroisse de Feytiat, par devant nous Joseph Fournier jeune, notaire à Limoges, le témoin bas-nommé.
Fut présent sieur Guillaume-Grégoire Roulhac, homme de Loi, demeurant à Limoges, place Tourny, paroisse Saint Étienne.
Lequel a dit que le premier octobre dernier les religieuses de la communauté du Châtenet ayant évacué la maison, jardin, et enclos qu’elles occupaient il a intérêt de faire constater à telle fin que de droit l’état où elles ont laissé le tout… »
…/…
«… ayant convenu de la personne de Martial Rattier entrepreneur d’ouvrages pour expert, demeurant en la ville de Limoges qui s’en trouve sur les lieux nous l’avons fait appeler et après lui avoir expliqué le sujet du mandat et de lui pris le serment au cas requis nous avons sur son rapport vaqué audit procès-verbal ainsi qu’il suit :
Le dit expert nous a fait remarquer et aux parties que les bâtiments évacués par les dites religieuses consistent en un corps de logis à main droite en entrant dans la cour qui étoit occupé par la supérieure, au derrière duquel se trouve le cloître et à la suite un autre corps de logis occupé par les religieuses et une église sur un coté dudit cloître, et après avoir vu visité et examiné tous les susdits bâtiments il nous a fait observer qu’il n’y a que le premier corps de logis servant à la supérieure qui soit encore habitable quoiqu’il se trouve dans un état de vétusté; ses portes planchers et croisées escaliers la couverture étant plus que demi usée. Tout le rez-de-chaussée est inhabitable, étant plus bas que le niveau de la cour ce qui le rend très humide. Les murs de pourtour de l’église sont anciens lezardés et hors d’aplomb en plusieurs endroits. Le pavé est plus qu’à demi usé. Le sol du cloître n’a de pavé, le plancher au-dessus est entièrement usé de vétusté ainsi que les pans de bois. L’autre corps de logis servant aux religieuses est hors de service. L’escalier, portes, planchers et croisées sont usés et pourris de vétusté. Tous les murs sont anciens lézardés et hors d’aplomb. Toutes les couvertures des susdits bâtiments sans distinction ainsi que de l’église, ont leurs bois usés et pourris de vétusté, toute la tuile est fondue ou écrasée en majeure partie, en sorte que ledit expert estime qu’il est nécessaire de démolir promptement la susdite église, tout ce qui forme le cloître et l’ancien corps de logis servant aux religieuses, pour prévenir leur chute et de ne conserver pour logement du partie que le corps de logis occupé par la supérieure en y faisant les réparations sus indiquées ».
Puis le nouveau propriétaire pour se débarrasser des bâtiments délabrés dont il n’a pas l’utilisation passe un contrat le 28 février 1793 avec un aubergiste du Pont St Martial, Jean-Baptiste Ribière :
« Nous soussigné Guillaume-Grégoire Roulhac, homme de loi, et Jean-Baptiste Ribière, aubergiste à la faucille, près le pont St Martial, somme convenu ce qui suit. Savoir que moi Roulhac vends par ces présentes aud. Sr Ribière à ses périls risques et fortune, et sans autre garantie de ma part sinon de la propriété des objets vendus, tous les matériaux des bâtiments ci-après expliqué à moi appartenant au Châtenet à cause de l’acquisition que j’en ai fait de la Nation le quatorze mai mil sept cent quatre vingt onze, faisant partie du logement des religieuses et formant trois corps de logis. Le premier composé de l’église, situé au Nord, le second de la communauté, ayant aspect du coté du levant sur l’enclos , et le troisième de la Boulangerie et infirmerie au-dessus du côté du midi avec le cloître en son entier. Les matériaux consistant en tuiles, lattes, bois de charpente, planchers, portes, croisées, ferrements de toute espèce, briques, pierres de taille et moellon généralement quelconque, de quelque espèce qu’ils soient, exprimé et non exprimé, en l’état qu’ils se trouvent présentement sont par ledit sieur Ribière en disposer ainsi qu’il avisera, tous frais de démolition et de conduite demeurant néanmoins à sa charge sans qu’il puisse endommager en aucune manière ni dégrader le corps de logis servant ci-devant de logement à l’abbesse et aux étrangers faisant face par le devant sur la première construction et sur le derrière audit cloître, ni à la prolongation du bâtiment latéral faisant suite audit corps de logis ».
Une ancienne religieuse du Châtenet, Marie Barny, chassée de son couvent en 1792, avait reçu un asile à Grandmont, village où son père exerçait autrefois la fonction de juge. Elle donna l’hospitalité au dernier Grandmontain, Dom Pierre Vergniaud, venu inaugurer le 15 juin 1825, la petite chapelle de Grandmont reconstruite avec les débris de l’Abbaye.
Les armes du Châtenet étaient : “ d’azur à une Vierge d’argent tenant l’enfant Jésus sur son bras droit, sur un croissant d’or”.

 

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