La Bellière (Orne)

Localisation :
Cette ancienne celle se trouve sur la commune de la Bellière, canton de Mortrée.
A la Bellière, prendre en face de l'église le chemin de Grande Randonnée n°36 en direction du hameau de la Rochette. Après avoir parcouru 500 m et traversé ce hameau, on trouve à 100 m l'entrée de la ferme de Beauvais; continuer encore 100 m et prendre un chemin de terre à gauche sur environ 1 km jusqu'à un étang. Laisser le véhicule à cet endroit, l'ancienne celle étant située en haut du pré derrière une clôture de fils de fer barbelés.

Intérêt :
Eglise (Nord): 1; aile Est: O; aile Sud: 1;
aile Ouest: 2;


Vestiges :
De l'église il ne reste que la moitié occidentale des murs de la nef; la porte des fidèles est obstruée mais visible de l'intérieur. Un mur a été construit pour fermer la nef dans sa largeur et servir d'enclos pour les bovins.
Dans l'aile Sud, il subsiste des pans de murs du réfectoire, d'une dépense (office?) et de la cuisine avec une cheminée.
Dans l'aile Ouest, les pans de murs qui restent ne sont pas interprétables.

Histoire :
La celle de la Bellière a été fondée en 1178 par Monseigneur Roger FROGER, évêque de Sées .
Il existe une charte d'Henri II Plantagenêt, roi d'Angleterre, et une autre de son fils, Richard Coeur de Lion en faveur de la Bellière. Cette dernière charte a été d'ailleurs fortement suspectée par Léopold DELISLE qui écrivait :
" Je n'aurais pas attaqué cette charte sans la date qui la termine: Datum Turonis, 13 die novembris, regni nostri anno primo ".
Or Richard Coeur de Lion n'était pas à Tours le 13 novembre 1189, mais à Wesminster en Angleterre...
En 1287, Adhémar, correcteur de la Bellière, était l'un des deux visiteurs de l'Ordre de Grandmont pour les celles anglaises.
En 1295, la Bellière hébergeait cinq clercs; en 1317 elle fut unie au prieuré de Beaumont.
Dans un Pouillé du diocèse de Sées de 1763 nous trouvons la liste des 38 prieurs (commendataires ?) qui se sont succédé à la Bellière depuis le 19 février 1460 jusqu'au 5 janvier 1785 (annexe 1).
La Bellière deviendra une simple exploitation agricole car les bâtiments claustraux étaient en mauvais état.
Sur la requête de Dom Silvain de LIGONDES, prieur titulaire de Beaumont, un procès verbal est dressé le 12 novembre 1755 par Louis GEOFFROY, chevalier, conseiller du Roi, grand maître, enquêteur réformateur des Eaux et Forêts d'Alençon, pour obtenir la permission de couper 60 arpents de bois mis en réserve en 1699, afin de procéder aux réparations des bâtiments. Le procès-verbal dit:
"Notre visite dudit bois étant entièrement faite, ledit Léonard Jubet nous a représenté qu'il y a, aux bâtiments dudit annexe, plusieurs réparations à faire dont il nous prie de faire la visite et vouloir bien faire un devis estimatif. Le principal bâtiment dudit prieuré est construit en murs et couvert de tuiles, consistant, par bas, en deux salles pour le logement du fermier, un pressoir et une étable , et par haut, en trois chambres, grenier sur le tout, et exploité par un escalier en pierre et une rampe en bois pour le grenier; que les murs dudit bâtiment sont passables..."
Cette description semble correspondre à celle de l'aile Est abritant la salle capitulaire.
Puis le procès-verbal ajoute:
" De là nous sommes passé à la chapelle dudit prieuré, et d'autant qu'elle ne sert plus actuellement pour le service divin, nous nous contenterons de rapporter ici les réparations nécessaires pour éviter le dépérissement des murs et de la couverture: remettre en tuile de la couverture du pan opposé à la cour, qui est en paille. A la grange, qui est en haut de ladite église et qui paraît avoir autrefois servi de nef..." .
L'enclos pour les bovins dans la chapelle n'est donc pas récent...

Sous la même cote aux archives, on trouve une copie du Conseil d'Etat daté de Versailles le 7 août 1757, portant permission d'employer le produit de la coupe (de bois) pour effectuer les réparations indispensables et urgentes aux bâtiments de la Bellière.
Puis le 16 octobre 1761 est dressé un procès-verbal de visite des réparations qui ont dû être faites à la Bellière:
" Nous y avons trouvé dom Silvain de Ligondés ,prieur...Ledit expert, après avoir visité la chapelle dudit prieuré, nous a dit qu'il a observé que les cinq toises de gros mur à faire n'a point été faite, que le lierre qui endommage cette partie n'a point été extirpé; que le pan de couverture, marqué à relever en entier pour être relaté à neuf avec de fortes chanlattes, entre les chevrons, n'a point été relevé ni relaté. On s'est seulement contenter d'ôter la partie de couverture en paille et de l'avoir remis en tuiles. Le seuil de la grande porte de la cour n'a point été placé, non plus que les vantaux neufs. Et ayant demandé audit Mauny, adjudicataire, pourquoi il a négligé de faire les dites réparations, il nous a dit: qu'il a fait jusqu'à présent bien plus de réparations qu'il n'étoit obligé..."
Plus loin on peut lire:
" Celles (les réparations) qui doivent être faites à la chapelle sont, pour ainsi dire, inutiles, étant en l'état qu'elle est, cependant en étant chargé, il (Mauny) a fait de nouveau sa soumission pour faire et remplir le tout incessamment, pour tout soit parfait avant l'hiver" .
Tout ne fut peut-être pas "parfait" avant l'hiver 1761, mais un nouveau procès-verbal dressé en 1767 par Louis GEOFFROY qui " vu la requête à nous présenté par le Prieur et religieux....", constate:
"... que la cloison qui sépare le passage d'avec la chambre d'à cité, les enduits du pourtour, les vantaux des deux portes de la fenêtre qui n'étoient pas faits, le sont présentement. Que la costière de derrière du bâtiment en retour n'étoit point regarnie et rejointoyée avec mortier de chaux et sable, l'est présentement. Que les vantaux de la porte de l'étable, qui n'avoient point été fourni et placé, le sont présentement... Que les cinq toises de gros mur et le pilier buttant à faire rond-point de la chapelle et le lierre qui endommageait la partie du mur à cité, qui devait être extirpé, cette réparation n'étoit point faite,l'est présentement, et très bien. Que le pan de couverture de ladite chapelle qui n'avoit point été relevé est présentement réparé."
" Et qu'enfin les vantaux de la grande porte d'entrée de la cour du prieuré qui n'avoient point été fait à neuf et placé, le sont présentement, et que toutes les réparations contenues audit procès-verbal du 12 novembre 1755 sont faites en perfection."
" En conséquence, nous Coste officier, conformément et en exécution de notre commission sommes transporté..." .
La maison de la Bellière fut affermée par son nouveau propriétaire, le diocèse de Sées, par bail authentique passé devant un notaire de Sées le 15 juillet 1784, pour la somme de 2.200 livres, en vertu de l'union des biens grandmontains prononcée par l'arrêt du Conseil du 17 novembre 1779.
Devenu Bien National, la propriété de la Bellière fut mise en vente le 24 octobre 1791 et achetée par Mr Duhamel CALLY .

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