Viaye (Haute-Loire) - Celle n°68

 

Ce prieuré se trouve sur la commune de Saint-Vincent à 2k500 à l'ouest du bourg, en haut d'une combe.Il reste les bâtiments Est et Nord.

Propriété privée

Histoire :
L'histoire de Vieille est exemplaire. En effet, ce prieuré qui traversa les sept siècles de la vie de l'Ordre, pratiquement sans ennui, et dans une régularité presque parfaite, fut anéanti dans la décennie précédant la Révolution, par ceux qui auraient dû le défendre.
Le monastère fut fondé en 1181, par HERACLE II, vicomte de Polignac, en réparation des déprédations qu'il avait commises pendant l'octave de Pâques 1179, à Brioude.
PONCE IV vicomte de Polignac, son fils, ratifia et confirma les donations puis augmenta la fondation par de nouveaux dons en 1213. Il devait mourir sous l'habit de Cîteaux. Son fils PONCE V confirma le tout en juillet 1248.
ARMAND, Évêque du Puy, se fit enterrer dans l'église de Viaye. De 1181 à 1317, Viaye, simple celle de deux ou trois clercs, était dirigée par un corrector. Un frère convers appelé curiosus, était chargé de la gestion avec l’aide de deux ou trois convers et de quelques familiers subalternes.
Devenu prieuré en 1317 par suite de l'union des celles de Beaujeu, la Gueurce, Issenghi et Prunhols il abritait 18 frères. Son premier prieur fut Guyard de Montellar
Viaye reçut des dons durant tout le XIVe siècle. Un inventaire de février 1772, fait par Mr RACHAT de VARENNE, nous le confirme.
Lorsque la commende fut introduite en France, le premier Abbé nommé à la tête de l'Ordre, Charles de BOURBON, ne venant jamais à Grandmont, prit pour vicaire général, le prieur de Viaye, Jean CAYROLIS, en 1472. C'était un homme très pieux, qui s'acquitta de sa tâche consciencieusement. Il réunit régulièrement les Chapitres généraux. Lorsqu'en avril 1477, le Cardinal de BOURBON échangea Grandmont pour l'évêché de Clermont, son successeur, Antoine ALLEMAND demanda à Jean CAYROLIS, de continuer sa tâche.
En 1553, le Vicomte FRANÇOIS, présenta le prieur de Viaye, André TEYSSOT, pour occuper une des deux places monacales, instituées par le testament du doyen de Brioude.
De 1556 à 1559, nous savons que le prieur de Viaye était Messire Antoine de TERROUER, puis Jacques FAYARD. En 1604, Jean de VERTAMY fut pourvu de la commende : fort jeune, il dut obtenir une dispense du Pape, pour remplir cette fonction. En 1636, il assista à un terrible incendie qui dévora une grande partie des bâtiments conventuels.
Il devait mourir à l'âge de 70 ans en 1655.
Pierre-Jacques d'AURELLE de TERRENEYRE lui succéda le 2 novembre 1655. Il s'occupa beaucoup de la gestion des biens du prieuré, et devait mourir :" entour la fête de Pentecôte 1687".
Il fut remplacé par son neveu, Messire André d'AURELLE, Seigneur de Terreneyre. Lui aussi remplit consciencieusement sa charge. Il mourut le 30 janvier 1729.
Pour le remplacer on nomma Jacques Alexis DALMAS, qui était jusque-là, Procureur Général de l'Ordre au collège Mignon à Paris. Ce dernier mourut à Viaye le 14 octobre 1748, et y fut inhumé. Son successeur, Jacques MONDAIN de La MAISON ROUGE, originaire des environs de la Souterraine, était un proche parent de François-- Xavier MONDAIN de la MAISON ROUGE, qui devait s'illustrer par sa résistance à la destruction de l'Ordre.
Mais ce Jacques MONDAIN de La MAISON ROUGE ne résida que fort peu à Viaye. En 1754 il laissa sa place à Messire Louis de BANNE d'AVEJAN. Nous avons là un tournant dans la vie de Viaye. Le nouveau commendataire contrairement à ses prédécesseurs se mit complètement en dehors des affaires du prieuré. Il voulut briser tous liens avec ses religieux. Le 23 mai 1754, le prieur claustral, D. Charles Martin AUDEBERT fut délégué par ses frères, assemblés capitulairement, pour se rendre au Puy, au Palais Épiscopal. Il s'y trouva en présence de Mgr LEFRANC de POMPIGNAN, Évêque du Puy, et de M. de BANNE. Il fut convenu :
que le commendataire délaissât sa part de jouissance moyennant une rente viagère de 1200 livres, payable en deux termes égaux, à la St-Michel et à Noël.
qu'il serait ultérieurement procédé au partage des fruits du prieuré pour en composer trois lots. Le premier au commendataire, le second pour la conventualité, et le dernier pour les besoins du bénéfice.
À partir de ce moment, D. AUDEBERT devint le chef de la communauté, et à l'exception d'un voyage à Lyon en 1759, il ne s'éloigna jamais de Viaye.
Devant assurer un "loyer" important au commendataire, il prit une initiative économique. Il introduisit la culture du mûrier à Viaye. Et devant sa réussite, y établit une magnanerie.
Un obstacle légal lui interdisait les ventes, mais une lettre patente du roi LOUIS XV leva cette difficulté. De plus on lui rendait personnellement hommage, et on lui permettait d'emprunter 2000 livres pour l'achat de 119 cartonnades de terre pour étendre son industrie. M. de BANNE dut mourir en 1766. Le nouveau commendataire, Jacques MATHIEU, prit possession de Viaye en 1767. Son attitude à l’égard de la conventualité fut des moins cordiale. Voyant la réussite de l'industrie des moines, il attaqua le partage de 1759 devant la sénéchaussée du Puy. Il se plaignit du lot "restreint" fait à la commende. Ayant été débouté, il profita des enquêtes faites par la Commission des Réguliers pour donner son "avis".
Il se plaignait du Prieur claustral Dom AUDEBERT : " homme qui s'enveloppe exprès dans les ténèbres", et engagea l'archevêque de Toulouse de se défier de lui, et des pièces qu'il pouvait fournir. Il demandait une révision du partage de 1759, et s'en remettait à la "justice" de l'Archevêque, qui devait décider du sort de l'Ordre, le 24 septembre 1768, Dom AUDEBERT y présenta un mémoire sur les revenus de Viaye, et précisa qu'ils étaient trois clercs dans la communauté ; lui, Dom BONGIRAUD, et Dom DUCHASSEIN. Mais tout était consommé. Cet arbre sept fois séculaire allait être abattu, non par les Révolutionnaires, mais par ceux qui auraient du être là pour le défendre.
Le mercredi 19 février 1772, l'inventaire s'ouvrit à Viaye. Il y fut procédé par Me Armand BERGOUNHOUX de Rachat de Varennes, subdélégué de l'Intendance du Languedoc, sur réquisition de M. Hector VALENTIN, syndic général du diocèse du Puy, en présence de Dom Charles Martin AUDEBERT, prieur claustral, Dom Jean Auguste BONGIRAUD et Pierre Joseph FOUCAUD du Chassein, clercs.
L'église fut trouvée en bon état, le chœur renfermait douze stalles en belle boiserie, sur le maître-autel se dressait un Christ, six chandeliers en cuivre bronzé, de la hauteur de deux pieds, la suspense pour le Saint-Sacrement, munie d'une chaîne en argent et d'un voile en soie, un lutrin avec tapis violet. Une peinture représentait la Sainte Vierge, St Pierre et St Etienne, etc...
La sacristie renfermait un petit soleil en argent, deux calices avec leurs patènes, neuf aubes dont trois à dentelles, trois corporaux, quatre chasubles en satin, quatre autres à demi-usé, un bénitier en cuivre avec son goupillon, une croix processionnelle en cuivre, vingt et un purificatoires, neuf amincts, etc...
La voûte et le plancher de la sacristie étaient en bon état, ainsi que le clocher, où pendait une cloche pesant environ cinq quintaux. Dans les bâtiments conventuels, chaque moine avait sa cuisine et sa chambre personnelle, et ce détail justifie en partie les critiques adressées aux Grandmontains, sur la disparition de la vie commune.
Il est certain que les religieux menaient une existence bourgeoise, et que leur logis se rapprochait plus d'une vicairie actuelle, que des cellules du moyen-âge.
Dom DUCHASSEIN qui semblait appartenir à une noble famille possédaient un mobilier plus cossu que celui de ses deux confrères, à part deux couverts en argent à ses armes, avait à peine le coucher et les ustensiles d'un gîte d'auberge.
On s'aperçoit à la lecture du reste de l'inventaire, que rien ne respirait la dissipation ou le luxe, mais une vie d'études et de prières. Le catalogue de la Bibliothèque serait long et sans intérêt à relater, toutefois on trouve : la Bible en 2 tomes, le dictionnaire de Bayle en quatre volumes, un volume de St-Augustin, quatre sur la manière d'enseigner, une dizaine de volumes sur l'histoire romaine.
Elle comprenait en outre des vies de Saints, des maximes du droit canonique, sur l'Institution du droit ecclésiastique, etc...
Le commissaire résuma ainsi ses observations : «Nous avons vérifié et parcouru les appartements dudit monastère , qui consiste en une basse-cour, écurie à l'entrée, un cloître, cuisine, salon, le tout voûté, cave et boulangerie voûtée au-dessus en montant par un escalier, six chambres pour les religieux, outre l'appartement voûté au bas pour les Archives, et au-dessus les greniers ou galetas, tous lesquels appartements sont en très bon état, de même que toutes les portes garnies de leurs fermentent et serrures".
A l'issue de cet inventaire, clos le 22 février 1772, les trois clercs n'avaient d'autre alternative que de se démettre connaissant le néant de la protestation et les pièges cachés. Ils dirent adieu à leur église. Le départ du prieur AUDEBERT, qui avait tant fait pour la contrée, donna lieu à des scènes touchantes. Par sa vie régulière, il avait conquis l'estime de tous. Il se retira dans sa famille à Tours, où il mourut le 4 mars 1789. Dom BONGIRAUD moururent à la fin de 1783, quant au dernier, il touchait encore sa, pension en 1790.
Le deux janvier 1778, le Sieur VACHERON devint fermier de Viaye, pour la somme de 2000 livres. Les mûriers et la magnanerie ne furent plus entretenus, et la belle industrie que le prieur AUDEBERT avait établie fut anéantie.
Devenu bien national, Viaye fut vendu au Puy le 30 avril 1791.

Pour plus de renseignements consulter les "Cahiers Grandmontains" n°5.

bâtiment Est

le bâtiment Est

webmestre : Michel FOUGERAT

retour à la liste

retour à la page d'accueil