Les Moulineaux (Yvelines)

" SAUVONS LES MOULINEAUX "

 

Note sur l’intérêt historique et architectural du site de l’ancienne abbaye des Moulineaux à Poigny-la-Forêt.
Par Eric Stubner
Cercle d’histoire de Raizeux
Membre de l’association « Sauvons les Moulineaux »
Raizeux, Août 2013

Qui peut s’imaginer en longeant la Route Départementale 107, entre Poigny-la-Forêt et Hermeray, qu’à environ un kilomètre du site des Rochers d’Angennes, la végétation touffue de la forêt cache les restes d’un ancien prieuré qui malheureusement risque de disparaître à jamais si aucune action de sauvegarde et de restauration n’est entreprise. Pas de signalisation, pas de restes visibles et accessibles de la route. Il faut oser affronter une végétation envahissante et serrée pour découvrir un site dont l’intérêt a été maintes fois signalé dans le passé par les historiens locaux.
En 1845, M. Auguste Moutié, archéologue à Rambouillet et correspondant du Ministère de l’Instruction Publique pour les travaux historiques, vint à passer en un lieu dit « les Moulineaux » à Poigny près de l’étang de Guipéreux. A l’époque une laminerie pour l’étamage des glaces occupait partiellement le site. A côté de ce petit établissement industriel on rencontrait les ruines et les restes très apparents d’une ancienne chapelle. N’apprenant rien sur place, il en vint à consulter les archives du domaine de Rambouillet où il trouva divers cartons relatifs à un ancien prieuré des Moulineaux à Poigny. La consultation de ces archives et des fonds des ordres religieux lui permit de découvrir que cet établissement avait appartenu à l’ordre de Grandmont originaire du Limousin.
En 1846, ce même Auguste Moutié publia le recueil des chartes et le cartulaire de cette abbaye. Il terminait son opuscule par la conclusion suivante : « la petite Chapelle des Moulineaux, quelque délabrée qu’elle soit aujourd’hui n’en est pas moins un des plus intéressants monuments historiques de l’arrondissement de Rambouillet. Elle est l’unique vestige d’un monastère fondé par le roi Louis VII et par Simon, comte d’Evreux, l’un des plus illustres seigneurs de Montfort l’Amaury. Elle a été possédée par la famille d’Angennes, l’une des plus nobles et des plus illustres maisons dont notre histoire locale doive recueillir les brillants souvenirs. Elle est en outre, comme œuvre d’architecture, l’un des édifices les plus anciens que nous possédions dans notre région, où le temps, les guerres, les révolutions, le vandalisme municipal surtout ont mutilé ou détruit tant de monuments historiques. Après avoir résisté aux ravages de sept siècles au moins et à plus de cinquante ans de propriété particulière, puisse-t-elle perpétuer longtemps encore les souvenirs intéressants que nous venons d’évoquer ».
En 1923, Félix Lorin, président de la Société Historique et Archéologique de Rambouillet et de l’Yveline de 1910 à 1931, publia dans le tome XXIII des mémoires de la SHARY une histoire documentée des origines au début du XXème siècle du prieuré des Moulineaux, histoire qui se termine par un rappel de la conclusion de 1846 par Moutié.
En 1982, Geneviève Hude, historienne amateur, érudite locale résidant à Poigny, rédige toujours dans les mémoires et documents de la SHARY, tome XXXV, une étude historique sur les prieurés Grandmontains à propos de la Chapelle de Petit Poigny.
Après avoir souligné l’intérêt historique et architectural de cette ancienne abbaye, Geneviève Hude conclut : « Abandonné, soumis à la végétation qui la recouvre, si personne n’alerte l’opinion, il risque, d’ici quelques années, de disparaître à jamais et de ne laisser qu’un amas de ruines informes ».


L’intérêt historique du site.
• Les Moulineaux, un des rares témoins restant du mouvement d’extension du monachisme dans la vallée de la Guesle.
Au cours des Xème et XIème siècle, le prestige croissant de l’état monastique fut à l’origine d’un formidable mouvement d’extension du monachisme. Le Sud-Yvelines ne fut pas épargné par cette vaste progression. Par exemple, c’est à cette époque que fut construite l’abbaye des Vaux de Cernay.
Moins spectaculaire, mais peut-être plus révélatrice de l’intensité de ce mouvement, l’occupation par trois sites monastiques de la vallée de la Guesle, modeste rivière d’à peine 17 km de long qui prend sa source dans la forêt de Rambouillet :
- En 999, le roi Robert-le-Pieux attribua par donation, la terre et l’étang de Guipéreux à l’abbaye Saint-Magloire de Paris. Si rien ne prouve qu’un prieuré fût construit sur le site, on sait par contre que les moines y disposaient d’une résidence dont témoigne encore un donjon très fortement restauré, de même qu’un ancien moulin.
- En 1052, le roi Henri 1er donna son approbation pour la fondation à Epernon du prieuré Saint-Thomas, en lieu et place de l’ancien monastère de Seincourt, transmis par Amaury de Montfort, seigneur d’Epernon, à son ami Albert, ancien chanoine de Chartres et abbé de Marmoutier. Très fortement dégradés lors de la révolution française, la plupart des bâtiments furent détruits en 1864, par le propriétaire de l’époque. Il ne reste aujourd’hui de l’église qu’un pignon formant façade.
- Dans une charte non datée, mais probablement rédigée vers l’année 1170, Robert, abbé de Marmoutier, ainsi que le chapitre et les frères de Saint-Thomas d’Epernon, abandonnent leurs droits sur les terres des Moulineaux, sises à Poigny, au profit des religieux de l’ordre de Grandmont. Cette installation ne put se faire sans l’assentiment de Simon III, Comte d’Evreux, et du roi Louis VII. Des trois sites monastiques qui occupaient la vallée de la Guesle, c’est celui des Moulineaux qui possède indéniablement les restes les plus significatifs.
• L’ordre de Grandmont aux Moulineaux
A la différence des deux autres sites, qui suivaient la règle bénédictine, l’abbaye des Moulineaux était dans la mouvance de l’ordre de Grandmont. Cet ordre érémitique fut fondé par les disciples d’Etienne de Muret qui vivait en ermite dans la région d’Ambazac, dans le Limousin, et qui décéda en 1124. Grâce aux libéralités du roi d’Angleterre, Henri II Plantagenêt, alors maître du Limousin par son mariage avec Aliénor d’Aquitaine, la communauté fit construire un prieuré consacré en 1166. La règle de cet ordre voulait que les Grandmontains vivent dans la solitude d’un lieu retiré, comme l’était le lieu-dit « Petit-Poigny », refusent les possessions de terres et de bétail ainsi que toute fonction paroissiale, mais doivent accueillir les pauvres dans leur maison. Les disciples d’Etienne de Muret étaient tellement respectés qu’ils étaient qualifiés de Bonshommes. La bienveillance des rois d’Angleterre et de France vis-à-vis de l’Ordre fut à l’origine de sa grande extension en France. Plus de 160 maisons avaient été ainsi crées à la fin du XIIIème siècle.
Les Moulineaux connaîtront leurs plus beaux jours au XIII siècle, sous les règnes des rois Philippe Auguste, Louis VIII et Saint-Louis. Puis des querelles intestines à l’ordre vinrent remettre en cause la stabilité de celui-ci : Les frères convers, qui reprochaient aux religieux de chanter alors qu’ils étaient exposés à un dur labeur et à la faim, en vinrent à se révolter contre les religieux.
Cette révolte des convers entraîna la réforme de l’ordre par le Pape Jean XXII en 1317 avec la création de 39 prieurés regroupant des maisons annexes ou celles. C’est à cette date que les Moulineaux furent rattachés en tant qu’annexe à l’abbaye de Louye près de Dourdan.


• Un témoin de la présence de la prestigieuse famille des d’Angennes, seigneurs de Poigny
Un bail de 1558, consenti par l’évêque de Paris, commendataire de Louye, laisse la place à un certain Antoine Hebert de Rambouillet, mandataire de Claude d’Angennes, évêque du Mans. Le fermier prend l’obligation de faire chanter et célébrer le service divin à la chapelle des Moulineaux les dimanches et lors de certaines fêtes religieuses. Il devait conserver en outre un logement pour le prieur et ses gens. C’est la première main mise des d’Angennes qui possédaient alors Rambouillet. En 1576, le frère de l’évêque du Mans, Jean d’Angennes, qui portait le titre de seigneur de Poigny, profita de la circonstance pour acquérir les Moulineaux placé à proximité de ses terres de Rambouillet. Il échangea avec son frère la terre seigneuriale des Besnières à la Celle-les-Bordes. Une bulle du pape Grégoire XIII confirma cet échange en août 1577. C’en était fini du prieuré des Moulineaux dont le titre s’éteignit. Il était distrait de l’ordre de Grandmont auquel il avait appartenu pendant près de quatre siècles. L’ancien prieuré fut alors érigé en fief relevant du roi. Jean d’Angennes transforma en château l’ancien prieuré, mais la chapelle fut gardée en l’état conformément à l’acte d’échange. Le premier étage fut converti en salle d’armes et le rez-de-chaussée en une vaste cave. Le chœur de l’ancienne église forma la chapelle du château. Le marquisat de Poigny resta dans les mains de la famille d’Angennes pendant 120 ans jusqu’à sa vente au Comte de Toulouse en 1706.
Le duc de Penthièvre, fils du comte de Toulouse, ne s’intéressait pas à ces bâtiments ; ils devaient être démolis, mais, finalement, ils restèrent tels quels, sans réparations. Néanmoins, seule la chapelle fut entretenue plus longtemps pour respecter les accords par lesquels les Moulineaux, propriété d’une communauté religieuse devenaient propriété seigneuriale.
En 1783, le domaine devint la propriété de Louis XVI mais dix ans plus tard, morcelé, il fut vendu par lots.
Une fabrique de feuille d’étain pour les glaces y fut installée au début du 19ème siècle. Puis l’ancien château fut acheté en 1908 par le comte de Fels. Actuellement ces derniers vestiges sont la propriété de Mme de Castellane.L’Intérêt architectural du site
Seule subsiste une partie de l’ancienne chapelle de la celle. En effet les trois-quarts de la nef ont été amputés au XVIème siècle lors de la sécularisation.
L’abside, à trois voûtains en arêtes, est éclairée par trois grandes fenêtres en plein cintre, comparable à celle de St Jean-les-Bonshommes dans l’Yonne, de Louye dans l’Essonne, son abbaye de rattachement, et surtout d’Aulnoy dans la Seine-et-Marne.
Spécificité des églises grandmontaines, le décrochement de l’abside par rapport à la nef est ici absent. Une corniche à cavet parcourt la partie semi-circulaire de l’abside sous les ébrasures des fenêtres comme à Louye.
La partie subsistante de la nef s’étend sur environ 7 m de longueur. La nef, voûtée en berceau brisé, possède un cordon en demi-tore à la base de la voûte. On note la présence d’un arc doubleau reposant sur des culots à hauteur du cordon.
Le chevet comporte quatre hautes colonnettes couronnées de chapiteaux décorés de feuilles plates, comme à St Jean-les-Bonshommes.
A l’emplacement du reste de la nef, une grande cave voûtée en plein cintre a été aménagée sous un bâtiment d’habitation aujourd’hui détruit. Elle a été construite en gros appareillage de pierre et s’élève à mi-hauteur. On y accède par une porte voûtée ; ses dimensions intérieures sont de 19,20 m de longueur sur 4,65 m de largeur. Cette cave daterait sans doute du XVIème siècle, donc rien de grandmontain.
Cette chapelle, aujourd’hui dans un état pitoyable, donne les plus vives inquiétudes quant à sa conservation.
En effet, la toiture est percée dans son faîtage et laisse passer les eaux de pluie qui risquent d’endommager la voûte de pierre...
En outre la chapelle est ouverte à tous les promeneurs et sert, hélas, de lieu de rendez-vous pour des beuveries... De nombreux graffitis sur les murs intérieurs ont certes été effacés par les bénévoles de Poigny-la-forêt en 1992, sensibilisés par le maire de la commune et surtout par Mme Geneviève HUDE, mais depuis ils ont réapparu. Il est urgent de fermer l’accès de cette chapelle et d’y entreprendre quelques travaux de sauvegarde, en particulier sur les toitures.
Après une première tentative de classement au titre des sites en 1983, restée sans suite, malgré un avis favorable de la Commission départementale des sites en raison de l’intérêt esthétique, scientifique et historique des lieux, il revient maintenant à l’Association « Sauvons les Moulineaux » de reprendre le flambeau pour promouvoir l’intérêt du site.
Bibliographie :
Nous tenons à citer les ouvrages suivants, qui ont largement inspiré cette note et dont sont extraites une partie des lignes présentées ci-dessus :
Mémoires et documents de la Shary :
MOUTIE (Auguste). Recueil de chartes et pièces relatives au prieuré Notre-Dame des Moulineaux de l’ordre de Grandmont et à la châtellenie de Poigny, 1846.
MOUTIE (Auguste). Introduction au recueil de chartes et pièces relatives au prieuré Notre-Dame des Moulineaux de l’ordre de Grandmont et à la châtellenie de Poigny, 1847.
LORIN (Félix). Le Petit Poigny ou prieuré des Moulineaux, tome XXIII, 1923.
HUDE (Geneviève). A propos de la chapelle du Petit-Poigny : une étude sur les prieurés grandmontains, tome XXXV, 1982.
BRESSON (Gilles). Monastères de Grandmont. Guide d’histoire et de visite. Editions d’Orbestier, 2000.
Site internet animé par Michel FOUGERAT qui présente de très complètes monographies sur chacun des établissements grandmontains: http://grandmont.pagesperso-orange.fr.

Pour sauver les Moulineaux une réunion a eu lieu à la mairie de Poigny le 8 novembre 2012. 70 personnes étaient présentes et ont manifesté la volonté de créér une association à la conférence donnée par M Gilles Bresson. Voici son compte-rendu :

Dans le public nombreux (70 personnes dont Mme Christine Boutin, conseillère générale du canton) certains ont décidé de créer une association "Sauvons les Moulineaux" pour appuyer la démarche de Mme la Maire . Je lui ai envoyé par mail un projet de statuts pour cette association.


Elle doit solliciter le sous-préfet de Rambouillet pour organiser une réunion avec les propriétaires afin d'obtenir enfin la cession du site.


Sinon, la commune est décidée d'engager un projet d'aménagement touristique et culturel sur les lieux et en demander sa déclaration d'utilité publique avec possibilité d'aller à l'expropriation.

 

dossier de la DRAC sur les Moulineaux.

http://www.culture.gouv.fr/documentation/memoire/HTML/IVR11/IA00051989/index.htm

 

24 février 2013 : Olivier CHAGOT, le président de l'Association des Amis des Moulineaux nous a annoncé une réunion en mairie de Poigny le 7 mars prochain avec le propriétaire des Moulineaux pour trouver une solution à son sauvetage par la commune. Mme la Maire avait reçu l'ABF pour une visite des lieux et son inscription est envisagé. Olivier CHAGOT est archiviste et connait Jean René GABORIT. Christine BOUTIN qui avait asssité à ma conférence soutient le projet comme conseillère générale de Rambouillet.

 

8 Mars 2013 - Mme Fuks, la maire de Poigny-la-Forêt a eu une réunion avec le propriétaire des Moulineaux en présence de l'ABF et du Président de l'Association "Sauvons les Moulineaux" récemment créée. Le propriétaire est d'accord pour faire un bail emphitéotique avec la commune et pour l'inscription à l'inventaire supplémentaire des monuments historiques. Mme la Maire va se renseigner sur les modalités d'un tel bail auprès d'un notaire.

La chapelle prise d'un drone en novembre 2013

état Mai 1995

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état en septembre 1992

 

 

 

 

Vestiges :
L’église.
Seule subsiste une partie de l’ancienne chapelle de la celle. En effet les trois-quarts de la nef ont été amputés au XVIème siècle lors de la sécularisation.
L’abside, à trois voûtains en arêtes, est éclairée par trois grandes fenêtres en plein cintre, comparable à celle de St Jean-les-Bonshommes (n°147), de Louye (n° 151) et surtout d’Aulnoy (n°106).

Ici le décrochement de l’abside par rapport à la nef est absent . Une corniche à cavet parcour la partie semi-circulaire de l’abside sous les ébrasures des fenêtres comme à Louye.
La partie subsistante de la nef s’étend sur environ 7 m de longueur. La nef, voûtée en berceau brisé, possède un cordon en demi-tore à la base de la voûte. On note la présence d’un arc doubleau reposant sur des culots à hauteur du cordon.
Le chevet comporte quatre hautes colonnettes couronnées de chapiteaux décorés de feuilles plates, comme à St Jean-les-Bonshommes.
A l’emplacement du reste de la nef, une grande cave voûtée en plein cintre a été aménagée sous un bâtiment d’habitation aujourd’hui détruit. Elle a été construite en gros appareillage de pierre et s’élève à mi-hauteur. On y accède par une porte voûtée; ses dimensions intérieures sont de 19,20 m de longueur sur 4,65 m de largeur. Cette cave daterait sans doute du XVIème siècle, donc rien de grandmontain.
Cette chapelle est aujourd’hui dans un état pitoyable, qui donne les plus vives inquiétudes quant à sa conservation.
En effet la toiture est percée dans son faîtage et laisse passer les eaux de pluies qui risquent d’endommager la voûte de pierre...
En outre la chapelle est ouverte à tous les promeneurs et sert, hélas, de lieu de rendez-vous pour des beuveries...Une photo prise en mai 1995 par votre serviteur en est un témoignage accablant...
De nombreux graffitis sur les murs intérieurs ont certes été effacés par les bénévoles de Poigny-la-forêt en 1992, sensibilisés par le maire de la commune et surtout par notre très fidèle sociétaire, Mme Geneviève HUDE, mais depuis ils ont réapparus.
Il est urgent de fermer l’accès de cette chapelle et d’y entreprendre quelques travaux de sauvegarde, en particulier sur les toitures.
A noter qu’au XVIe siècle la celle des Moulineaux possédait les quatre côtés, une déposition d’Olivier Ymbert, architecte du Duc d’Alençon nous le confirme :
“ qu’il y a en icelle plusieurs bâtiments en quadrature, sçavoir est une chapelle de longueur de 18 ou 19 toises, et de largeur environs de trois toises, voultée de pierres de bloc à chaulx et sable...et les trois autres carrés sont trois grands corps dhotel, desquels y en a deux qui servent à loger par le hault le prieur, et l’autre le bestial...sous le troisième corps dhotel y a une petite sallette, à laquelle il y a apparence que ce ayt ésté le lieu du chapitre, ce qui se voit aux sièges qui y sont et façons des fenêtres èsquelles il y a quelques colonnes “


Histoire :
La date exacte de la fondation ne nous est pas connue, mais nous savons que les Moulineaux se trouvait dans un domaine royal, et que sa fondation n’a pu se faire sans l’assentiment du roi Louis VII.
Cette partie du bois d’Yvelines, où nos religieux allaient s’établir , était concédée aux moines de St Thomas d’Epernon, qui dépendaient de l’abbaye de Marmoutier, et cela depuis 1140, date de la donation de Louis VII.
Dans une charte, malheureusement non datée, Robert, abbé de Marmoutier, ainsi que le chapitre et les frères de St Thomas d’Epernon, abandonnent leurs droits, que leur avait “aumônés Louis VII, autour des Moulineaux, dans l’enclos de Grandmont”.
Cet acte est confirmé bien plus tard, en 1225, par Hugues, abbé de Marmoutier. Cette installation ne put se faire sans l’assentiment de Simon III le chauve, Comte d’Evreux, au plus tôt en 1159, date à laquelle il est rentré en grâce auprès du Roi, et fut nommé Administrateur de la forêt d’Yvelines; car il s’était révolté contre le roi dans le passé. Cela mène à penser que la celle fut fondée après 1159, et avant 1176, date ultime ou un Robert, qui avait signé la charte d’abandon de droit, fut abbé de Marmoutier. Car il y eut deux Robert qui se sont succèdés à ce poste, le premier Robertus Brito (1155 - 1165) et le second Robertus Blesensis (1165 - 1176).

En résumé la celle des Moulineaux fut fondée entre 1159 et 1176, mais certainement plus près de la seconde date, aux alentours de 1170 .
Comme partout les grandmontains suscitèrent l’admiration et s’attirèrent les dons de leurs contemporains. Dès 1180, peu après leur installation, ils reçurent de Jean de Maintenon et de sa femme Agnès douze deniers de cens sur une vigne à Epernon. Jocelyn d’Auneau donna une dizaine de muids de froment, des droits sur un péage à Auneau, deux hommes, l’un à Auneau et le second à Voise, dons confirmés aux calendes 1178 par Jean de Salisbury, évêque de Chartres.
Une charte de 1195 nomme trois des religieux résidents aux Moulineaux, qui sont présents à la confirmation d’aumônes que leur fait Guy d’Auneau, ce sont : Guillaume de Grimoard, correcteur, Bernard de Josbert et Sevin d’Autuis.
Ce correcteur, Guillaume de Grimoard, semble appartenir à la même famille que le 16ème Abbé de l’Ordre .
Il échange en qualité de correcteur de la celle, en 1202, avec la permission du Prieur Général, les droits sur la dîme de Faverolles contre 36 arpents de bois de la Charmoie, à l’abbaye de Coulombs.
A cette époque le domaine comprenait 460 arpents, qui provenaient pour la plupart de dons de Louis VII et du Comte d’Evreux.

En 1209, Simon IV de Montfort, fit don aux religieux de “tous les droits qu’il pouvoit avoir sur les héritages dépendants des Moulineaux”. Cette donation fut approuvée par son fils Amaury VII en Juillet 1220 .
En 1222, surgit un différent entre les frères et leur bienfaiteur sur la possession des bois se trouvant dans les anciens fossés de la clôture extérieure; terrain qui vraisemblablement leur avait été donné par Louis VII. Une transaction s’en suivit avec une redistribution des rôles de chacun. Les frères recevaient mille livres parisis sur des bois que l’on coupait et vendait. cette coupe une fois faite, les religieux avaient l’entière jouissance des bois. Le comte veillait sur la sécurité des bonshommes et se réservait la police et la justice haute, moyenne et basse sur l’ensemble, sauf à l’intérieur de la clôture, où la justice appartiendrait aux religieux. La petite clôture, l’église et les bâtiments avaient les franchises et libertés dont jouissaient tout lieu religieux; les seigneurs de Montfort en étaient les protecteurs et gardiens.
Par contre le seigneur obtenait pour lui et ses héritiers, le droit de chasser librement dans les bois des Moulineaux...Pauvres Grandmontains poursuivis de tous temps par les Nemrod de tous poils!
Quelques années plus tard, l’étang de Guiperreux, qui appartenait au Comte de Montfort Amaury VII, par suite de pluies torrentielles déborda. Il n’était séparé que par une chaussée en mauvais état de l’étang de la Licorne, qui appartenait aux religieux. Il rompit la chaussée, et l’inondation qui s’en suivit causa des dommages importants aux possessions des religieux. Le moulin était mis dans l’impossibilité de tourner, la chaussée de l’étang de la Licorne également se rompit, et les anguilles contenues dans l’étang partirent au fil de l’eau. Même le monastère avait été menacé par une submersion. Les frères portèrent plainte, et trois arbitres furent désignés pour apprécier, et fixer les dommages. Ce furent Guillaume, évêque de Paris, Eudes, prieur des Hautes-Bruyères (ordre de Fontevrault),et Maître Guillaume, prêtre de l’église Saint-Germain-l’Auxerrois à Paris. Le correcteur et ses religieux d’une part, et le Comte de Montfort de l’autre, s’engagèrent, sous peine de cent marcs d’argent, à suivre l’exacte décision des arbitres. Après quoi, les arbitres, au vu des témoignages oculaires, prononcèrent leur jugement, en présence de procureurs spéciaux.

Il fut arrêté que, pour le dommage causé au moulin, le comte verserait une rente annuelle et perpétuelle de six muids de blé, à prendre sur ses moulins d’Epernon. Pour la perte de la pêche, le comte leur verserait par les soins du prévôt, une rente annuelle et perpétuelle de cent sous parisis, à prendre sur les revenus de la prévôté d’Epernon. Pour le dommage aux bois et aux terres, le comte devrait leur donner trente arpents de bois à prendre dans les bois contigus aux leurs; il devrait en outre faire réparer à ses frais, avant la Saint-Rémi prochaine (1er octobre 1229) la chaussée de l’étang de la Licorne. Il devrait se plier à diverses exigences, de manière que pareil fait ne se reproduise plus. La chaussée du Comte ne devrait pas être plus élevée que celle des religieux. La veille de la Septuagésime, il devrait faire relâcher l’eau de son étang, et le vider, de manière que les religieux puissent pêcher leur étang, et le réempoissonner. Cet assèchement devrait être fait le lendemain du mercredi des Cendres, et se terminer la veille de Pâques! Pour que ces décisions fussent appliquées, la sentence était accompagnée d’une lettre du roi Louis IX portant homologation de cet acte, en juillet 1229.
Mais nos bonshommes ne se limitaient plus à recevoir des dons, ils achetaient, comme nous l’avons déjà vu dans d’autres celles à cette époque. Un acte de 1244, nous apprend que Thomas seigneur de Bruyères le Châtel, approuva une vente faite par Adam seigneur de Gallardon et sa femme Agnès,d’une dîme à Sermaize les Dourdan aux religieux des Moulineaux. Puis ils eurent des différents avec d’autres maisons religieuses. Le prieuré Saint-Thomas d’Epernon réclama des droits à des bourgeois qui habitaient des maisons données par Simon IV aux Bonshommes. Or ces Bourgeois étaient considérés comme hommes francs des religieux, et étaient de ce fait, dégrevés de tout droit. On en appela à l’Officialité de Chartres qui statua en faveur des “hôtes” des Moulineaux.
Ils continuèrent à recevoir des dons. En 1246, de plusieurs muids de grain d’Aubert de Clinaumont, en Mars 1257, de Guy d’Auneau, qui donne la dîme de Morainville et vingt sous chartrains de rente, pour le salut de l’âme de sa mère.
En 1283, les religieux échangent avec le comte Jean d’Aumale le droit que ceux-ci avaient sur un bourgeois d’Epernon et sur la maison qu’il habitait, contre soixante sous parisis à percevoir sur la prévôté d’Epernon, et une autre maison dont l’hôte serait franc et libre de la taille, de la corvée, de l’armée, du guet, des fossés, mais non des coutumes s’il est marchand . Mais en 1288, les religieux des Moulineaux prétendaient ne pas relever de la justice d’Epernon et se mettaient sous la garde du prévôt de Paris. Le 16 Mai 1288 le Parlement, au vu des titres du comte d’Aumale, ordonnait au prévôt de Paris de ne plus s’entremettre de cette affaire

Cette accumulation de richesses amènera la convoitise de leurs voisins, surtout que les effectifs n’étaient pas en progression, ils n’étaient plus que six en 1295.
En 1317 Les Moulineaux devinrent une annexe du prieuré de Louye. La celle qui avait été dirigée depuis sa fondation par un correcteur, en devenant une annexe, semble avoir gardé un religieux pour la surveillance de l’exploitation de ce qu’on appellera “l’hostel des Moulineaux ”.
Pendant plus d’un siècle on ne retrouve aucune pièce relative à la gestion, à part quelques lettres de “vidimus” , réclamant sans grands résultats l’encaissement des revenus. Il faut dire que les dates de vidimus correspondent (1388, 1407, 1425, 1444) à des années désastreuses pour la France.
Une reconnaissance de Guyot de Voise souscrite en 1361, mentionne que l’hostel des Moulineaux avait perdu toute conventualité, gardant toutefois un religieux pour l’administration du bien, et peut-être pour l’exécution du service des fondations, et célébrer le service divin. Car nous voyons en 1424, le frère Pierre Galle, bachelier en Théologie, religieux et profès du prieuré de Louye, étant prieur du prieuré de Nostre-Dame des Moulineaux, obtenir de Jean VI, Duc de Bretagne et Comte de Montfort, le paiement d’une rente, qu’il n’avait pas versée depuis 1419, à cause “des guerres et imprévues hostilités”, qui régnaient dans cette contrée.
Le 20 Novembre 1430, Pierre Galle, toujours Prieur des Moulineaux, était chargé par une lettre d’Henri VI, Roi d’Angleterre, du gouvernement des religieux, et de l’administration du prieuré de Louye, qui avait été abandonné par son titulaire, Michel Pourrat, resté fidèle au Roi de France Charles VII.
Il semble que Pierre Galle détenait les Moulineaux en bénéfice personnel, bénéfice donné par le prieur de Louye et les frères réunis en assemblée capitulaire. Il sera remplacé par le frère Lubin Papillon, le 11 mai 1452. Il jouira de tous les revenus, cens et obventions (profits éventuels); des bois, des étangs, des prés et pâturages; des terres cultivées ou incultes, et de tous les droits, appartenances, honneurs et charges, profits et augmentations moyennant le paiement de 50 livres tournois au prieur de Louye au terme de Pâques.
En contrepartie lui incombaient les réparations des bâtiments et les charges. Le prieur de Louye se réservait son droit de visite annuel
Il fut remplacé le 25 mai 1470 par Pierre Roland, religieux du prieuré de Pommier-Aigre, qui devint administrateur et bénéficiaire dans les mêmes droits et avec les mêmes devoirs que son prédécesseur, moyennant une diminution de la somme à verser au prieuré de Louye, soit 10 livres parisis au lieu de 50 primitivement.
Nicolas Ledroy lui succéda le 28 Août 1478, mais deux ans plus tard le 12 décembre 1480, il fut frappé d’une sentence d’excommunication portée contre lui par le vice-gérant de l’évêque de Beauvais. On ne connait pas exactement le motif, sinon que cette condamnation faisait suite à une plainte d’un jeune “escholier ” parisien. Elle fut signifiée à l’intéressé par Guillaume Bigeon, clerc de notaire juré de l’Archidiacre de Chartres, qui trouva celui-ci “gravement malade et gisant au lit ”.
Nicolas Ledroy semble avoir été le dernier religieux, administrateur bénéficiaire du prieuré, car le 12 septembre 1493, c’est Guillaume Baisle, prieur de Louye, qui passe un bail “à trois vies et 59 ans ” pour 8 arpents sis dans les fossés des Moulineaux : “nous avons ce jourd’huy baillé et auctroyé baillons et auctroyons par ces présentes à tiltre de rente ou pension annuelle et viagère et promectons garantir délivrer et deffendre envers et contre tous troubles et empeschements quelconques durant les vyes et années ci-après déclarées à Pierre Leroy, marchant, demourant à Pougnys preneur pour lui sa femme et ses enffens et pour les enffens de sesdits enffens qui sont troys vies et cinquante neuf ans..” .
Ce bail fut cassé par lettres royales de François 1er le 13 février 1540, à la requête de :
“ Maîstre Guillaume Paris, archidiacre de Soissons, prieur des Mollyneaulx et chanoine de la Saincte Chappelle de nostre palays à Paris contenant que dès lan quatre cens quatre vingtz et treize le douziesme de septembre lun de ses prédécesseurs, prieur dudict prieuré des Mollyneaulx bailla à tiltre de rente et allyéna du domaine d’icelluy prieuré à ung nommé Pierre Le Roy en son vivant, marchant, demourant à Poygnys et sa femme la quantité de huit arpens de terre encloz ès fossez des boys, tailliz appartenant audict prieuré..pour en jouir par ledicts preneurs, leurs enffans et les enffans de leursdictz enffans, qui sont troys vyes et cinquante neuf ans après. Lesquelz preneurs sont déceddez sans enffans. Et sont à présent détenteurs diceulx huit arpens plusieurs eulx disant héritiers ou ayans cause desdictz preneurs...Pour ces causes et aussy que le prédécesseur d’icelluy suppérieur bailleur desdictz lieux et mauvais administrateur est décéddé depuis quarante ans en ça..
Pourquoy nous ce considéré désirans subvenir et garder les droictz des églises de nostre royaulme...et adjugées, rescindez, cassez et adnullez ledict bail à rente et comme tel et de nul effect et valleur le faictes rendre audict suppliant à présent prieur dudict prieuré ensemble les fruitz revenus et esmolluments quil eust pu prendre et percepvoir...” .
Les Moulineaux seront désormais un bénéfice du prieur commendataire de Louye.
Le 4 avril 1518, dans un jugement qui décharge le prieur des Moulineaux des droits à lui demandés on peut lire :
“Ce jourd’huy on comparu vénérable et discrète personne Maître Jehan Mondinot presbtre procureur de noble homme et sage maîstre Loys du Bellay, conseiller dudict seigneur en sa court de parlement, prieur commendataire de Louye et dudict prieuré des Moulineaux, lequel nous eut baillé par déclaration le revenu du temporel appartenant audict prieuré des Moulineaux affermé par les sainctes ordres icelle contenir vérité et le tout estre de l’ancienne et primitive fondation et augmentation dudict prieuré quil dit estre de fondation royale... “
Cet écrit nous confirme, la fondation royale des Moulineaux, (aucune charte n’avait pu nous en donner l’assurance), charte sans doute perdue, ou plus certainement, non conservée comme le demandait St Etienne.
Le 15 Août 1518 le Prieur de Louye étant convoqué par les commissaires du Roi, qui veulent l’assigner en francs-fiefs, il fait plaider sa cause par son procureur, Maistre Jehan Mondinot. Il expose les difficultés de gestion qu’il rencontre non seulement à Louye, mais dans ses deux annexes. Il dit :
“...Nous entretenons ordinairement de vestiaire, boire, manger, coucher et lever, quatre à cinq religieux avec leurs serviteurs, qui par chaque jour chantent matines, primes, tierces, sexte, messes et vêpres..Item entretenons de cierges, torches, huille, ornemens et livres...Item avons faict édifier les maisons et manoirs dudict lieu...Item faict relever toute la massonnerie dentour les jardins et maisons. Item faict desroquer ledicts jardins et oster les pierres et ordures qui estoient demourez du temps que ledict lieu de Loye fut destruit et demoly par les guerres...Item que l’année passée feismes abattre toute la couverture de l’église...et laquelle nous avons faict réédifier toute neuve avec clocher...Lesquelles réparations nous coustent plus de dix mil francs. Item il y a deux maisons ou chapelles appelez les Boys Sainct Martin et Molineaulx deppendans dudict loye lesquelles sont en grant ruynes du temps des guerres. Et lesquelles nous coustent beaucop en procès pour cuider recouvrer aucun revenu, qui a esté perdu au moyen des guerres et à entretenir...” .
Arrivé à cette époque, il nous faut évoquer la puissante famille d’Angennes. Cette famille dont les membres devaient devenir les Seigneurs de Rambouillet, étaient issus du modeste hameau de Crucey dans le canton de Brezolles (Eure et Loir).
Le 6 mars 1399, Thomas Perieu vend la moitié indivis de la châtellenie de Poigny à Regnault d’Angennes, seigneur de Rambouillet, consistant en “la moitié de la forte maison, c'est assavoir : la grosse tour et une autre maison qui est encontre le grant mur...” .
La seconde moitié de la châtellenie fut acquise par Regnault d’Angennes, le 1er et le 6 juillet 1406, à Jean Plante, dit “Cambernart”, qui “reconnaît avoir vendu, cédé, quitté..à noble homme messire Regnaut Dangennes, chevalier, seigneur de Rambouillet, conseiller et chambellan du Roy...”.
Le 18 mai 1558, Charles d’Angennes, fils de Jacques, seigneur de Rambouillet, obtint d’un allié de sa famille, Eustache du Bellay, Évêque de Paris, prieur commendataire de Louye et des Moulineaux, le revenu de cette dernière celle dans les termes suivants :
“ Par devant Vincent-Maupeou et Jehan Angirart, notaires du Roi...en son chastelet de Paris, fut présent en sa personne Révérend père en Dieu Me Eustache Du Bellay, Évêque de Paris et prieur commendataire du prieuré Nostre-Dame de Louye lez Dourdan, ordre de Grandmont et des Mouligneaulx, son annexe, membre perpétuellement uny audit prieuré, diocèse de Chartres. Lequel confessa avoir baillé...à tiltre de ferme du jour et feste de Pasques dernier passé jusques à neuf ans et neuf cueillettes...à Messire Anthoyne de Hébert, escuyer, seigneur de Pontceaulx, demourant à Rambouillet...au nom et comme procureur et soy portant fort..de R.P en Dieu Mre Charles Dangenne, Évêque du Mans, demourant à Paris, rue St Honoré...Tous et chascuns les droictz, fruictz, prouffitz, revenus et émollumens à ladicte maison des Mouligneaulx appartenans qui se consistent en maison, granche, estables, bergeries, court, jardins, arbres fruitiers, terres labourables, prez, moulins, estangs, garenne, bois, taillis et thuillerye, bledz, champarts, cens, rentes avec la dîme de Sermoise” et plus loin “A la charge que ledict preneur sera tenu faire, dire, chanter et cellébrer le divin service deu et accoustumé estre faict, dict, chanté et céllebré en la chapelle de ladicte maison des Mouligneaulx, assavoir par chascun dymanche une basse messe à eau benoiste par chacune feste venant sur sepmaine aussy une basse messe. Et à chascune des festes de Nostre-Dame premières vespres, matynes, une messe haulte et seconde vespres.”
Ce passage prouve abondamment la continuation du service divin aux Moulineaux.
Le nouveau bailleur des Moulineaux, Charles d’Angennes venait d’être promu à l’évêché du Mans par le Roi Charles IX, sur recommandation de Catherine de Médicis. Il devint par la suite cardinal de Rambouillet.
Le prieuré des Moulineaux est tout proche du château de Rambouillet, alors possédé et souvent habité par son père Jacques d’Angennes 1er. C’est chez ce dernier que devait mourir en 1547, François 1er. Il avait une nombreuse famille, douze enfants, huit fils et quatre filles qui tous se distinguèrent. Il était évident que Charles désirait se rapprocher de sa famille, ce qui le portait à passer cette transaction. Mais l’ancien prieuré semblait être en mauvais état; il était toujours habité par le fermier, et avait besoin de réparations, qui dépassaient en importance les revenus, quand un frère de Charles, Claude fut promu prieur de Louye et des Moulineaux, en remplacement d’Eustache du Bellay, un allié de sa famille!

Jacques d’Angennes étant mort en 1562, ses enfants se partagèrent sa riche succession. Nicolas habita le château de Rambouillet, qu’avait son frère aîné Jacques II, mort en 1560. Le huitième fils, Jean, avait bien le titre de seigneur de Poigny, mais il n’y possédait aucune demeure. Claude, le nouveau prieur commendataire de Louye,proposa à son frère Jean et au prieuré de Louye, ses terres de Besnières, contre le fief des Moulineaux. Il restait à convaincre, le Roi, le Pape, le Présidial de Chartres, et l’Abbé de Grandmont. La famille d’Angennes jouissait d’un tel crédit, que toutes les autorisations furent données, et qu’un contrat fut passé le 15 juillet 1576, homologué le 21 juillet 1578, par lettres-patentes d’Henri III . Cet échange fut tout à l’avantage de Jean d’Angennes, car le prieuré de Louye recevait des terres, peut-être plus proches, mais d’un revenu moindre. Dom Nicod écrira dans son livre-journal sur Louye en 1770 :
“Nous avons le contrat d’échange passé en vertu d’une bulle du pape Grégoire XIII, en date des ides d’aoust 1576, homologué au Parlement le 30 juin 1584, du consentement de frère Lescanias, prieur commendataire. Les motifs de cet échange, détaillés dans la bulle du Pape, sont des plus spécieux et à l’avantage du prieuré; mais suivant une ancienne tradition, le prieuré a été très lézé ” .


Le contrat du 15 juillet 1576 nous donne les arguments mis en avant par les frères d’Angennes :
“Messire Claude d’Angennes, conseiller du Roy en son conseil privé, et prieur commendataire de Nostre-Dame de Louye lez Dourdan et membres deppendans d’icelluy prioré, d’une part, et Messire Jehan d’Angennes, chevalier de l’Ordre du Roy, nostre Sire, seigneur de Pougny. Entre lesquelz pour la commodité l’un de l’autre, et mesme ledict prieur pour l’accomodement du prieuré de Louye et de ses successeurs audict prieuré, ont faict les pacts, accords, eschanges et conventions qui ensuyent, assavoir ledict prieur voyant que sondict prioré y a plusieurs membres deppendants, lesquelz pour la plupart, au moyen de la malice des temps, grandeur et quantité des bastiments, et modicité du revenu dudict prioré, seroient tumbez en grandes ruynes, mesmement le prioré appelé les Molineaux, l’un de ses membres, auquel reste encores troys vielz corps de logis, et une chappelle assez ruinez et descheus, ayant néantmoings quelques chambres, greniers, garde-robes, ou de présent loge le fermier, ensemble deux jardins, et une closture en court, le tout assez ruyné, et qu’il est difficile remettre en estat, pour ce que le prioré est de peu de valeur, et chargé d’infinyes aultres charges et dépenses, tant ordinaires qu’extraordinaires, et lesdicts bastiments de grandz entretenements, et pour ce ledict prieur a dès longtemps désiré en faire eschange, ou de part et portion de ses appartenances, avec aultres terres et revenus de plus grand proffict audict prieuré de Louye et qui coutassent moing à entretenir que ne sont lesdictes choses y appartenant de présent, actendu mesmes la grande distance qui est dudict lieu et héritages d’icelluy audict chef prioré de Louye...” et plus loin “n’ayant trouvé personne qui aict voullu prandre lesdictes choses et en bailler l’équivallent ou meilleure condition et en un lieu plus proche que ledict seigneur de Pougnys,lequel tant pour la bonne affectation qu’il a au bien de l’église et à rendre la condition meilleure dudict prioré dudict seigneur prieur son frère, comme aussy pour soi accomoder, loger et héberger audict lieu des Molineaux proche de sa nativité et de la terre de Pougny dont il porte le nom et où il désire se retirer et faire sa demeure ordinaire près de ses aultres frères qui ont des maisons ès environ...”.
Mais si cet écrit peut nous écoeurer, il nous donne l’ explication de la sauvegarde de la partie restante de la chapelle :
“ Le seigneur de Pougnis ses héritiers et ayans cause dudict lieu des Molineaux ses appartenances et deppendances doresnavent et à toujours aux charges et conditions qui ensuivent, assavoir que ledict seigneur de Pougnis ne pourra ruyner, ne faire ruyner, desmolir ou abbatre ny aplicquer totalement ladicte chappelle des Molineaux à usages prophanes, mais s’il veult y bastir ou faire bastir et s’ayder d’icelle pour accommoder sa demeure, sera tenu de réserver tout le bout d’icelle où est le maître-autel, et tout le chanceau en estat de chappelle, sans l’aplicquer à aultre usage que pour servir d’oratoire, et y faire dire la messe pour luy et sa famille...de faire y transférer par notre sainct père le service divin qui doibt célébrer en ladicte chappelle des Molineaux au corps principal dudict prieuré de Louye ou aultre lieu, selon qu’il plaira à nostre dict sainct père...faictes et passées furent le quinzièsme jour de juillet l’an mil cinq cens soixante seize” .
Par la suite un procès-verbal d’estimation fut établi par les commissaires de l’officialité épiscopale de Chartres de la valeur des biens échangés (9 août 1577).
“Olivier Ymbert, architecte et maistre maçon de Monseigneur le Duc d’Alençon, demeurant à Saint-Léger-en-Yveline; Gilles Amaulry, aussi maître maçon, demeurant à Espernon; Pierre Sagot, maistre charpentier, demeurant audict Espernon, et Michel Legay, aussi maistre charpentier, demeurant à Hanches .”
“Nous nous sommes transportés audit lieu des Molineaulx
où avons trouvé honneste personne Nicolas Auvray fermier dudit lieu lequel nous a montré toutes les terres, prez, pâtures, boys, taillis, sept étangs, etc...”.
Puis vient le rapport des maçons:
“Avons veu et visité, toisé, mesuré, et estimé une grande chappelle faicte de massonnerye et de pierres de bloc toute voultée de pierre et chaux et sable, les fenestres de pierre de taille et enduite avecques deulx autelz et une petite cloche, les fenestres garnyes de vistres, et ladicte chappelle couverte de thuylles ayant douze toyses de longueur sur trois toyses de largeur et de hauteur quatre toyses que nous avons évalué ainssy comme elle est présent à la somme de neuf cens quarante livres tournois”.
“Au bout de ladite chappelle y a un grand corp dhotel qui a la longueur dix neuf toyses et de largeur troys toises et demye. En iceluy corps dhostel y a au dessoubz comme manière d’un petit chapitre et comme une petite cuisine et un petit caveau où peult tenir six ou sept pièces de breuvage, et au bout dudit corps dhostel sont escuryes de chevaulx et audessus ung grenier. Ledict corps dhotel est couvert de thuylles la massonnerye faicte de pierre de bloc terre chaulx et sable et pierre de taille en aulcuns endroictz. Lequel corps dhotel ainsy comme il est nous avons prisé et évallué à la somme de six cens cinquante livres tournois”.
“A l’autre bout là où est la porte de ladite chappelle et où est l’entrée audict logis, y a ung corps dhostel, qui a de la longueur treize toises et demye, de largeur trois toises, et de haulteur troys toises et demye massonné à bloc et terre et quelques croisées et portes, qui sont faictes de pierre de tailles massonnés de chaulx et sable. Dedans ledict corps dhotel se tient le fermier. La où il se tient il y a chambre et grenier et une petite montée de pierre de grès et de l’autre côté au mesme étage une chambre et garde-robe et au-dessous des éstables à vaches. Lequel corps dhotel avons prisé et avallué ainsy comme il est à la somme de cinq cens cinquante livres.”
“Du costé du jardin y a ung corps dhotel, qui fait la quadrature des aultres logys et chappelle cy-dessus nommez, qui a huict toyses quatre pieds de longueur, sur troys toises de largeur, et troys toises de haulteur.”
“Dans ledict corps dhotel au second étage y a deulx chambres et une garde-robbe, et au-dessus des greniers, et au-dessous dudit logis, des estables à vaches et à chevaulx, et un passage, et une petite lecterye avecques une montée qui sert pour monter aux chambres et garde-robe. Le tout couvert de thuilles. Lequel corps dhotel aixsy comme il est avons prisé et evallué à la somme de cinq cens cinquante livres” .
Le 1er juillet 1584, le nouveau possesseur de Poigny prêta “les foys et hommages” au Roi Henri III “que ledict d’Angennes estoit tenu nous faire”.
Cette aliénation fut l’une des premières, avec le Bois de Vincennes, que subit l’Ordre de Grandmont .
Les Moulineaux étaient à cette époque dans un état de grand délabrement, du fait des guerres et du défaut d’entretien et de réparation réunis. Pour construire le château seigneurial, on se servit, pour le corps principal des anciennes fondations. Le bâtiment Ouest fut supprimé, et sur son emplacement on édifia l’entrée de la cour d’honneur. On se conforma à l’acte d’échange demandant la sauvegarde de la chapelle. On sépara le choeur de la nef par un mur de refend. La nef fut divisée en deux étages. Le rez-de-chaussée fut voûté en berceau, et converti en cave, et le premier étage en une grande salle d’armes, par laquelle on accédait par une porte, sur une tribune dans la chapelle. Cette salle avait, paraît-il, gardé la voûte de la nef.
Le château fut entouré par des fossés remplis d’eau, avec pont-levis, et quatre pavillons furent édifiés aux quatre angles.
Un corps de logis occupa le bâtiment Est comprenant plusieurs salles, offices, chambres, garde-robes, cuisine. Une cour remplaçait l’ancien cloître.
Après la mort de Jean d’Angennes survenue en 1593, son fils Jacques lui succéda comme propriétaire du château. Il y résida peu. Il fut nommé ambassadeur de France en Angleterre au mois de Juillet 1634. Il mourut aux environs de Londres en janvier 1637, âgé de cinquante ans.


C’est à cette époque que la châtellenie de Poigny fut élevée en marquisat, et quelques années plus tard, Louis XIII, inaugura les chasses à courre dans la forêt de Rambouillet. On loge les chiens et les veneurs dans les dépendances du château.

Le fils de Jacques d’Angennes, Charles, Marquis de Poigny, comte de Concressault, Baron de Blancafort, lui succède. Il est enseigne des gendarmes du Roi, et meurt à 34 ans en 1687. Son fils Charles, Marquis de Poigny, colonel au régiment Royal-Marine, fut blessé au combat d’Oudenarde en 1708, et tué à Malplaquet, le 11 septembre 1709. Sans enfant, il avait vendu le château de Poigny au Comte de Toulouse.
Ce comte était un fils légitimé de Louis XIV et de la Montespan. Il désirait se constituer un grand domaine à Rambouillet. Après avoir acheté le Marquisat de Rambouillet et d’autres seigneuries, il voulait acheter le Marquisat de Poigny. Ce fut le beau-père de Charles d’Angennes qui conclut l’affaire par un contrat signé le 13 juillet 1706, son gendre étant aux armées.
Le Comte de Toulouse était surtout intéressé par la forêt, où il va créer des parcours pour la chasse, et des étangs pour y cerner le cerf. Quant au château des Moulineaux, les fermiers, les gardes, et le régisseur en seront les seuls résidents; la chapelle continue a être desservie et entretenue.
Son fils, le Duc de Penthièvre, lui succéda en 1737, mais pas plus que son père, il ne vient au château, qui dorénavant n’hébergera plus que des domestiques et le régisseur.
Le Roi Louis XVI achètera le château et le parc de Rambouillet, il viendra souvent près des Moulineaux à la chasse, mais le château n’intéresse plus personne, et son état ne fera qu’empirer.
Mr Petit, procureur fiscal du duché de Rambouillet, fait un rapport sur son état en 1743, pour le Duc de Penthièvre, il note :
“Ce châsteau est fort délabré : pour le rétablir et mettre la couverture en bon état, il faudroit faire beaucoup de dépense, qui paroist inutile de faire; pourvu que l’on y conserve la chapelle et un logement pour le garde, cela suffira. On pourroit retrancher le surplus, pour éviterla perte totale des bois qui serviroient aux réparations du domaine. Le garde se plaint que tout tombe, qu’il n’est pas à l’abry de l’injure du temps, et que l’on n’y fait autre réparations, il ne pourra habiter son logement; mais l’on ne peut y faire travailler et employer des matériaux que l’on ne fasse supprimer une grande partie du chasteau, ce qui ne se fera point sans un ordre” .
L’ordre ne vint jamais! et quand Louis XVI acheta le duché de Rambouillet, encore possédé par le Duc de Penthièvre, le château de Poigny était passé du délabrement à la ruine la plus complète.
A la Révolution, la ferme et le moulin seront vendus comme bien national par le district de Dourdan le 29 fructidor an III(15 septembre 1795), à un marchand de bois de la ville, Léopold Lefort-Allain. Puis le 21 fructidor an V (17 septembre 1797) Lefort-Allain acheta le château qui est inoccupé, et les six étangs.
Comme beaucoup d’acheteurs à cette époque, il n’était qu’un spéculateur. Il revend le domaine, château et étangs, sauf la ferme et le moulin, à Nicolas Caboche et François-Claude Rivière, le 11 Prairial an VI (30 mai 1798)
Au cours du XIXème siècle le bien passa de mains en mains. Mr A. Moutié qui avait visité les Moulineaux au milieu du siècle dernier, écrivait, que la pierre d’autel avait été enlevée, pour être convertie en pierre à évier, par le propriétaire d’alors. La chapelle servait de grenier à fourrage et de serre à légumes. L’armarium était caché par des bottes de foin !
En 1908, le château et ses dépendances furent achetés par le comte et la comtesse de Fels, puis transmis à la famille Obry-Roederer.
Les abords furent défrichés et entretenus, des gardes logeaient dans les dépendances. Par héritage le bien passa dans la branche actuelle des de Castellane. Celle-ci loue le bien à une société de chasse, et semble se désintéresser de la chapelle, qui se dégrade de plus en plus, et demande des réparations, et une protection.
Comme il serait souhaitable qu’une société archéologique proche ou un mécène, puisse pouvoir s’intéresser à son sort, car la propriétaire ne semble pas vouloir se défaire de son bien !

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