Montcient-Fontaine (Yvelines)

(celle n°109)

bâtiment Sud

salle capitulaire - entrée

Ce prieuré se trouve au nord de Mantes, sur la commune de Sailly à 2 Km au nord du bourg. Il est actuellement occupé par le Golf du prieuré, établissement très réputé des environs de la capitale. Etablissement privé, son accès est soumis à une autorisation.

De l'église, il ne reste que le mur gouttereau Nord avec une belle porte des fidèles. Le bâtiment Est est en très bon état avec une belle salle capitulaire et un cellier. Le bâtiment Sud est très remanié, mais néanmoins très interessant.

Pour plus de renseignements sur ce prieuré consulter les Cahiers Grandmontains n° 12

Histoire :

Cette celle fut fondée entre 1170 et 1180 par Louis VII qui demanda aux moines du Meynel de venir coloniser Moncient-Fontaine. Une condition était mise au don du Roi: que les moines défrichent les bois, et instruisent les pauvres .

Louis Guibert qui nous donne ce renseignement ne communique pas ses sources; par contre il semble s’être trompé sur le souverain donataire, il parle de Louis VIII, qui régna de 1223 à 1226; ce n’est pas lui qui fit la donation mais son grand-père, Louis VII, mort en 1180. Ce qui est sûr, c’est qu’en 1182 Montcient était fondé et figurait dans les deux premiers bullaires de l’Ordre. Une confirmation aurait pu être donnée par le cartulaire, mais ce dernier a disparu durant la période révolutionnaire.
En 1295 Montcient-Fontaine qui était construit pour héberger une quinzaine de religieux, n’en n’abritait plus que quatre! En 1317 le Pape Jean XXII érigea Le Meynel en prieuré et Montcient devint avec Clairefontaine une simple annexe. Mr Jean-René Gaborit dans sa thèse pense que les celles étaient annexées à l’établissement d’où étaient sortis les moines qui les avaient peuplées . On doit ajouter qu’à part une exception (le prieuré de Corquoy taxé 6 livres - et son annexe de Fontblanche 8 livres), les 38 autres prieurés étaient les plus taxés de chaque entité, donc les plus riches. Or pour notre cas le Meynel devait verser à Grandmont chaque année la somme de 14 livres, et Montcient 100 sols seulement. Comme dans toutes les annexes à partir de 1317, un religieux était responsable de l’exploitation du bien. Il y résidait la plupart du temps.
Nous avons le nom de quelques uns de ces responsables, de 1366 à 1377, ce fut Jehan Grégoire, puis en 1394 Rémy d’Epinay; il possédait une rente annuelle prélevée sur les denrées qui traversaient la ville de Mantes
“Sachent tuit que le frère Rémy d’Epinay, à present maistre de la maison de Moncien emprès Sailly, et membre de la prieuré des bonshommes en la forest de Montmorency, congnoit et confesse avoir eu et reçu de honorable home et saige Nicolas de la Heze, voyer et receveur du roy notre Seigneur en la ville de Mante, la somme de cent et quatre soulz parisis, laquelle somme m’est deue chascun an a estre prinse sur le port et travers de la dite ville de Mante, au terme de Toussaint, à cause du dit hôtel de Montcien, et ceux pour le terme de Toussaint l’an mil CCC IIII xx et XIII de laquelle somme et pour ledit terme je me tiens à bien paié et en quitte et promect à tenir quitte le dit Nicolas et tous autres à qui quittance en peuct et doit appartenir”...
”En tesmoing de ce j’ay scellé ceste quittance du scel du dit lieu de Moncien, l’an mil CCC IIII xx et XV, le cinquième jour de mars”. ; puis une autre quittance pour le même objet est renouvelée par les mêmes acteurs le 16 janvier 1403 .
Le 4 janvier 1464, un document rédigé sur un parchemin taché par l’humidité; “Le Frère Thomas Boyer, prieur de Moncien-Fontaine, demande quatre septiers de blé à Messire Philippe de Trie, chevalier, seigneur de Sérifontaine”.
Puis d’ autres documents, le premier “Rogier Chenal, lieutenant particulier, à Meullent, de noble homme Estienne de Puiseux, seigneur de Haute-Rue, conseiller et maistre d’ostel du roy et son bailly de Mente et Meullent” confirme la libre possession d’une pièce de terre sise entre Montcient et Sailly à “Maistre Henry Guyot, prieur du prieuré de Moncien-Fontaine de l’ordre de Grandmont” .
Grâce à des documents qui se trouvaient en possession de Mr le baron de Sailly au début du siècle nous apprenons la vie à Montcient à la fin du XVème siècle.
Un différend opposa le prieur de Montcient Gilles Noël et Guillaume, clerc ordinaire de la chambre des comptes et seigneur de Sailly, au sujet d’une pièce de bois d’un arpent; Guillaume porta l’affaire devant la justice et il obtint des lettres de committimus et sauvegarde le 19 juin 1484. Un an plus tard il assigne le prieur par un exploit que délivre Jehan Le Tort dict “Christofle” :
“A mes très honorez seigneurs et maistres, Messieurs tenans les requestes au Palais royal à Paris, pour le roy nostre sire; Jehan le Tort dict Christofle, sergent royal pour iceluy seigneur, en la ville et châtellenie de Meullent, et le vostre, honneur, service et révérence avecques deue obéissance.. Mes très honorez seigneurs, plaise vous savoir que pour accomplir le contenu en certaines lettres royaulx contenant forme de committimus données en datte à Paris le dix neufiesme jour de février mil CCCC IIII xx III, obtenues, impétrées et à moi présentées de la partie de noble homme maistre Guillaume de Sailly, clerc du roy nostre dict seigneur en sa chambre des comptes et seigneur de Sailly et à la requeste dudict impétrant; je, le vendredy XXème jour de ce present mois de janvier, mil CCCC IIII xx V, je me suis transporté au prieuré de Moncien-Fontaine, assis en ladite chatellenie, et d’ilec, sur une pièce de terre, appartenante audict prieuré, et illec trouvé ung nommé Thomas Thurin, soy-disant serviteur de Frère Gilles Noël, prieur dudict prieuré de Moncian, auquel je feiz exprès commandement de par le roy nostre dict seigneur, qu’il dist et feist assavoir audict prieur que je l’adjournoie par devant vous, mesdicts seigneurs, en vostre auditoire dudict palais à Paris, au samedi XXVIIIe jour de ce présent mois, à l’encontre dudict seigneur de Sailly, ou son procureur, pour luy, à respondre à tout ce que luy vouldra demander contre luy, proposer et requerra, procéder et aller avant en outre, selon raison, lequel Thomas se chargea de le faire assavoir audict prieur.... Signé : Le Tort dict Christofle”.
Quinze mois s’écoulèrent et l’affaire vint au Tribunal, le 6 avril 1486; le 28 avril un arrêt est rendu :
“Ordonnons et appointons que le demandeur fera veue audict défendeur, des terres, boys et choses dont il est question, et pour ce faire, se assembleront lesdictes parties le lendemain de la Pentecoste prochainement venant, devant la porte de l’église parrochial de Sailly, a yssue de grant messe, pour aller d’illec sur les dicts lieux faire la dicte veue”.
Pour que le prieur en soit informé, Le Tort se rend le samedi 13 mai, veille de la Pentecôte au prieuré. Il ne rencontre que les serviteurs l’obligeant a revenir le lendemain, jour de Pentecôte. Il rencontre enfin le prieur et lui signifie l’arrêt, qui est suivi d’une visite contradictoire sur les lieux. A la fin de cette visite Le Tort assigna le prieur pour la plaidoirie au Palais le lundi suivant. Mais les parties en présence se concertent pour une transaction immédiate avec les personnes suivantes :
“Gilles Allain, Guillaume Allain, Jehan Luillier, demeurant avecquez le dict prieur de Moncian, Pernot Roullant, Jacquet Palletan, Jehan Charles dict du Four, Jehan Charles dict le Roux, Geoffroy Costantin, Jehan Dureau, Geoffroy Bonnel et Oudin Dureau , lesquelz arbitres après ce qu’ils se sont tirés à part et ont délibéré entre eulx ont dit et rapporté en ma présence que le départ d’entre les bois dudit seigneur de Sailly et dudict prieuré de Moncian doit estre de la petite bourne d’en hault....à une autre bourne qui est arrachée; laquelle bourne arrachée sera rassise en la place où elle a été arrachée, qui est auprès où elle est couchée.”
Ainsi se termina cette affaire par un arbitrage qui donna tort au prieur. Mais ce ne fut pas la dernière fois que ce prieur eut des démélés avec ses voisins. Guillaume de Sailly somma de nouveau le prieur le 26 mai 1487 pour un nouveau différend. En 1494, Gilles Noël notre prieur eut des démélés avec Olivier de Bonneville, prieur de Sailly, prieuré dépendant de l’abbaye La Croix-Saint-Leufroy. Ce prieur réclamait ainsi que le curé de Sailly ”la disme sur une pièce de 13 à 14 arpents touchant le moulin de Moncian-Fontaine et appartenant à ce prieuré”. ; mais cette fois-ci notre prieur fut plus heureux, et les demandeurs déboutés.
Puis nous trouvons un document intéressant, car il nous livre l”organigramme” grandmontain du prieuré du Meynel et de ses annexes :
“A tous ceux qui ces présentes lectres verront, nous frère Etienne de Raveau, humble prieur du prieuré conventuel de Notre-Dame-des-Bonshommes du Mesnel-lez Maffliers de l’ordre de Grantmont et à cause diceluy maistre et administrateur de nostre maison et église de Clerfontaine, membre dépendant uny et annexé à nostre dit prieuré, frère Gilles Noël, notre religieux administrateur de nostre maison et église de Montien-Fontaine au diocèse de Rouen, aussi membre uny annexé incorporé à nostre prieuré conventuel du Mesnel faisant la greigneur et seine partie des religieux de nostre dit prieuré conventuel du Mesnel et tout le couvent dudit lieu, salut en nostre Seigneur. Savoir faisons en la présence de frère Jehan le Feuve, religieux dudit ordre de Grantmont avons veu certaines lettres de bail à rente annuelle parmy lesquelles ces présente sont annexées soubz le scel de nostre dit prieuré. Iceluy bail fait par nostre procureur Denis de Raveau à Girard Boullard, Thibault Mullot et Guillaume Boullard d ’une pièce de bois à nous appartenant à cause de nostre dit prieuré du Mesnel, assis au terroir d’Andilly;.....En tesmoing de ce, nous fait signer ces présentes à Jehan Fourquet, greffier et tabellion de la Chastellenie de Franconville au boys et de Bailleul en France et scellé du scel de nostre église et prieuré conventuel du Mesnel.
Le vendredi XXIIIème jour d’avril après Pasques l’an de N. Seigneur mil cinq cent et dix huitième.” Jean Fourquet (avec paraphe).
Au début du XVIème s., les religieux ne sont plus en nombre suffisant, Montcient- Fontaine est affermé, et il ne reste au prieuré qu’un prieur et un ou deux religieux. Vingt-neuf baux originaux se trouvent à Versailles . Ils retracent l’histoire du prieuré jusqu’à la Révolution. Le plus ancien remonte au 9 octobre 1523:
“Gervais Milles, marchand laboureur, et Denis de Raveau, écuyer, seigneur de Montalet, agissant au nom de l’église et du prieuré de Saint-Jehan de Montcient-Fontaine conviennent que ledit Milles prend à bail pour neuf ans, la ferme de Montcient-Fontaine telle qu’elle se consiste, tant en maison, jardin, prez, bois, terres labourables que revenus, dixmes et rentes, moyennant 60 livres tournois chaque an.”
Ce Denis de Raveau fut un des premiers prieurs commendataires de Montcient-Fontaine (1518 à 1535) François de Raveau lui succéda (1537 à 1579).
Le 7 mai 1537, “Louis de Raveau, se portant fort pour son fils, François de Raveau, prieur commendataire du prieuré de Montcient-Fontaine loue la ferme de Montcient-Fontaine, ainsi qu’elle consiste avec maisons, jardins, bois, terres labourables, plus de six pièces de vignes, avec droits seigneuriaux et dixmes pour soixante livres tournois par an”.
Le prieur claustral, Jacques Chonoy interviendra quatre ans plus tard pour relouer le 28 octobre 1541 à Pasquier Villot, les biens précédemment loués par Louis de Raveau. Entre les deux baux il y a une différence; aux propriétés sont ajoutés des pâturages, et une pièce de vigne; le bail n’est plus que de quatre ans, et le prix presque doublé, cent livres tournois au lieu de 60.
En outre Pasquier Villot devra fournir chaque année 12 chapons, et six fromages gras; il devra faire célébrer trois messes par semaine.
Un nouveau prieur claustral, André Chaboullat, donne le colombier en location le 29 janvier 1543, pour vingt deux livres tournois. Lui succède Jean de Maubuisson, prieur claustral de Montcient qui loue pour neuf ans, le 19 novembre 1568, à Jehan Blanche, laboureur et fermier à Montcient, 66 arpents de terre labourable pour la somme annuelle de 33 livres tournois.
Le 14 octobre 1574 Michel de Berville, prieur de Montcient qui est en même temps prieur du prieuré de St Laurent Concervin de l’Ordre de Josaphat, loue pour neuf ans, des terres et des bois moyennant le loyer de 113 livres tournois par an.
Puis on retrouve François de Raveau “prieur de Notre-Dame du Meynel et administrateur de la maison de Montcient-Fontaine loue le 5 juin 1577, pour dix ans, à Marin Geslin, la maison, manoir, jardin, terres labourables de Montcient-Fontaine, moyennant 40 sols d’argent par année” (soit 206 livres-tournois).
Un arrêt du Grand Conseil déclare Montcient-Fontaine uni perpétuellement au prieuré du Meynel le 12 Août 1574 . La maison est louée, il n’y a plus de religieux à Montcient; Michel de Berville est semble t-il le dernier prieur claustral du prieuré.
En 1580, Nicolas de la Boissière devint prieur commendataire,pour peu de temps, car en 1582 Jean Ardier lui succède.
En 1582, Nicolas Avrillot, sire de Champlâtreux, demeurant à Paris rue des Mauvais Garçons (ça ne s’invente pas) paroisse Saint-Jean-en-Grève, est nommé prieur du Meynel et administrateur de Montcient; en cette qualité il loue le 24 février 1586, pour 9 ans, à Guillaume Lanchantin, laboureur à Aincourt, toutes les terres sises près du prieuré, sans la maison et le moulin à eau, pour 53 livres 20 sols tournois. Lui succède en 1601, Jean Avrillot, également sieur de Champlâtreux, qui est également prieur du Meynel et administrateur de Montcient.
Le 26 février 1601, Jean Avrillot, prêtre, prieur du Meynel et de ses annexes, cède pour 18 ans à Jean Lair, laboureur à Sailly, une maison avec jardin au terroir de Montcient, et deux arpents de terre, moyennant 206 livres tournois. Le même jour il loue pour 18 ans également à Pierre Lefebvre, tisserand, et à Boytheville, laboureur à Montcient, une maison avec jardin sise à Montcient, moyennant 20 sols pour Lefebvre, et 5 sols pour Boytheville, plus un arpent moyennant 35 sols pour Lefebvre, et deux arpents, deux quartiers de pré pour Boytheville, moyennant 18 sols.
Le 24 mai 1605, Jean Avrillot loue à Reinert, laboureur à Montcient, pour quatre ans, un moulin à blé avec un arpent de terre, 40 perches de pré, et un quartier et demi de bois, pour la somme de 45 livres tournois par an. Jean Avrillot restera prieur commendataire jusqu’en juin 1610. En 1612 Jean Acarie de Beaucorroy lui succède. Il gardera cette charge jusqu’en 1645. Le 24 avril 1617 il charge le concierge de Montcient de louer pour neuf ans à Jean Chayer, laboureur à Breuil, toutes les terres, bois, prés, moulin et grange, moyennant le prix de 270 livres tournois par an. Il n’y a donc plus sur place de religieux pour administrer les biens. Un bail du 20 janvier 1620 complète le précédent, :“les maisons, moulins et lieux qui est dans l’enceinte du prieuré, avec une petite maison de l’autre côté du moulin pour la somme de 58 livres tournois et deux chapons” . On notera qu’il n’est plus question dans les baux de fermage depuis celui du 28 octobre 1541 de célébrer trois fois par semaine la messe dans l’église, ce qui laisse pressentir l’état alarmant dans lequel elle doit se trouver.
En 1653, Antoine de Belloy, devenu prieur commendataire du Meynel et administrateur de Montcient, loue l’ensemble des biens par devant Me François Chartier, notaire, pour neuf ans à Hiérosme Roberdeau, dit La Noue:
“laboureur et recepveur de Montcien, estant de présent au dict prieuré des Bonshommes, la recette générale de Montcient-Fontaine, consistant en maison seigneuriale, corps de logis, granges, estables, cour, jardins, terre, bois, prez, droits seigneuriaux, circonstances et dépendances du dict Montcien, aux charges ordinaires d’entretien par le preneur, tenu de faire dire deux messes par semaine en la chapelle de Montcien, de payer 500 livres par an, plus quatre douzaines de pigeonneaux et quatre chapons vifs, en plumes et valables, le tout payable chaque année à la Saint-Martin d’hiver et à la Saint-Jean-Baptiste. Fait et passé en présence de Mathurin Jenton, valet de chambre de M. de Belloy et Pierre Merlin, garde des bois du prieuré, le sixiesme jour de juillet, l’an mil six cent cinquante-trois” .
Nous savons par cet acte que la chapelle de Montcient est toujours en état pour y célébrer la messe.
Le 29 octobre 1657, Jérôme Roberdeau cède son bail à Noël Letort, laboureur à Breuil, pour les six ans restants; il se réserve toutefois deux chambres dans la maison prieurale.
Le 7 février 1662, de Belloy renouvelle le bail mais porte le prix à 600 livres tournois par an. L’année suivante Noël Letort sous-loue le 3 mars 1663 à Marie Vaudreuil un moulin à eau avec maison pour 210 livres tournois, et quelques mois plus tard, le 14 novembre un autre moulin avec ses dépendances pour 180 livres à Louis Canouilles. Il y a donc bien deux moulins dans le domaine de Montcient, ce que l’on devinait dans la succession des baux, sans pouvoir l’affirmer.
Le grand bail consenti à Noël Letort est reconduit le 7 février 1669, par le prieur commendataire Antoine de Belloy, pour neuf ans aux mêmes charges et conditions. Deux ans plus tard, le 16 novembre 1671, Letort dans l’intention de prolonger son bail le renouvelle, moyennant le paiement immédiat de 650 livres, au lieu de 600 auparavant, avec 6 douzaines de pigeonneaux et quatre chapons vifs et en plumes, plus l’obligation de faire dire deux messes chaque semaine. Les messes sont-elles célébrées dans la chapelle? nous l’ignorons.
Noël Letort meurt en 1680, le bail étant expiré, son gendre, Philippe Nicolle, de Fontenay-Saint-Père, le renouvelle pour neuf ans aux mêmes conditions le 18 mai 1683, pour ensuite le repasser à sa belle-mère, Nicole Beguin, veuve Letort. Celle-ci passe un bail avec le prieur de Belloy pour un fermage plus modique, 610 livres tournois.
Le successeur du prieur commendataire de Belloy, Balthazar de Fourcry: “demeurant ordinairement, en son hôtel, à Paris, rue de Jouy” renouvelle le bail à Nicolle Beguin devant Me Antoine Darsi et Jacques Lhuistre, notaires à Mantes le 12 mai 1700, au prix de 620 livres.
Nicole Beguin étant morte, son gendre Philippe Nicolle reprend l’exploitation de la ferme, quant un différent survint entre lui et le curé de Sailly en 1710.
Ce curé, Charles de Callais, avait assigné le fermier en paiement des dîmes de l’année précédente dues sur les toisons de 100 moutons plus 30 livres pour avoir célébré une messe par semaine “ dans sa paroisse “ depuis le 1er novembre 1704. Nicolle trouva un terrain d’entente au sujet des dîmes, mais pas sur le paiement des messes. Le curé de Sailly basait sa prétention sur :“un mandement donné par le sieur défendeur(de Foucry) le 13 janvier 1696 à sa fermière de payer au sieur curé de Sailly, ce qu’elle donnait au prêtre qui venait dire la messe dans la ferme dépendante du prieuré des bonshommes, où l’on disait la messe dans un ancien chapitre, mis en chapelle par la fermière, et qui fut introduite par un abbé de Croissy, pour lors grand vicaire de Pontoise. La chapelle étant indécente et inutile à rebastir...”
Pour ces messes,le curé demandait en 1710 la somme de 200 livres, et menaçait de faire saisie-arrêt sur les revenus de Montcient. Une transaction vint à bout du problème, et le curé accepta par lassitude la somme de 15 livres.
Le 1er avril 1710, Roland Pichet, avocat au Parlement, agent d’affaire du nouveau prieur, Henry Balthazar de Fourcy, affirme le domaine de Montcient à Mathias Hallavant, laboureur à Villeneuve, paroisse de Villers, pour neuf ans, moyennant un loyer annuel de 520 livres, plus un pot de vin de 40 livres. Ce bail fut reconduit en 1719, 1728, 1739. En 1746 son fils Jean reprend la ferme pour la somme de 650 livres; un bail est dressé le 9 septembre 1749 devant Raince et Boulard, notaires au Châtelet, pour le compte de Jean-Baptiste-François Vitecocq, prêtre, prieur du Collège Mignon, et procureur général de l’Ordre, qui avait la jouissance de la mense priorale du Meynel et de ses annexes. Le 2 septembre 1753, Dom Vitecocq, renouvelait le bail à Jean Hallavant.
Nous connaissons une description du prieuré datant de 1756 du Président Chevalier. Il écrivait :
“Il y eut autrefois, à Montcien-Fontaine, un couvent de l’ordre de Grandmont, l’église estait très bien bâtie, il en subsiste encore une partie que j’ai vu en octobre 1756,il y a une petite chapelle (la salle capitulaire où la fermière faisait dire la messe) une ferme, un petit ruisseau” .
Un plan d’intendance dressé en 1785 fait apparaître le prieuré complet sauf le bâtiment ouest en partie détruit ou ruiné.
Le 13 juin 1772, Dom Jean-Noël Razat, qui fut le dernier prieur du Meynel, loue au fort de Meulan le droit de chasse sur la côte Montcient à Messire Claude-Anne de Nicoud, brigadier des armées du Roi, et gouverneur de l’île Sainte-Lucie.
Puis le 18 février 1773, Dom Razat prieur du Meynel et coadjuteur de l’Abbé Général de Grandmont, habitant rue de la Vieille-Boucherie, paroisse St Séverin à Paris, loue par devant Naud et Marchand, notaires la terre et seigneurie de Montcient-Fontaine à Marguerite Signol, veuve de Charles Béguin, laboureur, demeurant en la paroisse de Montalet-les-Bois, pour 9 ans, moyennant la somme de 650 livres, une paire de chapons, une dinde et quatre lièvres. Le lendemain, les deux parties conviennent que le loyer sera porté de 650 livres à 900 livres. Marguerite Signol a pour caution de cet engagement son fils, Denis-Nicolas Beguin, venu l’accompagner à Paris. Ce Denis-Nicolas Beguin passera devant Me Michelin, notaire au Châtelet à Paris, le 16 mars 1788, un bail de fermage du prieuré, Il sera fermier, tout au moins virtuellement, car ce bail devait commencer.... à la Saint-Martin d’hiver 1791 !
Avec la Révolution et la dispersion des biens religieux, le prieuré fut vendu aux enchères avec ses bâtiments, terrains, moulins le 31 mars 1791, pour la somme de 37,000 livres, à Joseph Andry, marchand épicier à Montmartre-les-Paris .
La désignation du bien national est le suivant :
“Un corps de ferme avec tous les bâtiments en dépendant, cour et jardin entourés de murs le tout contenant cent perches, plus 86 arpents 31 perches de terres et friches, en 15 pièces, 125 perches de prés pâtis et 10 arpents de bois, situé commune et terroir de Sailly, appartenant au prieuré de Montcient, acquis par Jean-joseph Andry, marchand épicier à Montmartre-les-Paris et Suzanne Mathis son épouse, moyennant 25,000 frs.”
“Un moulin à eau avec les bâtiments y attenant, plus 21 arpents 36 perches de terres et friches en 9 pièces en dépendant, situé à Montcient, commune de Sailly, appartenant au prieuré de Montcient-Fontaine acquis par Andry,moyennant 12,000 frs”
Le domaine fut revendu le 11 avril 1818 à Mr Lebeaux, qui recéda le bien le 28 novembre 1835 à Mr Schultz pour la somme de 65,000 francs. A la fin du siècle dernier, Le baron de Sailly acquit le prieuré et procéda à de très importants travaux d’entretien et de “restauration”. Quels sont les mobiles qui avaient poussé Le Baron de Sailly à faire des investissements de cette ampleur ? En lisant un livre écrit par lui sur un de ses ancêtres, Le baron François de Sailly (1770 - 1813), j’en ai eu l’explication.
La famille de Sailly était originaire de l’Ile de France. Le Baron de Sailly écrivit: “ le livre censier de Saint-Nicaise de Meulan (f°105 à 107)” faisant foi qu’au quatorzième siècle, il y avait encore à Chapet des membres de cette famille de Sailly.
On voit, dit-il, que :“ dans diverses chartes à la Bibliothèque nationale, division des manuscrits, que l’abbaye de Montcient, sise à Sailly, avait reçu diverses donations des membres de cette famille de Sailly ”. Cette famille s’était établie en Picardie à Bavincourt (Pas de Calais) à l’époque de la bataille de Cocherel (16 Mai 1364); Elle y reçut le titre de Baron ou de Vicomte, et ses armes étaient: “d’azur à trois têtes de butor d’or, pesées deux en chef, une en pointe ”. Par la suite cette famille y ajouta les armes données par Napoléon :“d’or à bande d’azur, chargée de trois étoiles d’argent ”; revenue au XIXème siècle dans son pays d’origine, elle acquit le prieuré de Montcient sans doute pour asseoir une pérennité bien oubliée .
Les bâtiments de l’ancien prieuré et les terres qui l’entourent constituent aujourd’hui un ensemble de golf des plus prestigieux de la région parisienne

webmestre : Michel FOUGERAT

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