Marigny (celle n° 66)

Cette celle est située sur la commune de Lorges (Loir et Cher) à la lisière de la forêt de Marchenoir.

Il ne reste que les murs extérieurs d'origine. Les bâtiments ayant une activité agricole depuis fort longtemps l'intérieur a été adapté à cet usage.

Vestiges :
Le bâtiment Est a conservé ses murs, mais l'intérieur a été transformé pour un usage agricole. A l'origine il faisait saillie par rapport au bâtiment Nord.
Au rez-de-chaussée il ne subsiste à l'Est que deux hautes et étroites fenêtres de l'ancien cellier, la troisième ayant disparu lors du percement d'une grande porte. La salle capitulaire a été détruite, en particulier sa porte et ses baies donnant sur la cour; seul un grand arc de décharge est visible sur la façade Est, les fenêtres d'origines ayant été remplacées par une grande porte. A l'extrémité Sud, existe le passage voûté de briques du cimetière, avec, coté cour une trace d'arrachement du mur de l'église. On peut voir au premier étage, à l'emplacement du dortoir, 15 fenêtres ou traces de fenêtres, à linteaux monolithes. En outre, cette série se prolonge par deux fenêtres géminées. On y notera l'emplacement, contre le passage du cimetière, d'un escalier intérieur sans doute postérieur à la construction primitive. Une porte voûtée de briques y donnait accès de la cour, et une fenêtre l'éclairait à l'étage.
Le bâtiment Nord a été également remanié, en particulier le réfectoire, au rez-de-chaussée, ne possède plus que trois fenêtres sur six; il s'ouvre sur la cour par une porte voûtée bien conservée. A l'Ouest de cette salle on note la trace du passe-plat avec une crédence de chaque coté; ces crédences traversent entièrement la muraille et pouvaient être utilisées aussi bien du coté réfectoire que du coté cuisine.
De l'ancienne cuisine , il reste deux placards aménagés dans l'épaisseur du mur coté cour, dont l'un a été ouvert en porte. On peut également observer la trace de la porte voûtée (aujourd'hui murée) donnant dans le passage du bâtiment Ouest.
Le bâtiment Nord présente à l'étage des fenêtres géminées côté Sud,peut être une réutilisation de celles qui se trouvaient à l'origine du coté Nord. Dans l'angle Sud-Ouest de l'étage on peut voir la trace d'une porte(aujourd'hui murée) qui donnait accès au bâtiment Ouest. Au dessus de la cuisine, l'étage a été réaménagé comme en témoignent les traces de peintures murales , la présence d'une belle porte avec une délicate moulure et la mise en place d'une fenêtre géminée. C'est sans doute les restes d'une chambre pour les hôtes de marque.
Dans le bâtiment Ouest, seule une fenêtre existe encore au rez-de-chaussée, coté Ouest. A l'étage, la trace d'une fenêtre romane à l'Ouest est également visible, de même que deux plus petites, coté cour. Dans l'angle Nord-Est de cette salle , on peut voir la trace de la porte donnant accès au bâtiment Nord. Les murs sont encore recouverts par places de l'enduit blanc d'origine avec son décor de fausses pierres à double-joint.
Dans le sous-sol du cloître subsiste deux citernes voûtées et carrelées qui devaient servir à entreposer l'eau nécessaire au monastère. A noter également la présence en dehors des bâtiments (à l'Ouest, en bordure de la route actuelle) d'un puits profond de 45 m en bel appareillage.
Sur un plan de 1773, conservé aux Archives Départementales du Loir-et-Cher, les quatre côtés existaient,en particulier l'église.


Histoire :
Cette maison a été fondée en 1163 par le Comte de Blois. Elle fut confirmée par Thibaud 1er comte de Blois en 1190.
En 1295, elle hébergeait six religieux et elle fut unie à Boulogne en 1317. Louis de CHATILLON, comte de Blois, confirma en 1344 toutes les libéralités faites par ses prédécesseurs.
En 1630, la celle était en pleine décadence: plus de cloches, ni de livres, ni d'ornements ; la moitié des arcades du cloître étaient tombées et il n'y avait plus de portes ni de vitres à la salle capitulaire, au réfectoire et au dortoir.
En 1701, la voûte de briques de l'église était lézardée, le réfectoire transformé en grange et les lieux sont abandonnés par les moines; seule subsiste l'exploitation agricole.
Le 3 juin 1762, le fermier de Marigny, demanda justice au lieutenant général du baillage : les pèlerinages organisés du temps des religieux, chaque lundi de Pentecôte à la chapelle, furent maintenus. Les merciers y vendaient leurs marchandises, et une sorte de foire se déroulait dans le cloître. Le désordre y était général : pillage du bois utilisé par les marchands pour fermer leurs boutiques, les cabaretiers pour dresser leurs tentes, les organisateurs de jeux pour mettre leurs installations à l'ombre ; "des dégâts ont également lieu dans les blés et autres grains, que le peuple foule aux pieds sans ménagement".
Le seigneur de Lorges, qui percevait des droits sur les ventes des marchandises et des boissons, s'opposa bien évidemment à la suppression de cette" assemblée".
L'excommunication qui fut prononcée par l'Evêque d'Orléans, Pierre de CAMBOUT, à l'égard des participants ne changea pas l'ordre des choses.
Les Lettres patentes de 1770 attribuèrent au séminaire de Blois le prieuré de Boulogne et par conséquent la maison de Marigny qui lui avait été rattachée. Dans ce document le séminaire est autorisé à vendre les biens qui ne lui seront pas nécessaires. C'est sans doute ce qu'il advint de Marigny, puisqu'on la retrouve comme propriété de la famille d'ALES avant 1856 (origine de la propriété dans un acte de 1856 suite à un décès); on ne retrouve en effet aucune trace de sa vente comme Bien National.
La maison de Marigny est devenue la propriété de la famille REGNIER le 17 novembre 1908, les grands parents de Mme Roger METTAIE, propriétaire actuel.

Pour de plus amples renseignements consulter les "Cahiers Grandmontains" n° 4.

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