Fontenet Saint Marc (Nièvre)

Cette celle se trouve sur la commune de Corvol l'Orgueilleux (Nièvre), dans le village de Fontenet Saint Marc.

Vestiges:
Il ne subsiste que l'abside de l'église sans sa voûte. Elle est flanquée d'un gros clocher carré qui pourrait être postérieur au XIIIème siècle, malgré le style de ses fenêtres. Ce clocher semble avoir été édifié après la surélévation du sol de l'église .
L'abside devait avoir un voûtement en arêtes, comme à Fontblanche.
Une fontaine existe à 50 m de l'abside, qui est une resurgence d’une rivière souterraine. Un culte y était semble-t-il attaché.
Des morceaux de terre cuite émaillée qui daterait du XIIIème siècle ont été retrouvés par le propriétaire actuel. D'après une tradition il aurait existé ici des fresques représentant une bataille mais celles-ci ont disparu.


Histoire:
La celle de Fontenet aurait été fondée vers 1166/1167 par Guillaume IV, comte d'Auxerre, et Ida de Carinthie, son épouse. Ils avaient ajouté à leur don une forêt qui devint la forêt de St Etienne. Ce bois appartenait à l'abbaye de Pontigny, aussi dédommagèrent-ils celle-ci en lui donnant en 1167 le bois Girard. Cette même année, Guillaume partait pour la 2ème Croisade où il contracta la peste et mourût à St-Jean-d'Acre le 24 octobre 1168.
Les successeurs de Guillaume IV, vinrent également en aide aux Grandmontains; ainsi Pierre de COURTENAY et son gendre Hervé de DONZY, leur firent plusieurs donations.
C'est en 1177 que Guillaume de TOUCY, évêque d'Auxerre, vint à Fontenet pour bénir l'autel des moines. L'abbé LEBEUF nous relate cette expédition dans ses Mémoires concernant l'histoire d'Auxerre :
" Un jour qu'il étoit aux environs de Corvol, il trouva, devant la porte, une femme désolée de la maladie survenue à son fils qu'elle amenoit à la bénédiction de l'autel des moines de Fontenet. Ayant appris que ce jeune homme étoit à l'extrémité, il entra dans la maison, se plaça auprès du vil grabat sur lequel étoit couché le malade, lui toucha le front et le visage, le consola par ses discours et l'exhorta à se confesser".
"Après qu'il l'eut entendu en confession, comme on vit qu'il vouloit rester encore, on lui proposa de faire rester plutôt un de ses chapelains, pour donner au malade le viatique, parce qu'il étoit déjà neuf heures et que le peuple l'attendoit pour la cérémonie de bénédiction. Je n'ai rien plus à coeur, répondit-il, que de faire l'oeuvre de Dieu; je ne sortirai point d'ici, que le malade n'ait reçu la communion".
" Il m'ordonna donc, dit le chapelain qui nous rapporta l'histoire, de monter à cheval pour apporter le viatique de la chapelle de Fontenet qui en étoit éloignée d'environ d'une demi-lieue; et lorsque je fus de retour, lui, sans se rebuter de la malpropreté du lieu, ni de la puanteur qu'exhaloient le malade et le lit, fléchissant le genou, il lui administra la communion, lui donna sa bénédiction, et après avoir dit plusieurs paroles de consolation, tant au fils qu'à la mère, il vint à Fontenet".
Le chapelain ajouta, que, la bénédiction étant achevée, à peine avait-il commencé la messe, qu'on vint lui dire que le jeune homme étoit mort. L'évêque ne manqua pas d'en parler au peuple dans le sermon, et dit:"tant de bien de ce pauvre défunt, qu'il alla presque jusqu'à assurer que son âme étoit au paradis".
Ce récit fut repris en 1991 dans “l'YONNE REPUBLICAINE” par un talentueux mais irrespectueux chroniqueur, André SEGAUD, dont je ne peux m'empàcher de vous livrer ce passage :
" Le miracle de Guillaume de TOUCY"
"... dans la pauvre maison branlante en lisière du chemin, l'auteur présumé du miracle essaie à grand-peine de maîtriser l'irrésistible envie qui le tenaille. Tout ici dégouline de saleté. Des nuages de mouches tournoient dans les airs, des fourmis se hâtent en colonnes serrées, des cafards zigzaguent traqués par le museau des rats. Partout s'accrochent les toiles de monstrueuses araignées. Et surtout quelle odeur!..."
"En cette année 1170, sur la route du pèlerinage vers St Marc-lès-Fontenoy, Mgr Guillaume de Toucy, évêque d'Auxerre, se sent plus le coeur à rendre tripes et boyaux... qu'à accomplir le prodige qu'on espère de lui!"
Un acte déposé aux Archives Nationales daté de 1242 porte le sceau de Pierre, correcteur de la maison de Fontenet .
Un acte du 15 juin 1248 mentionne l'achat du Moulin Bernard par les moines de Fontenet .
En mai 1262, Guillaume d'ARCY fait aux religieux frères de Fontenet une donation du four de Chivres "par pure et perpétuelle aumône et sans aucune révocation à venir" .
Guillaume d'ARCY donne en outre Gauthier BOLIER,"mon homme et tous les héritiers dudit Gauthier, né ou à naître de luy, excepté Agnès, sa fille mariée" .
Par testament de 1257, la comtesse Mahaut donna 40 sols au prieuré .
En janvier 1286, une lettre du correcteur et des frères de Fontenet porte accord avec Robert, comte de Nevers, sur cinq muids de vin à prendre tous les ans sur les vendanges de Clamecy contre le paiement de 4 livres .
En 1295, Fontenet hébergeait cinq clercs; elle fut unie en 1317 au prieuré de la Faye de Nevers.
En 1369, Robert, comte de Flandre et de Nevers, permit aux moines de Fontenet d'acquérir des biens sur toutes ses terres, mais ceux-ci devaient verser tous les ans 50 sols à l'évêque d'Auxerre .
Il faut ensuite attendre le XVIème siècle pour avoir une trace écrite de Fontenet. En effet le 28 octobre 1524 les frères Jean CAILLON l'ainé et Jean CAILLON le jeune, et Huguette CAILLON font une donation à "Messieurs du Prieuré de Fontenet" d'une rente annuelle de 60 livres tournois dues par Edmond GUEUBLE, paroissien d'Entrain, sur le moulin de Menabre, paroisse de Corvol.
En 1531, dans une pièce relative à une somme de 4 livres due au prieuré de la Faye, on relève le nom du frère Etienne MICHAUD comme "étant prieur du prieuré et maître de l'église de Fontenet, membre uni et incorporé au prieuré de la Faye" .
En 1562, le nom de Philippe DESCHAMP apparaît comme prieur de Fontenet .
En 1575, le prieur de la Faye, Jehan LORDEREAU, qui habite Bourges, accense pour trois ans la Faye, Colombe et Fontenet.
A partir de cette date, Fontenet entrera en décadence.
En 1725, Simon HENRI, vicaire de Corvol, dût faire reconstruire la chapelle qui tombait en ruines, et, en 1747, Né de la ROCHELLE écrivait dans son histoire du Nivernais:
" La maison de Fontenet était vaste et bien bâtie, mais il n'en reste plus qu'une petite chapelle, que l'on entretient. Les bâtimens sont totalement détruits, et les biens dissipés. Le Prieur ne jouit plus que de quelques héritages qu'il afferme, et de quelques menus cens, qui ne produisent pas un revenu bien considérable".
Enfin, le 6 août 1760, le prieuré de Fontenay-St-Marc est vendu par Dom François NICOT au sieur Etienne DUGUE, devant maître GONIN, notaire. L'acte est contrôlé à Autun par RENARD le 22 août 1760 .L'ancienne celle de Fontenet appartient à la famille SÉJOURNET, puis par mariage à la famille EYROLLES depuis une centaine d'années.

Pour de plus amples renseignements consulter les "Cahiers Grandmontains" n° 7.

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