Celle n°73

Degagnazeix (Lot)

Vue Est

Localisation :
L’église de Desgagnazeix se trouve sur la commune de Peyrilles, canton de St Germain-du-Bel-Air, à 4 Km à l’ouest du bourg, sur la route de Thédirac.


Propriétaire :
La commune de Peyrilles.

Intérêt : Eglise (nord) 4 ; aile Est 3.

Vestiges :
L’église est bien conservée malgré quelques remaniements tardifs. Seuls l’abside et le mur nord sont d’origine.
L’église possède une abside à cul-de-four qui fit décorée au XVIIIème siècle par un artiste dont l’oeuvre ne recueillit pas l’unanimité. Ainsi, l’abbé Lacavalerie, ancien curé de Catus (1933) écrit dans son livre page 49 :
“ Au cours du XVIIIème siècle, un artiste, ayant peut-être plus de bonne volonté que de talent, avait brossé, sous la voûte du chevet, une Assomption de la Sainte-Vierge. Mais vinrent les jours sombres et troublés de la Révolution... Une main sacrilège défigura, par de longues moustaches d’un noir très accentué, les visages ingénus des anges du cortège triomphal qui en sont encore affligés”.
Le triplet du chevet possède des vitraux, dont l’un représente St-Etienne-de-Muret. Les embrasures des fenêtres ne sont séparées à l’intérieur que par un mince appareillage de pierre.
Au dessus de l’autel se trouve une grande Pièta (Notre-Dame de la Compassion) d’une hauteur de près de 2 m. La Vierge, assise, mesure à elle seule 1,40 m de hauteur et a été taillée en plein bois, dans un énorme tronc de noyer. Cette statue est classée depuis le 5 décembre 1908.
La voûte de l’église s’est écroulée en partie au XVIIème s. comme le mentionne le Procès-verbal de visite rédigé le 28 mai 1683. Cette partie de voûte a été refaite vers 1894, avec un profil surbaissé, qui s’accorde mal avec la partie ancienne. Celle-ci était pourvue à l’origine d’arcs doubleaux supportés par de petits corbeaux interrompant le cordon situé à la base du berceau de l’ancienne voûte. Un seul arc doubleau subsiste, mais on peut voir encore les corbeaux qui soutenaient les autres arcs doubleaux aujourd’hui disparus.
Cette église possédait un clocher avec un pignon à une seule baie comportant une cloche “de trois quintaux environ “ comme il est dit dans le procès-verbal de 1683.
A la fin du XIXème siècle, plutôt que de restaurer ce modeste clocher, on résolut de le démolir et de le remplacer par un clocher-porche. Heureusement on garda la cloche d’origine, vénérable relique datant de la fondation du prieuré; elle est de forme allongée, mesurant 0,62 m de hauteur avec un diamètre à la base de 0,53 m.
Pour l’édification de ce nouveau clocher on mura la porte des fidèles sur la façade nord et on ouvrit un nouveau portail sur le pignon ouest, en y conservant toutefois la grande fenêtre.
A l’occasion de ces travaux, fut mis à jour le dallage primitif que nous pouvons toujours admirer. En effet, en 1894, l’abbé Hébrard, curé de Desgagnazeix, qui faisait pratiquer des fouilles au fond de la nef pour la construction du nouveau clocher, constata la présence d’un dallage à une profondeur d’environ un mètre sous le sol existant. En creusant on trouva un corps qui, aux restes de ses vêtements, fut identifié comme étant celui d’un religieux. A mesure que le travail de déblaiement avançait, on découvrit de nouveaux ossements, ce qui accrédita la tradition locale suivant laquelle la voûte de l’église se serait effondrée le jour de la foire annuelle de Desgagnazeix, faisant de nombreuses victimes qui demeurèrent ensevelies sous les gravats. Il faut noter la grande différence de niveau entre l’intérieur et l’extérieur de l’église actuelle. En effet l’ancienne porte des fidèles est à moitié enterrée à l’extérieur tandis que la base ouvragée des contreforts du chevet apparaît à peine. Il semble certain que le chemin qui contourne l’église ait été exhaussé, sans doute avec les décombres enlevés à l’intérieur pour dégager le dallage primitif.
Du bâtiment Est, il ne subsiste d’origine que le passage voûté du cimetière, les autres parties ayant été incorporées dans une maison d’habitation construite en 1842.
Du bâtiment Sud, seuls quelques soubassements de murs sont encore visibles.
Histoire :
Il semblerait qu’un établissement monastique existait en ce lieu dès 1104 et qu’il y eut une continuité entre cette première fondation et celle des Grandmontains en septembre 1235 . Cette fondation grandmontaine se réalisa avec la protection d’Aymeric de Gourdon et de sa femme Amagne et l’approbation de Pons d’Antéjac, évêque de Cahors. La charte de fondation commence ainsi:
“L’an de l’Incarnation 1235, al mes de settembre, Louys rey de France régnan et Pons évesque de Caours...”
Dès leur arrivée, les bonshommes défrichèrent et créèrent trois étangs, deux à Desgagnazeix et un à Emblanc. Ils creusèrent un fossé pour délimiter leur franchise, mais curieusement sur trois cotés seulement. La légende rapportée dans la Revue Religieuse du diocèse donne une version de cette anomalie :
“Le diable se promenait un soir sur le frau, et rencontrant les moines, paria aux maîtres de céans, d’entourer, durant l’espace d’une nuit, tout le Desganhazès d’un large et profond fossé et de terminer le cercle avant le premier chant du coq; la possession du lieu et des habitants devait être, s’il l’achevait, la récompense de son oeuvre. La-dessus, moines de jurer; diable de répliquer, moines de se piquer, diable de se moquer/ le pacte est conclu. Mais, hélas ! Qui fut bien attrapé et fort perplexe...de voir s’avancer sur le frau des légions d’êtres noirs, avec des pioches, avec des chariots, avec des ricanements et avec des jurons...piochant et hurlant ! La terre vole, les arbres s’arrachent, les diables redoublent d’efforts; le fossé se dessine, déjà il s’allonge, s’allonge encore...Bientôt les deux bouts s’aperçoivent, en un rien ils vont se toucher. Encore cinq cents pas, encore trois cents, encore deux cents, encore cent...encore vingt pas!
Et vous pensez si nos moines ont de la peine et comme ils ne rient plus; ils s’effrayent et s’affolent jusqu’à oublier de prier!...Autant les moines pleurent, autant les diables rient et regardent triomphalement la nuit qui doit durer encore...Quand tout à coup (serait-il possible?) un petit et mince cri, se fait entendre : Ki-Ki-Ri-Ki! murmure une faible voix. Mais est-ce le chant du coq, ce petit et mince cri, qui recommence et s’obstine ?
“Non, rugit le diable, un instant interdit, ce n’est pas le chant du coq”... Mais voici en réponse à cet appel, le poulailler du couvent enfin s’est réveillé, surpris et étirant ses ailes, le coq entonne un retentissant et triomphal : COCORICO !
Tandis que chacun perdait la tête, le petit pâtre du couvent avait eu l’ingénieuse idée, avec son petit sifflet de frêne, de réveiller la basse-cour. Il était temps. Le diable était battu : avec un bruit d’enfer, il dut rentrer ses pioches, et le fossé resta inachevé...
Il l’est encore, et le nom de fossé du diable lui est resté : Lou vallat del diablé”.
En 1285, la celle de Desgagnazeix hébergeait six clercs et six convers.
Lorsque le 22 février 1291, Bernard de Gandalmar fut élu 18 ème prieur de l’Ordre, il alla à Pinel pour y chercher la confirmation du Pape et des réformateurs de l’Ordre, nous rapporte l’Abbé Lecler. L’ayant obtenu, Bernard de Gandelmar reprit le chemin de Grandmont, mais il mourut de mort naturelle dans la maison de Desgagnazeix le 24 ou 25 Mars 1291. Il y fut enseveli dans l’église.
En 1317, la celle de Desgagnazeix fut unie à Francour, et dorénavant le prieur de Francour prendra en main les intérêts de cette maison.
En 1348, Le Prieur de Francour s’élèvera contre la prétention de l’évêque de Cahors, Bertrand de Cardaillac, de frapper de subsides les celles grandmontaines de Francour et de Desgagnazeix.
Puis les liens se relâchèrent entre les deux maisons, et Desgagnazeix recouvra une indépendance relative. Un prieur distinct de celui de Francour, y sera même nommé. La Guerre de Cent ans n’est peut-être pas étrangère à ce fait; les difficultés de communication et les pillages fréquents ont dû contribuer sans aucun doute à ce relâchement. Ainsi, le prieur Pierre de Jacques administra Desgagnazeix pendant plus de 25 ans (de 1457 à 1482) avec zèle et méthode.
Au XVIème siècle, Desgagnazeix tombera en commende. Guillaume de Gaulejac semble avoir été le premier prieur commendataire. Il résignera sa charge le 13 juin 1518. Il sera remplacé par Louis de Gourdon, clerc du diocèse de Cahors. Son successeur, Guyon de Gourdon, transigera dans un procès en Juin 1548. Les Archives du Lot conserve un bail de lui, qui date du 25 mars 1576.
Au début du XVIIème siècle, le prieur était Maître Jean Brugière, comme en témoigne un bail du 8 juillet 1607 passé avec Pierre Fournié et un procès contre les consuls de Lavercantière et le seigneur d’Uzech, qu’il gagnera le 24 octobre 1615.
En 1625, le prieur de Catus, Messire François de Clermont de Toucheboeuf, agira comme prieur de Desgagnazeix, fonction qu’il gardera jusqu’à la fin de sa vie en 1653. Son successeur, Jacques de Montaud, mourut en 1676 dans le dénuement le plus complet. Pierre de Clairmont lui succedera; avant sa mort en 1689 il résignera ses droits en faveur de son neveu, Guyon de Clairmont, seigneur de Saint Avit. La question des réparations à faire dans la maison de Desgagnazeix était pendante; Guyon de Clairmont fit refaire la toiture de l’église (boisage et tuiles) en 1678.
Le 7 août 1682, l’abbé général de l’Ordre, Alexandre Frémon, obtint du Grand Conseil, la remise en vigueur du décret du Pape Jean XXII lui donnant possession du prieuré de Desgagnazeix, et condamnant le prieur Guyon de Clairmont à faire les réparations nécessaires pour rendre les lieux en bon état. Ces réparations requises se faisant attendre, un nouvel arrêt du Grand Conseil du 20 Mars 1683 décréta qu’il sera procédé à une visite des lieux par le Procureur du Roi, P. Massip, secondé par Jean de Gironde, père du prieur de Desgagnazeix. Ils se présentèrent le 28 mai 1683, devant la porte principale. Ils attendirent le Prieur Guyon de Clairmont, mais ce dernier ne paraissant pas, ils commencèrent sans lui. Un procès-verbal de cette visite existe , et donne l’état des lieux à cette époque :
L’église était debout, mais en triste état : “ Elle est voûtée depuis l’autel jusqu’à la deuxième porte, le reste étant ouvert et sans planche”. Les ornements liturgiques et le mobilier ne valent guère mieux “vieux devant d’autel de satin vert usé” “ deux aubes avec l’amict et le cordon, l’une fine, l’autre grossière forts usées” etc...
Les bâtiments conventuels étaient en ruines. Le procès verbal de 1683 est éloquent à ce sujet :
“sortis, par la porte de midy, par où on allait anciennement dans le cloître, il a été trouvé, au côté gauche en sortant, une petite chambre planchéié des aix, de long, trois canes (6,70 m) et douze de large (env. 2,6 m), sans porte, au-dessus de laquelle chambre il y a une autre chambre (il s’agit du passage et de l’oratoire de nuit). Le degré pour monter aux dites chambres rompu et ne pouvant servir. A côté des dites chambres, à l’aspect du levant, il y a une masure que le procureur royal a dit anciennement le chapitre, et au-dessus le dortoir, ainsi qu’il parait de quinze fenêtres qui restent aux murailles de la dite masure et du degré de pierre; et, à l’aspect du midy, il y a des anciennes masures où le Père Gayat a dit être autrefois le réfectoire et autres offices pour le service des religieux; les masures qui restent d’hauteur de six cannes (environ 13 m) et dépassant de six pans, ce qu’il tenait avoir été une ANCIENNE ET GRANDE MAISON”.
Les prieurs commendataires se succédèrent jusqu’à la Révolution :
- Pierre de Gironde, de 1683 à 1715.
- François d’Aiguirande, de 1715 à 1722.
- Jean-Louis de Gironde, de 1722 à 1734.
- Jugeals de Prallat, de 1734 à 1761.
- M. de Maignac, en 1762.
- Hyacinthe de Gaston de Pollier, de 1778 à 1782.
A la Révolution, les bâtiments claustraux, furent vendus comme Biens Nationaux le 6 avril 1791. L’église devint propriété communale.
Un pèlerinage très ancien était célébré le lundi de Pâques (il existait déjà au début du XVIIème siècle) s’est perpétué jusqu’à la Révolution. Il a été reconduit à la fin du siècle dernier où il était célébré pendant la semaine qui suit l’octave de l’Assomption de la Vierge. Avec la pénurie actuelle de prêtres, le pèlerinage de Notre-Dame de la Compassion à Desgagnazeix est célébré aujourd’hui le deuxième dimanche après le 15 Août.

webmestre : Michel FOUGERAT

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