Bercey (celle n° 102)

Cette celle se trouve sur la commune de St Mars d'Outillé (Sarthe).

Du bâtiment primitif il reste que le mur Nord du bâtiment Sud, le reste a servi à remonter le prieuré un peu plus loin. De ce deuxième ensemble il ne reste que le passage transformé en chapelle.

Pour de plus amples renseignements consulter les "Cahiers Grandmontains" n° 9.

bâtiment Bercey 1 Sud

salle capitulaire Bercey 2

Vestiges :


Bercey 1 - Il ne reste aujourd'hui que le mur Nord du bâtiment Sud avec une porte voûtée complète qui donnait dans le passage de l'aile Ouest. Les pierres de Bercey 1 ont servi à remonter partiellement le mur Sud de ce bâtiment; d'ailleurs une porte sans doute d'origine a été remontée avec ses pieds droits et son arc mais sans son arrière-voussure. Il subsiste également des traces d'arcs dans le mur Est de ce bâtiment.
Bercey 2 - Situé à 75 m au Sud de Bercey 1, il ne reste du monastère que le passage du cimetière transformé en chapelle. Celui-ci est voûté en berceau brisé et possède encore son passage oblique percé pour accéder dans le choeur de l'église démolie en 1793 par son nouveau propriétaire (cf. plan du XVIIIème siècle) .
L'église était au Nord des bâtiments conventuels. La salle capitulaire fut également détruite, mais plus tardivement car elle apparaît sur le cadastre de 1815.
Par contre une partie de la salle des convers subsiste et a été intégrée à son extrémité au bâtiment Nord du château. Cette salle est voûtée en croisée d'ogives avec une clef de voûte aux armes du prieur. Les arcatures elliptiques d'une élégante fenêtre géminée dénotent une restauration postérieure au XVIème siècle, sans doute à l'époque du prieur La MARCHE de Parnac. Dans cette salle apparaît une très sobre mais belle cheminée que Léon GERBE décrit comme " une étonnante cheminée d'un style presque futuriste".
Le reste du bâtiment ne possède plus aucune trace d'éléments de l'architecture grandmontaine, à part peut-être une cheminée dans la buanderie à son extrémité Sud. A noter le pignon Sud à bossage datant de la fin du XVIIème siècle.


Histoire :
La plupart des auteurs font remonter la fondation de Bercey à 1156 par Henri II Plantagenêt . Mais celui-ci ne possédait " qu'en tierce partie " la forêt de Bercey .
Ainsi, pour être en conformité avec la Règle de l'Ordre qui exigeait la possession complète de leur enclos, les Grandmontains devaient également la demander aux autres copropriétaires : le Chapître de la cathédrale du Mans et son évêque, Monseigneur Guillaume de Passavent. C'est ce qu'ils firent et, en 1168, Monseigneur Guillaume de Passavent et le doyen Philippe représentant le Chapître du Mans donnèrent au frère Bernard et à ses religieux la totalité de leur enclos dans la forêt de Bercey. L'évêque du Mans y ajouta les landes qui entouraient la source du Narais et les bordages suivants : la Marsanderie, le Minerai, Bel-Essor, les Forges, le Petit et le Grand Bois l'Evêque, etc... . Conformément aux habitudes de l'Ordre, le "nemus" donné fut délimité par une ligne continue de fossés. Le Roi Henri II accorda aux religieux les droits d'usage dans toutes ses forêts domaniales, tant pour le bois de construction que de chauffage. Il leur donna en outre une rente en argent sur ses revenus du Mans s'élevant à deux sous par jour, le fouage de Marigné , ainsi qu'une redevance en miel sauvage qu'il percevait le jour de la Toussaint de la part des "abeillers" de la forêt.
Comme il l'avait fait pour la celle de la Haye d'Angers, Henri II exempta quatre hommes de toute charge afin qu'ils puissent prendre la protection des religieux tenus de demeurer au "désert" .
La fondation de Bercey fut confirmée par Richard Coeur de Lion en 1189 après la mort de son père Henri II.
Le domaine concédé permit aux frères de Bercey d'établir trois étangs : Moncelas, la Porte et la Salle.
Au début du XIIIe siècle les Grandmontains possédaient un diurnal; ils avaient ajouté l'office de Saint-Julien aux saints du calendrier limousin .
Le 19 avril 1203, le Roi Jean sans Terre dit avoir appris "par des renseignements solidement établis" que ses troupes, les sergents de la Suze "avaient injustement causé des préjudices à sa chère maison de Grandmont en Bercey" . Il écrivit aux habitants du Mans pour les mettre en garde contre les agissements du Roi de France et demanda "que les maisons de cet Ordre soient protégées et défendues de préférence à toutes les maisons de religieux sur notre terre" .
Le monastère recouvra tous ses biens, qui avaient été pillés ou rançonnés et les bâtiments furent reconstruits comme le pense Dom OURY : "les bâtiments monastiques que l'on voit sur le plan du XVIIIème siècle , et dont l'aile orientale subsiste encore, sont difficiles à dater", et pour cause !
Certes l'église a aujourd'hui disparu , mais il est difficile de repousser sa construction jusqu'au milieu du XIIIème siècle, tant elle répond parfaitement à la tradition première de l'Ordre.
Un autre fait vient conforter l'opinion de Dom OURY; c'est le passage d'un document trouvé aux Archives du Mans daté du 7 septembre 1753 où l'on peut lire : "Nous nous sommes transportés dans l'abbaye de Grandmont, où étant nous avons observé que l'extérieur de l'église du côté du verger, pignon et cul-de-four, il y avait à fournir...".
Le "cul-de-four" n'a été employé que dans les églises les plus anciennes et les plus au Sud. Toutes les églises grandmontaines à cul-de-four on été construites au XIIème siècle à l'exception de Dégagnazeix réalisée en 1235. C'est d'ailleurs le cas le plus au Nord que nous connaissions.
Il semble bien que sur les instructions de Jean sans Terre on ait reconstruit l'église à l'identique à celle qui avait été détruite, mais à 75 m plus au Sud (Bercey 2) de l'ancien emplacement (Bercey 1) pour des raisons de facilité.
L'évêque du Mans, Monseigneur HAMELIN, fut l'un des principaux bienfaiteurs de Bercey. Fort âgé, il s'y retira et y mourut centenaire ,dit-on, le 31 octobre 1218. Il fut ensevelit dans le choeur de la chapelle. Des recherches furent entreprises en 1948 pour retrouver son tombeau mais elles se révélèrent infructueuses. Nous en reparlerons à la fin de cet article dans le cadre de l'étude des bâtiments.
Bercey reçut des dons d'autres bienfaiteurs, non seulement venant de puissants personnages comme Guillaume d'Outillé, Richard d'Ardenay, Rotrou IV de Montfort, Julien du Mayet, etc. , mais également de gens plus modestes, comme Guillaume LEMOINE qui donne "en perpétuelle aumône trois deniers mançais" en 1216 , ou Pierre TRUBERT qui lègue un "étal" en 1222.
Mais si Bercey était devenu un des monastères les plus riches de l'Ordre, cela était dû à l'importance du "nemus" concédé à l'origine, et que l'on peut estimer aujourd'hui à un millier d'hectares , terres qui avaient dû être défrichées et mises en rapport au début du XIIIème siècle
Voici la liste des possessions de l'époque et leur importance :
- A St Mars d'Outillé: Assé (53 ha), Bouverie (29 ha),Bretonnière (16 ha), Chancheverie (25 ha), chevalerie (20ha), les Feux (29 ha), les Grandes Galopières (, la Heurbière (26 ha), Huche-Poche, Louvetière (44 ha), la Maison-Franche, la Mersanderie (25 ha), la Moisière (32ha), le Mortier-Martin (5 ha), les Bois l'Evêque (36 ha),Pouzat (22 ha), la Reinière (22 ha), Rochefort (69 ha), la Lande de Grammont (33 ha), Bellesort (15 ha), la Cinetterie(21 ha), les Forges (3 ha), la Poste (6 ha), la Trapellerie(28 ha) et le Bois de Grandmont (97 ha).
- A Parigné-l'Evêque : 150 ha.
Il semble qu'avec un tel domaine il y avait suffisamment de quoi nourrir une dizaine de moines...!
Puis nos religieux achetèrent des rentes. Le premier achat date de 1233 . Ensuite en 1241 vinrent les premiers conflits avec des laïcs . Entre Dieu et Mammon*, les religieux de Bercey avaient fait leur choix. Le ver était dans le fruit comme dans l'ensemble de l'Ordre et les désordres inhérents aux nouvelles aspirations des clercs apparurent là comme ailleurs.
Guiot de Provins, poète et satiriste de la fin du XIIème siècle, ne disait-il pas dans sa "Bible", poème satirique de 2700 vers, en parlant des Grandmontains :"que s'ils tenaient bien leurs églises, et étaient accueillants pour leur hôtes", il les accusait de trop bien manger, d'acquérir des vaches, juments et brebis, contrairement aux enseignements reçus, d'être trop riches et de trop soigner leurs grandes barbes. Il ajoutait que les maisons de l'Ordre étaient peuplées de moines étrangers à la province dont ils ignoraient la langue...
On doit dire qu'à cette époque le recrutement des religieux de Grandmont se faisait presque uniquement dans le Limousin et dans ses Marches; l'on reconnaîtra là un petit travers des gens du Limousin très attachés à leur langue maternelle....
Les désordres s'aggravant, Pierre de Caussac, 17ème prieur de l'Ordre, écrit le 12 octobre 1284 à Béatrice de Montfort, Dame de Château du Loir, pour lui demander de faire rentrer les frères de Bercey dans l'obéissance :
"Certains frères de notre Ordre, comme des fils de désobéissance, oublieux de leur propre salut, ont refusés d'obéir aux commandements que nous leur avons donnés selon la règle et les statuts réguliers, ainsi que les coutumes approuvées de notre Ordre... Nous avons jugé qu'il fallait requérir votre puissance et la prier humblement de faire une saisie de nos deux maisons de Bercey et des Moulineaux, que vos ancêtres ont fondées et dotées sur leurs propres biens... et de les garder en votre pouvoir jusqu'à ce que nous jugions qu'il faille disposer autrement des dites maisons".
Mais la voix de la raison que prêchait Pierre de Caussac, ne fut pas du goût de son entourage et, quelques mois plus tard, il était déposé par les trois visiteurs de l'Ordre...
Honorius IV désigna des commissaires pour remettre de l'ordre à Grandmont. Ceux-ci cassèrent tout ce qui avait été fait contre Pierre de Caussac et rétablirent les correcteurs qui avaient été dépouillés de leurs offices.Ils rédigèrent " vingt statuts ", confirmés par le nouveau Pape, Nicolas IV, élu en 1287. Dans ceux-ci, il était fait défense aux correcteurs d'avoir des domestiques, de l'interdiction des jeux de hasard (dés), de détenir des oiseaux et chiens de chasse, de porter des armes et de fréquenter sans permission les repas de noces...
Pour être tout à fait honnête, il faut dire que Grandmont n'était pas le seul Ordre dans ce cas. Georges DUBY n'écrit-il pas :
"Il n'était pas mort (St Bernard) depuis dix ans que la Congrégation (cistercienne) se laissait assaillir par des désirs moins intemporels. Elle y cédait. On le voit bien à travers les archives de l'abbaye de La Ferté : passé 1160, ces titres parlent sans cesse d'argent, ils servent d'âpres procédures, le goût de la chicane, la volonté d'évincer par tous les moyens les concurrents, de tenir tout seuls, les mains bien fermées, la terre, les moulins, les droits. Sans y prendre garde, les moines étaient en passe de devenir ce que les fondateurs de l'Ordre leur avaient prescrit de n'être jamais : des seigneurs".
Lors du recensement de 1293, la celle de Bercey hébergeait 7 clercs; en 1317, Bercey devenait un prieuré et la celle de la Hubaudière lui fut unie ce qui porta à 14 le nombre des religieux
En 1310, un Comte, sans doute Jean le Bon, (comte de Dreux) qui était le fils de Béatrice de Montfort, se rendit coupable de méfaits contre les religieux de Bercey. Cette histoire nous est racontée par Bonaventure de St Amable dans sa volumineuse Histoire de Saint Martial. Mais celui-ci omet de nous donner ses sources, sans doute une chronique médiévale consultée à l'abbaye de Grandmont et disparue depuis .
Il y raconte ceci :
" Un certain Comte, qui avoit en aversion l'Ordre de Grandmont, et avois mutilé des Religieux du Monastère de Bercey, à raison duquel crime il fut condamné par le Roy et par le Pape Clément Cinquième à leur payer une somme d'argent : retournant de Poitiers à Paris couché dans le lict, qui estoit dans son carroce, et n'ayant pu rien gagner par la calomnie qu'il avoit malicieusement inventé et objecté à ce saint Ordre, fut puny du Souverain Juge et de St Etienne, fondateur et protecteur de ses religieux, d'une mort soudaine, qui l'ajourna au Tribunal de Dieu, pour rendre compte et recevoir la peine de ses méchancetés. Cet exemple formidable semblant inculquer aux puissants, qui abusent de leur pouvoir contre les personnes consacrées à Dieu : ce qui avoit été prophètisé par le Prophète au psaume 104 ".
Cette allusion à des mutilations de religieux de Bercey semble être la conséquence d'un conflit sur les droits d'usage dans la forêt de Bercey. Une des peines les plus souvent appliquées était en effet l'amputation de la main sur la souche de l'arbre abattu sans autorisation...
Lors de sa réorganisation de l'Ordre en 1317, le Pape Jean XXII avait uni la Hubaudière à Bercey; à cette occasion il nomma le frère Hugues FROUIN, prieur des deux maisons. La Hubaudière avait été fondée par les comtes de Vendôme à la fin du XIIème siècle . La conventualité de celle-ci ne fut pas supprimée tout de suite après son union à Bercey car on trouve plusieurs documents datés de 1333, en particulier des baux dans lesquels les frères de la Hubaudière, PERRET et Jean le PORCHIER passent un contrat à "mi-fruits" avec Aleps la COUPELLE, de Sasnières, et un autre devant la cour de Montoire, avec les époux Geoffroy le TEXIER
En 1335, le roi de France, Philippe VI, confirma aux religieux les avantages accordés à Bercey par le roi d'Angleterre.
En 1351, on trouve des constitutions de rentes. Ainsi "le mardi après la décollation de St Jean Baptiste" (le 29 août) on note un bail aux époux ROBIN de la Saulaye, et un autre aux mêmes époux "le jeudi avant la St Vincent", baux consentis sans doute par Guillaume de la Marche, prieur de Bercey à cette époque.
Puis vinrent les périodes troublées de la Guerre de Cent Ans. Ainsi des brigands, le plus souvent des anciens soldats sans solde, écumaient et brûlaient les monastères et les églises qui servaient souvent de refuge à la population locale.
En 1358, à la suite de ravages exercés par ces brigands dans le Maine, les habitants de St Mars d'Outillé et des environs se réfugièrent au château de Belin. Foulques RIBOUL, Maréchal du Duc d'Anjou, Comte du Maine,ordonna au Sire de Belin : " d'appeler et jupper de nuit les paroissiens d' Ecommoy, de St Mars, de faire le guet et reguet, garde et réparation ".
En mars 1365 des Anglais occupèrent Bercey. A partir de ce monastère ils avaient l'intention d'investir l'abbaye de l'Epau en se faisant passer pour des soldats français et de là attaquer la ville du Mans. Les notables du Mans mis au courant, décidèrent de ruiner l'abbaye. Pressés par le temps et la peur, les manceaux ne purent la détruire mais l'incendièrent.
Cette affaire nous est d'ailleurs relatée dans la charte du roi Charles V datée du 4 novembre 1367 dans les termes suivants :
"L'an LXV au mois de mars, paroles communes couroint en ladite ville et ou païs d'environ que plusieurs ennemis de plusieurs forteresses qui estoient oud. païs est especialement ceulx qui estoient au fort de Grantmont avoient envie de prendre et faire forte l'abbaye de la Pitié-Dieu (l'Epau), près de la dite ville pour eulx y mettre et demeurer à grever et dommager ladite ville...pour obvier à la malice et mauvesté desdits ennemis, les habitants de la ville du Mans firent une ensemblée fut délibérée entre eulx, que l'on enverroit grand foison de gens à ladite abbaye pour abattre les choses qu'ils verroient... quant ils furent à l'abbaye la très grande peur qu'ils avoient que lesdits ennemis qui estoient près d'eux ne vissent sur eulx, mistrent le feu en ladite abbaye et fut arse et horriblement détruite à très grande pitié et très grand dommaige...".
Le 1er décembre 1404, Guillaume, seigneur de Tuffé, accorde pour la somme de 11 livres 5 sols au frère Etienne JOUBERT, prieur de Bercey, "la libre et franche possession d'une maison, sise en la cité du Mans, en la rue de la Verrerie".
Au début du XVème siècle le prieuré de Bercey fut mis en commende. Le premier prieur commendataire de Bercey fut le Cardinal Jean FLANDRIN qui était archevêque depuis 1378. Celui-ci devait mourir en 1415. Peu de textes nous sont parvenus de cette époque si ce n'est quelques baux sans intérêt ou de réclamation de la pension abbatiale de 35 livres, en 1472, par Jean Cayrol, prieur de Viaye et vicaire général de l'Ordre .
Lors du Chapître Général de 1496, Dom François de St Marc, prieur de Bercey, fait savoir que son monastère possédait vingt métairies et jouissait d'un revenu de 80 charges de blé, et de 30 à 40 pipes de vin, plus différentes rentes. Bercey valait à cette époque 300 livres tournois et la Hubaudière 230 livres de rente annuelle.
Le 8 octobre 1508, le même Dom François de St Marc comparaissait, comme membre du clergé, dans l'assemblée des trois ordres de la province.
Un prieur commandataire de Bercey, messire Bernardin de St François qui avait été successivement conseiller au Parlement de Paris, doyen de l'église du Mans, puis évêque de Bayeux en 1573, mourut dans son prieuré de Bercey le 14 juillet 1582 à l'âge de 53 ans. Pour ses écrits et poésies celui-ci laissa son nom (un petit) dans les lettres françaises du XVIème siècle.
Sur les recommandations de pères jésuites et récollets, l'abbé de Grandmont, Dom Rigaud de Lavaur, (élu en 1604) entreprit un début de réforme de l'Ordre. Celle-ci fut d'abord introduite dans les prieurés de Bois-Rahier et de Bercey. C'est d'ailleurs à Bois-Rahier, qui était en importance le deuxième monastère de l'Ordre, qu'entra le 27 octobre 1629 le jeune Charles FREMON qui devait par la suite redonner un sang neuf à l'institution en fondant l'Etroite Observance (ou Stricte Observance). Né à Tours à la fin de mai 1611, Charles FREMON, âgé de 12 ans, vint rendre visite à son frère qui était religieux à Bois-Rahier; il fut tout de suite attiré par la vie monastique.
C'est Dom Georges BARNY, futur abbé général de l'Ordre, qui le reçut à Bois-Rahier où il prononça ses voeux le 27 janvier 1631. Charles FREMON fut envoyé peu après à Bercey où il ne resta, à son grand regret, que quelques mois, avant de partir pour Rouen.
Toute sa vie, Charles FREMON gardera la nostalgie de Bercey qui était pour lui le lieu idéal pour prier.
En 1630, le prieuré de Bercey fut uni à celui de la Primaudière.
Par une ordonnance du 2 mai 1643 les prieurs de Beaumont et de Bercey étaient nommés par l'Abbé Général de Grandmont pour enquêter sur les agissements du prieur de Rouen, le père Jacques DUBOIS. Celui-ci devait être par la suite déposé et "suspens a divinis".
Vers 1660, le bénéfice de la commende de Bercey échut à Monseigneur Jacques DANES de Marly. Cet homme, devenu veuf, était entré dans les ordres. D'abord Maître de l'Oratoire de Paris, il devint évêque de Toulon de 1640 à 1656. Il vécut ses dernières années dans la prière à Paris où il mourut le 5 juin 1662. Son tombeau installé dans l'église Sainte Geneviève des Ardents fut, parait-il, le théâtre de miracles...
C'est d'ailleurs vers cette époque que circulait à St Mars d'Outillé la légende du "Miracle de Grammont":
Derrière Grammont il y a un grand étang que traverse le Narais. Il y avait autrefois des îlots faits d'herbes, de mousses et de roseaux qui flottaient au gré des vents. La nuit de Noël, les gens des hameaux du voisinage se rendaient à l'église abbatiale entendre la messe de minuit. Ils regagnaient ensuite leurs demeures en bandes, à la lueur de leurs fallots. Or, une année, une fillette du nom de Madeleine, placée aux Bouveries, au lieu d'emprunter la levée pour traverser le ruisseau, se rendit tout droit sur les bords de l'étang; là, s'agenouillant dans la neige, elle fit un grand signe de croix; aussitôt une large bande de terre entraînant saules et peupliers scintillants de givre, se détacha de la rive opposée et, nef miraculeuse, vogua doucement jusqu'à la fillette, pour l'emporter avec sa tremblotante lanterne.
Et la légende ajoute que le petit falot brilla à l'abri d'un genévrier chaque nuit sur l'île flottante, et ne s'éteignit qu'au bout de cent ans à la mort de Madeleine un matin de la St Jean. Et pendant des lustres l'île flottante vogua au gré des vents d'une rive à l'autre alors que sur ses bords les étoiles filantes semaient des vers luisants....
Le 13 décembre 1662, Roland Le VAYER de Bouvigny, conseiller du Roi, seigneur de la Chevalerie en Lucé-le-Grand, s'était rendu à Grammont, en compagnie de son notaire Jean LOYSEAU, tabellion royal du Mans, afin de "rendre foi et hommage" au prieur du couvent. Celui-ci étant absent, il fut reçu par le sous-prieur Julien COCHARD qui, en le conduisant sur les bords de l'étang, lui raconta avec mille détails l'histoire de Madeleine; et il ajouta:"Nous conservons allumée dans notre oratoire sa petite lanterne alimentée d'huile de chenevis".
Le 15 février 1678, le chapitre de Bercey avait élu comme prieur Léonard GAUCHERAUT, mais son élection fut annulée le 5 septembre de la même année. Toutefois nous retrouvons celui-ci avec le titre de prieur conventuel dans le procès-verbal dressé le 18 octobre 1680 par Jacques Le VAYER, écuyer et lieutenant général en la sénéchaussée du Maine. Celui-ci, agit en vertu d'un arrêt du Grand Conseil, rendu sur contestation entre Dom Léonard GAUCHERAUT, prieur et les religieux d'une part, et le prieur commendataire, Messire Armand-Antoine GUERIN, d'autre part. Ce procès-verbal est intéressant, car il nous donne la disposition du prieuré à cette époque. Nous l'examinerons à la fin de cet article avec l'étude des bâtiments.
Par un accord du 18 octobre 1680, le temporel fut partagé en trois menses distinctes :
- la plus importante était celle du prieur commendataire, à charge pour lui d'entretenir les bâtiments.
- les religieux obtenaient les deux autres, soit la mense priorale et la mense claustrale.
En 1682, un arrêt du grand Conseil rendait exécutoire le partage et condamnait le prieur commendataire, Armand Antoine GUERIN à faire toutes les réparations nécessaires au prieuré de Bercey.
C'est le mérite de Dom Henri de la Marche de Parnac, le nouveau prieur de Bercey et futur Abbé Général de l'Ordre, d'avoir eu la fermeté d'exiger du prieur commendataire d'effectuer les réparations indispensables, mais aussi de transformer les bâtiments pour qu'ils soient plus confortables, en regroupant en particulier dans l'aile Est toutes les activités du monastère.
Henri de la Marche de Parnac fut élu Abbé Général de l'Ordre le mardi 9 septembre 1687 par 53 voix sur 69 votants. Jamais une élection ne fut aussi paisible mais Bercey perdait là un prieur d'élite qui, en quelques années, avait réussi à rétablir la régularité, à payer les dettes, à recouvrer les biens et à faire réparer les bâtiments en ruines.
Le prieuré de Bercey comptait 8 religieux en 1700.
Le 26 mai 1703, lors d'un violent orage, l'église du monastère et son clocher furent gravement endommagés par la foudre. Pour faire face aux frais de réparation, le prieur présenta une requête au roi Louis XIV afin d'être autorisé à "effectuer la coupe d'un canton de bois, appelé Bois l'Evêque, de valeur de cinq à six mille livres". Le Conseil d'Etat chargea le 26 août 1704, le sieur TURGOT, commissaire à la Généralité de Tours, de faire la visite des bâtiments et l'estimation des réparations. Les travaux furent réalisés et une pierre portant cette date fut placée en souvenir sur le mur Ouest du bâtiment Est, à 8 m de hauteur et à 6m du pignon Sud.
En 1732 la communauté de Bercey se composait de quatre religieux: Dom René Jean POULAIN de Laveau, prieur claustral, Dom Louis JULIENNE, Dom Antoine BARRET et Dom Jacques MONDAIN de la Maison Rouge, proche parent du futur Abbé Général.
Ce René-Jean POULAIN devait demander en 1732, avec six autres prieurs, la réunion immédiate d'un Chapitre Général à l'Abbé de la GUERINIERE.
Le 15 décembre 1748, à l'occasion de la nomination du dernier Abbé de Grandmont, Dom MONDAIN de la Maison Rouge, le prieur claustral de Bercey, Dom BARRET, était présent En 1752, il est également représenté dans la passation d'un bail par le frère Dom Toussaint-Charles AUGER.
Le 6 février 1753, le prieur commendataire Denis de PEQUILLON de Laroust ayant démissionné, il est remplacé par Messire Etienne-Louis MILLET, prêtre du diocèse de Soissons, chanoine de la Cathédrale de Boulogne. Une "montrée" s'en suit le 3 septembre 1753 . Elle nous donne la disposition et l'état des lieux. Cette "montrée" fait apparaître les contestations entre Maître Armand de BÉTHUNE, Marquis de Chabris, représentant la succession de l'abbé de BÉTHUNE, prieur commendataire de 1699 à 1752, et le nouveau commendataire, Messire Etienne-Louis MILLET, qui prétendait faire supporter à la succession cinquante ans d'incurie de son prédécesseur!
Par exemple, Maître Armand de BÉTHUNE refusait les travaux de réfection d'un escalier prétextant :
"qu'il ne peut être tenu de la construction à neuf d'un escalier en bois que demande Mr l'abbé Millet, attendu qu'il y en a un en pierre à l'extrémité de son bâtiment du côté de l'église, qu'il n'y en a jamais eu dans l'endroit où les experts entendent le placer, qu'à la vérité dans le partage de 1681, il paraît qu'il y en avait un dans le bûcher, mais que le bâtiment dans lequel il était placé, ayant été refait à neuf, il a paru tellement inutile de le reconstruire, qu'on a laissé aucune place à cet effet"
Et lorsqu'on arrive à l'escalier de pierre dans la "montrée", il est dit : " L'escalier de pierre est antique et construit du temps des bâtiments de Grandmont, nous estimons qu'il serait plus utile de le rétablir à la moderne en charpenterie et noyaux creusés, portant balustrades et appuis".
En 1753, la mense conventuelle fut donnée au collège de l'Oratoire du Mans. Lorsqu'en 1766, la Commission des Réguliers, créée par le roi Louis XV, voulut anéantir l'Ordre de Grandmont en raison de son petit nombre de religieux, l'Abbé Général, MONDAIN de la Maison Rouge, pour sauver son Ordre, proposa de regrouper ses effectifs dans neuf maisons dont celle de Bercey.
La mense conventuelle du Breuil-Bellay lui aurait été donnée faisant ainsi passer son revenu de 3.075 livres à 10.000 livres. Aux trois religieux résidant à Bercey: Dom Jean CAILLON des Jouberdières, Dom MONTAUDON et Dom LEROUX, quatre autres lui auraient été envoyés des autres maisons. Mais ce beau plan échoua. En effet Loménie de BRIENNE refusa tout arrangement, car, pour lui, non seulement le petit nombre de religieux était en cause, mais il y avait aussi la mauvaise conduite de certains d'entre eux. Là, malheureusement, Loménie de BRIENNE n'avait pas entièrement tort. A ce propos, un des religieux de Bercey, Dom LEROUX, en était un cruel exemple car il était en indélicatesse avec son voeu de chasteté.... Il disparaît d'ailleurs de Bercey en 1772, tandis que les deux autres continueront d'y résider jusqu'en 1778.
Le dernier prieur claustral de Bercey, Dom Jean CAILLON des Joubertières, décéda le 14 décembre 1788 alors qu'il résidait dans une maison de la Gonterie proche de son ancien prieuré dont il avait été chassé. L'acte de décès dit qu'il était âgé de 68 ans et qu'il fut inhumé dans le cimetière de St Mars en présence de Maître Pierre ROYAU, notaire et futur maire de St Mars, et de Jacques GUINOIZEAU, tailleur d'habits.
Depuis 1766, le prieur commendataire de Bercey était l'abbé François-Robert GRADOT, chanoine et archidiacre de Sens. Bien qu'en 1773 la mense conventuelle avait été affectée à l'Oratoire du Mans, à charge pour lui de verser aux deux religieux résidents leur pension respective, soit 1.500 livres au prieur et 1.000 livres au second, l'abbé GRADOT percevait la plus grande partie des revenus du monastère. Ce n'est qu'en 1781, après une sentence du Parlement que Monseigneur de GONSSANS put faire affecter au collège de l'Oratoire la totalité des revenus des 282 ha de la mense conventuelle de Bercey.
En 1787, les prêtres de l'Oratoire du Mans qui l'avait enfin obtenue, passe un bail avec Messire François-Joseph Le GRAND de MARISY, chevalier, seigneur des terres et baronnies du Fresné, Vautourneux et autres lieux, grand maître des Eaux et Forêts au département des duchés et comtés de Bourgogne, etc. demeurant en son hôtel à Paris rue Neuve-Saint-Marc en la paroisse de Ste Eustache. Ce bail fut ratifié en 1788 par le Père SAUVE-MOISSET, supérieur général de l'Oratoire, et ses assistants. En 1790, nous trouvons un acte par lequel les prêtres de l'Oratoire reconnaissaient avoir reçu de Messire de MARISY la somme de 2.700 livres pour les trois termes échus des 1er novembre 1788, 1er mai et 1er novembre 1789, de la rente foncière qu'il leur devait pour l'annexe de la Hubaudière.
Mais la Révolution ayant éclaté, nous trouvons une demande, datée du 28 juin 1791, interjetée par les prêtres de l'Oratoire aux Administrateurs du District du Mans dans laquelle ils:
"les supplient, bien qu'ayant conservé la propriété et l'administration provisoire de leurs biens, en vertu des décrets de l'Assemblée Nationale; ils sont fondés à vous prier de suspendre la vendition d'une partie des bâtiments du ci-devant prieuré de Grandmont en Bercé, et d'une partie de ses issues, laquelle partie se poursuit et comporte ainsi qu'il suit, la nef de l'église, le choeur et le sanctuaire, la sacristie, le chapitre, la cuisine avec la décharge, le cloître et la cour, la salle et son vestibule, le salon à manger, la buanderie, le cellier et tout le bâtiment attenant à la droite de l'entrée du monastère par le cloître, la cour de la maison conventuelle, le jardin qui se trouve entre cette cour et le jardin des religieux; ledit jardin des religieux; un troisième jardin attenant à l'église, connu sous le nom de Luzerne; de toutes lesquelles choses lesdits prêtres de l'Oratoire jouissent en vertu du décret d'union de leur dite maison du premier lot, des partages faits entre le prieur commendataire et les religieux dudit Grandmont, aux droits desquels ils ont subrogé; pourquoi il vous prient de vouloir bien distraire les dits objets de l'adjudication annoncée pour le deux juillet prochain".
Mais le plus savoureux est le dernier alinéa de cette demande:
"ils n'entendent néanmoins former aucune opposition à l'aliénation de ce qui appartient au prieur commendataire"!
Mais le 18 janvier 1793 on procéda à la vente du prieuré de Bercey:
" A été ensuite procédé à la réception d'enchères et d'adjudication définitive de l'église, maison conventuelle et abbatiale du ci-devant prieuré de Grandmont....estimé à trois mille francs.
"Demeurant prévenu des adjudicataires qu'aucune démolition dudit bâtiment, ils seront tenu de payer comptant et avant démolition le prix des dits bâtiments sur l'estimation qui en sera faite, et de fournir bonne solvable caution, et de payer en deux mois."
Successivement surenchéri par Louis Doucet pour 4.000 livres, par Jacques Fouquet à 12.000 livres, par Marius Letourneau, Maître couvreur en cette ville, y étant paroisse du Pré, à 15.000 livres et a signé : LETOURNEAU."
"La bougie y étant allumée et éteinte sur l'enchère de 15.000 livres sans que personne ait voulu surenchérir, nous, Administrateur...avons déclaré Marius Letourneau adjudicataire définitif, en conséquence lui avons adjugé les fonds en pleine propriété, possession et jouissance de ladite église, maison conventuelle et abbatiale dudit prieuré...et l'avons subrogé dans tous les droits de la Nation, moyennant ladite somme de 15.000 livres. "L'adjudicataire a promis et s'est obligé sous hypothèque à tous les biens meubles et immeubles, présent et futur, de ladite église, maison et dépendances par hypothèque, sans que l'un déroge à l'autre, payer savoir sous quinzaine de ce jour la somme de 3.000 livres, montant de 20 pour cent de celle susdite de 15.000 livres, et les 12.000 livres restants en douze termes de chacun 1.000 livres, avec l'intérêt de cinq pour cent, sans aucune retenue. Le premier terme Écherra et sera du dans un an de ce jour, et ainsi continue d'année en année, jusqu'au parfait paiement."
Ayant dû payer les 20% de la somme due, Marius LETOURNEAU se mit en devoir "d'exploiter " son achat. Il démonta vitraux, grilles en fer forgé, pavements, portes sculptées, ferrures et jusqu'à la croix du clocher pesant 150 livres. Le maire de St Mars, Maître ROYEAU, et le curé PATRY s'émurent de ce saccage et se transportèrent à Bercey le 3 février 1793, soit une quinzaine de jours après l'adjudication, avec l'intention de sauver le prieuré. Mais ce fut en vain, car l'opposition mise à la poursuite des travaux de démolition fut levée quelques jours plus tard par l'Administration du District qui décida : " que les adjudicataires restaient autorisés à disposer des bâtiments de Grammont comme ils aviseraient".
Le couvent étant démoli, ses pierres furent dispersées et utilisées par les fermiers du voisinage, comme par exemple à la Petite Saulaie où l'on peut admirer une pierre gravée portant sur l'une des faces le bâton et la coquille des pèlerins de St Jacques de Compostelle.
Marius LETOURNEAU revendit Bercey en 1805 au colonel Le DRU. Les bâtiment revendus devaient être en mauvais état car il est improbable que le propriétaire destructeur ait pu procéder à leur réparation.
Sur le cadastre de 1815, on peut voir les mêmes bâtiments qu'actuellement, mise à part la salle capitulaire qui a dû être démolie à cette époque
. En 1817, Bercey fut acheté par la famille BLOUERE qui en est toujours propriétaire. Cette famille rénova le bâtiment Est et transforma le passage du cimetière en chapelle et lui adjoignit une petite sacristie sur son côté Sud. Quant au bâtiment subsistant de Bercey 1, il fut épargné car il servait de ferme depuis longtemps.

ÉTUDE DES BATIMENTS :
En comparant les différentes sources dont nous disposons, nous avons trouvé des changements d'état et d'affectation des différentes salles. Si certains d'entre eux sont consécutifs à des réfections, souvent ils résultent de dégradations dues à l'incurie des prieurs commendataires qui n'avaient pas fait procéder aux travaux d'entretien.
Bâtiment Nord - L'église
"Elle mesure 100 pieds de longueur (environ 32,40 m)sur 27 pieds de large (environ 8,75 m). Elle est construite de murs, et couverte de bardeaux... Elle est divisée en choeur et nef, ayant un principal autel, et deux à la séparation... L'abside est à cul de four".
Le plan du XVIIIème siècle nous confirme que l'église avait été construite dans la plus pure tradition grandmontaine (triplet à l'abside, lancette sur le pignon ouest). La seule singularité est la porte des moines qui se trouve dans la nef plus à l'Ouest que d'habitude, presqu'en vis-à-vis de la porte des fidèles. A noter le percement en biais entre le choeur et le passage du cimetière qui a dû être exécuté après la suppression de la nef.
Bâtiment Est - Chapitre
Ce bâtiment mesurait 137 pieds de longueur (environ 44,40 m) sur 25 pieds de largeur (environ 8,10 m). Celui-ci était le bâtiment le plus long et il reçut de nombreuses transformations pour l'adapter à un usage plus fonctionnel.
Du Nord au Sud, on trouvait au rez-de-chaussée:
en 1680 (H 1124) en 1753 B 12 425)
La sacristie la petite sacristie
Le chapitre la grande sacristie
Un office une décharge
La cuisine la cuisine
Un corridor un vestibule
Le réfectoire une salle
La boulangerie le salon à manger
Une chambre à four une buanderie avec
une cheminée
Au premier étage:
Une petite voûtée de pierre un oratoire voûté avec une ouverture sur l'église
Une chambre avec cheminée quatre cellules sans cheminée
Un appartenant "le Tripot"
Deux chambres hautes
avec cheminées quatre cellules à cheminées

A noter un détail intéressant sur le procès-verbal de 1680, il est dit :
"un grand appartement appelé Tripot, servant à présent de grenier, sans plancher dessus, il a plusieurs ouvertures de grandes croisées vers le vieil jardin (Est), entre lesquels il y a eu ci-devant des ouvertures de petites fenêtres hautes, étroites et arrondies par le haut, lesquelles sont à présent murées".
Bâtiment Sud - Commun
Celui-ci mesurait 90 pieds de long (environ 29,10 m)sur 25 pieds de large (environ 8,10 m). Il semble avoir perdu très tôt sa destination primitive comme réfectoire.
Au rez-de-chaussée:
En 1680 en 1753
Un grand cellier avec saloir cave et salle en bout
Un vestibule vestibule
Une chambre basse (bûcher) cave et entresol
Au premier étage
Deux grandes chambres
avec cheminée 4 chambres à feux
Deux petites chambres
avec cheminée
Bâtiment Ouest - Bâtiment des hôtes.
Il mesurait 61 pieds de long ( environ 19,76 m) sur 25 pieds de large ( environ 8,10 m).
En 1680 en 1753
Rez-de-chaussée
Une grande chambre une grande cuisine
avec cheminée avec cheminée
Une petite chambre voûtée un passage voûté
Prison, cachot entresol, cave
Au premier étage:
Un dortoir de cinq cellules un corridor
Un cabinet d'aisance cinq chambres
Une cellule.
On ne peut conclure cette étude de Bercey sans mentionner l'intervention en septembre 1948 d'une équipe d'archéologues du Mans qui procédèrent à des fouilles sous l'égide des Monuments Historiques et sous la direction de la VIème Circonscription Archéologique. Dans sa thèse, Jean René GABORIT déclare en avoir eu connaissance , mais sans apporter de commentaires aux "révélations "faites à cette occasion par Paul CORDONNIER, le responsable des fouilles :
"En tenant compte des descriptions de 1680 et de 1793 des deux bâtiments actuels (logis et chapelle), et de la découverte d'ossements à l'Ouest du manoir, une longue tranchée du Sud au Nord fut ouverte pour rencontrer l'un des murs de l'église. Une base de mur ayant été trouvée, elle fut suivie; elle amena la découverte d'un redent, celui du choeur, laissant espérer la découverte d'une abside semi-circulaire, classique à l'époque romane. Mais ladite abside ne se révéla point. Et ce fut un chevet droit, plat, donnant un choeur très large (3,70 m environ à l'intérieur) et peu profond (3,10 m environ) qui fut découvert, sans aucune attache avec les bâtiments actuels, ni aucune mesure avec les bâtiments décrits en 1680 et 1793. Les murs rencontrés ne comportaient qu'une simple base ou "semelle" large d'environ 95 cm, posée sur le sol vierge (sable argilo-calcaire), sans aucune fondation profonde... de nombreux sondages prouvèrent que le choeur n'avait, nous l'avons dit, aucune attache, aucun lien avec les bâtiments encore debout, ni aucune relation avec ceux décrits et démolis en 1796."
"Au Sud du choeur, fut découverte une petite sacristie, large de 2,80 m environ, profonde de 2,60 m; c'est là que se révélèrent, à même le sol vierge, dans le mur Ouest, deux minces rigoles ménagées entre les pierres blanches, recélant au bonheur pour les fouilleurs, deux beaux tuyaux de plomb, l'un de 6 cm, l'autre près de 3cm de diamètre, venant se souder sur le côté, se réunir,avant d'aboutir dans une sorte de puisard."
"Le tombeau de l'évêque Hamelin que l'Histoire prétend avoir été placé au centre du choeur, ne fut pas, malgré les sondages retrouvé. Par contre, de rares fragments d'os, deux clous, deux fragments de gros verre de vitraux, quelques fragments de charbon de bois, et surtout de très nombreux tessons de vases du XIIème, XIIIème et XIVème siècle furent retrouvés; fragments de poterie nue, de vases de sépultures, de formes bien connues, fragments de poterie vernissée de Ligron, elle aussi classique, dont notre musée céramique de la Reine-Bergère conserve les témoins généralement intacts et nombreux."
"Si ces fouilles de septembre 1948 n'ont pas fait connaître le tombeau de l'évêque Hamelin... elle nous révélèrent surtout deux monastères :
Dans la base complètement ignorée jusqu'à ce jour, et qui, malgré de nombreux remaniements (voyez les débris de poterie du XII ème au XIVème siècle), apparut, à fleur de sol, intacts, base comprenant choeur et sacristie placée au Sud, de façon classique, il a fallut voir en effet une première église, celle sans doute de 1163; dans les tuyaux de plomb, la présence dans la sacristie de deux lavabos ou piscines, évacuant les eaux vers le puisard, assez éloigné, mais qui, dans l'angle Nord-Est du cloître, devait recevoir également les eaux des deux toits en appentis du même cloître venant se rejoindre."
"Après les guerres anglaises, ou à la fin du XVème siècle, un nouveau monastère dut être reconstruit. Pas sur de la solidité des bases du XIIème siècle, ou peut être même, après le temps des guerres ignorant les emplacements exacts du premier prieuré, les nouveaux constructeurs établirent leur nouveau monastère à plus de 11 m à l'Est du précédent. Du moins, un tel décalage existe dans l'aile orientale, constituée aujourd'hui par le logis remanié vers 1850 et la petite chapelle. Cette dernière chapelle ne fut peut-être avant la Révolution, que la sacristie, sacristie mentionnée en 1793, et suivie vers le Sud par la salle du chapitre (aujourd'hui disparue), la cuisine (toujours debout avec voûtes armoriées et grande hotte de cheminée) et le réfectoire, aujourd'hui transformé en appartement : salon, hall d'entrée, salle à manger et cuisine..."
"Ainsi donc, si les fouilles de septembre dernier n'ont pas révélé le tombeau d'Hamelin, du moins, elles nous ont fait connaître l'existence d'un premier monastère, celui du XIIème avec choeur droit, sa sacristie avec ses évacuations d'eau par tuyaux de plomb, de nombreux et jolis tessons de poterie nues et vernissées et, surtout, la destruction plus que probable de l'antique monastère par les guerres anglaises et la reconstruction au XVème siècle d'un nouveau prieuré dont la description nous est donnée en 1680 et en 1793, et qui vendu pour 15.000 livres comme bien national, fut à son tour, sans vergogne, démoli."
Le rapport des fouilles effectuées en 1948, consulté aux archives de la Direction Régionale des Antiquités Historiques à Nantes, montre l'étendue de l'erreur commise par Paul CORDONNIER dans son interprétation des résultats.
En effet, si le but poursuivi par les archéologues était de retrouver la trace de l'abside de l'église primitive avec le tombeau de l'évêque Hamelin... dans le cloître, le fameux "chevet droit, plat, donnant un choeur très large, 3,70 m, et peu profond, 3,10 m" se révèle être en fait les fondations du mur bahut du cloître qui se trouvait évidemment "sans aucune attache avec les bâtiments actuels, ni avec ceux décrits en 1680 et 1793".
Par contre, on doit mettre à l'actif des archéologues la découverte d'un réseau d'alimentation en eau très élaboré avec des canalisations en plomb et l'évacuation des eaux usées vers un puisard. Ces réseaux sont à rapprocher de ceux qui ont été mis en évidence lors des fouilles réalisées sur le site du prieuré de Pinel.

 

retour liste

retour accueil