Bandouille (Deux-Sèvres)

 

Vestiges :

L’église.
Il ne reste aujourd’hui de l’église que le mur sud jusqu’à la hauteur du cordon en quart-de-rond du départ de voûte en berceau brisé. La porte des moines, en arc brisé, existe toujours pour communiquer avec la cour du cloître. Vers le fond de la nef, ce mur comporte une piscine double avec une arcature en tiers point chanfreinée.
Le mur nord, aujourd’hui détruit, possédait une porte des fidèles en arc brisé .
Si cette église était déjà dans un état des plus critiques lors de la visite de 1782 , elle était quasiment en ruine lors du relevé du cadastre napoléonien, le site présentant une configuration assez proche à celle d’aujourd’hui.
On peut y observer que l’église possédait un chevet plat dans l’alignement du mur goutterot du bâtiment Est .
La présence d’un chevet plat pour une église grandmontaine est très inhabituelle, surtout lorsque celui-ci a été construit à l’emplacement du décrochement entre l’abside et la nef .
De faible épaisseur, ce chevet plat n’est percé que par deux fenêtres en plein cintres, peu soignées dans leur facture, contrairement aux autres parties restantes du monastère. Ceci choque, car inhabituel dans les constructions grandmontaines ...
Il s’agit sans doute comme le suggère M Jean-René Gaborit d’une réfection à moindre frais exécutée après l’écroulement d’un chevet du type habituel .
Mais de quelle époque date cette réfection ?
L’absence actuelle sur le terrain de traces visibles des fondations d’une abside semi-circulaire laisse le problème en suspens. Seuls des sondages archéologiques permettraient de lever ce mystère...
L’existence d’un choeur individualisé dans cette église semble toutefois être confirmée par l’inhumation en ce lieu d’Adémar Crispi, 4ème abbé de l’Ordre, décédé le 18 mars 1379 à Rome . Or, on a trouvé à l’extérieur de l’église actuelle une pierre tombale représentant un abbé mitré. S’agit-il de celle qui recouvrait le tombeau d’Adhémar Crispi ?
Le bâtiment est.
Le passage du cimetière est voûté; les deux portes d’extrémité sont en plein cintre, et sans décor.
La salle capitulaire par contre est l’une des plus remarquables de l’Ordre; elle mériterait une “réhabilitation” soignée. Le père J.M Fouquet l’avait visitée vers 1950; elle faisait office d’étable. Lors de ma première visite en octobre 1988, elle servait d’entrepôt de bois, à la seconde visite en juin 1990 elle était utilisée en débarras, destination qu’elle avait encore en 1994, ainsi qu’à ma dernière visite, en octobre 1996.

Emplacement de l'église avec son chevet plat

Intérieur de la salle capitulaire

façade Est - salle capitulaire et escalier du dortoir


Cette salle est carrée (6,60m x 6,60m). La voûte possède douze nervures rayonnantes autour d’une clef centrale. Ces nervures formées d’un tore mince sur bandeau, retombent sur des petits chapiteaux à crochets, qui reçoivent également les arcs formerets des douze arcades brisées. Les chapiteaux qui encadrent la porte ouest et ses deux baies, et les chapiteaux qui encadrent les trois baies est, retombent sur des colonnettes engagées. Les baies à l’Est sont en arc brisé. La baie centrale est bouchée par un important contrefort construit avec des réemplois du bâtiment sud. Les deux autres baies qui l’entoure, possèdent un mur bahut. Elles sont encadrées d’une moulure torique.
A la suite se trouve une salle voûtée en berceau brisé sans doubleaux, avec trois fenêtres à l’Est qui sont bouchées . Le bâtiment est a été allongé selon toute probabilité au XVIIème siècle, pour l’équiper d’une cuisine et d’une pièce de service. Cette dernière possède des boiseries semblant datées elles aussi de la même époque . Un escalier sépare cette pièce d’une autre grande salle rectangulaire équipée d’une cheminée en pierre de style Louis XIV .
Le bâtiment est - Étage
L’oratoire de nuit, au dessus du passage, est voûté. Il possède un regard sur le choeur de l’église, une croix sur le mur oriental et une piscine dans le mur nord . Sur la face est du dortoir demeurent cinq lancettes d’origine; elles sont extérieurement d’une forme rectangulaire tout en ayant un ébrasement cintré à l’intérieur . Sur la face ouest les ouvertures sont modernes.
L’escalier extérieur en pierre existe toujours. Il part de l’entrée de la salle capitulaire et accède à la porte du dortoir.
Un crayonné datant du 27 juin 1769, donnant le plan des bois avec vue cavalière du prieuré, confirme l’allongement du bâtiment est, par les religieux grandmontains (voir croquis) .

Le bâtiment sud

Il a complètement disparu; très certainement démoli lors de l’édification du prolongement du bâtiment est. On retrouve dans les murs, des pierres en réemplois (colonnettes, chapiteaux doubles), dont on a pris soin de ne mettre à l’extérieur que la base.
Le bâtiment ouest

Il possède un fournil avec four à double entrée, et une grande salle rectangulaire. Il reste sur son mur ouest une fenêtre à la hauteur du premier étage, équipée de banquettes latérales, et au rez-de-chaussée une porte en arc brisé dont les piédroits et l’intrados de la voussure sont chanfreinés.
La porterie
Elle est une des seules à subsister, avec celle de Puy-Chevrier. Mais il ne reste d’ancien, que les petites fenêtres de l’étage, sans doute l’ancienne hôtellerie . Le grand portail semble dater du XVIIème ou début XVIIIème s.
Histoire :
Bandouille au XIIIème siècle.
Bandouille fut fondé tardivement: 1217, alors que des dissensions avaient déjà eu lieu entre clercs et convers , ce qui dû influer sur l’avancement de la construction. C’est Thibaud II de Beaumont, Seigneur de Bressuire qui la fonda et lui apporta une rente de quinze livres . L’église fut dédicacée un 19 juillet à Notre-Dame et Saint Ausone. Nous savons peu de choses sur l’histoire des premiers temps du prieuré, car un incendie détruisit son chartrier au XIVème siècle.
Bandouille au XIVème siècle.
Au début du XIVème siècle des transactions entre Thibaud IV, seigneur de Bressuire et les prieurs de Bandouille furent faites au sujet du droit de pêche concédé aux religieux dans l’étang de Chiché; le prieur, frère Girard, fut mis dans l’obligation d’y renoncer en 1310, pour en avoir abusé. Dans le même acte, le prieur fit abandon également du moulin à vent de Veillateau moyennant une rente de cinq setiers. Mais en 1320 le prieur qui lui avait succédé, Bernard de Saint Gilles, voulut revenir sur cet abandon, mais il dut abandonner ses prétentions, car le seigneur Thibaud IV soutint que “ladite convention, ayant été acceptée et exécutée de part et d’autre, devait être réputée bonne et valable”. Après bien des débats, Thibaud IV et Bernard de Saint Gilles réunis dans la salle capitulaire de Bandouille, le mercredi après la fête de la Nativité de Notre-Dame, l’an 1320, déclarèrent s’en tenir à la première transaction, la confirmèrent et en dédommagement le prieuré reçut, à titre gratuit, un pâtis touchant au bois de Bandouille, des bois et des pâturages autour de Maugazon et de la Motte , ainsi que vingt sols de rente sur la prévôté de Crânière. Cet acte fut établi en présence de Robert de Conzay, chevalier, Nicolas Beau, professeur de Lois, Pierre de la Forest, Nicolas Mahonneau, Pierre de Glénay, Aimeric de Terves et Guillaume Dabin.
En Juin 1310, Almodie de la Flocellière, la première épouse de Thibaud IV de Beaumont, Seigneur de Bressuire, élit par testament sa sépulture dans le choeur de l’église du prieuré de N-D de Bandouille . Elle légua par la même occasion cent sous de rente sur un domaine des environs de Nueil, pour la célébration de cinq messes par semaine, élevant ainsi à quinze livres de rente la fondation de son mari. Ce don du vendredi après la fête de la Saint-Barnabé 1310 fut fait par Almodie avec beaucoup de solennité en présence de Jean Raymond, chevalier, Pierre Borreau, prêtre, Maître Geoffroy de Saint-Aubin, clerc, et Jean de Lucet, écuyer, et comme exécuteur testamentaire sa mère, Jeanne de Châteaumur, Dame de Flocellière, le prieur de Bandouille et le curé de Chiché. Tout cela laisse penser qu’Almodie devait sentir sa fin prochaine .
En 1295 Bandouille hébergeait 6 clercs, et en 1317 le Pape Jean XXII l’éleva au rang de prieuré et lui donna comme annexe la Meilleraye (n°124) Rocheservière (n°125), et le Petit-Bandouille sur Dive (n°115), portant à 18 le nombre de religieux. Le Pape qui avait nommé les prieurs en 1317, par permission exceptionnelle accorda la nomination du prieur de Bandouille par l’Abbé en 1325 , son prieur Bernard de Saint-Gilles ayant résigné sa charge en raison de “son âge et de son affaiblissement “. Il recevra une pension “convenable” sur les revenus de son prieuré . Son successeur Ponce restera à la tête du prieuré jusqu’à sa mort en 1336. Il sera remplacé par Gérard de Sohls nommé par le Pape en 1343, le couvent avait bien pressenti Bernard Blanchard qui devra renoncer, car Bandouille était tombé en commende.
Le 2ème Abbé de Grandmont, Pierre Aubert, demanda au Pape Clément VI la réunion de Bandouille et de ses annexes au Chef d’Ordre . Pierre Aubert, (le frère du Pape Innocent VI qui succéda à Clément VI), devenu commendataire, en prit possession en 1347 . Par commodité, vu l’éloignement du Chef d’ordre, il afferma une partie des domaines ; on dit qu’il éteignit peu à peu la conventualité, celle-ci étant à sa charge, et qu’il confia le service des fondations à un prêtre du voisinage. Ce qui semble étrange, car premièrement contraire au but de l’ordre et deuxièmement un de ses successeurs, le 4ème Abbé de l’Ordre, Adhémar Crespi demandera a être enseveli dans le choeur de cette église “délaissée”, le 18 mars 1379 .
Bandouille au XVème siècle.
En 1408, on relève qu’un “Colas Guionnet a transigé à 4 sols, et s’en va sans jour, sur ce qu’il était poursuivi d’avoir battu Bernard de Saint-Pardou, religieux de Grandmont (amende de l’assise du châtelain de Bressuire tenue par Jean Totart) ”.
En 1452, une enquête est menée à Bressuire par Regnault de la Motte, enquêteur en Poitou, touchant le pacte de mariage de Jean de Montfaucon et de Marie de Beaumont; “une déposition de 147 témoins produits par Jean de Montfaucon contre Jacques et Jeanne de Beaumont, relative au mariage dudit Seigneur, biens et corvées, hommes levants et couchants, cens et rentes, redevance et revenus de toute nature de la Châtellenie de Bressuire, à l’évaluation des terres...Guillaume Bordin , marchand, demeurant à Bressuire dit qu’il n’y a pas plus de 80 feux en la ville, qui sont pour la plupart pauvres laboureurs à bras, qu’à l’exception de 40 ou 50 habitants, tout le surplus serait : “bien peu et pauvre chose”; que certains des dits habitants sont hommes et sujets des Seigneurs de Pugny et du Vergier de Beaulieu, des Hospitaliers, du prieur de Bandouille . Un autre témoin, Jean Gaschet, laboureur, demeurant en la paroisse de Chiché, dit qu’il y a vingt ans, il était sergent de la dite terre, et qu’un homme y fut pendu de son temps, et un autre brûlé, qui était maître d’école du lieu “
L’union de Bandouille au chef d’Ordre fut confirmée par le Pape Martin V lors du concile de Constance en 1415. Par la suite, les Papes oubliant que ce prieuré avait été uni au chef d’ordre, le donnèrent en commende à des ecclésiastiques non grandmontains; en 1473, l’indult du 7 des Ides de février : “Sixtus papa date licentiam priori Sancti Mauritii gaudendi redditus prioratus de Baudolia” le donna à Guillaume Morel, prieur bénédictin de Saint Maurice la Fougereuse, les revenus de la “domus seu grangiae de Bandolia” . Guillaume Morel mourut à Bandouille le 20 décembre 1488
Bandouille au XVIème siècle.
En 1515, la commende fut donnée à un protonotaire apostolique , François de La Val. Ce dernier est connu pour un aveu sur diverses terres situées sur le finage du village de Chource passé avec Guyart de Liniers, seigneur de la Ronde de Louin .
François Marrand, 18ème Abbé de l’ordre passa un bail en 1598, des prieurés des Bronzeaux, du Grand et Petit Bandouille ainsi que de Barbetorte à Claude Marrand, sieur de la Croix, habitant le bourg de Rancon .
Comme nous l’avons rencontré dans d’autres prieurés (la Haye d’Angers) une contestation s’éleva sur les droits d’exemption des hommes francs du prieuré. “Une mise hors cour de Jehan Thibaudeau, Denis Mouilleau et Geoffroy Marchand, habitants de Bressuire, poursuivis en paiement de droits de festage et de barillage , sont exempté de ces droits et de tous autres en 1450 ” . Ce droit se perpétua, car vers 1620 un acte stipule que les “droits sur les marchandises perçus par le Seigneur de Bressuire les jours de foire et marché...desdits droits sont exempts les hommes de l’abbaye de Bandouille “. Et même au XVIIIème siècle, car en 1746 on trouve des déclarations roturières de logis, maisons, jardins sis en la ville de Bressuire de personnes exemptés dont Jacques Herbert, “Seigneur de Grandmont”, marchand .
Bandouille au XVIIème siècle.
Rigal de Lavaur qui devait devenir le 19ème Abbé de l’Ordre en 1603, fut religieux-prêtre à Bandouille en 1595. Il y restera jusqu’à son départ en mai 1596 pour le prieuré de l’Ecluse (n°141), en Haute-Vienne aujourd’hui.
Le 24 juin 1656, Bandouille fut affermé pour sept ans à Pierre Thomas et Marguerite Thomas, fermiers, pour la somme de 1714 livres, cinq sols et quatre deniers .
Nous savons que le Père Alexandre Frémon dans sa visite des différents prieurés en 1683 passa au Grand Bandouille. Son carnet porte “ Compter avec le fermier pour la ferme ancienne de N. et finir les comptes. Faire la ferme de nouveau avec (le fermier) qui paye bien et cautionne bien... ”.
Puis le 14 septembre 1695 dans une déclaration de cens, rentes, droits et devoirs et revenus de l’Abbaye de Grandmont et de ses annexes devant la chambre ecclésiastique du diocèse de Limoges, le Grand Bandouille fut déclaré affermé pour 1.600 livres, par l’Abbé Dom Henry de la Marche de Parnac . On trouve également un curieux document sur l’ aveu rendu par les Abbés de Grandmont pour l’étang de la Motte-Bandouille, contenant “une sétérée ou environ, tenu sans foi et hommage, au franc devoir d’une paire d’éperons dorés au Seigneur” en 1625 par Rigal de Lavaur, en 1637 par Georges Barny, en 1679 par Alexandre Frémon, en 1716 par Pierre de la Guérinière, et en 1730 par François de la Guérinière .
Les abbés de Grandmont ne perdaient donc pas de vue Bandouille, dont l’intérêt était purement prosaïque, car au point de vue religieux ils l’avaient complètement délaissé bien que la bulle que les Abbés avaient obtenue du Pape Martin V stipulait qu’une communauté serait conservée dans les deux prieurés de Bandouille et du Petit-Bandouille sur Dive, et qu’elle serait entretenue décemment par les abbés généraux . Par la suite, un arrêt du Grand Conseil du 21 septembre 1640 reconnaîtra l’union “valable, légitime et perpétuelle” .
Bandouille au XVIIIème siècle.
Un reçu du 1er février 1716 stipule :
“Je soussigné religieux de Grandmont confesse avoir reçu de M Ratier, fermier du Grand Bandouille, la somme de 75 livres qu’il me devoit pour le quartier de ma pension échue. Le 1er février 1716 - Chanet.”
et plus bas une autre écriture nous informe :
Le Rd p. Chanet est mort le lundi 4 Mai 1716
Un relevé des terres de Bandouille, du Petit Bandouille et Rocheservière fut dressé le 20 septembre 1731. Il fait parti des documents rentrés par voies extraordinaires aux Archives de la Haute-Vienne. Récupéré par l’imprimeur et relieur Barbou à la Révolution, il a été versé par un de ses descendants M. Paul Ducourtieux , et tout dernièrement classé.
Le 18 juin 1742 la métairie de la Porte ou de la Guillonière de Bandouille fut affermé devant Me Jouineau, notaire royal à la Chapelle St-Laurent à raison de 2.200 livres annuelles à André-Thomas Denis et Marie-Anne Chiroz sa femme. Le bail fut renouvelé le 18 janvier 1751
En 1753, une transaction à la suite d’un procès interviendra entre la princesse de Rohan, dame de Bressuire, et Xavier Mondain de la Maison Rouge, au sujet des droits respectivement prétendus par les parties sur les bois de Bandouille .
En 1756 nous savons que le prieur était Dom Amiraud, car il écrira à l’Abbé général Mondain de la Maison-Rouge concernant les visites au Petit et Grand Bandouille de Mars 1756:
“ Le silence que vous gardez sur les trois dernières lettres que j’ai eu l’honneur de vous écrire m’inquiète au point que je ne puis m’exprimer, et fait que je ne sais si je dois faire la tournée que vous m’avez chargée de faire dans les annexes du Poitou, sans avoir auparavant reçu de vos nouvelles... ”
L’Abbé Mondain de la Maison-Rouge qui avait réussi a récupérer la mense priorale de Bandouille en 1768 s’en verra dessaisi peu après par Loménie de Brienne afin de pouvoir remercier Dom Armand Daguerre de Nangis.
Dom Daguerre avait passé plusieurs années à Grandmont. Il réussira à capter la confiance de l’Abbé. En effet Dom Mondain le choisit le 25 septembre 1768 pour remplir la fonction de secrétaire et procureur du chapitre lors du Chapitre Général convoqué par la Commission des Réguliers. L’année d’après, l’Abbé le nomma procureur spécial pour solutionner l’affaire du Collège Mignon. Loménie avait tout de suite compris tout le parti qu’il pouvait tirer de Daguerre. Il était pour lui un homme précieux, rompu aux affaires, adroit, intrigant, et d’une réputation assez équivoque. Daguerre résidait depuis 1769 à Paris, au Collège Mignon, et remplissait les fonctions de Procureur général de l’Institut. Il se faisait appeler Prieur et syndic de l’ordre de Grandmont. Loménie s’en servira pour arriver à son but. Il l’envoya dans plusieurs maisons de l’Ordre, sous le prétexte de pourvoir à la défense des intérêts des religieux, mais en réalité pour connaître leurs intentions, et les encourager à écrire à Loménie pour obtenir la liquidation de leur rente, qui ne pouvait être servie qu’à condition que leur monastère soit supprimé. Ces demandes extorquées servaient à la Commission pour hâter la suppression et conforter les considérants des arrêts du Conseil. De plus Daguerre devait essayer d’aplanir les différends qui ne manquaient pas de survenir entre les évêques et les religieux dont les communautés étaient unies, et de veiller à ce qu’aucun objet précieux ne disparaisse. Loménie le remercia en lui donnant la mense priorale de Bandouille que le malin Daguerre avait demandée, et qui était estimée à 5.000 livres au minimum. Pour asseoir sa demande Daguerre avait à sa disposition tous les registres, lièves et terriers que lui avait confié le trop confiant Dom Mondain de la Maison-Rouge, et en dépouillant ces documents il s’était aperçu d’une irrégularité dans l’union de Bandouille qui remontait à plus de quatre cents ans. Pour remédier à cette situation il avait établi de nouveaux documents, et fit tourner à son profit la réparation de l’erreur.
Daguerre s’occupa activement d’exploiter son bénéfice. On trouve le 27 juin 1769 un procès-verbal de visite de Jean Bourgnon, conseil du Roy, lieutenant en la maîtrise particulière des Eaux et forêts, sur la requête de Dom Daguerre, prieur titulaire de N-D de Bandouille aux fins d’arracher un arpent et demi de bois. La permission lui fut donnée par un arrêt du Conseil d’Etat du 9 janvier 1770 en vue de : “faire des réparations au cancel, choeur et nef de l’église de Chiché”. Puis, un arrêt du 17 août 1773 le déchargera d’une amende encourue par lui, pour avoir fait arracher des arbres sans autorisation .
Le 14 juillet 1781 le Sieur Daguerre de Nangis, titulaire du prieuré du Grand et Petit Bandouille, la Meilleraye, et Rocheservière, demandera au Conseil la permission de disposer des baliveaux de l’âge au-dessus de 40 ans, pour permettre de subvenir aux dépenses faites pour la “réédification totale du cancel, choeur et nef de l’église de Chiché ” .
Puis en 1782 un procès-verbal de coupe signalera :
“ il nous a indiqué pour objet de réparation plus urgent, en ce faire la chapelle dudit prieuré, qui est dans un tel état de dégradation, que nous estimons qu’il en coûtera plus de deux mille quatre cents livres, pour la mettre en état de service...”
La permission fut accordée au prieur par arrêt du Conseil d’Etat du 8 juillet 1783, de faire couper les arbres âgés de plus de 40 ans pour subvenir aux dépenses faites pour la réédification totale de l’église de Chiché , mais pas celle de Bandouille.
Et enfin un arrêt du Conseil d’Etat du 4 octobre 1788, autorisera Louis Dubois, curé de Chiché, a disposer de deux petits cantons de bois pour en employer le prix aux réparations du prieuré réuni récemment à sa cure. C’est ce qui expliquera l’utilisation des coupes des bois de Bandouille pour subvenir aux dépenses d’entretien de l’église de Chiché .
Qu’était devenu Daguerre ?
Il semble qu’il soit décédé, ou qu’il ait été dépossédé de son bénéfice, pour le donner à la paroisse de Chiché.
Arrivèrent les troubles révolutionnaires, Bandouille semble avoir été sur la ligne de fracture entre royalistes et républicains. Trente-quatre habitants de la commune de Chiché furent en effet guillotinés à Niort en 1794. Le commissaire de Chiché écrivait le 13 fructidor an V (30 Août 1797) au commissaire de l’Administration centrale :
“Le pays n’est pas tranquille; les royalistes et les prêtres paraissent plus insolents que jamais; ces derniers font sonner les messes et conduisent les morts au cimetière, affublés de leur harnais. ”
Puis quelques jours après, le 19 fructidor an V (5 sept.1797):
“Les prêtres continuent à tenir des registres et a inscrire les mariages, naissances et décès, et tant qu’ils ne recommanderont pas à nos concitoyens, à se présenter chez des agents, dont la majeure partie ne voudra pas s’en donner la peine, rien ne se fera conformément aux lois. Il faudrait que défense soit faite aux prêtres de s’en mêler “.
Puis, l’orage monta, notre commissaire écrira le 7 floréal an VII (26 avril 1799) au commissaire central du département :“ On a persuadé aux habitants de ces contrés, que cette levée de 200.000 hommes devait porter sur eux; la malveillance qui sait profiter de tout, s’agite encore une fois. J’ai à cette occasion, fait une tournée non seulement des bourgs, mais encore des hameaux pour leur persuader que la loi ne sera pas applicable aux jeunes gens de ce pays désolé déjà par la guerre... ”.
La répression semble avoir mis la contrée à feu et à sang, car le commissaire écrira le 14 Brumaire an VIII (5 novembre 1799):
“Cette conduite indigne des républicains a consterné tous nos concitoyens. Il semble que l’ennemi soit à nos portes. Tout le monde déménage et fait partir ses effets; on craint des représailles des royalistes en cas d’invasion, si 300 chouans ont mordu hier la poussière, le pillage en a créé 3.000, et davantage... ” .
Bandouille fut vendu comme bien national à la Révolution et devint une simple exploitation agricole, ce qu’elle était encore en 1946 lors de la visite du Pr R. Crozet, et en 1950 lors de celle du Père Jean Fouquet.
M Bouju, Docteur vétérinaire à la retraite, en est propriétaire depuis une dizaine d’années.

 

Vestiges :


L’église.


Il ne reste aujourd’hui de l’église que le mur sud jusqu’à la hauteur du cordon en quart-de-rond du départ de voûte en berceau brisé. La porte des moines, en arc brisé, existe toujours pour communiquer avec la cour du cloître. Vers le fond de la nef, ce mur comporte une piscine double avec une arcature en tiers point chanfreinée.
Le mur nord, aujourd’hui détruit, possédait une porte des fidèles en arc brisé .
Si cette église était déjà dans un état des plus critiques lors de la visite de 1782 , elle était quasiment en ruine lors du relevé du cadastre napoléonien, le site présentant une configuration assez proche à celle d’aujourd’hui.
On peut y observer que l’église possédait un chevet plat dans l’alignement du mur goutterot du bâtiment Est .
La présence d’un chevet plat pour une église grandmontaine est très inhabituelle, surtout lorsque celui-ci a été construit à l’emplacement du décrochement entre l’abside et la nef .
De faible épaisseur, ce chevet plat n’est percé que par deux fenêtres en plein cintres, peu soignées dans leur facture, contrairement aux autres parties restantes du monastère. Ceci choque, car inhabituel dans les constructions grandmontaines ...
Il s’agit sans doute comme le suggère M Jean-René Gaborit d’une réfection à moindre frais exécutée après l’écroulement d’un chevet du type habituel .
Mais de quelle époque date cette réfection ?
L’absence actuelle sur le terrain de traces visibles des fondations d’une abside semi-circulaire laisse le problème en suspens. Seuls des sondages archéologiques permettraient de lever ce mystère...
L’existence d’un choeur individualisé dans cette église semble toutefois être confirmée par l’inhumation en ce lieu d’Adémar Crispi, 4ème abbé de l’Ordre, décédé le 18 mars 1379 à Rome .Or, on a trouvé à l’extérieur de l’église actuelle une pierre tombale représentant un abbé mitré. S’agit-il de celle qui recouvrait le tombeau d’Adhémar Crispi ?


Le bâtiment est.


Le passage du cimetière est voûté; les deux portes d’extrémité sont en plein cintre, et sans décor.
La salle capitulaire par contre est l’une des plus remarquables de l’Ordre; elle mériterait une “réhabilitation” soignée. Le père J.M Fouquet l’avait visitée vers 1950; elle faisait office d’étable. Lors de ma première visite en octobre 1988, elle servait d’entrepôt de bois, à la seconde visite en juin 1990 elle était utilisée en débarras, destination qu’elle avait encore en 1994, ainsi qu’à ma dernière visite, en octobre 1996.
Cette salle est carrée (6,60m x 6,60m). La voûte possède douze nervures rayonnantes autour d’une clef centrale. Ces nervures formées d’un tore mince sur bandeau, retombent sur des petits chapiteaux à crochets, qui reçoivent également les arcs formerets des douze arcades brisées. Les chapiteaux qui encadrent la porte ouest et ses deux baies, et les chapiteaux qui encadrent les trois baies est, retombent sur des colonnettes engagées. Les baies à l’Est sont en arc brisé. La baie centrale est bouchée par un important contrefort construit avec des réemplois du bâtiment sud. Les deux autres baies qui l’entoure, possèdent un mur bahut. Elles sont encadrées d’une moulure torique.
A la suite se trouve une salle voûtée en berceau brisé sans doubleaux, avec trois fenêtres à l’Est qui sont bouchées . Le bâtiment est a été allongé selon toute probabilité au XVIIème siècle, pour l’équiper d’une cuisine et d’une pièce de service. Cette dernière possède des boiseries semblant datées elles aussi de la même époque . Un escalier sépare cette pièce d’une autre grande salle rectangulaire équipée d’une cheminée en pierre de style Louis XIV .
Le bâtiment est - Étage
L’oratoire de nuit, au dessus du passage, est voûté. Il possède un regard sur le choeur de l’église, une croix sur le mur oriental et une piscine dans le mur nord . Sur la face est du dortoir demeurent cinq lancettes d’origine; elles sont extérieurement d’une forme rectangulaire tout en ayant un ébrasement cintré à l’intérieur . Sur la face ouest les ouvertures sont modernes.
L’escalier extérieur en pierre existe toujours. Il part de l’entrée de la salle capitulaire et accède à la porte du dortoir.
Un crayonné datant du 27 juin 1769, donnant le plan des bois avec vue cavalière du prieuré, confirme l’allongement du bâtiment est, par les religieux grandmontains (voir croquis) .

Le bâtiment sud

Il a complètement disparu; très certainement démoli lors de l’édification du prolongement du bâtiment est. On retrouve dans les murs, des pierres en réemplois (colonnettes, chapiteaux doubles), dont on a pris soin de ne mettre à l’extérieur que la base.


Le bâtiment ouest

Il possède un fournil avec four à double entrée, et une grande salle rectangulaire. Il reste sur son mur ouest une fenêtre à la hauteur du premier étage, équipée de banquettes latérales, et au rez-de-chaussée une porte en arc brisé dont les piédroits et l’intrados de la voussure sont chanfreinés.


La porterie


Elle est une des seules à subsister, avec celle de Puy-Chevrier. Mais il ne reste d’ancien, que les petites fenêtres de l’étage, sans doute l’ancienne hôtellerie . Le grand portail semble dater du XVIIème ou début XVIIIème s.


Histoire :


Bandouille au XIIIème siècle.


Bandouille fut fondé tardivement: 1217, alors que des dissensions avaient déjà eu lieu entre clercs et convers , ce qui dû influer sur l’avancement de la construction. C’est Thibaud II de Beaumont, Seigneur de Bressuire qui la fonda et lui apporta une rente de quinze livres . L’église fut dédicacée un 19 juillet à Notre-Dame et Saint Ausone. Nous savons peu de choses sur l’histoire des premiers temps du prieuré, car un incendie détruisit son chartrier au XIVème siècle.


Bandouille au XIVème siècle.


Au début du XIVème siècle des transactions entre Thibaud IV, seigneur de Bressuire et les prieurs de Bandouille furent faites au sujet du droit de pêche concédé aux religieux dans l’étang de Chiché; le prieur, frère Girard, fut mis dans l’obligation d’y renoncer en 1310, pour en avoir abusé. Dans le même acte, le prieur fit abandon également du moulin à vent de Veillateau moyennant une rente de cinq setiers. Mais en 1320 le prieur qui lui avait succédé, Bernard de Saint Gilles, voulut revenir sur cet abandon, mais il dut abandonner ses prétentions, car le seigneur Thibaud IV soutint que “ladite convention, ayant été acceptée et exécutée de part et d’autre, devait être réputée bonne et valable”. Après bien des débats, Thibaud IV et Bernard de Saint Gilles réunis dans la salle capitulaire de Bandouille, le mercredi après la fête de la Nativité de Notre-Dame, l’an 1320, déclarèrent s’en tenir à la première transaction, la confirmèrent et en dédommagement le prieuré reçut, à titre gratuit, un pâtis touchant au bois de Bandouille, des bois et des pâturages autour de Maugazon et de la Motte , ainsi que vingt sols de rente sur la prévôté de Crânière. Cet acte fut établi en présence de Robert de Conzay, chevalier, Nicolas Beau, professeur de Lois, Pierre de la Forest, Nicolas Mahonneau, Pierre de Glénay, Aimeric de Terves et Guillaume Dabin.
En Juin 1310, Almodie de la Flocellière, la première épouse de Thibaud IV de Beaumont, Seigneur de Bressuire, élit par testament sa sépulture dans le choeur de l’église du prieuré de N-D de Bandouille . Elle légua par la même occasion cent sous de rente sur un domaine des environs de Nueil, pour la célébration de cinq messes par semaine, élevant ainsi à quinze livres de rente la fondation de son mari. Ce don du vendredi après la fête de la Saint-Barnabé 1310 fut fait par Almodie avec beaucoup de solennité en présence de Jean Raymond, chevalier, Pierre Borreau, prêtre, Maître Geoffroy de Saint-Aubin, clerc, et Jean de Lucet, écuyer, et comme exécuteur testamentaire sa mère, Jeanne de Châteaumur, Dame de Flocellière, le prieur de Bandouille et le curé de Chiché. Tout cela laisse penser qu’Almodie devait sentir sa fin prochaine .
En 1295 Bandouille hébergeait 6 clercs, et en 1317 le Pape Jean XXII l’éleva au rang de prieuré et lui donna comme annexe la Meilleraye (n°124) Rocheservière (n°125), et le Petit-Bandouille sur Dive (n°115), portant à 18 le nombre de religieux. Le Pape qui avait nommé les prieurs en 1317, par permission exceptionnelle accorda la nomination du prieur de Bandouille par l’Abbé en 1325 , son prieur Bernard de Saint-Gilles ayant résigné sa charge en raison de “son âge et de son affaiblissement “. Il recevra une pension “convenable” sur les revenus de son prieuré . Son successeur Ponce restera à la tête du prieuré jusqu’à sa mort en 1336. Il sera remplacé par Gérard de Sohls nommé par le Pape en 1343, le couvent avait bien pressenti Bernard Blanchard qui devra renoncer, car Bandouille était tombé en commende.
Le 2ème Abbé de Grandmont, Pierre Aubert, demanda au Pape Clément VI la réunion de Bandouille et de ses annexes au Chef d’Ordre . Pierre Aubert, (le frère du Pape Innocent VI qui succéda à Clément VI), devenu commendataire, en prit possession en 1347 . Par commodité, vu l’éloignement du Chef d’ordre, il afferma une partie des domaines ; on dit qu’il éteignit peu à peu la conventualité, celle-ci étant à sa charge, et qu’il confia le service des fondations à un prêtre du voisinage. Ce qui semble étrange, car premièrement contraire au but de l’ordre et deuxièmement un de ses successeurs, le 4ème Abbé de l’Ordre, Adhémar Crespi demandera a être enseveli dans le choeur de cette église “délaissée”, le 18 mars 1379 .


Bandouille au XVème siècle.


En 1408, on relève qu’un “Colas Guionnet a transigé à 4 sols, et s’en va sans jour, sur ce qu’il était poursuivi d’avoir battu Bernard de Saint-Pardou, religieux de Grandmont (amende de l’assise du châtelain de Bressuire tenue par Jean Totart) ”.
En 1452, une enquête est menée à Bressuire par Regnault de la Motte, enquêteur en Poitou, touchant le pacte de mariage de Jean de Montfaucon et de Marie de Beaumont; “une déposition de 147 témoins produits par Jean de Montfaucon contre Jacques et Jeanne de Beaumont, relative au mariage dudit Seigneur, biens et corvées, hommes levants et couchants, cens et rentes, redevance et revenus de toute nature de la Châtellenie de Bressuire, à l’évaluation des terres...Guillaume Bordin , marchand, demeurant à Bressuire dit qu’il n’y a pas plus de 80 feux en la ville, qui sont pour la plupart pauvres laboureurs à bras, qu’à l’exception de 40 ou 50 habitants, tout le surplus serait : “bien peu et pauvre chose”; que certains des dits habitants sont hommes et sujets des Seigneurs de Pugny et du Vergier de Beaulieu, des Hospitaliers, du prieur de Bandouille . Un autre témoin, Jean Gaschet, laboureur, demeurant en la paroisse de Chiché, dit qu’il y a vingt ans, il était sergent de la dite terre, et qu’un homme y fut pendu de son temps, et un autre brûlé, qui était maître d’école du lieu “
L’union de Bandouille au chef d’Ordre fut confirmée par le Pape Martin V lors du concile de Constance en 1415. Par la suite, les Papes oubliant que ce prieuré avait été uni au chef d’ordre, le donnèrent en commende à des ecclésiastiques non grandmontains; en 1473, l’indult du 7 des Ides de février : “Sixtus papa date licentiam priori Sancti Mauritii gaudendi redditus prioratus de Baudolia” le donna à Guillaume Morel, prieur bénédictin de Saint Maurice la Fougereuse, les revenus de la “domus seu grangiae de Bandolia” . Guillaume Morel mourut à Bandouille le 20 décembre 1488


Bandouille au XVIème siècle.


En 1515, la commende fut donnée à un protonotaire apostolique , François de La Val. Ce dernier est connu pour un aveu sur diverses terres situées sur le finage du village de Chource passé avec Guyart de Liniers, seigneur de la Ronde de Louin .
François Marrand, 18ème Abbé de l’ordre passa un bail en 1598, des prieurés des Bronzeaux, du Grand et Petit Bandouille ainsi que de Barbetorte à Claude Marrand, sieur de la Croix, habitant le bourg de Rancon .
Comme nous l’avons rencontré dans d’autres prieurés (la Haye d’Angers) une contestation s’éleva sur les droits d’exemption des hommes francs du prieuré. “Une mise hors cour de Jehan Thibaudeau, Denis Mouilleau et Geoffroy Marchand, habitants de Bressuire, poursuivis en paiement de droits de festage et de barillage , sont exempté de ces droits et de tous autres en 1450 ” . Ce droit se perpétua, car vers 1620 un acte stipule que les “droits sur les marchandises perçus par le Seigneur de Bressuire les jours de foire et marché...desdits droits sont exempts les hommes de l’abbaye de Bandouille “. Et même au XVIIIème siècle, car en 1746 on trouve des déclarations roturières de logis, maisons, jardins sis en la ville de Bressuire de personnes exemptés dont Jacques Herbert, “Seigneur de Grandmont”, marchand .


Bandouille au XVIIème siècle.


Rigal de Lavaur qui devait devenir le 19ème Abbé de l’Ordre en 1603, fut religieux-prêtre à Bandouille en 1595. Il y restera jusqu’à son départ en mai 1596 pour le prieuré de l’Ecluse (n°141), en Haute-Vienne aujourd’hui.
Le 24 juin 1656, Bandouille fut affermé pour sept ans à Pierre Thomas et Marguerite Thomas, fermiers, pour la somme de 1714 livres, cinq sols et quatre deniers .
Nous savons que le Père Alexandre Frémon dans sa visite des différents prieurés en 1683 passa au Grand Bandouille. Son carnet porte “ Compter avec le fermier pour la ferme ancienne de N. et finir les comptes. Faire la ferme de nouveau avec (le fermier) qui paye bien et cautionne bien... ”.
Puis le 14 septembre 1695 dans une déclaration de cens, rentes, droits et devoirs et revenus de l’Abbaye de Grandmont et de ses annexes devant la chambre ecclésiastique du diocèse de Limoges, le Grand Bandouille fut déclaré affermé pour 1.600 livres, par l’Abbé Dom Henry de la Marche de Parnac . On trouve également un curieux document sur l’ aveu rendu par les Abbés de Grandmont pour l’étang de la Motte-Bandouille, contenant “une sétérée ou environ, tenu sans foi et hommage, au franc devoir d’une paire d’éperons dorés au Seigneur” en 1625 par Rigal de Lavaur, en 1637 par Georges Barny, en 1679 par Alexandre Frémon, en 1716 par Pierre de la Guérinière, et en 1730 par François de la Guérinière .
Les abbés de Grandmont ne perdaient donc pas de vue Bandouille, dont l’intérêt était purement prosaïque, car au point de vue religieux ils l’avaient complètement délaissé bien que la bulle que les Abbés avaient obtenue du Pape Martin V stipulait qu’une communauté serait conservée dans les deux prieurés de Bandouille et du Petit-Bandouille sur Dive, et qu’elle serait entretenue décemment par les abbés généraux . Par la suite, un arrêt du Grand Conseil du 21 septembre 1640 reconnaîtra l’union “valable, légitime et perpétuelle” .


Bandouille au XVIIIème siècle.


Un reçu du 1er février 1716 stipule :
“Je soussigné religieux de Grandmont confesse avoir reçu de M Ratier, fermier du Grand Bandouille, la somme de 75 livres qu’il me devoit pour le quartier de ma pension échue. Le 1er février 1716 - Chanet.”
et plus bas une autre écriture nous informe :
Le Rd p. Chanet est mort le lundi 4 Mai 1716
Un relevé des terres de Bandouille, du Petit Bandouille et Rocheservière fut dressé le 20 septembre 1731. Il fait parti des documents rentrés par voies extraordinaires aux Archives de la Haute-Vienne. Récupéré par l’imprimeur et relieur Barbou à la Révolution, il a été versé par un de ses descendants M. Paul Ducourtieux , et tout dernièrement classé.
Le 18 juin 1742 la métairie de la Porte ou de la Guillonière de Bandouille fut affermé devant Me Jouineau, notaire royal à la Chapelle St-Laurent à raison de 2.200 livres annuelles à André-Thomas Denis et Marie-Anne Chiroz sa femme. Le bail fut renouvelé le 18 janvier 1751
En 1753, une transaction à la suite d’un procès interviendra entre la princesse de Rohan, dame de Bressuire, et Xavier Mondain de la Maison Rouge, au sujet des droits respectivement prétendus par les parties sur les bois de Bandouille .
En 1756 nous savons que le prieur était Dom Amiraud, car il écrira à l’Abbé général Mondain de la Maison-Rouge concernant les visites au Petit et Grand Bandouille de Mars 1756:
“ Le silence que vous gardez sur les trois dernières lettres que j’ai eu l’honneur de vous écrire m’inquiète au point que je ne puis m’exprimer, et fait que je ne sais si je dois faire la tournée que vous m’avez chargée de faire dans les annexes du Poitou, sans avoir auparavant reçu de vos nouvelles... ”
L’Abbé Mondain de la Maison-Rouge qui avait réussi a récupérer la mense priorale de Bandouille en 1768 s’en verra dessaisi peu après par Loménie de Brienne afin de pouvoir remercier Dom Armand Daguerre de Nangis.
Dom Daguerre avait passé plusieurs années à Grandmont. Il réussira à capter la confiance de l’Abbé. En effet Dom Mondain le choisit le 25 septembre 1768 pour remplir la fonction de secrétaire et procureur du chapitre lors du Chapitre Général convoqué par la Commission des Réguliers. L’année d’après, l’Abbé le nomma procureur spécial pour solutionner l’affaire du Collège Mignon. Loménie avait tout de suite compris tout le parti qu’il pouvait tirer de Daguerre. Il était pour lui un homme précieux, rompu aux affaires, adroit, intrigant, et d’une réputation assez équivoque. Daguerre résidait depuis 1769 à Paris, au Collège Mignon, et remplissait les fonctions de Procureur général de l’Institut. Il se faisait appeler Prieur et syndic de l’ordre de Grandmont. Loménie s’en servira pour arriver à son but. Il l’envoya dans plusieurs maisons de l’Ordre, sous le prétexte de pourvoir à la défense des intérêts des religieux, mais en réalité pour connaître leurs intentions, et les encourager à écrire à Loménie pour obtenir la liquidation de leur rente, qui ne pouvait être servie qu’à condition que leur monastère soit supprimé. Ces demandes extorquées servaient à la Commission pour hâter la suppression et conforter les considérants des arrêts du Conseil. De plus Daguerre devait essayer d’aplanir les différends qui ne manquaient pas de survenir entre les évêques et les religieux dont les communautés étaient unies, et de veiller à ce qu’aucun objet précieux ne disparaisse. Loménie le remercia en lui donnant la mense priorale de Bandouille que le malin Daguerre avait demandée, et qui était estimée à 5.000 livres au minimum. Pour asseoir sa demande Daguerre avait à sa disposition tous les registres, lièves et terriers que lui avait confié le trop confiant Dom Mondain de la Maison-Rouge, et en dépouillant ces documents il s’était aperçu d’une irrégularité dans l’union de Bandouille qui remontait à plus de quatre cents ans. Pour remédier à cette situation il avait établi de nouveaux documents, et fit tourner à son profit la réparation de l’erreur.
Daguerre s’occupa activement d’exploiter son bénéfice. On trouve le 27 juin 1769 un procès-verbal de visite de Jean Bourgnon, conseil du Roy, lieutenant en la maîtrise particulière des Eaux et forêts, sur la requête de Dom Daguerre, prieur titulaire de N-D de Bandouille aux fins d’arracher un arpent et demi de bois. La permission lui fut donnée par un arrêt du Conseil d’Etat du 9 janvier 1770 en vue de : “faire des réparations au cancel, choeur et nef de l’église de Chiché”. Puis, un arrêt du 17 août 1773 le déchargera d’une amende encourue par lui, pour avoir fait arracher des arbres sans autorisation .
Le 14 juillet 1781 le Sieur Daguerre de Nangis, titulaire du prieuré du Grand et Petit Bandouille, la Meilleraye, et Rocheservière, demandera au Conseil la permission de disposer des baliveaux de l’âge au-dessus de 40 ans, pour permettre de subvenir aux dépenses faites pour la “réédification totale du cancel, choeur et nef de l’église de Chiché ” .
Puis en 1782 un procès-verbal de coupe signalera :
“ il nous a indiqué pour objet de réparation plus urgent, en ce faire la chapelle dudit prieuré, qui est dans un tel état de dégradation, que nous estimons qu’il en coûtera plus de deux mille quatre cents livres, pour la mettre en état de service...”
La permission fut accordée au prieur par arrêt du Conseil d’Etat du 8 juillet 1783, de faire couper les arbres âgés de plus de 40 ans pour subvenir aux dépenses faites pour la réédification totale de l’église de Chiché , mais pas celle de Bandouille.
Et enfin un arrêt du Conseil d’Etat du 4 octobre 1788, autorisera Louis Dubois, curé de Chiché, a disposer de deux petits cantons de bois pour en employer le prix aux réparations du prieuré réuni récemment à sa cure. C’est ce qui expliquera l’utilisation des coupes des bois de Bandouille pour subvenir aux dépenses d’entretien de l’église de Chiché .
Qu’était devenu Daguerre ?
Il semble qu’il soit décédé, ou qu’il ait été dépossédé de son bénéfice, pour le donner à la paroisse de Chiché.
Arrivèrent les troubles révolutionnaires, Bandouille semble avoir été sur la ligne de fracture entre royalistes et républicains. Trente-quatre habitants de la commune de Chiché furent en effet guillotinés à Niort en 1794. Le commissaire de Chiché écrivait le 13 fructidor an V (30 Août 1797) au commissaire de l’Administration centrale :
“Le pays n’est pas tranquille; les royalistes et les prêtres paraissent plus insolents que jamais; ces derniers font sonner les messes et conduisent les morts au cimetière, affublés de leur harnais. ”
Puis quelques jours après, le 19 fructidor an V (5 sept.1797):
“Les prêtres continuent à tenir des registres et a inscrire les mariages, naissances et décès, et tant qu’ils ne recommanderont pas à nos concitoyens, à se présenter chez des agents, dont la majeure partie ne voudra pas s’en donner la peine, rien ne se fera conformément aux lois. Il faudrait que défense soit faite aux prêtres de s’en mêler “.
Puis, l’orage monta, notre commissaire écrira le 7 floréal an VII (26 avril 1799) au commissaire central du département :“ On a persuadé aux habitants de ces contrés, que cette levée de 200.000 hommes devait porter sur eux; la malveillance qui sait profiter de tout, s’agite encore une fois. J’ai à cette occasion, fait une tournée non seulement des bourgs, mais encore des hameaux pour leur persuader que la loi ne sera pas applicable aux jeunes gens de ce pays désolé déjà par la guerre... ”.
La répression semble avoir mis la contrée à feu et à sang, car le commissaire écrira le 14 Brumaire an VIII (5 novembre 1799):
“Cette conduite indigne des républicains a consterné tous nos concitoyens. Il semble que l’ennemi soit à nos portes. Tout le monde déménage et fait partir ses effets; on craint des représailles des royalistes en cas d’invasion, si 300 chouans ont mordu hier la poussière, le pillage en a créé 3.000, et davantage... ” .
Bandouille fut vendu comme bien national à la Révolution et devint une simple exploitation agricole, ce qu’elle était encore en 1946 lors de la visite du Pr R. Crozet, et en 1950 lors de celle du Père Jean Fouquet.
M Bouju, Docteur vétérinaire à la retraite, en a été propriétaire pendant une dizaine d’années. La propriété a été vendue à son décès à des sujets britanniques en 2006.

 


webmestre : Michel Fougerat

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